[ Les films ]



samedi 20 décembre 2008


Lost, le véritable making of.
posté par Professor Ludovico

Les making of sont chiants. La plupart du temps, on n’apprend rien, si ce n’est que Machin a « adoré » travailler avec Truc.

Pourtant, ce qui se passe derrière le rideau est souvent passionnant. Prenez Lost, par exemple. On croit souvent (moi le premier !) que cette idée sort du cerveau – génial mais torturé – de JJ Abrams. En fait, pas du tout… Vous voulez la véritable histoire ? La voici.

En 2002, ABC, l’un des 4 grands networks américains, est au plus mal. NBC se maintient en pole position, Fox, boostée par American Idol (la Nouvelle Star US) devient un concurrent sérieux, et CBS, revenu d’entre les limbes, pète le feu avec Survivor (Koh Lanta).

Mais surtout, ABC est dans une mauvaise passe managériale : tout se décide au-dessus, chez Disney, entre les mains viriles de Michael Eisner. Lloyd Braun, le Président de ABC Entertainment est sur la sellette. Ne risquant plus grand-chose, il part faire un break à Hawaï en famille. A l’hôtel, on passe Seul au Monde, avec Tom Hanks. Braun caresse alors l’idée suivante : une série, à mi-chemin entre le film de Zemeckis et Survivor, mais réaliste. Il a même un titre : Lost.

Tétanisé par Disney, il n’ose le proposer, mais quelques mois plus tard, ABC, complètement à la ramasse, organise une « retraite » de cadres pour trouver de nouvelles idées. (Rappelons que cette tâche est normalement dévolue à la direction des programmes). Braun y pitche son sujet, avec un petit succès. L’idée est confiée à un scénariste, Jeffrey Lieber, qui le rebaptise The Circle. Et en plus, le scénario est très mauvais.

Braun se rappelle alors qu’il a un wonderboy sous son aile : JJ Abrams. Le petit coquin a signé un accord d’exclusivité de 4 ans avec Disney, pour la modique somme de 20M$… Mais JJ n’a rien écrit en quatre ans ! « Moralement ce n’est pas très juste, lui fait remarquer Lloyd Braun (ce qui n’est pas exagéré, NDLR). Il serait temps de payer tes dettes. Vois ce que tu peux faire avec ça. »

En plus, JJ Abrams n’a pas bonne presse, Alias est un succès critique, mais pas le carton prévu. Disney a demandé sa tête à plusieurs reprises. Pourtant Braun lui fait confiance, et JJ revient au bout d’une semaine avec une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’il a trouvé ça bien, et qu’il a quelques idées. La mauvaise, c’est qu’il a trouvé ça bien, et qu’il a quelques idées ! Et quelles idées : « Votre histoire est nulle, leur dit tout de go Abrams. Le vrai personnage, c’est l’Ile ! Il faut que tout tourne autour d’elle. Et il faut tuer Jack dès le premier épisode. On se concentrera plutôt sur ce qui s’est passé avant, dans la vie des personnages. »

C’est cette idée, évidemment, qui séduit ABC : avec ça, on tient une série, on peut facilement multiplier les épisodes. Très vite, et contre toutes les règles hollywoodiennes en cours, Lloyd Braun décide la fabrication d’un pilote : le scénario n’est pas écrit, à peine possède-t-on un synopsis deux fois trop long, mais le casting a débuté et le tournage commence. Une fois lancé, JJ Abrams fait joujou. Il commande une véritable carcasse d’avion, rajoute des personnages à chaque réunion… le budget et la durée du pilote explosent : 2 heures, 12 M$.

Et comme prévu, Lloyd Braun est viré.

Braun a déjà pris tous les risques pour mettre son bébé sur les rails, mais il franchit une nouvelle ligne jaune : il propose Lost aux chaînes concurrentes (NBC, CBS), et même à la Warner ! Il fait déposer, de nuit, des cassettes vidéos du pilote dans des boîtes aux lettres de ces décideurs ! Car Braun est alors convaincu que son enfant chéri – trop long, trop cher, trop feuilletonant – ne passera pas l’hiver.

On s’interroge en effet chez Disney sur le sort à réserver à Lost : série à part entière ou, pour sauver les meubles, mini-série de prestige sur 6 épisodes ? Mais aux Etats-Unis, les films et les séries sont toujours sévèrement testés par les services marketing, et Lost est testé lui aussi. Divine surprise, c’est plutôt bon, comme Desperate Housewives. ABC n’a plus le choix : avec seulement ces deux cartes en mains, et le surcoût délirant de Lost, la chaîne décide de tout miser sur ces deux séries dans sa campagne marketing de rentrée. Des sacs d’aspirateurs Desperate Housewives sont distribués en supermarché, et de véritables bouteilles à la mer Lost sont jetés sur la côte atlantique.

Vient l’heure du jugement, le 22 septembre 2004, à 20h, créneau inédit pour ce genre de série (drama) : Lost est un énorme succès, le meilleur score d’ABC pour une série depuis 4 ans (Desperate Housewives fera encore mieux dix jours plus tard).

Le premier réflexe de JJ Abrams est d’appeler Lloyd Braun ; ils sont tous deux au bord des larmes… Quelques semaines plus tard, Braun recevra un grand paquet à la maison : dans un cadre, un poster dédicacé par Abrams, Lindelof et Burk (producteur) : la carcasse de l’Oceanic 815, seul souvenir, désormais, de l’épopée Lostienne de Braun…

Le seul ? Pas vraiment. Toutes les semaines, Lost paie son tribut à son géniteur. Un tout petit tribut, en fait. Au début de chaque épisode, une voix off ânonne la phrase qui, chaque semaine, lance toutes les séries du monde : « Previously on Lost… » Cette voix, personne ne la connaît. Elle n’est pas très virile, ni très basse comme il convient. Abrams et sa bande avouent eux-mêmes ne pas savoir qui s’est occupé du casting voix. Pourtant, des cadres d’ABC jurent avoir déjà entendu cette voix quelque part… Pour cette voix, la production a choisi un acteur débutant, un parfait inconnu : un certain… Lloyd Braun.

Son nom n’est pas au générique (celui de Jeffrey Lieber l’est), mais, pour toujours, la trace de Braun est gravée dans le granit de l’Ile.

NB : cet article n’est pas le fruit d’une longue enquête, mais de la lecture – passionnante – du livre de Bill Carter, Desperate Networks, une chronique des télés américaines ces dix dernières années; l’arrivée des grandes séries, et la révolution de la télé réalité.

Bill Carter, Desperate Networks
Broadway Books




dimanche 7 décembre 2008


Alias
posté par Professor Ludovico

C’est pas pour moi, Alias. Je voulais voir ce que JJ Abrams, créateur de Lost, futur réalisateur de Star Trek, avait dans le ventre. Mais Alias (en tout cas le pilote) est trop popcorn pour moi. Karaté, filles au cheveux rouges type 5ème élément, conspirationnisme, le tout dans des décors peu crédibles (usine abandonnée, palais coréen avec chambre de torture au sous-sol, tout ca est très James Bond Old school.

« Hot chick kicks ass« , un petit canon pour botter les méchants, telle est la promesse d’Alias.

Promesse tenue.




mercredi 3 décembre 2008


Othello
posté par Professor Ludovico

Depuis quelques années, je vais de plus en plus au théâtre. Quand je dis de plus en plus, attention, ça veut dire deux fois par an. Vieux réflexe d’étudiant, j’ai toujours trouvé le théâtre trop cher, trop chiant, trop inconfortable. Plutôt le Publicis Elysée et ses fauteuils de ministre que le Théâtre du Vieux Colombier et ses fauteuils de nains.

Seul le grand Will me donne systématiquement envie d’aller au théâtre. D’abord qu’il est souvent incompréhensible à lire, alors que sa poésie devient limpide sur scène. Mais surtout parce que c’est un immense dialoguiste, et un super scénariste. Encore deux-trois pièces comme ça, et je le vois bien partir à Hollywood, le british ! Même si, il faut bien l’avouer, il a tout piqué à Hitchcock. Regardez Iago, le grand méchant de ce drame obamesque qu’est Othello : petit blanc jaloux (de sa femme, de son maître, des amis de son maître), voilà qu’il révèle son plan machiavélique des l’acte I. Et le spectateur de trembler, pourtant tout à sa connaissance de l’intrigue : Othello va tomber dans le piège, Desdemone va y passer, etc. Mais ca, c’est l’ironie dramatique : le spectateur a une longueur d’avance sur les personnages, et pourtant il tremble pour eux. Et s’il tremble pour eux, c’est qu’il est en totale empathie, qu’il les aime pour de bon, qu’il voudrait les toucher, leur parler : Desdemone, rebelle toi ! Othello, n’as tu pas mal placé ta confiance en Iago ? Ne devrais-tu pas, un instant, ecouter ton amour ? Iago, toi qui vois si clair dans le coeur des hommes, pourquoi fais tu tout cela ?

Que ces cordes, 400 ans plus tard, vibrent toujours, tient du miracle…

Comme beaucoup d’oeuvres de ce jeune dramaturge, Othello est déjà disponible en DVD (réalisé par un certain Orson Welles), mais la pièce se joue toujours au Théâtre de l’Odéon, avec un Michel Fau exceptionnel en Iago.




lundi 1 décembre 2008


Je ne vais pas me faire que des amis, mais…
posté par Professor Ludovico

…bon, oserais-je dire que j’approuve la loi sarkoziste sur la suppression de la publicité sur France Télévisions ? Que je la soutiens, tout simplement, parce que je l’ai toujours soutenu ? Car qui veut une télé de qualité doit accepter une télé sans pression de l’Audimat, et donc sans publicité.

Qu’avons-nous à perdre, sincèrement, d’une France Télévisions au rabais ? La suppression des animateurs-producteurs (Delarue, Drucker, Sébastien) ? Les séries américaines au kilomètre (Cold case, FBI Portés Disparus, Urgences ? On les aura ailleurs, non ?) Les séries françaises pour retraités ? les sagas de l’été ? Fort Boyard ?

Moi ça me va ! Il y a bien longtemps que je ne regarde plus France 2, ses émissions, ses séries, ses variétés idiotes, son journal « pensée unique », aussi mauvais (peut être plus, si on réfléchit bien), que celui de TF1.

Donc je serais ravi de voir la grille de Janvier de France 2 -France 3, même si je ne m’attend pas à grand’ chose, du moins dans un premier temps. Mais dans 3, 4 ans, qui sait ? Peut-être qu’une Arte populaire et franco-française renaître des cendres du soi-disant Service Public…

PS : je précise qu’en revanche je n’approuve pas le volet Napoléonien de la loi (nomination du PDG par le Président de la République, ou comment retricoter en 2 ans ce que Pompidou, Giscard et Mitterrand avaient mis 25 ans à détricoter…)




samedi 22 novembre 2008


Star Trek 11 – Deuxième bande annonce
posté par Professor Ludovico

Je sais qu’on nous prend pour des geeks, de grands enfants à qui on n’offrirait même pas un sabre laser, craignant que l’on ne se blesse. Mais pourtant, ce message vous est destiné : vous n’avez jamais vu Star Trek, ou même, vous détestez ça : allez donc voir la bande-annonce du prochain opus qui traîne sur le web, ici, par exemple.

Et découvrez ce que le petit génie de la télé américaine, Mr Alias, Dr Lost, a effectué comme lifting à la franchise. Évidemment, ce n’est qu’une bande-annonce, c’est peut-être mensonger, mais on a hâte de vérifier ça soi-même, non ?




mercredi 19 novembre 2008


The West Wing, Saison 5
posté par Professor Ludovico

On a déjà dit, dans ces colonnes, tout le bien qu’on pense de la série feelgood sur les arcanes de la Maison Blanche. Humour, pédagogie, mélo, tout y est, avec en plus des acteurs formidables (Martin Sheen, Rob Lowe, entre autres). Et rappelons-le, un coffret de la saison 5 de A la Maison Blanche ne vaut pas plus cher que Loulou la Brocante ou Mafiosa, la nouvelle série mal jouée que nous inflige Canal+.

Le seul reproche qu’on peut faire à The West Wing, c’est qu’ils sont trop gentils. Même les méchants républicains ne veulent, finalement, que le bien de l’Amérique (et donc du monde, évidemment !)

La saison 5 corrige ce défaut en amenant un peu plus d’intensité. On avait cru, un moment, que la saison 4 pouvait être les prémices d’un déclin annoncé, mais il n’en est rien.

Cette nouvelle saison démarre sur les chapeaux de roues, mais surtout, elle invite un poison inconnu dans l’Aile Ouest : les conflits de personnes.

C.J., la fidèle porte-parole, a désormais du mal à suivre le propos présidentiel, Josh fait une grosse bourde et est puni, et la nouvelle recrue (Will Bailey) va vendre son CV ailleurs, etc.

Données classique de la série feuilletonnante, mais inédites dans l’univers ouaté de The West Wing. Faut-il mettre ce changement de pied au crédit de John Wells et Kristin Harms, les producteur s remplaçants ? Rappelons en effet que The West Wing a dû se séparer (ou du moins éloigner) son créateur Aaron Sorkin, pour cause de dépression et surmenage. Le pauvre démiurge – fait unique dans l’usine hollywoodienne – prétendait tout faire lui-même : écrire tout seul, produire tout seul. C’est pas à JJ « je délègue » Abrams que ça arriverait !

Bref, ce changement de direction ne fait pas de mal, puisque l’inspiration est toujours là.

A la Maison Blanche passe aussi anarchiquement sur France 2 et Série Club, donc faites-moi plaisir, jetez-y un coup d’oeil.

* Aaron Sorkin est d’abord un grand scénariste : Des Hommes d’Honneur (pièce puis film), Le Président et Miss Wade, et deux autres séries : Sportsnight, et Studio 60.




vendredi 14 novembre 2008


Bleu d’Enfer
posté par Professor Ludovico

Un titre, une affiche, ça peut vous couper tous vos moyens. C’est le cas de Bleu d’Enfer, au titre nullissime (le titre américain n’est pas mieux : Into the Blue), et une affiche qui semble destinée à un ado que je ne suis plus.

Mais la magie du cinéma opère toujours : images Blu-Ray hantant les rayons « écrans plats » de la Fnac et de Darty (Oh les jolis poissons ! Oh la jolie mer bleue !), et puis le film sur Canal+. Que je rate. Et dimanche, voilà qu’il me tend les bras au vidéo-club.

Bleu d’Enfer, c’est un peu ce que les américains savent faire de mieux. Un petit polar aux faibles ambitions, mais qui vous laisse la banane trois jours après ! L’argument est archi -classique, vieux comme le polar : un petit couple gentillet (Paul Walker/Jessica Alba) gagne chichement sa vie aux Bahamas en faisant le promène-couillons en plongée sous-marine pour touristes ventripotents. Leur rêve : découvrir un de ces milliers de galions espagnols coulés là, par dix mètres de fond. Arrive un deuxième couple moins sympa, copains de notre petit couple sympa : un avocat et sa girlfriend de la semaine. Deux blondes sur un bateau, les ennuis commencent…

Lors d’une plongée, ils tombent sur les traces de ce galion tant désiré, mais aussi sur la carcasse d’un avion rempli de cocaïne. Dilemme : pour exploiter l’épave du galion, il faudrait du matériel, de l’argent, et on n’en a pas. Et si on revendait ne serait-ce qu’un kilo de coke ?

Évidemment, c’est ridicule, ils devraient déjà être en train de prévenir la police, mais le Grand Hitch nous a déjà expliqué que le spectateur est gros pervers à qui le réalisme importe peu, et qui par contre adore que le héros se mette tout seul dans le pétrin, pour voir, justement, comment il va s’en sortir…

Une fois cet enjeu, ce dilemme moral posé, le film est donc lancé: la coke ou l’honneur ? Le galion ou l’amour ? L’ami ou l’amie ? Bleu d’Enfer va passer deux heures à répondre à ces gentilles questions, tout en rajoutant obstacles et péripéties en tout genre.

C’est l’autre succès du film : son rythme. Là où le cinéma Next Gen (Fast and Furious, Wanted, XXX) confond rythme et vitesse, vitesse et précipitation, énergie et confusion, Bleu d’Enfer va à son rythme.

Lentement tout d’abord, le temps pour le spectateur de faire le voyage jusqu’au Bahamas, monter sur le bateau, mettre le maillot de bain, et loucher sur les fesses de Jessica Alba ou le dos d’Ashley Scott. Mais petit à petit, le film va monter en puissance, pour finir dans cette apocalypse miniature qui clôt traditionnellement les polars.

Abasourdi, je me rue sur IMdB pour en savoir plus : qui est derrière cette petite perle des Caraïbes ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Into the Blue est réalisé par John Stockwell, qui nous avait déjà gratifié d’un Blue Crush parait-il excellent, et d’un Crazy/Beautiful qui fut, lui aussi, dans le genre romantique, une belle surprise.

John Stockwell, un garçon à suivre…




vendredi 14 novembre 2008


Mensonges d’état
posté par Professor Ludovico

Quand on s’ennuie au cinéma, c’est toujours le moment de théoriser, ça fait passer le temps.

Incorrigible que je suis, et malgré les tombereaux d’insultes que je déverse sur lui, je suis allé voir le Ridley Scott, Mensonges d’état. Car il a un don, Papy Ridley, c’est de s’attaquer à des sujets toujours très excitants sur le papier : un film de gladiateurs ? J’y vais ! Un duo Russel-Denzel ? J’y vais ! Un duo Crowe-Di Caprio, j’y retourne ! C’est lui qui me fait lever à 8h du mat’ pour aller au cinéma, et sûrement ce qui le rend bankable aux yeux de la Warner, qui lui confie l’adaptation de ce thriller post-11 septembre de David Ignatius.

Alors c’est quoi la théorie ? Eh bien, quand on parle abusivement de « scénario », c’est en fait un ensemble qui fait ce scenario ; un film, c’est la somme d’une intention, d’une histoire, d’une caractérisation, et… d’un scénario !

L’intention, c’est ce qu’on veut faire passer à travers le film, montrer un contexte, dénoncer une situation, etc. L’histoire, c’est en quelques pages, la trame de ce qui va se passer pendant deux heures. Le perso, il va là, il découvre ça, et là, il tombe amoureux de l’infirmière. A ne pas confondre avec le scénario, qui lui comprend toutes l’histoire mais avec les dialogues*. Enfin, il y a la caractérisation, c’est à dire ce que les personnages sont, comment ils parlent, comment ils sont habillés, leurs tics, etc.

Pour en revenir à Mensonges d’Etat, tout est bon, sauf le scénario lui-même !

L’intention est bonne : montrer que les USA, avec toute leur technologie, leurs satellites, leurs drones, leur système Echelon, ont tout faux dans la Guerre contre le Terrorisme. Rien ne remplace la compréhension des problématiques locales, l’infiltration et le retournement des hommes eux-mêmes. Une opposition incarnée par le ventripotent et cynique Russel Crowe, et le jeune et ambitieux Di Caprio, épris du moyen-orient.

L’histoire, aussi, bien vue : Di Caprio est à la recherche d’un terroriste islamiste. Pour cela, il décide – contrairement aux ordres reçus – de collaborer avec les services secrets jordaniens. Une histoire d’amour avec une jeune jordanienne va compliquer les choses. C’est basique, mais ça permet de tisser quelques enjeux dramatiques : solidarité avec le patron bourru et cynique ? Ou avec l’ambigu mais efficace Hani, chef des services secrets jordaniens ? Choisir la voie du coeur (je vivrais bien ici, finit par dire Di Caprio), ou celle de la patrie ?

Mais là où ça se gâte, c’est dans le scénario lui-même, et dans la caractérisation des personnages. Si les deux personnages centraux sont formidables, le reste n’est pas terrible : les terroristes portent le turban, le chef des services secrets jordaniens ressemble à un Andy Garcia classieux, tout cela est très caricatural. Le scénario est à l’avenant : pour indiquer une cible, les terroristes cachent un mot dans une poubelle, écrit en arabe… Et en hollandais ! Lorsque l’amie de Di Caprio est enlevée, celui-ci se propose en échange, et non seulement elle n’est pas libérée, mais ils vont le tuer, lui ! Ces terroristes arabes sont vraiment fourbes !

Non, tout cela est bien dommage, car il y avait matière. Il reste deux belles prestations d’acteurs, un message politique fort, et une belle love story interculturelle…

* Donc à ne pas confondre : Star Wars, scénario de George Lucas, L’Empire Contre Attaque, story de George Lucas, scénario de Lawrence Kasdan. C’était donc ça…




vendredi 14 novembre 2008


The Visitor
posté par Professor Ludovico

Joli film, un peu dépressif, et donc déprimant.

Sur un thème d’actualité – les sans-papiers -, Thomas McCarthy réussit un film honnête et droit. Pourtant, il manque quelque chose. Le personnage principal (Richard Jenkins, le père dans Six Feet Under), est un prof neurasthénique qui accueille, un peu involontairement au début, des sans-papiers chez lui. Mais le personnage est tellement triste, replié à l’intérieur de lui-même, qu’on a du mal à s’identifier à lui. On comprend que le réalisateur veuille jouer de ce contraste (ce renfermement puritain, si profondément WASP, opposé à la volubilité, et aux excès méditerranéens du jeune percussionniste syrien qu’il abrite chez lui. Mais, en contrepartie, le film met une bonne heure à décoller, au moment où, enfin, le jeune homme se fait arrêter. Là, un enjeu est enfin posé, et un deuxième film commence, plus musclé, moins consensuel.

C’est ce film-là qu’il faut aller voir.




vendredi 7 novembre 2008


Quantum of Solace
posté par Professor Ludovico

« James Bond will return » nous informe le dernier plan du générique de fin ; comme si nous étions inquiets ! Comme si, après 22 films de la franchise, la famille Broccoli s’était lassée de se faire des Goldenballs !

Mais pour le Professore, James Bond vient de naître ! Depuis Dr No, le Professore a vu 4 films brocolis*; depuis Casino Royale, il les a tous vu !

Cet article pourrait d’une certaine manière se retrouver dans la rubrique « Pour en Finir Avec », qui, je le rappelle, est l’appareil critique sophistiqué où CineFast démonte les boursouflures cinématographiques. Mais comme il n’y a pas consensus au sein du conseil d’administration de CineFast, et notamment à cause de la motion A (dite « Framekeeper ») fait ressembler cette noble institution à un avatar du Parti Socialiste. Donc je ne m’exprime ici qu’en mon nom, bien sûr.

Je n’aime pas James Bond parce que j’adore les vraies histoires d’espionnage : La Maison Russie, Scorpio (un film des années 70 avec Delon et Burt Lancaster), Spy Game, Raisons d’Etat. Bref peu d’action, mais des coups tordus, de la manipulation, du cynisme. Pas de gadget, pas d’Aston Martin, et pas de roucoulade au champagne comme générique de fin.

Mais force est de constater, depuis le virage Casino Royale, que la franchise a pris un énorme coup de jeune. Moins de gadget, un contexte géopolitique crédible, des scènes d’action qui font physiquement peur, et le tout – miracle ! – sans perdre son âme. Mais surtout, c’est le personnage qui y a énormément gagné : un très bon comédien, Daniel Craig, qui incarne parfaitement l’ambiguïté de la virilité et de la fracture interne…

Ce Quantum of Solace (moment de répit) n’en est pas vraiment un, puisque ça bastonne de bout en bout. Il y a bien sûr quelques invraisemblances, mais globalement on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Alors, quand est ce qu’il return, ce Bond 23 ?

*James Bond contre Dr NO, Dangereusement Vôtre, L’Espion Qui M’aimait, Rien Que Pour Vos Yeux




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