vendredi 13 février 2026


The Mastermind
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

C’est vrai, le KRCU, le Kelly Reichardt Cinematic Universe, c’est pas pour tout le monde. Hier au MK2 Bastille (côté Faubourg Saint Antoine), quatre personnes ont quitté la séance. Il est vrai que la Floridienne exilée en Oregon semble avoir atteint son sommet avec Certaines Femmes et First Cow.

Il faut dire que la Reichardt, elle aime filmer des gens qui font cuire un œuf, un gars qui prend son bain… Il faut aimer la lenteur, le silence, et la patience. Ici, elle filme des braqueurs qui attendent dans une voiture.

Car oui, The Mastermind est un film de braquage, mais on est pas dans Heat. Tout ça avance à son petit train, trois pieds nickelés qui volent des tableaux dans un musée régional, Framingham, Massachusetts, dans les années 70.

Évidemment, ça tourne vinaigre. La réalisatrice installe sa petite Sonate au Clair de Lune, et nous on écoute, l’esprit dérivant dans cette Amérique campagnarde, ces décors beiges et sous éclairés, et ces personnages silencieux.

Tout ça pourrait sembler atrocement arty, mais ça ne l’est jamais. La cinéaste ne fait pas dans le beau, elle ne fait pas abscons, elle ne psychologise pas ses personnages. Ses intrigues sont certes minuscules, mais ses films sont limpides et terriblement humains. Derrière ce braquage anodin, il y a le Vietnam qui couve, et une fin en tire-bouchon qui ne satisfera personne.

Sauf les Reichardtien, bien sûr.




lundi 2 février 2026


Hamlet
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

À plusieurs reprises pendant le film, on répète une incantation magique, comme un sortilège, surtout un moyen mnémotechnique pour préparer un remède (« Il guérit Trois, il guérit Trente »). Il semble que Chloé Zhao, la réalisatrice, s’en soit inspiré. Elle répète tout deux fois, de sorte que le film aurait pu durer une heure plutôt que deux.

Car on s’ennuie ferme dans Hamnet, le film mono-intrigue :  Shakespeare tombe amoureux d’Agnes, ils ont des enfants, il part à Londres pour percer dans le théâtre. Le couple bat de l’aile. Leur fils, Hamnet, meurt, et Shakespeare lui rend hommage via sa pièce la plus connue : Hamlet. Pas vraiment un divulgâchage ; le film est spoilé dès le titre.

Tout est formidable, sinon, dans ce vrai-faux film indé à 30M$. Déco impeccable, reconstitution aux petits oignons de la campagne élisabéthaine, mélange de religion et de superstition, et habité par de grands comédiens (Paul Mescal en Shakespeare, Jessie Buckley en Agnes (follement amoureuse de son mari, à l’opposé de tout simplement folle dans Fargo)). Et surtout Jacobi Jupe, époustouflant en Hamnet…

Mais voilà, tout est fastidieux : deux grossesses douloureuses, avec cette pornographie de la souffrance qu’affectionne les Américains, les dialogues répétés deux fois « Tu n’étais pas là ! Tu n’étais pas là ! » « Regarde-moi. Regarde-moi ! » Dans une vidéo devenue virale, Matt Damon expliquait récemment que Netflix prescrivait qu’on explique tout deux fois, parce que les spectateurs regardent leur portable en même temps.

Avec Hamnet, on y est.