jeudi 30 avril 2015


Game of Thrones, saison 5 : Hail to the queen !
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Ça y est, c’est parti ! Après un premier épisode poussif façon Un Village Français (je te remets chaque personnage en situation), un deuxième épisode qui passait la seconde : « For my head ? She should have proposed her cunt ! The best part of her, for the best part of me… »

Ce troisième opus « High Sparrow » lance vraiment la saison 5 avec quelques moment déjà cultes. On comprend enfin certains arcs narratifs lancés parfois depuis TRES longtemps la série (les Greyjoy, les Bolton, Winterfell, etc.) ; les personnages déploient les ailes (immenses) de leurs personnalités complexes ; le tout ciselé finement par les scénaristes de la série phare de HBO.

Au milieu trône Cersei Lannister. Mieux que la blondinette Khaleesi, mieux que le chouchou Tyrion, Lena Headey trouve ici le rôle de sa vie. Mère déchirée par ses enfants, épouse malmenée, sœur acariâtre, amante incestueuse, reine politique qui doit chaque jour réimposer son leadership, le personnage de Cersei est assurément la plus belle réussite du Trône de Fer…

Pour cela, il fallait une comédienne d’exception, que la carrière de Headey ne laissait entrevoir : 300, Dredd, et une flopée de mauvaises séries TV… Elle se révèle ici, dans un rôle subtil, ambigu, émouvant, terrifiant, et elle arrive à nous faire aimer cette mère psychotique.

Hail to the queen!




mercredi 29 avril 2015


Breaking Bad
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Avec l’amicale pression de mes amis, j’ai fini par regarder la première saison de Breaking Bad. Qu’est-ce que j’en pense, c’est là la question.

Il y a quelques années, nous sommes allés au Canada avec la Professora, également sur l’amicale pression de nos amis : « Vous verrez, le Canada c’est formidable ! Le pays est gigantesque, les gens sont sympas, ils ont des bagnoles énormes et des paysages à couper le souffle ! » Nos amis avaient juste oublié quelque chose ; nous étions déjà allés aux Etats-Unis, et pas eux. Les Etats-Unis, un pays où les gens sont sympas, qui ont des grosses bagnoles, et leurs paysages sont à couper le souffle. Le Canada est un pays sympathique, mais qui n’a pas le niveau avec les USA (mais où, pour le coup, les gens sont vraiment sympas).

C’est un peu la même chose avec Breaking Bad. C’est un show sympathique, très bien fait, qui a plein de qualités mais n’est pas à la hauteur des grandes séries. Et le Professore Ludovico a la faiblesse de penser que les gens la trouvent géniale parce qu’ils n’ont pas vu Oz, The Corner, Sur Ecoute, pour ne prendre que des séries sur le même thème.

Ce qui gêne sur Breaking Bad, c’est que c’est une série comique, et que finalement, ça ne donne pas tellement envie de la regarder. Car pour être comique, Breaking Bad se doit d’être caricaturale : les femmes sont des desperate housewives, les flics un peu trop cons, et les gangsta latinos un peu trop terrifiants. Enfin, et c’est l’éternel problème, Breaking Bad se croit être clivante et dérangeante parce qu’elle est trash. Comme Dexter. Comme 24. « Tu vas voir ce que tu vas voir ! », nous glisse-t-on à l’oreille. Des gens qu’on fait fondre dans l’acide. Des gens qu’on étrangle avec un antivol. Qu’on fait sauter à l’explosif.

Je m’étonne toujours qu’on soit fasciné par ce genre de violence rigolote, dont Quentin Tarantino s’est fait le chantre absolu. Car j’y vois plus les grandes frustrations de l’Amérique (et les nôtres avec) qu’une véritable provocation. The Wire est dérangeant, parce qu’il montre que Baltimore est entièrement gangrénée par l’argent de la drogue, du dealer à la Mairie : ça, c’est dérangeant, ça c’est clivant. Mais Breaking Bad n’est que l’étalage de la grande frustration de la guerre désormais perdue contre la drogue qui ravage un pays, et qui ne trouve rien d’autre comme héros rédempteur qu’un pauvre type, prof de chimie bouffé par le cancer. Walter White – le point de vue de Breaking Bad – est comme par hasard un grand frustré (sexuel, familial, et professionnel), bien décidé de se venger de l’American Way of Life. Des bonnes femmes qui font chier, de la famille qui pèse comme un couvercle bas et lourd, des beaux-frères machos et stupides, des collègues qui ont réussi et des gamins qui n’écoutent pas en classe.

Si c’est ça la transgression, ce n’est pas si intéressant. Dire du mal de l’Amérique, c’est facile. En dire du bien (comme Aaron Sorkin ou Peter Berg) est plus difficile. Et dire quelque chose, quelque chose d’intéressant, ça, c’est très difficile. C’est ce que fait Friday Night Light, les Soprano, Generation Kill, Mad Men ou Game of Thrones, qui, comme chacun sait, est la grande série sur l’Amérique de 2010, on y reviendra peut-être un jour.

Après, qu’on se comprenne : Breaking Bad est une bonne série, rigolote, marrante, qu’on a envie de regarder en mangeant des chips. En creux, ce n’est pas une série qui vous arrête de boire et de manger. Va-t-on y passer cinq saisons ? That is the question.




dimanche 26 avril 2015


Iranien
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Voilà une tentative étonnante. Un iranien, Mehran Tamadon, opposant au régime, et qui vit en France avec une française mais qui désespère de voir son pays coincé dans une théocratie absurde, essaye de convaincre quelques mollahs de discuter avec lui. De discuter de la religion, de la démocratie, du voile, bref, de la possibilité de « vivre ensemble », ce qui fait bien rire les trois religieux qui ont finalement accepté de passer un week-end avec lui.

Le film est passionnant, parce qu’il démontre la faiblesse de la démocratie (le moins pire de tous les systèmes) face à une théocratie sûre d’elle-même. Les mollahs ne sont pas les idiots obtus que l’on croit. Orateurs doués, ce sont des dialecticiens entraînés à prêcher et à imposer leurs idées. Et que disent-ils, ces mollahs ? Que cette République Islamique a été instaurée librement, démocratiquement par 95 % de la population… Il y a 34 ans. Ce que fait remarquer, malicieux, Tamadon, mais il n’arrive pas à porter son avantage plus loin. En tout cas, enchaînent ses contradicteurs, la minorité, c’est lui. Et la minorité doit respecter les règles édictées par la majorité.

La démocratie, on le voit, est ainsi prise à son propre piège. « Nous sommes restés une démocratie, les gens votent et ils veulent la loi religieuse : ce n’est pas nous qui leur imposons. »

Le moment clef du film, c’est quand Tamadon, très doucement, très gentiment, tente la métaphore de cette maison de weekend comme espace pour « vivre ensemble ». Deux mots qui sonnent soudain caricaturaux. « Imaginons la société comme cette maison ; dans vos chambres, chacun fait ce qu’il veut : moi je suis athée, vous vous pratiquez votre religion, pas de problème ! Mais dans cet espace commun qu’est le salon, chacun se doit de respecter les convictions de l’autre, ce doit donc être un espace laïc, sans religion. »

Le Mollah le plus âgé, le plus drôle et aussi le plus convaincant, le sèche aussitôt. « Tu as un jeune fils, non ? Si une femme nue s’installait ce salon, ne lui demanderais-tu pas d’aller se rhabiller ? » Tamadon acquiesce. « Alors pourquoi demandes-tu cela ? Pourquoi devrait-elle se plier à tes désirs ? Sur quelle base doit-elle renoncer à son propre désir ? Le dictateur, c’est toi ! »

Comme Michel Onfray, Tamadon oppose timidement des « valeurs communes » partagées par tous, qui viendraient de nulle part. Ce qu’il oublie (et que n’ont pas oublié ses détracteurs), c’est que ces valeurs sont le produit de deux mille ans de culture occidentale, grecque, romaine, chrétienne, et des Lumières. C’est-à-dire la lente métamorphose du christianisme en système démocratique, républicain, qui nous semble aussi évident aujourd’hui que l’eau et le pain. Et que nous cherchons à exporter depuis 1492 avec des succès divers.

Les mollahs, en face, savent ça évidemment. Et ne disent rien. Sauf à un moment, en lâchant cette phrase terrible. « Le christianisme, c’est une religion morte, ils ne se battent plus pour leurs valeurs ».

Tout est dit.




mercredi 22 avril 2015


Dear White People
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

C’est quand on croit que le cinéma est mourant qu’il se remet sur pied. Tandis que les Vengeurs Deux sortent en salle et que L’Homme de Fer Trois passe en boucle sur Canal+, et que, subséquemment, nous nous blottissons au fond de la tranchée pour ne regarder que des séries (Mad Men-BreakingBad-Game of Thrones), Dear White People sort du bois. Et pas de n’importe quel bois : celui dont on fait Metropolitan, Damsels in Distress, Nola Darling n’en Fait qu’à sa Tête. C’est-à-dire le meilleur du cinéma Côte Est, Ivy League, qui nous a donné le Spike Lee des bons jours, et Whit Stillman tous les jours.

Dear White People, c’est un petit film qui n’a l’air de rien, une petite comédie de fac. Un sujet qui, traité autrement, pourrait tout aussi bien donner American Pie ou Social Network. Dear White People ne fait ni l’un ni l’autre, car c’est l’œuvre d’un cinéaste naissant : Justin Simien.

Le pitch, anecdotique, se résume en deux phrases. A Winchester, une fac collet monté de la Côte Est, la guerre raciale fait rage, même si elle se joue à fleurets mouchetés. D’un côté les blancs, sûrs d’eux-mêmes, de l’autre les noirs, tous riches, mais ségrégués quand même. Et au sein de cette communauté noire, la révolte gronde : les extrémistes communautaristes, menés par la séduisante activiste Samantha, qui lance brûlot sur brûlot dans son émission culte « Dear White People », une allusion aux « Dear Black People » de l’animateur radio ultraconservateur Rush Limabugh. De l’autre, le courant réformiste, piloté par Troy, le propre fils du Doyen mais aussi … l’amant de Sam.

L’essentiel est là : un Jules et Jim de comédie, où tous les personnages se piègent dans les stéréotypes où ils eux-mêmes se sont enfermés… Troy, le fils à papa Oreo (comme les fameux gâteaux : black à l’extérieur, blanc à l’intérieur), la révoltée métisse qui cache quelque chose derrière cette peau mulâtre. Car tout le monde en prend pour son grade, et pas seulement les blancs. Mais comme chez Spike Lee, Justin garde ses meilleures flèches pour sa propre communauté : derrière les mots tout n’est qu’affaire de prise de pouvoir. Simien dénonce les propres clivages internes, liés à la noirceur plus ou moins prononcée de la peau. Autre preuve que le racisme existe partout, même au sein de sa propre communauté, il y a toujours pire qu’un noir : un noir homosexuel.

Cerise sur le gâteau : Simien est aussi un grand styliste. Au mitan de Wes Anderson et de Whit Stillman, chaque plan de Dear White People est millimétré, au cadrage comme au rythme, pour obtenir l’effet comique attendu.

Justin Simien est un futur grand cinéaste.




lundi 20 avril 2015


Pulp: A Film About Life, Death, And Supermarkets
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il fut un temps où la guerre faisait rage. C’était au début des années 90 : la guerre de la Brit Pop. D’un côté Blur (les nouveaux Beatles ?), de l’autre Oasis (les nouveaux Rolling Stones) ? Pour ceux qui s’intéressaient plutôt à la musique qu’aux vieilles ficelles du marketing rock, façon Andrew Loog Oldham, il y avait Pulp. Pulp nous parlait, parce que Pulp n’était ni de Londres, ni de Manchester. Pulp était d’ailleurs. De Sheffield. Sheffield, le trou du cul du monde.

C’est de là dont on vient, nous, du trou du cul du monde ; de la Beauce ou de la Basse Normandie. Et de Sheffield, Pulp racontaient nos même malheurs… Nos complexes d’ados face à la grande ville, nos 103SP contre les Golf GTI, hey mister, we just want your car, ‘cos we’re taking a girl to the reservoir… et notre impossibilité subséquente à tirer des coups… Now I don’t care what you’re doing. No I don’t care if you screw him, just as long as you save a piece for me… Et évidemment, cette volonté de jouer dans un groupe, pour outrepasser tout ça ; enfin croiser le regard des filles… Oh I want to take you home, I want to give you children…

Pulp a commencé comme nous, parce que tout simplement ils ont notre âge, ont connu le succès grâce à un single (Common People) en 1995 et se sont arrêtés comme tous les groupes de rock ; 20 ans, c’est déjà pas mal. 

Mais comme le dit Jarvis Cocker, le Beigbeder de Pulp, il y avait comme un goût d’inachevé dans cette aventure. Il a donc été décidé de finir en 2012 par une tournée en Grande-Bretagne en terminant là où tout avait commencé : à Sheffield. C’est le sujet de Pulp: A Film About Life, Death, And Supermarkets, dont le titre dit bien qu’il s’agit d’autre chose qu’un documentaire rock habituel. C’est peut-être même LE documentaire ultime sur ce qu’est le rock.
Car ce dernier concert à la maison – qui suppose de revenir chanter devant sa mère, son pote poissonnier, et ces filles qui vous ont un jour dit non – sonne comme une revanche, que les paroles de Pulp laissaient supposer.

Un film enfin honnête sur le désir qui fait monter sur scène, à gratter six cordes et à cracher tout ce qu’on a sur le ventre. L’équivalent filmique du Rolling Stones de François Bon. Le coup de génie de Pulp: A Film About Life, c’est que, plutôt que de faire parler le groupe, il donne la parole à ceux qui n’ont pas réussi et qui viennent, les bras tendus, les larmes aux yeux, voir un des leurs se déhancher. Un comme eux, qui n’a pas oublié d’où il vient et qui est capable de faire pleurer  14 000 personnes sur ces années perdues. Dans cette transe de quatre-vingt-dix minutes, oublier un peu les soucis de la vie, de la mort et du supermarché. Oublier ce corps malingre (Jarvis) ou malade (Candida) et ne plus penser à rien…

On croisera ainsi deux vieilles dames très dignes, une sexagénaire qui glose sur la qualité des textes, un universitaire qui fait de même sur l’impact social de Common People, des choristes quinquas qui reprennent la chanson, avec une malice toute sexuelle dans les yeux, un couple de punks qui sortent de l’HP, une émouvante mère célibataire américaine qui a mis toutes ses économies pour passer deux jours à Sheffield et saluer, pour la première et la dernière fois, son groupe fétiche. Et se rappeler de ce qui reste de ses vingt ans. Pourtant, elle en a à peine trente.

Par-dessus le (super)marché, le film est magnifique, réussissant à restituer la poésie de cette petite ville ouvrière anglaise, une bouche d’égout ou un stand de poisson, ou le vol élégiaque des rouleaux de PQ flottant dans l’air immobile du Motor Point Arena, comme si le temps s’était soudain suspendu.

Car, comme le dit si bien une jeune philosophe de CM2, dix ans à peine, mais déjà les traits de la femme qu’elle deviendra : « Je veux rester jeune le plus longtemps possible. »

Nous aussi, ma chérie, nous aussi…




samedi 18 avril 2015


Playlist d’Avril
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]

Musique : Billie Holiday

Série : Breaking Bad Saison 1, Madmen saison 7, Game of Thrones saison 5

Livre : Des Hommes Tourmentés, l’essai de Martin Brett sur les créateurs des Soprano, The wire, Mad men et Breaking bad

BD : Ainsi se tut Zarathoustra de Nicolas Wilde




jeudi 16 avril 2015


House of Cards, saison 3
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

John Ford disait (on n’en n’est pas tout à fait sûr, c’est peut-être Howard Hawks) qu’il faut mettre tout le budget du film au début et à la fin. Parce que c’est ça dont on se souvient. Le début. La fin. Et une bonne fin, ça redonne envie d’aller au cinéma.

Ce n’est pas ce qu’ont compris, visiblement, les créateurs d’House of Cards. Dans cette saison 3 – de loin la meilleure – ils font l’erreur manifeste de mettre tout l’argent dans les 12 premiers épisodes et de rater leur final.

On croyait House of Cards débarrassée des oripeaux stupides qui plombaient ses première et deuxième saison :, les excès des personnages, les meurtres en veux-tu en voilà, et les petits commentaires witty du Sun-Tzu à la petite semaine qu’est Frank Underwood.

Ces derniers ont quasiment disparu, mais pour le reste, le dernier épisode renoue avec ses anciens travers. Sans en dire plus, c’est tout simplement ridicule du point de vue de la dramaturgie de cette troisième saison.

Si l’on accepte le postulat de départ (le pouvoir est l’affaire de corrompus cruels et sans scrupules, et leur outil principal est la violence), il est néanmoins impossible d’adhérer à sa traduction concrète. Oui, le Président des Etats-Unis peut commanditer un meurtre. Mais le faire réaliser par un des personnages principaux est tout simplement hors de propos. On ne peut s’imaginer ces personnages l’arme au poing, et cela détruit la suspension volontaire de l’incrédulité, ce mécanisme mystérieux qui nous permet, depuis toujours, de nous régaler de fiction.

Pour le reste, cette saison est excellente ; les conflits du couple Underwood, les enjeux de la nomination à la Primaire Démocrate, les errements de Doug, Remy, Jackie et les autres, offrent de formidables enjeux à des personnages qui ne cessent de s’épaissir.

Dommage de tout gâcher pour un cliffhanger de pacotille.




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