mardi 27 novembre 2007


Eloge du cinéma français
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

On me met en demeure via le jeune Giovanni Drogo (N’as-tu donc pas mieux à faire jeune Drogo ? Surveiller ton désert, par exemple ?), de sortir de cette antienne pro-américaine qui fait la spécificité de CineFast, et de s’ouvrir enfin au cher vieux pays en vantant les mérites du cinéma hexagonal. Et on me jette en pâture Melville et Sautet.

Je veux bien m’incliner, mais pas devant ces deux-là ! Pour des raisons fort différentes, d’ailleurs. Melville est pour moi un bon réalisateur (Le Cercle Rouge, L’armée Des Ombres) mais aussi un esthète chiant (Le Samouraï, Les Enfants Terribles). Gotlib avait, en son temps, pointé les clichés du cinéma melvillien dans une Rubrique à Brac assez bien vue. Melville a gardé depuis sa mort une sorte d’aura un peu incompréhensible, mais bon !

Sautet est plus doué (Un Mauvais Fils, Vincent, François, Paul… Et Les Autres, Max et les Ferrailleurs) mais il est – et ce n’est pas de sa faute, évidemment -, l’inventeur du cinéma bourgeois à la française qui depuis fait florès. Un cinéma qui fait tout le charme de notre production germanopratine : des histoires de médecins et d’avocats, qui ont des problèmes d’adultère de médecins et d’avocats, pour un public de médecins et d’avocats.

Donc s’il me faut défendre notre cinéma, je choisirais un autre binôme, plus proche de ma nostalgie et de mon panthéon personnel : Yves Boisset et Pierre Granier-Deferre. S’agissant du premier, qui certes ne fait plus que téléfilms ou des mauvais films depuis Le Prix du Danger (1983, tout de même), voilà un réalisateur qui a enchanté mes années 70 : Le juge Fayard dit le Shérif, Espion, lève toi, Un Taxi Mauve, La Femme Flic, Dupont Lajoie, RAS : la liste est longue de films qui certes ne sont pas des chefs d’œuvre, mais forment une œuvre qui tient la route. Des films « de gauche » comme on disait à l’époque avec des comédiens formidables (l’immense Dewaere, bien sûr, mais aussi Lino Ventura, Jean Carmet, Michel Piccoli, Philippe Léotard, etc.) Ses films étaient des films engagés, mais toujours avec un scénario en béton, dialogués, avec de l’action. Et ils n’hésitaient pas à se colleter avec les problèmes du temps : les agissements du SAC, la corruption des notables locaux, la guerre en Algérie, le racisme ordinaire… Des problématiques qu’on appelle aujourd’hui, trente ans après, à voir enfin sur nos écrans de télévision.

Pierre Granier Deferre est un peu comme Yves Boisset (sauf qu’il vient de mourir !). On lui doit Adieu Poulet, mais aussi Le Chat, La Horse et l’excellent Une Etrange Affaire avec Piccoli et Lanvin. Il a aussi réalisé ensuite un paquet de niaiseries dont l’inénarrable et cultissime Toubib avec Alain Delon et Véronique Jeannot. Mais pour la bonne partie de sa cinématographie, il fut un réalisateur rigoureux et un scénariste minutieux.




mardi 27 novembre 2007


Le Royaume
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Si, après avoir visionné 24 ou Transformers, l’on doutait encore de l’état de confusion mentale qui règne aux Etats-Unis, Le Royaume achève de vous convaincre. Voilà un film qui change tellement de casquettes que l’on frôle la schizophrénie.

L’argument pourtant, est celui de la Grosse Connerie Américaine : lors d’un attentat terroriste, 200 américains sont tués en Arabie Saoudite. Craignant la réaction du gouvernement saoudien (ou respectant simplement la légitimité du royaume ??), le Département d’Etat refuse d’intervenir dans l’enquête. Las, Jamie Foxx, un agent du FBI qui a perdu son meilleur copain là-bas, décide de mener lui-même l’enquête avec une bande de copains : la jolie scientifique (Jennifer Garner), le spécialiste en explosifs texan (Chris Cooper), et le comique juif de service (Jason Bateman). Au début, l’enquête est difficile, parce que le militaire local (je traduis : un arabe), ne fait que leur mettre des bâtons dans les roues : pas le droit de toucher un corps de musulman, pas le droit à une femme de venir dans certains quartiers, etc. Au final, pourtant, l’arabe saoudien et le black yankee vont réussir à travailler ensemble, comme on pouvait s’y attendre…

Que du classique, donc. On aurait aussi bien pu mettre Denzel Washington ou Bruce Willis, mise en scène de Tony Scott. Mais graphiquement, Le Royaume enterre ces films des années 80/90 ; le look est très clairement Syriana, ou plutôt Michael Mann, producteur du film. Images léchées mais ambiance glauque, caméra portée, musique subtile de Danny Elfman : on n’est pas dans le blockbuster traditionnel.

Sur le fond aussi. Il y a dans Le Royaume une volonté pédagogique évidente, présente dès le pré-générique : à l’aide d’infographies, Peter Berg résume en 3mn un siècle d’histoire du pétrole : fondation de la dynastie des Saoud, emprise US sur le royaume, pourtant réservé à l’origine aux anglais, aide d’Ousama Ben Laden puis mise à l’écart d’icelui, et se conclut sur deux histogrammes : à ma droite, le plus gros producteur de pétrole au monde : l’Arabie Saoudite ; à ma gauche, le plus gros consommateur de pétrole : les Etats-Unis. Ces deux histogrammes deviennent deux tours dans lesquels, évidemment, percute un avion. Ce n’est pas la première fois qu’on entend ça mais pour le coup, ça met le spectateur dans un drôle d’état d’esprit : ce que vous allez voir, les gars, c’est pas l’habituelle grosse déconnade, c’est la RE-A-LI-TE !

Ce qui fait que l’on navigue en permanence entre la consternation et l’admiration. Entre l’envie de rigoler devant tant de ridicule (J. Garner offrant des sucettes aux p’tits n’enfants) et l’envie de pleurer devant l’émotion, véritable, qui surgit ici et là, ou encore la force pédagogique du film : « A qui donne-t-on exactement nos soldats, nos ouvriers, nos dollars ? » Difficile à la fin de qualifier le film de droite ou de gauche, par exemple… Difficile de dire si le film est au final manichéen ou pédagogique … Difficile enfin de se sortir du Royaume, car la morale du film, si anxiogène qu’elle ne peut être ici révélée, oblige sans arrêt à y revenir.




mardi 6 novembre 2007


Une petite confirmation…
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Une petite confirmation…

…comme ça en passant : Barry Lyndon, diffusée hier sur Arte a réussi un record de 7,5% de part de marché (Arte fait d’habitude 3%) ; pas mal pour un film de 1975 qui montre que « le soleil se couche le soir »! Un film qui gagna 4 oscars, tous techniques (Costume, Musique, Direction Artistique, Photographie) et rata tous les oscars avec « Stanley Kubrick » marqués dessus (Scénario, Réalisateur, Meilleur Film)…




samedi 3 novembre 2007


Paranoid Park
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Quoi de pire qu’un grand artiste qui se parodie lui-même ? Gus van Sant a fait beaucoup de grands films (Drugstore Cowboy, Good Will Hunting, Elephant), mais il semble avoir perdu la main. Même avec la philosophie « one for them, one for me », il rate aussi bien ses films grands publics que ses films plus personnels. Paranoid Park fait partie de la seconde catégorie, mais le côté expérimental qui était le seul point intéressant de Last Days ou Gerry semble ici ramer à contre courant : toujours les sempiternels plans d’ados de dos, la musique élégiaque et les images splendides qui comblent la faiblesse du scénario. Beau et chiant, donc.




jeudi 1 novembre 2007


Qu’est-ce qu’un chef d’œuvre ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Voilà un terme bien galvaudé, que vous retrouvez cent fois par jour dans votre magazine ciné ou votre programme TV. Comment se repérer au milieu de ces milliers de chef d’œuvre décrétés ? C’est très simple : le temps, qui fait son œuvre.

Prenons Heat, par exemple. Un film qui a reçu un bon accueil critique à l’époque, et qui a plutôt bien marché. Catalogué en 1995 comme un très bon film de genre, il est aujourd’hui propulsé comme chef d’ouvre, et – signe qui ne trompe pas -, multidiffusé à la télé, notamment sur TF1 : le chef d’œuvre, par essence, casse le genre, brise les barrières sociales, et s’impose à tous : PDG ou prolo, fan des cahiers ou ménagère de moins de 50 ans.

Dans le même ordre d’idée, au moment où sont rediffusés tous les Kubrick cette semaine sur Arte, rappelons qu’ils ont rarement eu la chance d’un bon accueil critique à leur sortie. Un chroniqueur américain moquait ainsi Barry Lyndon à sa sortie : « M. Kubrick nous montre que le soleil se lève le matin et se couche le soir, ce que nous savions déjà. »

Rappelons également que le Stanley n’a jamais reçu d’Oscar ou de Palme des Alpes Maritimes. La réputation du « maître » s’est plutôt faite peu à peu, comme si le public prenait du recul avec le temps et pouvait apprécier l’œuvre dans son entier*. Mais, même à la fin, pour Eyes Wide Shut, que n’avons nous entendu ? Film plat, un peu raté, à côté de la plaque… 8 ans après, le film s’est imposé, comme tous les autres.

A contrario, qui se souvient aujourd’hui de Porté disparu ? La Ballade de Narayama ? Les Meilleures Intentions ? Le Goût de la Cerise ? L’Eternité et un Jour ? **

*grâce notamment au fabuleux livre de Michel Ciment « Kubrick »
**Palmes d’Or 1982, 1983,1992, 1997,1998




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