[ Les films ]



samedi 3 janvier 2009


Mesrine, l’Ennemi Public n°1
posté par Professor Ludovico

Décidément, le petit Richet me laisse dubitatif. On peut ne pas être passionné par les deux Mesrine, et en même temps, impossible de rester indifférent. Indubitablement, J-F. Richet est doué. C’est un bon metteur en scène, et même un bon directeur d’acteur. Bon dans Mesrine 1, Cassel est excellent dans Mesrine 2. Il joue le gros con, l’anar’ de droite beaufisant et macho, avec beaucoup d’application. Lanvin est moins convaincant, mais bon.

Le problème avec les Mesrine, c’est plutôt le fond : il n’y en a pas ! On ne saura rien, après quatre heures, du mystère Mesrine.

En 1979, à l’époque de la mort de Mesrine, j’étais au collège à Saint-Arnoult-en-Yvelines, un collège minable, en préfabriqué. Pendant six ans, on nous a promis un beau collège en dur. Finalement construit quelques années plus tard (j’étais parti), on consulta les élèves pour lui trouver un nom. Quelques petits malins suggérèrent « Collège Jacques Mesrine ». Scandale national ! Pour la première (et dernière fois), Saint-Arnoult-en-Yvelines eut les honneurs des medias.

A l’époque, je ne comprennais pas cet engouement naïf pour Mesrine, ni la stupide chanson de Trust, ni les dédicaces à deux balles des chansons de Renaud. Peut-être était-ce une façon de se révolter dans la France de Giscard ?

En tous cas, Richet non plus ne succombe pas au charme de Mesrine ; au contraire il charge la barque dans l’opus 2, montrant le Jââcques imbu de lui-même, donnant des interviews à Paris-Match, tabassant le type de Minute qui écrit un article déplaisant, etc. A aucun moment, il ne nous dépeint un Mesrine attachant, ou avec au moins des excuses. On survole l’épisode QHS, qui pourrait être le titre de gloire.

En face, c’est pareil : Broussard débarque d’on ne sait où, et on n’en saura pas plus sur « l’éxécution » de Mesrine Porte de Clignancourt. On esquisse un Broussard couillu, utilisant lui aussi les médias : là aussi, il y avait quelque chose à dire, mais ce n’est qu’esquissé.

Ce problème n’est pas unique, tous les films en ce moment semblent vouloir rester à la surface des choses, que ce soit pour L’Echange de Eastwood ou La Bande à Baader.

En tout cas, je retournerai voir Richet dans un « vrai » film, (peut être Assaut sur Central 13 ?) en tout cas, un film où il aura une vraie possibilité de s’exprimer.




jeudi 1 janvier 2009


Shaolin Soccer
posté par Professor Ludovico

La nuit du 31, je fais tout pour ne rien faire. C’est dès 20h30 que je me suis glissé sous la couette pour regarder Shaolin Soccer. J’ai donc raté le Gui, « la Bonne Année tout le monde ! », mais aussi Sebastien, qui apporte la Culture aux Masses Populaires sur France Télévisions.

Bon ben Shaolin Soccer, c’est pas terrible, ça donne même envie de dormir. Intrigue minable, personnage grimaçant à tout bout de champ, happy end attendue, il faut être très fan de cinéma asiatique pour trouver ça intéressant. A réserver uniquement le 31.




jeudi 1 janvier 2009


Le naufrage des BOATS
posté par Professor Ludovico

L’avalanche de biopics et autres BOATS, (Based On A True Story),nous oblige à nous pencher sur le phénomène : rien qu’en 2008, nous avons eu les bios de Mesrine, La Bande A Baader, Bush, Coluche, Charlie Wilson, Into the Wild, sans parler de L’Echange et de Gomorra (based on true stories) et encore, je ne parle que ce que j’ai vu.

Les BOATS, c’est le dernier avatar de la déroute scénaristique hollywoodienne, et, par effet de ricochet, française. Après avoir, au mitan des années 70, abandonné les thématiques adultes suite au tsunami Lucas-Spielberg, après avoir cherché le « renouveau » (sic) dans les remakes, sequels, prequels, les franchises, les adaptations calamiteuses de séries TV, puis de superhéros, désormais, le puits de pétrole Hollywood est à sec. Ses auteurs sont partis sous des cieux artistiquement plus cléments : la télévision.

Que reste-t-il alors, sinon la réalité toute nue ?

Au début de Mesrine, il y a cet avertissement de Jean-Francois Richet : « Tout film comporte une part de fiction ». Hein ? seulement une part ??? Mais, mon petit JF, tout ton film est une fiction ! À 100% !

Croyant se protéger de tout reproche futur sur la véracité de son film, Richet abdique là ses droits inaliénables de conteur. Un film, ce n’est QUE de la fiction. Rendre la vérité est impossible, et le réalisateur doit au contraire s’emparer de cette réalité, et la contraindre à ses propres désirs.

Même si elle succombe, elle aussi, aux joies du biopic, la télé l’a compris : elle s’est emparée de l’actualité ; et de la réalité. Offrant aux téléspectateurs toujours plus de télé-réalité, elle a aussi induit encore plus de réalité dans ses séries. Mais elle n’a pas abdiqué ses droits de raconter une histoire. Au contraire, elle utilise la « vérité », pour la tordre à ses histoires. L’histoire de Baltimore aujourd’hui (The Wire), l’histoire d’un commissariat (NYPD Blue), l’histoire d’une famille (Nos Enfants Chéris, ou les Sopranos), tout ça est évidemment basé sur des histoires vraies, mais au service d’une histoire fictive. Les personnages y sont rois, l’intrigue prime sur la soi-disant réalité, le soi-disant « réalisme », mot dévoyé pour éviter de réfléchir à son intrigue.

Le phénomène, en vérité, n’est pas si nouveau que pas : les années 60 ont subi un enthousiasme délirant pour les films sur la seconde guerre mondiale, souvent adaptés de récit d’histoire vraies, de vétérans ou de correspondants de guerre. Le Jour le Plus Long (adapté du best seller de Cornelius Ryan) est un exemple extrême de BOATS, puisqu’il s’appuie sur une myriade d’histoires vraies. Evidemment, au final, c’est un bien mauvais film, très éloigné d’une quelconque réalité. Les allemands sont des gens stricts qui ne croient pas au débarquement, et qui sont empêtrés dans leur discipline de fer, les américains des gars cools et courageux. On sait que la réalité fut un peu plus complexe, mais le film fut un énorme succès. Il n’est quasiment plus regardable aujourd’hui, et on peut aisément le comparer à un vrai classique : Les Canons de Navaronne. Voilà un grand film, basé sur une île et des canons qui n’ont existé que dans l’imagination de l’écrivain Alistair Mc Lean. Mais les personnages, l’enjeu terrible, la trahison, en font une grande histoire.

Il est notable par ailleurs, que la mention « inspiré d’une histoire vraie » n’ouvre jamais une comédie, genre, Le Dîner de Cons. Pourtant ce film-là, comme plein d’autres, est très probablement basé sur des histoires vraies. C’est probablement que la comédie n’a pas pour objectif de « kidnapper » la volonté du spectateur. Elle laisse le spectateur rire, ou non, des péripéties.

Il y a quand même un BOATS qu’on peut recommander, c’est Une Histoire Vraie, de David Lynch. Un film qui ironiquement selon Lynch, commençait par la mention honnie : « inspiré d’une histoire vraie ». C’était pour mieux s’en débarrasser, puisque le titre originel, A Straight Story, une histoire droite, faisait référence au héros véritable de cette « story », Alvin Straight. Chez Lynch, il y avait à la fois la volonté de faire ce pied de nez à la réalité, avec une histoire tout sauf straight (un type traverse les USA en tondeuse à gazon), mais aussi de raconter une histoire simple, hors de l’univers lynchien habituel, sans se trahir lui-même.

C’est tout ce qu’on souhaite aux BOATS en 2009 : parler de la réalité si vous voulez, mais gardez-nous cette part de rêve qui nous fait encore aller au cinéma…




jeudi 1 janvier 2009


Bonne année 2009
posté par Professor Ludovico

C’est la coutume, donc bonne année à tous et pleins de films, de DVD, et de bonnes séries à la télé.

J’en profite pour vous offrir, gratuitement, mes :

10 prédictions pour 2009 !!!

1. J’irais plus au cinéma en 2009 qu’en 2008 (facile à réaliser)
2. Le nouveau Soderbergh sera assez chiant (c’est ce qu’ils ont dit à Cannes, et pour une fois ça va se vérifier : 4 heures à téter le cigare dans la jungle, ça lasse)
3. Lost (qui redémarre dans vingt jours sur ABC) deviendra une série pas terrible, comme toutes les séries qui se terminent (mais je regarderai quand même)
4. Le cinéma français retombera dans la morosité (pas un Ch’Ti chaque année, et c’est pas plus mal)
5. J’irai voir DragonballZ Evolution, et Transformers 2 avec mon fils (un des deux, je n’ai pas le choix, devinez lequel), et j’irai voir Star Trek 11, avec le seul autre trekkie que je connaisse, Jean-Michel
6. Télérama demandera la diffusion de The Wire à 20h30 sur France2, et The West Wing à 20h sur France3, en remplacement de Plus Belle La Vie.
7. J’attendrai avec impatience le Fincher (Benjamin Button), les Watchmen, OSS117 : Rio ne Répond Plus.
8. Les anti-Cruise n’iront pas voir Walkyrie
9. Il y aura autant de biopics et de « basé sur une histoire vraie » qu’en 2008, sinon plus (Coco Chanel, pour commencer)
10. CineFast won’t give up, won’t surrender in 2009




mercredi 31 décembre 2008


Mesrine, l’Instinct de Mort
posté par Professor Ludovico

Que dire du premier Mesrine ? Qu’il est très réussi, d’abord. Casting parfait, qui arrive même à faire jouer Cassel et Depardieu correctement, c’est dire ! (Cassel, qui n’est jamais mieux que dans ces rôles de petites frappes à la ramasse (La Haine, Sur Mes Lèvres)).

Reconstitution impec’, également, et pas seulement dans la déco : l’esprit des années 60 est là.

Enfin, on ne s’ennuie pas, (action, love(s) story(ies), etc.) mais rappelons que ce film n’a pas de fin : il se termine dans une sorte de coïtus interruptus feuilletonnant, au cœur d’une forêt canadienne. « Retrouvez la suite des aventures de Jacques Mesrine dans… »

Comme nous sommes Fordiens, à CineFast, nous attendrons donc la fin, dans L’Ennemi Public numéro 1, dès demain…




mercredi 31 décembre 2008


L’Echange
posté par Professor Ludovico

Aaargh ! Le BOATS a encore frappé ! Based On A True Story, inspiré d’une histoire vraie. C’est pratique, on met ça au début du film, sur un joli fond noir, ça fait son petit effet. Accroche toi, mon ami, car ce que tu vas voir est… (roulements de tambours) : VRAI !! Le spectateur, il s’installe bien au fond du fauteuil, il s’arrête de manger ses chocopops, parce que là, attention, c’est VRAI, c’est du sérieux. Tous nos sens critiques anesthésiés, nous pouvons maintenant regarder l’œuvre.

Alors Angelina Jolie, son fils, il a été enlevé. On lui en ramène un, mais c’est pas lui. La police assure le contraire. Arrivera-t-elle à faire éclater la vérité ?

Pour une fois dans un BOATS, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de scénario. Dans L’Echange, il y a un scénario, et un bon, grâce à une deuxième intrigue que je ne vous dévoilerais pas ici. Non, le problème, c’est le film lui-même, dirigé par un petit Clint qu’on a connu plus inspiré.

Tout est lourdingue dans L’Echange. Eastwood nous sort la grosse artillerie : la Mère Courage, la Pute au Grand Cœur, le Révérend Seul-Contre-Tous.

Et au cas où le spectateur n’aurait pas compris, les personnages nous font les sous-titres. Par exemple, Angelina Jolie est emmenée de force à l’asile. Puisqu’elle ne veut pas reconnaître son « fils », la police essaie de la faire passer pour folle. Comme on n’a pas bien compris, la Pute au Grand Cœur vient nous l’expliquer. Cette « double explication » revient à plusieurs reprises (scène entre le Maire et le Chef de la Police, ou entre l’héroïne et le Révérend). Où est passée la subtilité de Million Dollar Baby ?

La scène finale de procès – conclusion de tout grand mélo américain qui se respecte – est, à ce titre, exemplaire. C’est le lieu où classiquement tout se dénoue, ou justice est enfin rendue, où les méchants sont punis. Et bien, c’est tellement mou, peu convaincant (on serait presque du côté du Capitaine Jones, formidablement joué par Jeffrey Donovan), qu’Eastwood, plus très sûr de son scénario, fait applaudir la fin de la plaidoirie par le public !

Comme s’il fallait cette « claque », pour que nous aussi, nous applaudissions á la plaidoirie ratée de Maître Clint.




mardi 30 décembre 2008


Kubrick, l’intégrale
posté par Professor Ludovico

Qui est vraiment Stanley Kubrick ? Y’a-t-il auteur plus mystérieux aujourd’hui ? Adulé par les cinéphiles, films connus du grand public (« Ah bon ? C’est aussi lui qui a fait Barry Lyndon ? »), jamais vraiment détesté mais le plus souvent incompris…

A leur sortie, la presse trouve toujours ses films moyens, puis elle les comprend, et dix ans après, elle les trouve géniaux. Le contraire de Woody Allen, en somme. Quelques exemples : Full Metal Jacket, considéré comme très en dessous de Platoon, réévalué depuis ; Shining, un Kubrick « trop commercial », 2001 « incompréhensible », mais considéré aujourd’hui comme chef d’œuvre du cinéma, Barry Lyndon, « joli » mais « inintéressant »… jetez un coup d’œil à votre programme télé : tous ces films sont désormais encensés.

Côté récompenses, c’est pareil. Pas un Oscar, pas un César, pas une Palme des Alpes-Maritimes !

Mais qu’a fait SK pour mériter un tel traitement ? Que lui reproche-t-on, au juste ? Sa carrière, peut être… parce que finalement, c’est sa plus grande œuvre : tous ses films ont été des succès financiers, qui peut en dire autant ? Pas un film n’est sorti hors délais ou hors budget (quoi de plus important, selon les critères hollywoodiens ?)

Osons le dire : si Kubrick est nul, c’est dans le people. Sa vie n’est pas intéressante : deux femmes seulement, pas de cul à la Polanski, pas de destin tragique à la Kazan, pas de corps à corps titanesques contre les studios à la Orson Welles.

Kubrick a souvent dit que les histoires qu’on racontait sur lui (peur des voitures, « réclusion » en Angleterre, répétitions interminables) étaient une façon pour la presse de combler le vide. Un vide créé par sa propre volonté de ne pas communiquer avec la presse. Rappelons qu’il ne s’agissait pas là d’une coquetterie Garboesque, mais bien d’une volonté artistique « Un film se vit en salle, entre le spectateur et l’œuvre : l’expliquer ne sert à rien ; pire cela le dessert. »

Non, Kubrick n’est qu’un artisan, maniaque et travailleur, à l’abri dans son atelier au fin fond de la campagne anglaise, peaufinant ad vitam æternam ses films. Mais aussi, s’assurant, une fois sortis, de leur diffusion en salles, et à la télévision.

La réhabilitation du Grand Homme sera donc la grande cause CineFastienne de 2009. Puisqu’on ne peut parler de lui, nous ne parlerons que de l’œuvre, film par film.

Autant commencer par le plus dur : le dernier. Les 10 ans de latence kubrickienne sont passés, le film peut désormais être abordé sans complexe et sans passion. Car Eyes Wide Shut traîne les habituels boulets kubrickiens : incompris à sa sortie (en 1999), malgré un buzz assourdissant (les Cruise-Kidman « emprisonnés » à Shepperton, les scènes de partouze, la mort de Kubrick et les questionnements légitimes sur la définitivité du montage), Eyes Wide Shut reste encore un mystère.

C’est à ce mystère que nous allons nous attaquer.

Toutes les chroniques :

Eyes Wide Shut
Full Metal Jacket 
Shining
Barry Lyndon (à venir)
Orange Mécanique 
2001, L’Odyssée de l’Espace
Dr Folamour
Lolita (à venir)
Spartacus (à venir)
Les Sentiers de la Gloire
L’Ultime Razzia 
Le Baiser du Tueur 
Peur et Désir




dimanche 28 décembre 2008


I Feel Good
posté par Professor Ludovico

Le meilleur film de cette fin d’année est un documentaire, et il s’appelle I Feel Good. On peut y préférer le titre original, Young at Heart, tiré du nom de la chorale dont il est l’objet.

Jeune de coeur, quoi de plus plus approprié en effet, pour cette chorale de retraités (moyenne d’âge : 80 ans !) Étrange chorale en vérité, dont le répertoire n’est pas composé du répertoire de My Fair Lady ou de Dean Martin, mais plutôt d’hymnes punk (Ramones, Clash, Sonic Youth), et autres James Brown, Bowie et Coldplay !

La premiere réussite de Young at Heart – la chorale – et Young at Heart – le film -, c’est ce contraste entre jeunes chansons et vieilles gens. C’est évidemment l’astuce marketing qui fait affluer le public en masse aux concerts de Young at Heart (tournées aux USA et en Europe, quand même !) Mais une fois esquissé le premier sourire narquois, on comprend le génie de l’entreprise : ces chansons, ils ne veulent pas les chanter, les vieux ! Ils doivent se forcer, faire un effort, s’accrocher. Et puis, par un effet de perspective saisissant, ces chansons deviennent l’évidence même, le contrepoint absolu de ce que vivent ces vieillards, détruits par l’âge, la tristesse, la maladie. Et l’émotion surgit, les larmes coulent dans la salle quand, au coin d’une chanson connue, les paroles prennent subitement un autre sens: « Should I stay or should I go? » « I wanna be sedated » « We’re on the road to nowhere »…

Mais la vraie réussite de ce projet, c’est surtout dans le regard qu’il pose sur ces octogénaires, un regard sans pitié mal placée, un regard sans fard, et sans condescendance. On regarde des êtres humains.

Courrez voir Young at Heart, et, comme le dit une spectatrice, ne vous plaignez plus jamais d’être trop vieux, ou trop fatigué… pour aller au cinéma.




dimanche 28 décembre 2008


Dennis Hopper et le Nouvel Hollywood
posté par Professor Ludovico

Une mauvaise lecture du programme m’ayant fait raté la projection de Mesrine, je me suis rendu à la Cinémathèque non loin de là, pour y voir l’expo sur Dennis Hopper. Tout le monde connaît l’acteur culte, qui joue les cinglés depuis son étourdissant monologue d’Apocalypse Now. Depuis, on le caste dans tous les rôles de tarés apocalyptiques (Speed, 24, Blue Velvet).

Mais Dennis Hopper est plus que ça : un cinéaste maudit par son gigantesque premier succès, Easy Rider, qui révolutionna l’Hollywood des années soixante. « Après l’avoir vu, explique Peter Biskind dans la référence Easy Riders Raging Bulls (Le Nouvel Hollywood), les cadres de l’Usine à Rêves n’avaient rien compris, mais ils voulaient tous faire leur Easy Rider… »

La tête gonflée par le succès (et quelques amphétamines), Dennis Hopper le réalisateur ne se releva jamais du succès d’Easy Rider : malgré des succès d’estime (The Last Movie), et un succès public (Colors), il dut laisser la place au Grand Méchant Acteur.

Mais l’exposition prouve que Dennis Hopper est bien plus que ça : comédien des 50’s (notamment avec James Dean), jeune collectionneur d’art aux goûts très sûrs (Rauschenberg, Basquiat), mais aussi peintre lui-même, photographe, mécène.

Cette expo vaut donc le déplacement, d’autant que vous pouvez la coupler à la collection (petite mais prestigieuse) de la Cinémathèque, et à l’expo Méliès, autre victime de La-Grande-Malédiction-du-Cinéma.

Tandis que d’autres filmaient les trains arrivant en Gare de La Ciotat ou de sombres histoires d’arroseur arrosé, Georges Méliès faisait son Spielberg, adaptait Jules Verne, filmait l’Enfer et l’Antarctique, peignait les premiers films en couleur, bref, inventait le cinéma… Et comme il y a une justice et que les méchants sont toujours punis, Georges Méliès a fini sa vie en tenant un stand de jouets à la Gare Montparnasse.

Dennis Hopper à la Cinémathèque,
51 rue de Bercy, 75012 Paris
Jusqu’au 19 janvier

Georges Méliès
Jusqu’au 30 juin 2009




dimanche 21 décembre 2008


Burn After Reading
posté par Professor Ludovico

Ils sont forts, les Coen. Moi, j’avais pas très envie d’y aller, à Burn After Reading. Un sentiment de déjà vu, de répétition, qui forcément, au bout de 20 ans, touche les meilleurs (Tim Burton, etc.) Encore un Fargo ? Un nouveau O’Brother ?

Bref, je me suis laissé entraîné, et Burn After Reading est une merveille de comédie. Car même si les Coen se répètent (n’ont-ils pas conceptualisé eux-mêmes cette Trilogie des Idiots (O’ Brother, Intolérable Cruauté, Burn After Reading)?), ils savent à chaque fois se plonger à fond dans un nouvel univers.

Ici – et ce n’est pas innocent – c’est d’espionnage dont il s’agit. D’espionnage de nos jours dans l’Amérique paranoïaque que nous lègue George W. Bush. Et ça commence, comme toujours très réaliste chez les Coen, dans les bureaux de la CIA à Langley, après une plongée googleearthienne et musique angoissante ad hoc : on est bien dans un film d’espionnage. Respectant l’adage qui veut que l’on fasse sérieusement les choses drôles, les Coen ne font pas les choses à moitié.

Mais c’est là que le Bal des Cons – spécialité coenienne -commence : Gros Con (Clooney), Petit Con (Pitt), Sale Con (Malkovitch), Pauvre Conne (McDornand). Devant cet étalage de la misère humaine, on est a) forcé de s’y reconnaître un peu b) forcé de compatir un peu, et c) assuré de rire beaucoup.

C’est la force comique des Coen, de rire de tout, cruellement (du Ku Klux Klan aux suicides de 1929), sans jamais lâcher le spectateur dans le marais de la méchanceté gratuite. C’est ce qui fait toute la différence, par exemple, entre Sex and The City, serie cruelle mais généreuse, et Desperate Housewives, série cruelle et sèche.

Mais pour revenir à Burn After Reading, où est le pitch ? À vrai dire, le révéler vous gâcherait le plaisir des multiples surprises cachées tout au long du film. Sachez simplement qu’il s’agit de zozos qui débutent dans le chantage, et que ça ne leur réussit pas. Entre temps, les Coen auront évoqué la chirurgie esthétique, les fantasmes sexuels de Georges Clooney, les hotlines énervantes, et esquissé une critique des failles du système de contre-espionnage américain.

Si après tout ça, vous n’allez pas voir Burn After Reading, autant fermer ce site.




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