samedi 30 janvier 2016


The Gospel according to Saint Alfred : Les 10 leçons d’Alfred Hitchcock
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Il l’a expliqué pendant une semaine, à François Truffaut et à Helen Scott, mais à nous aussi, qui avons lu Hitchcock/Truffaut, ou écouté le podcast de France Inter, ou tout simplement sommes un peu observateurs dans une salle de cinéma.

Voici donc les Tables de la Loi compilées par Moïse Ludovico, en direct du (Cedar) Sinaï :

1. Tu ne feras pas d’une star un méchant
2. Tu n’adapteras jamais de chefs d’œuvres
3. Tu ne dirigeras pas dans une langue que tu ne connais pas
4. Tu feras attention à ne pas créer de confusion chez le spectateur
5. Tu créeras des décors qui auront l’air vrais
6. Tu ne confondras pas surprise et suspense
6. Tu considéreras le Casting comme un art à part entière
7. Mais tu sauras que le seul véritable art du cinéma, c’est le montage
8. Tu économiseras les plans larges
9. Tu supprimeras les dialogues, souvent inutiles
10. Et le sexe devra être une surprise

A vous de propager désormais la Sainte Parole …

PS : je sais, il y a deux Lois n°6.




lundi 25 janvier 2016


Joy
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Je n’aime pas Jennifer Lawrence. Je n’aime pas David O’Russell (j’avais trouvé Les Rois du Désert pas très drôle et I love Huckabees insupportable). Je ne supportais pas non plus, à vrai dire, le matraquage publicitaire sur Europe 1. Tout cela faisait trois bonnes raisons d’aller voir Joy.

Pourquoi va-t-on au cinéma ? Ça reste toujours mystérieux. Dans ce cas précis, la télé était prise par madame, je n’avais pas envie d’aller très loin et en même temps j’avais vu mon programme de vacances (Star Wars VII, Le Pont des Espions, Back Home, Mia Madre) Et il me restait un chèque Ciné MK2 en limite de péremption. Et ce que passait le MK2 Bastille c’était Joy. Et derrière la pub d’Europe1, résonnait, comme sur la bande annonce, le Fa et le Do, chanté à choeurs d’enfants, l’intro céleste de You can’t always get what you want…

Donc on va voir Joy. Et le début du film ne nous rassure pas : Joy est comme les autres films d’O’Russell : bavard, intello et pas forcément intelligent, trop de texte, trop de dialogues, trop de voix off, et encore une famille de cinglés virevoltants : De Niro en père irresponsable, Edgar Ramirez en ex fainéant, Virginia Madsen (notre princesse Irulan !) avec cinquante kilos de trop, abonnée aux Feux de l’Amour.

Tout cela semble en terrain trop connu. Mais quelque chose déjà nous attire l’œil : Jennifer Lawrence. Elle joue bien très bien, la petite. Et De Niro aussi, qui n’a pas eu d’aussi beau rôle depuis au moins quinze ans.

Et puis on se laisse gagner par cette histoire. Cette femme qui veut réussir, mais sans l’aide d’un prince charmant, comme l’annonce Joy enfant. Cette femme a déjà tout sacrifié ; sa jeunesse, ses études, sa carrière, son couple, pour aider les hommes (et les femmes) qui l’entourent. Son père garagiste dont elle tient pour la comptabilité, son ex-mari qui pense toujours percer dans la chanson, mais qui vit à ses crochets, chez elle. Sa mère, droguée de télé, dont il faut gérer les moindres faits et gestes. Et son travail pour joindre les deux bouts.

Seul horizon : une grand-mère qui croit en elle et en son esprit incroyablement inventif. Une grand-mère. Pas un homme. Elle est là, l’originalité du film. Un conte de fée qui réussit haut la main le test de Bechdel.

Car c’est un conte de fée, pour sûr, un conte de fée américain, bien sûr ; Cendrillon inventera une serpillère magique, gagnera des millions de dollars au Pays des Opportunités et de la Libre Entreprise… et rencontrera quelqu’un qui correspond beaucoup à l’idée d’un Prince Charmant, car il ressemble à Bradley Cooper.

Mais ce qui est si précieux dans ce film, ce qui est si inouï, c’est que Joy réussit seule, sans ce Prince Charmant justement. Grâce à elle-même, sans amant, compagnon affectueux, conseiller brillant, mentor bienveillant…

Si vous trouvez un film qui propose un personnage féminin comme Joy, écrivez à la rédaction, qui transmettra.




vendredi 22 janvier 2016


Jodorowsky’s Dune
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Les films -Les gens ]

Par les mystères d’Internet, et les sombres affiliations RSS qui nous ont fait, un jour, nous abonner à un forum consacré à l’univers de Dune, nous apprenons la projection fortuite de Jodorowsky’s Dune, le documentaire tant attendu sur le mégafilm mort-né qui précéda la version de Lynch.

Comme chacun le sait, Arrakis, a planet also known as Dune, a été créée pour éprouver les fidèles. Donc l’attente, la frustration fait partie du chemin de croix fremen. Mégafilm planté, adaptation lynchienne ratée, série kitchissime, et maintenant documentaire qui n’arrive pas à sortir : le fremen est habitué à l’attente.

Mais le voici. La tempête. Notre tempête. Tout beau, tout chaud, à L’Etrange Festival*. La salle est pleine pour l’événement. Après une petite pique sur la veuve Moebius qui aurait ralenti la sortie (on ne voit pas bien pourquoi), le présentateur lance la projection. Et le doc est passionnant, pas seulement pour les fans de Dune, mais pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma, notamment à la mécanique Hollywoodienne.

Car Dune avait tout pour plaire : un intérêt naissant pour la SF (Star Wars est dans les starting blocks), un livre best-seller, un casting d’enfer (Jagger, Dali, Welles), des concept artists au top (Moebius, Chris Foss, Giger). Et pour la première fois, un storyboard complet du film. Celui-ci circule largement à Hollywood. Les grey suits sont impressionnés : on n’a jamais vu un tel travail de préparation. Mais Dune a juste un petit problème : Alejandro Jodorowsky. Beaucoup de studios sont prêts à faire le film, mais sans Jodo, l’Orson Welles bourré aux amphétamines, vibrionnant 24 heures sur 24, un brin dictatorial**. Hollywood repère les génies à cent mètres, mais veut pouvoir les maîtriser. Sans l’argent US, Michel Seydoux renonce à y aller seul.

Alors que ce terrible échec fait sombrer la fine équipe dans une immense déprime (Dan O’Bannon fera ainsi un séjour en hôpital psychiatrique), Jodo, tout à sa philosophie zen, en tire une leçon de vie : Dune ne sortira jamais, mais Dune – tel l’esprit de Muad’Dib – inondera la pop culture de son influence. A commencer par L’Incal, et Les Metabarons, deux BD où Moebius et Jodorowsky recycleront leurs idées. Et ensuite, évidemment, Star Wars, dont on retrouve des plans issus du fameux storyboard. Mais aussi Alien qui récupère Moebius, Chris Foss, Giger pour produire qui produira le chef d’oeuvre shocker, véritable libération psychanalytique de l’immense frustration d’O’Bannon. Comme si Dune était cette créature tapie dans le ventre d’O’Bannon, et qu’elle ne demandait qu’à jaillir dans l’espace, où – comme chacun sait – personne ne vous entend crier.

Reste une question, entêtante, posée dès l’entrée du documentaire, et qui tourmente le Professore depuis 1977 : quel cinéma de SF aurions-nous aujourd’hui si ce Dune-là était sorti avant Star Wars ?

Poser la question, c’est y répondre.

* Le film sortira le 16 mars 2016 en salles.
** Il faut voir les scènes où il raconte comment il a forcé son fils de 14 ans à un entrainement intense de ju-jitsu pour tenir le rôle de Paul Atréides. Avec le fils (50 ans) à côté de lui. Et aussi celle où il conseille à Dan O’Bannon de « tout vendre » pour venir s’installer à Paris faire le film. Ce que le scénariste fera, à ses dépens.




mercredi 20 janvier 2016


Ettore Scola
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

« Je ne crois pas qu’un film puisse changer quelque chose, qu’il puisse faire la révolution. Mais si un spectateur sort d’un film avec une idée neuve, même une seule idée, je crois que c’est un bon film. »

C’était Monsieur Scola, scénariste du Fanfaron, et réalisateur de chefs d’œuvres comme Le Bal, Une Journée Particulière ou Nous Nous Sommes Tant Aimés, qui nous a quittés hier.




dimanche 17 janvier 2016


Le Cousin Jules
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Le Cousin Jules est un film étonnant. Ce doc, réalisé en 1972, ne sort vraiment qu’aujourd’hui (avant l’été en fait, mais on a du retard à CineFast).

Dominique Benicheti, enfant, allait en vacances chez son cousin Jules, un vieux paysan bourguignon. Devenu cinéaste, il lui demanda (entre 1969 et 1972) l’autorisation de le filmer.

Le résultat, c’est ce Cousin Jules, un documentaire sur un monde disparu : la France éternelle, qui n’existe plus et qui pourtant continue de faire fantasmer les français. Une France rurale dans laquelle rien n’a changé depuis le Moyen Âge. Dans cette ferme, vivent en effet Jules et sa femme : deux octogénaires qui doivent s’occuper des travaux de la ferme. Ils n’ont pas d’enfants ni d’ouvriers. Dans ce monde-là, on ne va pas chez Conforama acheter un lit; on le fait. On a besoin d’une ferronnerie ; on la forge. On mange une nourriture que l’on a élevé ou fait pousser, tuée ou épluchée, et cuisinée soi-même.

Le film tourne donc autour de cela. Cela pourrait être ennuyeux, c’est sublime. Par un montage très simple (mais très rigoureux), par des images magnifiques de la campagne environnante, Le Cousin Jules reconstitue parfaitement la vie de ces vieillards, et leur tragédie.

Il passera sûrement un jour à la télévision, ne le ratez pas.




jeudi 14 janvier 2016


Alan Rickman
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

Never give up, never surrender.




lundi 11 janvier 2016


David Bowie
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

Vous rappelez-vous de ce type
Qui chantait cette vieille chanson ?
Il y a une rumeur qui vient du Contrôle au Sol
Oh non, ne me dis pas que c’est vrai…




samedi 9 janvier 2016


8 Salopards : la pornographie de la violence
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Les gens -Pour en finir avec ... ]

Ce mercredi sur Europe 1, Bruno Cras chroniquait le dernier de Tarantino, 8 Salopards. « Au contraire de ses films passés, » disait-il en substance, « ces 8 Salopards-là sonnent totalement creux : c’est la pornographie de la violence. De la violence, sans aucun sens. Rien que de la violence »

Violence sans conscience n’est que ruine de l’âme, comme dirait l’autre…

C’est bien, on progresse.

Depuis longtemps, nous avons critiqué ce vide intersidéral qui habite les films du génie cinématographique de Knoxville, Tennessee. Depuis Kill Bill, en fait, mais ça s’applique à tous ses films*. Dans Kill Bill, la séquence de combat dans la neige était à couper le souffle, mais quel message véhiculait-elle ?

A l’époque (et toujours aujourd’hui), dès que nous prononçons le mot message, ou morale, les interlocuteurs sortent le revolver. Les sourcils se dressent, et les regards grimpent au plafond.

Pourtant l’art, c’est ça. Pire, ça a toujours été ça. La recherche du beau n’est pas une fin en soi, même si c’est ce qui guide l’artiste au moment de son geste. Non, l’artiste a toujours quelque chose à dire, une idée à faire passer. La grotte de Lascaux, ce n’est pas le papier peint de M. et Mme Cro Magnon, c’est la transmission d’une idée, d’une histoire. Le Sacre de Napoléon, de David, c’est la démonstration du pouvoir impérial. Et c’est également un client à honorer. Laurent de Medicis ou Napoléon Bonaparte. Ou tout simplement Mme Michu qui vient voir Bienvenue chez les Chtis. Car même dans ce film – où l’on peut difficilement prêter à Danny Boon des intentions intellectualisantes – il y a un message : faisons fi de nos préjugés et de nos différences : marseillais ou lensois, nous sommes tous humains. Et ces gens du nord, ils ont dans leurs yeux le bleu qui manque à leur décor…

Mais il n’y a jamais eu un atome de cela chez Tarantino. Dans son âme de cinéphile enfant, il n’a jamais grandi. Il est d’ailleurs notable qu’à son âge (53 ans), il n’ait ni femme ni enfants**. Même à Hollywood, c’est une singularité. Mais un enfant ne peut pas avoir pas d’enfant. Certains trouvent ça touchant ; on peut trouver ça terrifiant.

Tarantino, lui, a eu pour son noël 1992 le plus beau cadeau qui soit : le cinéma. Et depuis, il joue avec : « aujourd’hui, on dirait qu’on ferait un film de guerre, et la jolie projectionniste, elle se battrait contre les nazis. Ou alors on ferait un western, et il y aurait un super sudiste méchant mais Django, il est fort, et vengerait tout le monde. Ou alors, on prendrait des filles canons, et elles se vengeraient avec des voitures … »

On s’amuse, bien sûr, pendant les films de Tarantino. Mais que nous disent ces films ? Rien. Ils ne nous touchent pas. Depuis toujours. Et il est temps que la critique s’en rende compte.

*À l’exception notable de Jackie Brown
** « Je n’ai ni femme ni enfants, mais je ne regrette rien, le cinéma en vaut la peine. » Interview très instructif à Paris Match




mercredi 6 janvier 2016


Star Wars VII – Le Réveil de la Force
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il fallait avoir, à vrai dire, les meilleures dispositions pour aller voir Le Réveil de la Force. Sur les lèvres, ce petit mépris habituel pour les pitreries space opera de George Lucas, ce genre SF tombé dans l’oubli en 1940 et fort mal à propos remis au goût du jour par un petit matin de mai 1977. Et plein de condescendance, aussi, devant la populace qui se jetait sur le chef d’œuvre attendu.

Nous avons expliqué à longueur de colonnes ici d’où vient cette condescendance, d’où vient ce mépris. Pas de snobisme, mais l’horrible sentiment que notre littérature chérie (Brunner, Bradbury, Brown, Dick, Delany, Haldeman, Lem, Herbert, Lovecraft, Moorcock, Pohl, Sheckley, Simak, Sprague De Camp, Strougaski, Zelazny…) avait disparu dans un trou spatio-temporel créée par le succès gargantuesque de l’opérette en pyjama de Mr Lucas. Star Wars, en ressuscitant un genre défunt et méprisé des amateurs, était devenu LA science-fiction pour le grand public. Non seulement Lucas avait piqué dans les fonds de tiroirs du genre (Buck Rogers et les serial des années 30), non seulement il avait volé les idées des plus grands (Dune, pour ne pas le nommer, mais aussi La Forteresse Cachée de Kurosawa, Metropolis, et Le Magicien d’Oz, ou The Dam Busters pour les scènes finales*), mais en plus, il le faisait mal. Car Star Wars n’a eu aucune descendance : le space opera n’a pas fleuri comme genre cinématographique, et il a fallu attendre près de quarante ans pour qu’éclose une nouvelle tentative (beaucoup mieux réussie, John Carter)

Condescendance et mépris, quelles meilleures dispositions d’esprit pour aller voir un film ? Pas de risque d’être déçu, en effet.

Et ce raisonnement marche ; force est de constater que l’on ne s’ennuie pas à ce Star Wars. L’ensemble est plaisant, et il y a même de grands moments, qui sont maintenant relevables. (Il est à supposer que tout le monde a vu Le Réveil de la Force, non ?)

Le début est excitant, le nouveau méchant est magnifique (il faut dire que c’est notre chouchou des Girls), son dilemme est formidablement géré et crée une surprise totale, le duel nocturne dans la neige est splendide, et le retour de Luke est particulièrement émouvant. On oubliera les prestations pitoyables de Harrison Ford et de Carrie Fischer, ainsi que le pénible intermède dans une nouvelle Cantina moyenâgeuse.

Car comme tout JJ Abrams qui se respecte, tout cela est très bien fait. Cependant, on reste en territoire connu, et même ultra balisé. On a d’ailleurs du mal à comprendre les précautions prises par Disney pour que rien ne fuite avant la sortie, car Le Réveil de la Force n’est rien d’autre que le scénario du IV, V, VI**.

Ce que les fans appellent hommage se nomme plutôt copier-coller. Un héros vit une vie miséreuse sur une planète désertique ; il ressent l’appel de la Force. Il y renonce une première fois, pour accepter finalement la deuxième. Dans l’espace, le Côté Obscur a bricolé une planète qui permet de détruire, avec un rayon lumineux, d’autres planètes*. Il est tout à fait symptomatique que Star Wars, même sous les mains de très bons scénaristes comme JJ Abrams et Lawrence Kasdan, soit incapable de produire un autre scénario-type que le Star Wars de 1977.

Dans Star Trek, il y a eu cinquante façons de détruire l’univers. Dans Star Wars, il n’y en a qu’une. Parce que le space opera ne produit que ce genre de clichés. C’est sa génétique, son ADN, et c’est ce côté hamburger de chez McDonald’s qui ravit les foules. Toujours le même goût quarante ans après : contrebandiers de l’espace, monstres en plastique, histoires de famille façon tragédie grecque, et duels au sabre laser.

C’est déjà beaucoup, mais en même temps, c’est très peu.

* Ce qui est expliqué en détail ici, vidéos à l’appui…
** A voir : les 18 similarités relevées par Entertainment Weekly.




dimanche 3 janvier 2016


Le Pont des Espions
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

La vieillesse a du bon. On se bonifie avec l’âge, dit-on. C’est le cas de Steven Spielberg : un bon cru dès le départ donne un aujourd’hui un très grand cru.

Ce Pont des Espions est à la fois un film très patriote (la justice, la démocratie, l’honneur américain) et un film qui a le bon goût de ne pas l’être. Ici, ce n’est pas tant le talent de Spielberg que nous louerons, c’est sa subtilité et sa sobriété. Pas le Spielberg d’Amistad, d’Always, du Cheval de Guerre, mais celui de Munich, de Lincoln, de la Liste de Schindler.

Le Pont des Espions, c’est l’apogée d’un certain cinéma classique, où l’on prend le temps d’esquisser ses personnages sans céder à aucune facilité. Là où un jeune Spielberg aurait appuyé ses effets, le vieux Spielberg les tient à distance.

Comme d’habitude, il défend les valeurs de la parole donnée, de l’honnêteté, de la justice due à tout monde. Même à son pire ennemi, même quand on est en guerre, même quand on est au bord de l’apocalypse nucléaire.

Spielberg touche là un nerf particulièrement à vif de l’idéal américain. Peut-on rester une démocratie alors que l’on est en guerre ? Doit-on au contraire réduire nos libertés, mettre en veille nos idéaux, confier nos intérêts au meilleurs, le temps de rétablir la paix ? Doit-on rester Athènes, ou devenir Sparte ? Ce questionnement irrigue la Guerre d’Indépendance, la Guerre de Sécession, la Seconde Guerre Mondiale, puis le Vietnam et aujourd’hui la Guerre contre le Terrorisme. Le cinéma américain reflète ces débats, de USS Alabama à 300, de Battlestar Galactica à 24, de Lincoln au Pont des Espions.

La réussite du film tient tout autant à son casting. Tom Hanks est parfait, mais c’est évidemment un film fait pour lui. La performance est plutôt du côté de l’espion russe, que Spielberg rend sympathique grâce à Mark Rylance. Tout en castant un parfait inconnu, Austin Stowell, dans le rôle de Gary Powers le pilote de l’U2 qui n’a pas eu le courage « américain » de se tuer plutôt que de se livrer, et que Spielberg réhabilite dans la dernière ligne droite. Au contraire, il met dans un rôle censément moins important (l’ami de Powers) le sympathique et connu Jesse Plemons (Landry dans Friday Night Lights).

Comment mieux dire que Gary Powers n’est pas le héros de cet histoire ? Même si, en tant qu’homme, il vaut mieux survivre ? Que l’espion russe vaut autant que lui, peut-être même plus ?

Tout Spielberg est là-dedans : une parfaite compréhension, et une complète empathie, pour l’âme humaine. Et le refus des mouvements de la masse, anticommuniste ou raciste, prête à se trouver n’importe quel bouc émissaire… Dans ces périodes troubles, quand les forces sociales vous poussent au pire, seule la fermeté des valeurs permet de tenir le cap dans la tempête.

Même si les valeurs ne gagnent pas toujours, à l’image de la fin douce-amère du film, qui rappelle tout autant Munich que Zero Dark Thirty.




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