[ Séries TV ]

Il n’y pas que le Cinéma dans la vie.. y’a aussi quelques séries TV…



mercredi 28 septembre 2022


Rings of Power: Apocalypse Now
posté par Professor Ludovico

Parfois les scénaristes, les cinéastes, aiment glisser de petites allusions à leur propre panthéon cinématographique. Ça peut être lourdingue : les citations d’Apocalypse Now dans le Dune de Villeneuve (le Baron essuyant son crâne luisant de sueur comme Marlon Brando), ou plus fin : citer le même film dans Lord of the Rings: Rings of Power, épisode 4*, quand Adar demande à son prisonnier Elfe où il est né :

Where were you born, soldier ? By the mouth of the river? I went down that river once, when I was young… I remember the banks were covered in sage blossoms…

A comparer avec la scène ou Willard, lui aussi prisonnier répond aux questions du Colonel Kurtz :

Where are you from, Willard?
– I’m from Ohio, sir.
Were you born there?
– Yes, sir.
– Whereabouts?
– Toledo, sir.
– How far are you from the river?

– The Ohio River, sir? About 200 miles.
– I went down that river once when I was a kid. There’s a place in that river – I can’t remember – must have been a gardenia plantation at one time. It’s all wild and overgrown now, but about five miles, you’d think that heaven just fell on the earth in the form of gardenias.

* Scénario de Stephany Folsom, John D. Payne, Patrick McKay




jeudi 15 septembre 2022


God save The Crown
posté par Professor Ludovico

Il se passe en ce moment quelque chose de très étonnant. Une très vieille dame, très honorable au demeurant, vient de mourir. Les hommages affluent, ce qui est normal. Ce qui l’est moins, c’est la béatification. Elisabeth aurait paraît-il sauvé l’Empire Britannique, unifié son peuple, renforcé le Commonwealth, etc.

Un simple coup d’œil à votre journal favori suffira à vous indiquer le contraire. Brexit, enfoncement de l’Angleterre dans une insularité dangereuse, Commonwealth qui part en morceaux, sans parler des dominions (Ecosse, Irlande du Nord) qui veulent la quitter. Et que dire de sa famille, du divorce de la Princesse Anne, à la couleur supposée du bébé du Prince Harry, en passant par Andrew/Epstein ou Diana Spencer, qui fournit depuis soixante-dix ans un feuilleton à rebondissements.

C’est justement le point qui permet à ce fait divers de se retrouver dans CineFast. Ce que vend la monarchie britannique (comme d’ailleurs la plupart des monarchies occidentales), c’est un feuilleton. Les Sex Pistols l’avaient compris : « notre figure de proue n’est pas ce que l’on croit* ». La reine, la royauté sont des produits touristiques qui font affluer les touristes par millions, en particulier ceux qui se sont débarrassés le plus violemment de l’aristocratie. La Monarchie Britannique est un musée, une exposition à ciel ouvert sur notre passé, tout comme Versailles, ou Chambord. Nous oublions, l’espace d’un instant, que dans ce monde-là, nous étions dans les champs, et pas en train de lire CineFast.  

Quand le Professore Ludovico tient ce discours oralement, il est symptomatique de constater que la plupart du temps, on lui cite The Crown. « En voyant la série, j’ai compris ce qu’avait vécu cette femme, ce qu’elle avait fait ! » Une fiction, voilà notre référence historique. Et c’est normal, on voit toujours plus de films qu’on ne lit de livres d’histoire. Pour ma part, j’ai adoré The Crown parce que ses créateurs avaient créé de formidables personnages. Aucune vérité historique là-dedans, même si Peter « Based on a True Story » Morgan prétend contraire. Si l’Angleterre a remonté la pente d’après-guerre, c’est qu’elle avait un gouvernement, une administration, un peuple. Si le Commonwealth a perduré, c’est parce que ces pays y voyaient un intérêt, pas parce que la reine saluait de sa petite main gantée le peuple australien. Si le peuple est uni, c’est parce qu’il croit que Britannia will rule again. S’il ne l’est pas, c’est qu’il n’y croit plus.

À titre de comparaison, Anne Hidalgo ou Valérie Pécresse ont plus fait pour l’humanité qu’Elisabeth. Qui n’a jamais rien fait, rien dit, tout simplement parce que c’était son rôle.

*God save the queen
The fascist regime
They made you a moron
A potential H bomb

God save the queen
She’s not a human being
And There’s no future
And England’s dreaming

Don’t be told what you want
Don’t be told what you need
There’s no future
No future
No future for you

God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves

God save the queen
‘Cause tourists are money
And our figurehead
Is not what she seems

Oh God save history
God save your mad parade
h Lord God have mercy
All crimes are paid

Oh when there’s no future
How can there be sin
We’re the flowers
In the dustbin

We’re the poison
In your human machine
We’re the future
Your future

God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves
God saves the queen




mardi 6 septembre 2022


OVNI(s)
posté par Professor Ludovico

« Tout ce qui monte redescend », comme disait Shakespeare dans Pif Gadget, en tout cas dans une BD qui s’appelait Les Aristocrates.

OVNI(s) première saison jetait un coup de fraîcheur dans la production hexagonale. Fin des années 70, un ingénieur gaffeur du CNES est recasé au GEPAN, et finit par prendre à cœur la mission de traquer les petits hommes verts. Mais la deuxième et dernière saison est affublée des qualités et des défauts habituels de la fiction française. Côté qualité, une direction artistique irréprochable, (costumes, décor, musique…), un casting aux petits oignons*, et un très beau générique.

Qu’est-ce qui pêche ? Comme d’habitude ce qui coûte le moins cher, le scénario. Des dialogues indigents, ultra explicatifs, et des intrigues loufoques aussitôt amenées, aussitôt oubliées. On voit bien les scénaristes s’autocongratuler devant l’audace : « Pour cette deuxième saison, on pourrait faire apparaitre une gigantesque barbe-à-papa dans une centrale nucléaire ? ; Génial ! ça ferait des dialogues bien barrés, du style : « Eh, Didier, ce n’est pas moi qui aie volé la barbe à papa pour la redonner au shaman inuit ! » A ce stade, on voit qu’on a perdu Alice Taglioni…

OVNI(s) se contente en fait de sa loufoquerie, de son idée géniale et de la nostalgie 1975-1980. Le GEPAN, Temps X, Jean-Claude Bourret, Coup de Tête et Jean-Michel Jarre, Steven Spielberg et Rencontres du 3e type, Village People et Michel Sardou…

Tout ça ne fait pas une série. Dommage, c’était faisable.

*Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas, Quentin Dolmaire, Daphné Patakia…




jeudi 30 juin 2022


Justified (inside the coal mine)
posté par Professor Ludovico

Voilà c’est fini… « We dug coal together. » Après six années passées à Harlan County, il est temps d’en partir, si possible vivant, contrairement à ce que dit la chanson*.

Six années extraordinaires en vérité, passées en compagnie d’une galerie de personnages incroyables, interprétés de bout en bout par un cast parfait. De l’outlaw exalté Boyd Crowder à son frère ennemi, le Marshall Raylan Givens, de femmes fortes (fliquettes ou trafiquantes de drogue), de nazis rednecks paumés et de putes au grand cœur, de flics cowboys mais justes, de flics injustes et corrompus, de blue collars sortant de la mine aux pontes de la Dixie Mafia costumés Hugo Boss, le tout assaisonné de la plus belle bande de psychopathes que la télé nous ait donné à voir : Justified nous aura tout fait, sans téléporter son intrigue au-delà des 1 210 hectares du Comté de Harlan et de ses 29 278 âmes…

Six années, six arcs semblables, mais toujours passionnants, grâce à des rebondissements toutes les cinq minutes (sans une once d’irréalisme), mais surtout des dialogues étincelants, comme on en a jamais vu au cinéma ou à la télévision…

Justified est une merveille audiovisuelle, même si elle n’a pas l’épaisseur psychologique des Soprano, le discours politique de Sur Ecoute, la profondeur de Friday Night Lights. C’est une sorte de West Wing inversé, white trash, où le Mal aurait remplacé le Bien, le Peuple aurait remplacé l’Elite, et l’Avidité, le Bien Commun. Mais pour les mêmes raisons – ces personnages ont une âme – on les adore.

Justified est avant tout un divertissement, mais un divertissement profond et intelligent, fun et triste à la fois : tout simplement ce qu’on demande à une œuvre d’art.

Et c’en est une.

*In the deep, dark hills of eastern Kentucky
That’s the place where I trace my bloodline
And it’s there I read on a hillside gravestone
« You will never leave Harlan alive »




mercredi 22 juin 2022


The Boys
posté par Professor Ludovico

Oops. Voilà déjà la saison trois et on réalise qu’on ne vous a pas dit tout le bien qu’on pense de The Boys, la meilleure série du monde sur les super-héros, en tout cas pour les gens qui les détestent, comme le Professore Ludovico, ou plus simplement Alan Moore.

Tiré d’une BD qui a tout compris (signée Garth Ennis et Darick Robertson), le show part d’une idée simple : si les super-héros existaient, ils seraient traités comme des stars hollywoodiennes. Agents, comptes Instagram, audience, leur vie serait totalement instrumentalisée par le pouvoir, les médias, Internet…

À partir de ce point de départ, The Boys prend un parti-pris totalement trash (sexe + violence) mais qui, contrairement au cinéma d’un Tarantino, ne provoque que consternation et dégoût.

The Boys a l’intelligence de  créer de formidables personnages, en réservant à chacun de ses super-héros (tous plus ou moins détestables) une backstory conséquente. On retiendra ainsi la performance hallucinante d’Antony Starr (déjà vu dans Banshee) qui interprète un incroyable Homelander, Captain America sociopathe et pourtant émouvant. Mais tous les acteurs sont extraordinaires, de Karl Urban en Butcher, viriliste chasseur de super-héros, Jack Quaid, son assistant puceau ou Elisabeth Shue, la patronne maternante des Sept…

Ces Boys ne nous vengent pas seulement de vingt ans de films Marvel, c’est avant tout une très grande série sur Hollywood, le star system, les médias et les réseaux sociaux : le monde d’aujourd’hui.

Indispensable.




mercredi 18 mai 2022


Twin Peaks, pilote : démons et merveilles
posté par Professor Ludovico

Dès qu’on peut, on revient à Twin Peaks, manger une tarte aux cerises, boire un petit café et se promener au milieu des pins Douglas. On avait un quart d’heure, on a regardé le pilote. LE Pilote, le chef-d’œuvre de pilote, qui devrait servir de manuel dans toutes les écoles de télévision, ce qui est probablement le cas.

Premier plan : une très belle femme, eurasienne, qui se maquille dans son miroir. Rêveuse et triste. Triste parce que ça se voit, triste parce que résonne déjà le Laura’s Palmer Theme. La suite mélodramatique d’Angelo Badalamenti irriguera désormais la série, et nos cerveaux. Cette femme, c’est Josie Packard. Son rôle est mineur, mais en dix secondes, elle incarne l’ambiance Twin Peaks : amour, beauté, tristesse.

Plan suivant, moins glamour : un retraité embrasse sa femme et part à la pêche. Il a l’air concon, elle fait la gueule. Elle, c’est Catherine Martell ; en un plan on a découvert le bon gars et sa salope de femme.

Trente secondes plus tard, le bon gars découvre une fille dans un sac plastique et court appeler la police. « Elle est morte », dit-il, ce qui n’est pas innocent. D’aucuns auraient dit : il y a une femme morte dans un sac plastique. Mais en utilisant précisément ces mots, Lynch et Frost jettent le doute, et insinuent que Pete Martell, le bon gars, sait déjà qui est dans ce sac. Les showrunners lancent alors un rodéo qui va durer deux ans et changer la télévision pour toujours : qui a tué Laura Palmer ?

Le téléphone sonne au Commissariat deux minutes plus tard et brise déjà l’ambiance dramatique. La standardiste explique au shérif Truman – longuement, très longuement – quel téléphone il faut décrocher. Bing, un gag. Ce brutal changement de température va se retrouver de nombreuses fois, parfois à l’intérieur de la même scène, et va même devenir la signature du show. Dans Twin Peaks, on rit et on pleure, on s’émerveille et on est terrifiés.

On découvre alors le visage – une image qui va devenir iconique – et l’identité de la morte. Le spectateur comprend que Laura Palmer est une personne connue, et aimée de cette communauté. Mais Lynch va prendre le temps de l’expliquer. C’est La Grande Scène.  

Une pure merveille, une démonstration cinématographique, sans esbrouffe. Des couloirs vides. Des champs/contrechamps. Tout le dispositif mise sur les comédiens, jeunes mais extraordinaires. Bobby, le boyfriend infidèle et donc suspect. Donna, la meilleure amie. James, le motard rebelle. La prof, qui retient ses larmes, car l’information n’est pas encore annoncée. La jolie fille, qui sourit méchamment – on aura indiqué son statut de Teen Bitch par un simple changement de chaussures. Une anonyme, qui court en hurlant, annonçant la catastrophe.

Lynch revient alors au verbal : le discours du directeur, – mi dramatique, mi involontairement comique, à l’image du ton qui s’installe – vient dire, avec des mots, ce que les mots sont incapables de dire : la perte immense que représente une adolescente assassinée, et ce que représente Laura Palmer pour Twin Peaks.

Pour appuyer son propos, Lynch termine son premier travelling dans les couloirs vides sur une deuxième image iconique : la photo de Laura Palmer en Reine du Collège, parfaite incarnation du Rêve Américain.

Avant que la suite ne nous en fasse découvrir les atroces et ténébreux souterrains…




mardi 12 avril 2022


Band of Brothers/The Pacific
posté par Professor Ludovico

Il faudrait revoir les séries tous les dix ans. Mais voilà, so many people, so many parties, comme dirait Gary.

On va à Bastogne parce que l’autre passion du Professore, c’est les champs de bataille, et évidemment ça donne envie de revoir l’épisode – selon nous le meilleur – de Band of Brothers. Mais dix ans après, beaucoup de grosses productions HBO sont passées par là, et l’épisode a maintenant l’air minable dans son petit décor utilisé dans tous les sens : on a vu beaucoup mieux depuis.

Mais pour autant, cela donne envie d’en regarder d’autres. Et nous découvrons que cette série, que nous avions vouée aux gémonies doit aujourd’hui être réévaluée à la hausse.

Certes Band of Brothers est une série gentillette, patriote, bourrée d’américains sympas qui n’attachent jamais leur casque*, mais c’est aussi une série noire, avec de véritables personnages, et des zones grises que nous n’avions pas décelées la première fois.

On enchaine sur The Pacific, basée sur les mémoires de Robert Leckie et de Eugene Sledge**, qui est aussi meilleure à cette aune. Certes Hanks et Spielberg ne sont pas Terrence Malick, il n’ont pas la profondeur mystique de La Ligne Rouge, la véracité humaine d’Apocalypse Now! ou la rigueur Kubrickienne de Full Metal Jacket***. Les deux producteurs sont des humanistes, qui pensent que la guerre est un mal qui serait évitable. Ils sont donc très éloignés de Nicolas Machiavel, ou de Thucydide, qui déplorent la guerre mais en comprennent la nécessité. Coincé par le BOATS, les personnages de Band of Brothers/The Pacific sont tous éminemment positifs, à la fin. Mais nous avions omis de dire que ces séries étaient tout à fait capables de montrer la face noire de ses personnages. 

Mea culpa. Mea Maxima culpa.

*Jurisprudence du GI archicool lancée par Le Jour le plus Long. Les gars qui attachent leurs casques sont des coinçouilles (Anglais, Allemands). Mais ils sont vivants.

**Respectivement Helmet for my Pillow et With the Old Breed

***Un film où tout le monde attache son casque !




samedi 19 février 2022


Justified
posté par Professor Ludovico

Il faut toujours écouter le Snake, même très en retard… The Snake, c’est le gars qui vous a signalé Girls dès le début, mais qu’on a mis quatre ans à regarder*. Là, il nous bassine aussi avec Justified, la série Southern Gothic de Graham Yost qui date déjà de 2010.  

On fait la bêtise de regarder ça cinq minutes, et c’est le choc, love at first sight, avec peut-être la meilleure intro de tous les temps : Raylan Givens, shérif à belle gueule (en l’occurrence un Marshall, en l’occurrence Timothy Olyphant**), Stetson sur le crâne, colt à la ceinture, boots, costard-cravate débarque… à Miami, de nos jours ! Au bout de trois minutes de cet oxymore intégral, Givens a déjà parlé comme un cowboy, et s’est déjà comporté comme un cowboy. Voilà donc notre héros muté d’office dans le Kentucky, le seul endroit où il ne voulait pas aller, tout simplement parce qu’il en vient. Condamné à retrouver son ex-femme, son père, et son ami d’enfance (l’incroyable Boyd Crowder, interprété par le génial Walton Goggins***), trois personnes que Raylan Givens a fuit à toutes jambes, pour des raisons variées…

L’incroyable surprise, c’est que Justified, c’est le retour du show unitaire avec à chaque épisode une enquête résolue à la fin, façon NYPD et autres NCIS/Experts/Law & Order. Quoi ! Le Professore Ludovico serait-il passé mainstream, façon ABC, NBC, TF1 ou FRANCE3 ? Meurtres à la Rochelle, Joséphine Ange Gardien et Alice Nevers : le Juge est une Femme ?

Que nenni. Justified est certes une série grand public avec un personnage de flic régionaliste, qui résout des enquêtes tout en réglant des problèmes avec sa femme, son père et ses supérieurs… mais ce sont les seuls points communs que l’on pourra trouver.

Où est son génie, alors ? Justified est tout simplement incroyablement écrit. Les intrigues de chaque épisode sont très originales, et les dialogues sont remplis de punchlines, façon Jack Reacher. A la base, il y a certes le matériau originel (une nouvelle d’Elmore Leonard, Fire in the Hole), mais on parle ici de 78 épisodes.  

Alors que la série évolue dans une forme d’artificialité congénitale (beaucoup de scènes tournées en studio, et le Kentucky reconstitué au nord de Los Angeles), Graham Yost**** démarre à partir de gros clichés, comme pour mieux les dégrossir. On a l’habitude, malheureusement, de ces personnages mainstream taillés à la serpe : l’épouse bombasse remariée à un riche agent immobilier, le copain Aryan Brotherhood, le patron irascible et la sidekick black futée… Mais ces clichés sont à chaque fois redéfinis par des idées dynamiques qui virevoltent d’épisode en épisode, les retournent, montrent une nouvelle facette des personnages, et les fait évoluer. Un délice pour le cast, composé d’acteurs peu connus mais très talentueux (Timothy Olyphant, Nick Searcy, Joelle Carter, Erica Tazel, Natalie Zea, Walton Goggins…)*****

Justified, de ce point de vue, est plus brillante, plus méritante qu’une série A-List type Sopranos ou Friday Night Lights, car elle dépasse de très loin son ambition originelle de pur entertainment.

Elle fait œuvre, alors que personne ne lui a demandé.

* Bon, il a aussi conseillé The Green Knight, donc ça ne veut pas dire qu’il ait toujours raison, mais bref…

**Acteur très beau, très fin, et sous-employé au cinéma, mais déjà interprète de trois personnages culte de la télé américaine : Deadwood, Fargo et Justified

***Déjà vu partout dans plein de seconds rôles mais aussi The Shield, Les Huit Salopards, Django Unchained, Machete Kills, Lincoln, Miracle à Santa Anna, Predators.

**** A très gros palmarès également : Speed, Broken Arrow, De la Terre à La Lune, Band of Brothers, Boomtown, The Pacific

*****Justified est aussi bourrée d’idées de cinéma. Ainsi, une femme signifiera son adultère en enlevant délicatement son alliance, puis en la remettant, toujours sans mot dire, annonçant – show, don’t tell – la fin de ce bref coup de canif au contrat.




samedi 5 février 2022


Friday Night Lights, revu et corrigé
posté par Professor Ludovico

À la revoyure, la série de Peter Berg et Brian Grazer s’impose de plus en plus comme un The Wire positif et optimiste.

A chaque fois où l’on revoit une série, la connaissance holistique des intrigues permet souvent de réévaluer les saisons décevantes. C’est le cas de FNL : on réévalue la saison 2 – pourtant ratée à plein d’égards -, et on dévalue la quatrième, un peu lente, et pas si émouvante que ça.

Car si c’était n’était pas le projet au départ, Friday Night Lights est devenu au cours du temps une série ambitieuse. La première saison était centrée sur le football, mais les saisons suivantes vont proposer moins de matches, moins d’entrainement, moins de pep talk, et plus de sujets de société (handicap, légitime défense, pauvreté, racisme, foot business, avortement…) ou de sujets familiaux (parentalité, deuil, grand âge…)

Autre point remarquable, au-delà de ce foisonnement thématique : la défense du collectif face à une certaine pensée individualiste. Paradoxe total en Amérique ! Contrairement, par exemple, au cinéma d’un Clint Eastwood, où le héros (Sully, Walter Kowalski, le Pale Rider) lutte seul contre l’injustice ou le gouvernement, la leçon de FNL est claire : seul, on perd. Que l’on soit une grande gueule douée (Smash Williams), un fils à papa talentueux (J.D. McCoy) ou un sportif abandonné du ghetto (Vince Howard), les aventures personnelles n’aboutiront à rien. La métaphore du sport collectif joue à plein : il faut être le meilleur, mais sans l’équipe, on perd. Dans Friday Night Lights, chacun est mis face à ses responsabilités par les figures d’autorité (le Coach Taylor, ou sa conseillère d’éducation de femme.) Mais quand il y a un problème, c’est toujours vers le collectif qu’on se tourne, toutes structures sociales confondues : le couple, la famille, l’entreprise, l’équipe.

Et c’est résolvant cette contradiction : rêve personnel (devenir joueur pro) contre aboutissement collectif (gagner le championnat) que se bâtit en 76 épisodes la cathédrale de Dillon. Chaque personnage semble s’évertuer dans sa propre direction, proche du cliché : la cagole qui file droit vers le striptease (Tyra Collette), la cheerleader sainte nitouche (Lila Garrity), la cocotte-minute white trash Matt Sarracen, ou le rebel without a cause Tim Riggins, le proto-gangster Vince Howard. Mais chacun finira, grâce au collectif, à s’aboutir. Comme dans l’avant-dernière scène où Tim Riggins, revenu de tout, bâtit sa Maison sur la Colline* avec l’aide son frère et le soutien de ses amis…

Car – génie des séries – FNL a eu tout le temps de développer ses personnages. Et si elle l’a fait parfois de façon chaotique, leurs arcs narratifs seront parfaits, tenu par un cast exceptionnel, qui s’est depuis taillé une place dans la TV américaine.

C’est pour cela que nous sommes tombés amoureux de ces personnages, et que nous le sommes toujours, dix ans après…

*The House on the Hill, l’un des trois mythes fondateurs des Etats-Unis, avec la Frontière et la Destinée Manifeste




mercredi 19 janvier 2022


Too Old to Die Young
posté par Professor Ludovico

Nicolas Winding Refn est un punk. Quand tout le monde accélère le mouvement, caméra portée, plan d’un quart de seconde, montage et musique à fond, le Danois rétrograde en seconde et pose sa caméra.

À l’instar du premier plan de Too Old to Die Young, un interminable panoramique, droite/gauche, gauche/droite, alternant entre une voiture, garée sur l’une des anonymes artères de Los Angeles, et une voiture de police, garée en face. Ennuyeux ? Oui et non. Car ce plan est magnifique, tout coloré de néon comme l’aime notre Nicolas dernière période, tellement beau en HD que le pauvre Prime Video a du mal à suivre ! Ça va continuer pendant 750 mn, images folles de beauté, dialogues hiératiques (3 à 4 secondes entre chaque réplique…), et mouvements de caméra d’une incroyable beauté plastique…

Mais si tout est beau à l’image, c’est que – comme d’habitude – Nicolas filme l’Ordure. De Pusher à Neon Demon, NWR filme les salopards en action. Ici, un jeune flic mutique et corrompu du LAPD (l’excellent Miles Teller de Whiplash). On en verra d’autres : le très bel héritier d’un cartel mexicain (Augusto Aguilera), et une pléthore de femmes fatales, tout aussi belles et terrifiantes que formidablement interprétées (Cristina Rodlo, Jena Malone, Callie Hernandez, Nell Tiger Free…).   

Le bellâtre mexicain rêve de baiser sa mère, le dealer cruel (Babs Olusanmokun, le Jamis de Dune) écoute du Two-Tone*, et le beau-père incestueux (William Baldwin) est prêt à coucher avec son gendre… Le polar est très simple, tout ce joli monde va gentiment s’entretuer, et tiendrait aisément en deux heures.

Est-ce que ça vaut le coup de le regarder en 10 × 75mn ? Si on aime le cinéma oui, cent fois. Parce que NWR a toujours eu le talent de raconter des histoires très simples, caricaturales, tout en créant de véritables personnages.

Quant à son éloge de la lenteur, ce geste artistique n’est pas une petite rébellion d’un type-qui-veut-faire-l’artiste : il donne à voir, tout simplement.

*Avec une BO incroyable, une fois de plus…




octobre 2022
L M M J V S D
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31