samedi 23 septembre 2017


The State
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

On peine à comprendre la polémique qui entoure le nouveau opus de Peter Kosminsky, The State. Certes, l’intrigue est située du côté des personnages, quatre anglais (deux hommes, deux femmes) venus soutenir la guerre en Syrie. Mais en aucun cas Kosminsky ne prend le parti de l’EI.

L’auteur de Warriors s’intéresse plutôt à leurs désillusions ; quand la médecin découvre qu’en tant que femme elle ne peut pas, malgré les promesses Facebook, aider à l’hôpital ; ou quand un garçon réalise que les motifs qui l’ont fait venir ne sont qu’un tissu de mensonges.

Comme d’habitude chez Kosminsky, ce n’est pas extrêmement mis en scène, c’est simple, basique, réaliste, affreusement réaliste. Mais pour une fois, on voit un peu les failles du système Kosminsky. Cette austérité toute puritaine pour la réalité, rien que la réalité, c’est aussi un cœur presque sec. On commence in media res sans savoir pourquoi ces gens ont décidé de rejoindre l’Etat Islamique.

On ne s’intéresse pas beaucoup à ces personnages, et la série étant extrêmement courte (4 épisodes), on a peu le temps de comprendre leurs péripéties scénaristiques. Quand l’un se transforme en bombe humaine tandis que l’autre décide de revenir en Grande Bretagne, on n’est déjà à la fin de The State.

Qui confine donc au documentaire, voire au docudrama. Ce qui a toujours été le risque des œuvres de Kosminsky.




dimanche 17 septembre 2017


Back to Baltimore
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

On retourne, le cœur serré, dans les streets of Baltimore avec le Professorino. Wee Bey, Bodie, Stringer B, Dee Angelo, la partie d’échec dans les pavillons, les Projects, McNulty et Rawls, Bunk et Bubbles. Le truc a pris un coup de vieux, mais on le voit enfin en HD et on comprend.

Car il y a cette ironie dramatique, qui nous fait connaitre à l’avance le destin de chacun, ce fatum de l’incroyable roman russe de David Simon qui pèse sur tous les protagonistes, pour une fois traités d’égal à égal ; flics ou gangsters, riches ou pauvres, blancs ou noirs…

Et revient alors de notre mémoire cinéphilique l’épilogue de Barry Lyndon : « It was in the reign of King George III that the aforesaid personages lived and quarrelled ; good or bad, handsome or ugly, rich or poor, they are all equal now »*

* « Ce fut sous le règne du roi Georges III que ces personnages vécurent et se querellèrent ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux maintenant »




samedi 16 septembre 2017


Harry Dean Stanton
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Dès notre première rencontre, dans les soutes du Nostromo, nous sommes tombés amoureux de lui. Lui, le Brett d’Alien négociant par monosyllabes ses primes avec Ripley, nous avait doublement convaincu. Prolo crédible d’un futur habituellement peuplé de permanentés en pyjamas blancs et de princesses en jupettes, Stanton était aussi un comédien incroyable. Avec son air de chien battu, il explosa véritablement dans Paris Texas, rôle quasi mutique.

Pourtant Harry Dean Stanton n’était pas un débutant, il a joué dans 200 films depuis les années 50. Western, SF, films d’auteur, séries, Stanton a tout fait : Les Mystères de l’Ouest et Rintintin, Big Love, Dans la Chaleur de la Nuit et De l’or pour les Braves, Le Parrain et Missouri Breaks, L’Aube Rouge et Rose Bonbon, Sailor & Lula ou La Ligne Verte. Mais il n’a jamais vraiment percé.

À chaque fois qu’on le recroisait, comme dernièrement dans Twin Peaks – The Return, c’était comme un vieux tonton de province qui passait à la noël. On embrassait ses vieilles joues mal rasées, et on reparlait des bonbons au caramel, et des parties de pêche dans la rivière.

Adieu, tonton Harry.




samedi 16 septembre 2017


Une Vie Violente
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Vous n’allez pas reconnaître le Professore. Une Vie Violente n’est pas très bien filmé, il n’est pas bien joué (comédiens amateurs oblige), on ne comprend pas bien le dialogue (même raison), on ne comprend pas bien ce qui se passe, à cause d’une mise en scène qui ferait bien de prendre des leçons de clarification chez Hitchcock pour – par exemple – bien distinguer ses personnages.

Pourtant cette Vie Violente a bluffé le Professore. Parce que le sujet est fort et parce que, justement grâce à ses comédiens amateurs, filmé dans le jus, tout est authentique. Le passage à l’acte d’un jeune bourgeois corse, la bascule du nationalisme idéaliste à la lutte armée, un sujet qui passionne depuis toujours. Comment devient-on Andreas Baader ? Comment passer de l’Université à la Kalachnikov ? Du petit banditisme à la l’islam intransigeant ?

C’est précisément le sujet, traité avec beaucoup de subtilité par Thierry de Peretti. A la fois ironique et empathique, le réalisateur jette sur ses personnages un regard presque affectueux. Même quand ceux-ci se laissent emporter par un idéalisme naïf et confus, mi-nationaliste, mi-marxiste. Mais après tout, qu’est-ce qui nous reste, si on n’a pas d’idéal ? De l’autre côté, il filme sans complaisance le banditisme, petit ou gros, qui gangrène le nationalisme corse des années 90.

Cette double dialectique fait tout l’intérêt de cette Vie Violente, qui invoque tout à la fois Pasolini et les guelfes et le gibelins du Dante de la Divine Comédie.




samedi 16 septembre 2017


Vietnam
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire -Séries TV ]

Oyez, oyez braves gens ! Le cirque Burns est en ville avec son nouveau spectacle, Viet-NAAAAAM ! Neuf heures d’amusement, de frayeur, et de rires pour toute la famille ! Découvrez les rives enchanteresses de la Nang River, le Siège de Khe San, la bataille d’Hamburger Hill ! Photo dézoomées, témoignages austères, gros plan sur des casques Born to Kill et joint de marijuana !!! Le Grand Orchestre du Cirque Burns est dirigé par Messieurs Trent Reznor et Atticus Ross !!

Ne manquez pas le spectacle ! Le Cirque Burns sera en ville à partir de mardi 20 heures jusqu’à jeudi, dernier délai, pour trois heures de spectacle formidables par jour !

Rentrez chez vous braves gens ! Allumez votre téléviseur ! Et regardez !!!

Vietnam, un documentaire de Ken Burns et Lynn Novick
Arte, du 19 au 21 septembre à 20h50




lundi 4 septembre 2017


Wolf Hall
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Au moment où Peter Kosminsky revient sur Canal+ avec le provocant The State, Arte rediffuse Wolf Hall, ses Tudors minimalistes. La série date de 2015 et cette tanière du loup est une énième variation, adaptée des livres de Hilary Mantel, sur le grand événement fondateur de la monarchie anglaise : comment un pays profondément catholique, avec un roi marié à une princesse espagnole, Catherine d’Aragon, a basculé dans un régime totalement spécifique inspiré par la réforme.

Il y avait déjà eu la version glamour signée Michael Hirst, et beaucoup d’autres versions cinématographiques, il y a maintenant le Wolf Hall de Monsieur Kosminsky. C’est évidemment le premier atout marketing de cette mini-série de six épisodes. Sec comme un coup de trique comme Warriors, sans concession, comme La Promesse. Mais il y a aussi Mark Rylance, le Rudolf Abel du Pont des Espions, le père de Dunkerque. Il interprète ici un Cromwell de haute facture : silencieux, machiavélien, tour à tour terrifiant et terrifié.

On le comprend, ces Tudors-là sont à l’exact opposé des Tudors de Hirst. Pas de beaux costumes, pas de décors magnifiques, mais plutôt une sorte de reportage, caméra à l’épaule, dans de vrais décors. C’est la force et la faiblesse de la version Kosminsky. Sexy comme une bible de Martin Luther, il a pourtant tout pour plaire. Pour cette vision ultra réaliste des relations très particulières qu’entretiennent prince et conseiller, le premier toujours à quelques centimètres de planter la tête du second au bout d’une pique (ce qu’il fera quelques années plus tard)…

Rylance est tout simplement parfait dans le rôle, gardant dans le silence, plutôt que proférer d’inutiles dialogues, une relation distante avec ses maitres (Damian Lewis, tout aussi parfait en Henri VIII).

Pour tout amateur d’histoire : un must.




dimanche 3 septembre 2017


Que Dios nos Perdone
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

C’est le polar de l’été* : autour du cliché de flics obstinés à la poursuite d’un meurtrier, Rodrigo Sorogoyen trace à Madrid, en pleine visite de Benoit XVI, un de ces polars hardboiled qui font le succès du genre depuis toujours. Analyse sociale, pression religieuse, personnages bien trempés, on est à la fois en terrain connu et dans une forme de maestria psychologique.

Car Sorogoyen travaille ce qu’il faut : les personnages, les enjeux, les dialogues. Un flic bègue, coinçouille et déterminé, mais qui a aussi ses côtés obscurs, son collègue, grande gueule au bord de la rupture, des chefs politicards qui sont là soudain quand il le faut… De l’action, mais pas trop. Du gore, mais pas trop, et un final désespéré à souhait. On pourrait être dans le LA dans les années trente, à NY dans les années soixante-dix, ou au Caire de ce début de millénaire, ça marche toujours.

* Encore une recommandation de Notre Agent au Kremlin : bon sang de polar latino ne saurait mentir, puisqu’elle nous avait aussi amené à voir Dans ses Yeux




samedi 2 septembre 2017


You’ll Never Make Love in This Town Again
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Les gens ]

En 1991, You’ll Never Eat Lunch in This Town Again, la chronique assassine des mœurs machos d’Hollywood défraie la chronique. Julia Phillips, la productrice de Rencontres du Troisième Type et de Taxi Driver dévoile son addiction, et les coulisses, les vices de ses confrère de l’Usine à Rêves des seventies. On aurait dû le chroniquer, on a oublié. On parlera donc rapidement de celui-ci, beaucoup moins profond, beaucoup moins bien écrit, qui surfa sur la vague cinq ans plus tard.

Rassemblé par Joanne Parent, il s’agit de quatre témoignages de call girls à Hollywood. En plein affaire Heidi Fleiss, quatre jeunes femmes racontent leurs expériences dans Vice City. Evidemment c’est racoleur, trash, probablement pas totalement sincère, mais c’est pour ça qu’on le lit. Mais c’est néanmoins intéressant en creux.

Car si on se régale des vilenies fantasques et autres perversions de Stallone, James Caan, ou Timothy Hutton, ou de cheiks saoudiens en goguette, ça peut être répétitif au bout d’un moment. Ce qui est passionnant, par contre, c’est la sociologie locale. En gros, des jeunes filles de bonne famille, dont ladite famille travaille dans le milieu ou pas loin. Et qui profitent de la douce vie angeline, sans vouloir en payer les désagréments ; le loyer par exemple. On trouve donc un micheton de haut niveau pour régler les dettes du dealer et du propriétaire.

Autre enseignement, la forte consanguinité du milieu ; tout le monde a couché avec tout le monde… on croise vite dans You’ll Never Make Love nos autres totems fétiches : OJ Simpson et madame, Robert Evans et Don Simpson, Mick Jagger et Jack Nicholson.

Ça ferait un bon film pour Sofia Coppola.




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