[ Les gens ]



vendredi 21 juin 2024


Donald Sutherland
posté par Professor Ludovico

La mémoire cinéphilique est trompeuse ; pour nous, Donald Sutherland faisait partie de ces grands acteurs avec de nombreux rôles majeurs à son actif, et qui continuait – bon an mal an, comme les acteurs de son âge – à mettre sa patte dans les films de la génération suivante (Hunger Games), ou à la télé (Dirty Sexy Money ou Les Piliers de la Terre…)

Retour à la réalité : IMdB nous informe que Donald a joué dans 199 films (ce qui est énorme), et pas beaucoup de chefs-d’œuvre (ce qui nous confond) : M.AS.H., de Robert Altman, Le Casanova de Fellini, Klute d’Alan J. Pakula, 1900 de Bernardo Bertolucci, Des Gens comme les Autres de Robert Redford…

Il a en revanche traîné sa très reconnaissable carcasse comme second rôle dans de nombreuses GCA : Les Douze Salopards, De l’Or pour les Braves, L’Aigle s’est Envolé, Backdraft, Alerte ! Space Cowboys, Le Droit de Tuer, L’Aigle de la Neuvième Légion, Moonfall, et même… Jappeloup avec Guillaume Canet !

Mais ce qui compte, ce n’est pas la réalité, c’est les souvenirs. Dans ses films, même moyens, il imposait son rire étincelant, sa stature imposante, son anticonformisme et parfois même, une étincelle de terreur …

Malgré ses yeux globuleux, il était beau.




mardi 14 mai 2024


Usual Suspects
posté par Professor Ludovico

Comme nous, les films vieillissent…

Regarder aujourd’hui Usual Suspects, c’est voir ce que le temps fait aux films, aux spectateurs, voire aux deux. C’est mesurer bizarrement qu’il y a des films qui vieillissent et d’autres pas. Usual Supects et Heat sont sortis tous deux en 1995 avec des accueils radicalement différents. Usual Suspects a immédiatement été encensé par la critique : « très grand film policier » pour Positif, « plus beau thriller de l’année » pour Télérama. Le film prenait par surprise le spectateur, on y retournait pour démêler le vrai du faux, tâche quasi impossible. Ce fut donc un grand succès public.

Pour Heat, la critique fut plus mesurée : « inégalement réussi » pour Positif, « sorte de film noir « new age », fondé sur une suite de sensations » pour les Cahiers du cinéma, « honnête série B. où Michael Mann a la main lourde » pour Télérama. D’un côté un petit film de 6M$, de l‘autre la grosse machine Hollywoodienne. Les deux, chacun dans leur catégories, furent de beaux succès au box office (67M$ et 187M$).

Trente ans après, la donne critique a changé. Heat est devenu un classique du cinéma, et Usual Suspects un film malin, mais qui a beaucoup vieilli. Le style maniéré des acteurs (qui nous plaisait tant en 1995 !) ne passe plus. Le côté malin de l’intrigue s’est un peu éventé. Avec ses petits décors, le petit budget du film se voit maintenant. En face, Heat est devenu ce monument minéral, imputrescible, classique et éternel.

Life is a bitch.




dimanche 12 mai 2024


Michel Ciment
posté par Professor Ludovico

Cette chronique aurait dû paraitre à la mort de Michel Ciment, le 13 novembre 2023*. Et puis on est passé à autre chose, les films et les séries se sont empilées, et on a oublié. Pour autant, cette histoire mérite d’être contée. C’était au lycée de Rambouillet, en 1980. Nous avions 15 ans, et un accès extrêmement limité aux films : pas de magnétoscope : le cinéma, c’était à la télé, en direct. La cinéphilie, tard le soir avec le Cinéclub de Claude-Jean Philippe et le Cinéma de minuit de Patrick Brion.

Et en 1980, il y avait ce film qui arrivait, et dont on parlait déjà beaucoup. Shining. Christophe, un ami me dit : « Tu sais, Stanley Kubrick, j’ai un bouquin sur lui, il a fait plein d’autres films, faut que je te montre… »

Rapidement, j’ai acquis ce livre, qui évidemment était le Kubrick de Michel Ciment, un livre qui, je ne le savais pas, était une référence dans l’histoire des livres de cinéma.

Ce livre a tout simplement changé ma vie. Ça peut paraître prétentieux, pourtant presque tout vient de là. Pas seulement la cinéphilie, l’envie de regarder les films dans le cadre d’une œuvre, l’analyse d’un plan, d’une séquence, d’un motif… Ciment était un intellectuel, et un passeur. Son livre incitait à s’intéresser à la musique classique (Beethoven et Orange Mécanique), à la philosophie (Nietzsche et 2001), à la psychanalyse (Bruno Bettelheim et Shining), à l’histoire (Rome, La Guerre de Sept Ans, la Première Guerre Mondiale…)

Ensuite, j’ai compris que ce livre était mondialement connu. En vacances dans le Montana en 2005, j’en ai fait l’expérience en trouvant dans le petit Barnes & Nobles de Missoula, un Hitchcock/Truffaut et le Kubrick de Ciment.

Pourquoi ce livre est-il exceptionnel ? D’abord parce que Kubrick s’est très rarement laissé interviewer. Pourtant, une complicité s’est nouée entre le directeur de Positif et l’ermite de Childwickbury… Ciment comprenait Kubrick, et dans les nombreux interviews-fleuves qu’il lui a consacrés, la proximité intellectuelle se sent. Ciment a lu les livres que Kubrick adapte, il maitrise souvent l’époque historique, ou le genre du film, il connait les problèmes techniques, et ne pose que des questions intelligentes**.

Ensuite, ce livre est un beau livre. Grâce à Kubrick, toutes les photos sont des photogrammes issus des films ; elles respectent le cadre et les couleurs, ce ne sont pas des photos de plateau. D’où l’analyse précise des motifs kubrickiens : le Kubrick stare, ce regard d’en dessous préludant la folie, les perspectives millimétrés de ses travellings, des Sentiers de la Gloire à Eyes Wide Shut, ou la colorimétrie précise de Barry Lyndon, cherchant à reproduire la peinture du XVIII° siècle…

Ensuite, ce que Ciment a fait, et c’est son principal apport, c’est de considérer que Kubrick faisait une œuvre et pas une série de films avec quelques points communs. Qu’il avait des obsessions : le Masque, le Conte de fées, Eros et Thanatos, l’Humanité perdue face à la machine… tout en restant toujours, comme il l’a si justement rappelé dans un Masque et la Plume, du côté des victimes…

Faire œuvre, on pourrait dire cela de plein d’auteurs. Mais si ses films ne sont pas les meilleurs du monde, l’œuvre Kubrickienne est, elle, pleine et entière.

* C’est par ailleurs l’anniversaire du Professore Ludovico. Coïncidence ? Je ne crois pas.

** C’est quoi une question intelligente ? C’est aider un artiste à repérer ses motifs, ses obsessions… Dans une célèbre question dans Première à la sortie de Full Metal Jacket, Ciment interroge Kubrick sur la présence d’un monolithe noir dans la scène de Hué. « Quel monolithe ? », répond  Kubrick, éberlué




mardi 9 avril 2024


Full Circle
posté par Professor Ludovico

Dans les séries, il y a parfois des pilotes laborieux, comme celui de Friends, mais qui ont le mérite de tout installer en trente minutes. Et puis il y a des pilotes lumineux qui vous clouent contre le mur. C’est le cas de Full Circle, dont on découvre seulement au générique de fin qu’il est réalisé par Steven Soderbergh. Et là tout s’explique. Soderbergh, l’ancien geek, le coinçouille qui n’arrivait pas à pécho, et qu’un petit film, Sexe, Mensonges & Vidéo, a propulsé instantanément au gotha Hollywoodien. Soderbergh, c’est aussi la tête brûlée qui a claqué (plusieurs fois) la porte d’Hollywood, lassé du manque d’ambition artistique de l’Usine à Rêves.

Steven Soderbergh a donc rejoint la télé, pour notre plus grand bonheur. Car le cinéaste maîtrise à la fois les invariables du genre, passant du mélodrame (Erin Brockovich), au film de braquage (Ocean’s Eleven), tout en ayant un propos (Magic Mike), mais surtout, en cherchant continuellement à innover, à repousser les limites du cinéma, sans jamais passer dans l’abscons. Qu’on pense ainsi à son Kafka (filmé en studio, en noir et blanc), à Traffic (un des premiers films camera portée), à Girlfriend Expérience (tournée avec une RedOne en 16 jours), au jaune de Contagion, à la B.O. électro de la série en costumes The Knick, etc. Avec Soderbergh, on a toujours l’impression de voir quelque chose qu’on n’a jamais vu au cinéma.

C’est le cas de Full Circle, qui frise tout simplement la perfection. Soderbergh fait pourtant un pari risqué en nous offrant un puzzle de 5000 pièces en guise de pilote, répandu en bordel sur la table du salon.

Jugez plutôt : un guyanais se fait descendre dans la banlieue de New York, on lui vole 60 000 € de dollars, la mafia guyanaise veut se venger. Mais Mme Mahabir, la Marraine de cette mafia, veut d’abord recevoir l’avis du bon docteur vaudou, M. Woulghby. Celui-ci préconise, avant toute vengeance, de compléter le cercle, afin d’enlever la malédiction qui pèse visiblement sur sa famille.

Compléter le cercle ? Des full circles, il y en aura beaucoup dans ces six petites heures de diamant brut. Porté des acteurs exceptionnels, des dialogues brillants, ce whodunit pourrait, comme l’avait prédit Hitchcock, être parfaitement chiant, tant la réalisation semble garder toutes ses informations pour elle. C’est tout le contraire. Les questions fusent en permanence. Que vient faire ce couple bourgeois dans cette histoire ? Quel rapport avec les guyanais ? Qui est ce pakistanais ? Et ce gamin ? Et cet autre gamin ? Et ces autres gamins !! ? Soderbergh fait le pari de ne rien donner, ou alors pièce par pièce. Au public, charmé, d’assembler le puzzle. On progresse ainsi implacablement jusqu’à la dernière scène, où le spectateur, épuisé mais ravi, pourra poser la dernière pièce.

Fini !




vendredi 8 mars 2024


Dune, deuxième partie  
posté par Professor Ludovico

« Yom asal, yom basal »
Un jour du miel, un jour des oignons

Le cinéphile dunien erre dans le désert depuis 1965, à la recherche d’une bonne adaptation de Dune. Un jour, il mange du miel, le lendemain, des oignons. La suite tant attendue arrive sur les écrans : Dune : Deuxième Partie, la bien nommée. Le Professorino crie au chef d’œuvre. Son père, le Naib Ludovico, n’est pas content et parle d’idiot cinématographique. C’est en réalité une cause perdue. Le Professore est un de ces fondamentalistes, comme dit Villeneuve, qui traquent l’hérésie dans chaque plan – tu ne prononceras pas le nom de Muad’Dib en vain !

La fatwa fera l’objet d’une prochaine chronique. Essayons donc de regarder ça uniquement sous l’angle cinématographique : là aussi, le compte n’y est pas. Rendons grâce néanmoins à Denis Villeneuve d’avoir quelques réussites. Le film a un point de vue, ce qui est rare dans les adaptations de bestsellers. Le cinéaste de Premier Contact déploie ici un débat dialectique entre la vraie foi (incarnée par Stilgar) et un athéisme post-moderne, où la religion n’est qu’un outil de domination des masses (un outil utile pour Jessica, ou scandaleux pour Chani). Villeneuve lance le débat à peu près correctement, mais dans la dernière ligne droite, son propos ne devient plus très clair (Paul, d’abord contre, devient pour).

Autre avantage, Villeneuve injecte un peu d’humour dans Dune, ce qui n’est pas vraiment le point fort du roman. Et puis visuellement, Dune est toujours aussi fantastique. Villeneuve filme le désert comme personne : ergs, couchers de soleil, récoltes d’Epice, ou combat d’arène en noir et blanc.

Beau, oui, mais con à la fois…

« Lourde est la pierre, et dense est le sable.
Mais ni l’un ni l’autre ne sont rien à côté de la colère d’un idiot. »

Qu’est-ce qu’un idiot de cinéma ? C’est quelqu’un (acteur, réalisateur, décorateur) qui ne réfléchit pas à son métier. Ses idées sont un flux de conscience, qui impriment directement la pellicule. À ce titre, Villeneuve est un idiot de cinéma. Prenons tout de suite les précautions d’usage : par bien des égards, Denis Villeneuve est notre frère. Il a notre âge, il vénère le même panthéon cinématographique (2001, Apocalypse Now!, Persona, Blade Runner), et c’est un fan sincère de Dune. Depuis l’adolescence, Villeneuve rêve de « faire » Dune. Il a même storyboardé le livre de Frank Herbert à l’âge de 13 ans. Et voilà, à 54 ans, qu’on lui donne la chance de le faire. On peut comprendre que l’aboutissement de ce rêve soit un achèvement.

Mais un cinéaste ne peut pas être qu’un fanboy. Filmer sa vision n’est pas du cinéma. Qu’est-ce que ce film veut dire ? Qu’est-ce que le spectateur va comprendre ? Ça, Denis Villeneuve n’y réfléchit pas. Est-ce que cela a de l’importance, si les images sont belles, si les acteurs sont bons, si les décors sont grandioses* ? Pour un film à gros budget, il n’est pas très compliqué de réunir les meilleurs talents. Les faire travailler ensemble à une grande œuvre est une tout autre affaire.

Un exemple : la maison de l’Empereur Shaddam IV. Une jolie scène bucolique, un petit pavillon en béton dans un coin de verdure… Mais l’Empereur est la personne la plus puissante, la plus riche de l’univers. Les Harkonnens et les Atreides sont ses vassaux. Pour le lecteur de Dune, pas de problème : il décode, il interprète. Mais pour le spectateur lambda, Christopher Walken est un être faible qui vit dans une petite maison : contresens !

Ensuite, l’Empereur arrive sur Arrakis dans un vaisseau magnifique, une immense boule métallique**. Il s’installe sur la planète et déploie un immense palais, argenté lui aussi. Contradiction : pourquoi le gars qui vivait dans une petite maison possède un si grand palais ?  

La confrontation a lieu. Grâce à sa ruse et ses vers géants, Paul écrase ses ennemis. Voilà l’Empereur réduit à se retrancher dans le palais. Ses fidèles Sardaukar forment le dernier carré, faisant rempart de leur corps. Mais Paul pénètre dans le palais comme dans un moulin. Passe devant les Sardaukar. Se dirige vers le Baron Harkonnen. Et le tue, sans que personne ne s’interpose… Cette salle du trône, elle est dans l’obscurité, comme TOUTES les pièces de TOUT le film. Pourquoi l’homme le plus puissant de l’Univers habite dans l’ombre ? Pourquoi la déco (portes rondes, pièces obscures) est la même partout ? Pourquoi ses gardes ne combattent-ils pas ? Pourquoi cet homme, qui possède tout, habite dans un pavillon mal jardiné de Villeneuve-la-Garenne ? Tout cela pollue – consciemment ou inconsciemment – l’esprit du spectateur…

Soit on résout ces questions, comme le pense Kubrick, qui dit qu’on peut filmer n’importe quelle idée, à condition d’arriver à l’incarner correctement*** . Soit on évite au spectateur de se poser ces questions, comme le préfère Hitchcock****. Or ces contradictions montrent qu’il ne s’agit pas d’une volonté de Villeneuve, mais bien d’un oubli, d’un manque de réflexion. Il n’y a pas réfléchi, comme il n’y réfléchissait pas, déjà, dans Sicario.

Denis Villeneuve est un idiot de cinéma.

*C’est ce que semble penser le public, qui fait un triomphe à cette Part Two. On peut aussi penser que Dune touche un public habitué à bien pire (Marvel) et qu’il trouve enfin dans le film de Villeneuve quelque chose d’intelligent et mature.

** Comme Mitterrand, Villeneuve aime les formes simples : triangle/rond/carré.

*** « Hélas, les idées ne font pas les bons films. Il faut des idées dans les bons films, mais cela demande beaucoup de créativité artistique pour incarner fortement une idée… »

**** « Je retrouve ces erreurs partout : [le spectateur] découvre soudain qu’on a changé de lieu, sans explication, ou deux personnages portent le même costume, et de fait, on ne sait plus qui est le méchant… »

Chronique publiée également sur PlanetArrakis




vendredi 5 janvier 2024


Autant en Emporte le Vent
posté par Professor Ludovico

Après s’être refait l’intégrale Ken Burns – The Civil War, Arte diffuse Autant en Emporte le Vent et l’envie de revoir la bête nous saisit. Vu il y a une trentaine d’années, l’objet nous avait laissé à peu près sans commentaire : froufrous, Technicolor, et « Tara ! Tara ! Tara ! »

Aujourd’hui, le film de Victor Fleming pique carrément les yeux. C’est non seulement une propagande éhontée pour le Vieux Sud, son art de vivre, ses robes à crinoline et ses esclaves si bien traités, et l’immense tristesse que tout cela disparaisse sous les coups de boutoir de ces vulgaires yankees…

C’est aussi l’éloge de personnages absolument détestables. Comment le livre, puis le film, ont pu avoir un tel succès (notamment auprès de la gent féminine) reste un mystère insondable. Scarlett O’Hara est une garce capricieuse, une insupportable manipulatrice, entièrement centrée sur elle-même. Rhett Butler, qui pourrait fournir un intéressant point de vue, est tout aussi détestable. Quand elle s’adoucit, il la frappe et la viole. Elle, si prompte à la vengeance, se réveille le lendemain matin plutôt satisfaite !

Le cinéma regorge de sociopathes de ce genre, mais il y a toujours un point de vue. Tony Soprano est une ordure, un tueur, un mauvais père, mais on sait pourquoi. Il est capable d’actions désintéressées, ce qui fait qu’on ne peut vraiment le détester. Mieux, on voudrait le protéger de lui-même. Garance, des Enfants du Paradis, fait tout pour survivre, quitte à sacrifier les hommes qu’elle aime : elle en paiera le prix cher. Barry Lyndon est un arriviste : d’abord aimé du spectateur qui l’ « aide » dans son ascension aristocratique, le voilà détesté au mitan du film pour son attitude envers sa femme… Chacun de ces personnages n’existerait pas sans l’empathie du spectateur, elle-même créée par le point de vue du réalisateur.

Mais le pire de Gone with the Wind reste à venir : la morale finale… Pour Scarlett (et pour Margaret Mitchell) rien ne compte plus que la terre. Elle a perdu père et mère, maris et amants, et deux enfants, le plus souvent par sa faute… Pas grave : il lui reste Tara, et demain est un autre jour ! Philippe Pétain ne disait pas mieux : « La terre ne ment pas »

Que reste-t-il alors : la technique. Un technicolor éclatant,  d’une beauté rarement égalée, des audaces visuelles, et des reconstitutions spectaculaires…

Et bien sûr, la punchline la plus célèbre du cinéma :

– « Que vais-je faire ? Où je vais aller ?
– Franchement, ma chère, c’est le cadet de mes soucis
! »

Autant en Emporte le Vent ? Frankly my dear, I don’t give a damn…   




jeudi 21 décembre 2023


Les illusions perdues de Gérard Depardieu
posté par Professor Ludovico

Il y a une dizaine d’années, nous avions comparé l’étrange bienveillance dont bénéficiait Notre Plus Grand Acteur National, comparé aux footballeurs, voués aux gémonies dès la moindre incartade, steak en or de Ribéry, sex tape de Valbuena, ou… négociations salariales avec les sponsors de l’Equipe de France.

Aujourd’hui, force est de constater que cela a peu changé. Ce que fait Gérard Depardieu, tout le monde le sait depuis longtemps… Ce n’est pas l’avis du Président de la République, qui a cru bon se lancer – parmi mille autres arguties hasardeuses, celle-là bien plus graves – dans la défense de notre trésor national.

Hier dans C à Vous, Emmanuel Macron a rappelé la présomption d’innocence : il aurait dû s’arrêter là. Depardieu est accusé de viol. Il doit être jugé par la justice, et non par les médias, nous sommes d’accord. Le rôle du Président de la République n’est pas de l’accabler. Il ne doit pas le défendre non plus.

C’est pourtant ce qu’a fait Emmanuel Macron, longuement (3mn) : « C’est un grand acteur », « Il a fait connaître la France, nos grands auteurs, nos grands personnages dans le monde entier », « Il rend fière la France… »

Non, Monsieur le Président, il y a longtemps que Gérard Depardieu ne rend plus fière la France.




vendredi 27 octobre 2023


24 Hour Party People
posté par Professor Ludovico

Le temps passe, on regarde 24 Hour Party People, le film de Michael Winterbottom pour la troisième fois. Le film a vingt ans, mais il ne vieillit pas, pas plus que son sujet.  Cette chronique ultra ciblée de la scène de Manchester aux tournants des années 80, Joy Division, New Order, Factory est une tragi-comédie qui ne cesse de faire rire et d’émouvoir.

À la base, l’histoire est extraordinaire. Tony Wilson, présentateur télé local, assiste au fameux concert mancunien des Sex Pistols au Lesser Free Trade Hall.  Nous sommes en 1976, les Pistols débutent, et, selon la légende, ils ne sont que 42 dans la salle. Pourtant, ils vont tous – ou presque – devenir célèbres. Ian Curtis, Peter Jook (Joy Division), Morrissey (The Smiths), Howard Devoto, Pete Shelley (Buzzcoks) assistent à ce concert*.  Tony Wilson, lui, ne montera pas de groupe, mais ouvrira un lieu pour les accueillir, puis un label pour les produire (Factory Records), puis une boîte pour les faire danser (The Hacienda), tous devenus légendaire, engendrant une scène qui révolutionnera plusieurs fois la musique populaire : Joy Division, New Order, Happy Mondays…

Au lieu d’emprunter aux codes classiques du Biopic, Michael Winterbottom invente l’autobiopic. Pour cela, il a un véhicule idéal : le toujours génial, toujours ultrabritish Steve Coogan. Tony Wilson brise le quatrième mur, commente l’action (la sienne comme celles des autres), fait intervenir les vrais protagonistes en cameo, qui eux-mêmes commentent l’action ou corrigent le propos. Tout cela foisonne, comme la réalisation : images d’époque, vidéo, 35mm… Quand la forme est en symbiose avec le fond, on ne s’ennuie pas.

Un montage épique, pour une épopée.




vendredi 27 octobre 2023


Michael Bay : pyrotechnie du patriotisme
posté par Professor Ludovico

Excellent podcast (comme d’habitude) de Frédéric Sigrist, Monsieur Blockbusters sur France Inter, cette fois-ci sur notre héros républicain d’Hollywood.

On y apprend des choses intéressantes, qui expliquent notamment l’œuvre Bayenne : enfant abandonné, puis adopté par une famille juive démocrate (sic), tyran sur les plateaux mais timide à l’extérieur, obsessions automobiles et service public, etc.

Mais surtout, résonne à nos oreilles une petite musique qui ne peut que nous réjouir. On commence, en effet, à parler d’œuvre Bayenne : comme pour Hitchcock, comme pour Spielberg, la reconnaissance arrive.

Et à CineFast, nous sommes patients…

Michael Bay : pyrotechnie du patriotisme, sur les podcasts France Inter




jeudi 19 octobre 2023


First and Last and Always ?
posté par Professor Ludovico

En 1958, Danny & the Juniors chantaient « Rock’n’roll is here to stay, it will never die ». Hier, le Professore est allé voir The Sisters of Mercy à La Cigale, un concert qu’il attendait depuis 35 ans. 35 ans, c’est à dire 1988, quand Mikke Pikke Pö nous exhortait à sortir du « fuckin’ boogie woogie » des Stones, du Pink Floyd et de Bowie ; ouvrant ainsi la Boite de Pandore des Pixies, de Joy Division et des Sisters of Mercy.

Je ne vais plus trop aux concerts rock, leur rituel me bassine désormais, moi qui ai tant aimé ça : l’attente, le bruit, la fumée, la promiscuité. Tout ça me fascinait, tout ça m’ennuie. Je ne vais plus voir que des gens que je n’ai jamais vu et qu’il faut voir avant de mourir : Dylan, P.I.L., Joan Baez, ou Lady Gaga…  

Mais depuis quelques mois, je me dis qu’il faut que je m’arrête : j’en ressors à chaque fois énervé et frustré : est-ce vraiment la peine de mettre des dizaines d’euros dans le genre de soirée ? Ce n’est pas eux, bien sûr, c’est moi, mais c’est quand même un petit peu eux…

Voir un type chanter la révolution (alors qu’il possède sa maison à Ibiza ou un château en Touraine), ou sa frustration sexuelle (tendance viagra plutôt qu’orgiaque), c’est carrément insupportable. C’est la spécificité du rock. On peut jouer du blues, du classique, de la variété, en ayant soixante-dix ans. Pas du rock.  

Hier, les Sisters of Mercy étaient partagés en deux. La moitié du groupe venait du groupe originel : Andrew Eldritch, Chris Catalyst, faciles à reconnaitre à leur look sexagénaire, tendance Gaetan Roussel. Deux jeunes guitaristes assuraient devant. Charge à eux d’assurer la posture rock : look eighties, (Rayban Aviator de Eldritch à son heure de gloire), pantalons de cuir et poses guitar hero. Ils surjouaient les Sisters of Mercy de 1988 : totalement pathétique.

Où était passé, par ailleurs, le bruit et la fureur ? Le public pourtant mixte (50% de vieux à T-Shirt First and Last and Always, 50% de jeunes vampires, rouge à lèvres noir) ne dansait pas et chantait peu.

Je ne suis pas un jeuniste. Je ne pense pas que c’était mieux avant. Mais comme Mick Jagger, je pense que le rock est comme la déesse Kali, elle mange ses petits enfants, et tout cela n’est simplement plus de sens. La révolte est ailleurs : dans le Rap (dont je me fous) ou sur Internet (qui m’intéresse beaucoup plus)…

En est-il de même des autres arts ? Pas sûr…  La musique classique survit malgré (ou peut-être grâce) à sa spécificité CSP+, le théâtre évolue, le cinéma se réinvente dans les séries. Mais le rock est peut-être comme le cinéma américain ; il meurt comme expression d’une culture, celle des boomers, celle d’une certaine révolte contre l’ordre ancien de l’avant-guerre. Le cinéma US était porteur de ces rêves-là, comme Elvis ou Little Richard.

Le rock n’est pas mort, mais les rockers, oui.




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