samedi 28 mars 2009


Y : à quand la série ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Le Professore s’est mis à la BD, et lit en ce moment deux petits bijoux : Walking Dead et Y : Last Man on Earth.

Si on s’attarde sur la dernière, on se demande combien de temps Hollywood va mettre à l’adapter en série TV, car elle en a déjà la forme.

Le pitch : Y, Yorick, est un jeune homme sympathique, d’autant plus sympathique qu’il est devenu… Le Dernier Homme sur Terre, suite à une mystérieuse catastrophe qui a tué tous les individus mâles, animaux compris. Suit un road movie à travers les USA pour que Yorick retrouve sa petite amie : authentique ! Yorick a 3 milliards de femmes à sa disposition, (et osons le dire, 3 milliards un peu en manque !), et notre héros ne veut voir que sa petite amie !!!

Disons-le tout de suite, c’est la le coup de génie de Y, qui joue sur un principe dramaturgique connu : le public sait ce qui est bien pour le héros (ici, profiter un peu de la situation), mais le héros, lui, ne le sait pas.

Étonné au départ par le manque de sexe de Y, dans un contexte qui devrait en déborder, on comprend ensuite que le comic est basé sur un concept bien connu des fans des X-Files : la TSI, Tension Sexuelle Irrésolue : Mulder et Scully ne font jamais crac-crac, mais le public ne pense qu’à ça pendant neuf ans.

Y joue sur la même idée. Tous les fantasmes masculins y passent, sans montrer un seul bout de fesse : la petite prof chinoise à lunettes, la mère de famille gironde, l’agente secrète black (avec menottes), la skinhead garagiste à forte poitrine, la milicienne bottée, tout y passe. Yorick ne fait rien, mais nous !!!

L’autre intérêt de Y : Last Man on Earth, c’est les questions qu’il pose sur la place des femmes dans notre société, et on voit bien que c’est ce qui a intéressé le scénariste Brian K. Vaughan ; comment fonctionnerait un monde sans homme ? Un monde où tous les pilotes de ligne sont morts d’un coup ? Un monde où le Sénat Américain est devenue soudain démocrate (très peu de Senatrices républicaines !) Un monde où l’Armée Israélienne est la plus forte du monde ?

Comme c’est très bien amené et présenté de manière humoristique, on marche à fond.

Ca ferait évidemment une série géniale, à la Lost, dont Y emprunte évidemment les astuces : cliffhanger à chaque épisode, personnages multiples aux destins croisés, intrigues secondaires, et intrigue générale à tiroirs…

A quand la série, donc ?




vendredi 27 mars 2009


Archives Kubrick
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

C’est une histoire assez drôle, et en même temps, terriblement Kubrickienne. En 1996, un jeune documentaliste anglais, Jon Ronson, est approché par un mystérieux interlocuteur, intéressé par ses photos prises dans les camps de concentration. Devant l’insistance du documentaliste, on finit par lui dire qui est son mystérieux commanditaire : Stanley Kubrick. Immédiatement, il souhaite rencontrer le génie. Refus, évidemment.

Kubrick travaille alors sur l’adaptation de Wartime Lies, un film sur l’holocauste. Vexé par le succès de La Liste de Schindler, comme l’a brillamment raconté Frederic Raphael*, Kubrick passera à autre chose : Eyes Wide Shut, et il mourra.

Quelques années plus tard, nouveau coup de fil à Jon Ronson : « Toujours intéressé par visiter la maison Kubrick ? »

Évidemment, oui.

Et l’un des adjoints de Stanley de faire visiter les archives Kubrick, dans sa propriété d’Hertfordshire : la maison, depuis 30 ans, est emplie de boîtes de rangement, et ça déborde : on a utilisé toutes les écuries, et on a même construit des Algeco. Car Kubrick archive tout : scénarios, mémos, note de lectures, encarts publicitaires, lettres de fans, lettres d’insultes…

Maniaquerie, comme le veut une légende tenace ? Plutôt une méthode, hallucinante, pour organiser le chaos. Un exemple, parmi d’autres. Un type de Kingman, Arizona envoie une lettre d’insultes à la sortie de 2001 : il n’a pas aimé le film, et le fait savoir. Pourquoi garder ce courrier, vingt ans plus tard ? Ce type, on le contactera en 1987, à la sortie de Full Metal Jacket, pour vérifier la copie qui passe au cinéma de Kingman.

Toute sa carrière, Kubrick a travaillé ainsi : avec un réseau de correspondants, parfois bénévoles. Lecteurs, documentalistes, superviseurs de diffusion TV, de doublage, de pages de pub. Partout dans le monde se trouvaient des collaborateurs à la constitution de l’œuvre Kubrickienne : un type pour trouver des brosses à dent XVIII° siècle, un type pour doubler en français Shining (Michel Deville), un gendre pour repérer des pas de porte pour Eyes Wide Shut, un collègue américain qui s’aperçoit que Dr Folamour a été amputé de 10mn par une télé, etc. Ce peut sembler délirant, mais c’est le pilier de l’œuvre de Kubrick.

La perfection, tout simplement.

Pour quelqu’un qui n’a fait que 12 films en quarante ans, il fallait bien faire œuvre absolue. D’abord dans le choix des sujets, le casting, la préproduction : trouver les bons sujets (des centaines de lecteurs envoient des fiches de lecture), les bons extérieurs (le véritable Overlook Hotel, l’usine anglaise transformé en capitale vietnamienne). Ensuite, perfection du tournage (15 prises) ; enfin perfection de la vie du film, après. Et c’est peut être là que Kubrick est le plus étonnant. Là où finalement les autres abandonnaient leurs films aux exploitants (salles, TV, DVD), Stanley Kubrick s’est toujours préoccupé de la vie de ses films, de la qualité, et de l’intégrité de leur projection. Faire repeindre une salle à New York parce que les murs sont brillants, interdire une diffusion de Folamour parce que le film est coupé, renégocier en Australie les tarifs publicitaires parce que l’on s’est fait escroquer de quelques millimètres… C’est ça le système Kubrick, et qui fait que son œuvre est diffusée telle quelle, sans altération, et que c’est toujours le cas aujourd’hui. Ca n’a l’air de rien, mais c’est rarissime dans le domaine artistique, et encore plus dans le cinéma. Si Kubrick est vénéré par ses collègues, c’est parce qu’il a tracé une voie unique : Spielberg, Lucas, Cameron ont depuis suivi cette méthode avec succès.

Tout l’intérêt du documentaire, Stanley Kubrick Boxes (Stanley Kubrick – Archives d’une Vie) qui passe en ce moment sur TCM, c’est de montrer, au travers l’étendue des archives, un bout du cerveau du génie.

Et qui dit génie, dit aussi folie, thème Kubrickien par excellence. L’alignement de tous ces cartons, tous semblables (avec un prototype de carton conçu par Kubrick lui-même !), ne peut manquer de faire penser aux si nombreuses images de la folie dont Kubrick a parsemé ses films : le labyrinthe de Shining, les mémoires défaillantes de HAL dans 2001, l’application rigide des consignes dans Folamour

D’où la question fondamentale que pose tout Kubrickophile, et Michel Ciment le premier** : Kubrick était-il fou ? Ou a-t-il fait du cinéma pour éviter de le devenir ?

Merci à Alexandra, qui m’a conseillé ce documentaire. Il était -inexplicablement- passé sous mon K-Radar.

Stanley Kubrick Boxes, un documentaire de Jon Ronson sur TCM
Lundi 30 Mars 2009 – 14:40
Jeudi 9 Avril 2009 – 04:20
Dimanche 12 Avril 2009 – 05:44

* Frederic Raphael : Deux ans avec Kubrick, chez Plon . Dans cet excellent livre, qui raconte la gestation d’Eyes Wide Shut, le scénariste revient sur l’anecdote suivante : Kubrick, trop lent, s’est fait grillé par Spielberg (un ami) sur l’Holocauste. Après le succès phénoménal de La Liste de Schindler, Stanley Kubrick savait que tout autre film serait jugé à l’aune du Spielberg.

Un jour, n’y tenant plus, Kubrick lance le sujet, sournoisement.

– Vous l’avez vu, La Liste de Schindler ?
– Oui, Stanley.
– Et vous en pensez quoi ?
– C’est Hollywoodien, mais c’est pas mal pour un film sur l’Holocauste…
– un film sur l’Holocauste ? Vous trouvez que c’est un film sur l’Holocauste ?
– Ben oui, fait Frederic Raphael, décontenancé. Pour vous, ce n’est pas un film sur l’Holocauste… ???
– Un film sur l’Holocauste avec une happy end ? C’est plutôt un film sur le succès, non ?

** auteur de la bible sur le sujet : Kubrick, chez Calmann-Levy




vendredi 27 mars 2009


Les Passagers
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -Les films ]

Difficile de parler d’un film, dont l’intrigue, conspirationniste, empêche d’en dire plus. On dira juste que Anne Hathaway ne casse toujours pas des briques, que le film est moyen mais…. qu’il mérite absolument d’être vu !!!

Les Passagers fait partie de ces surprises qui émaillent l’année d’un CineFaster.

Allez donc le voir… Et on reparlera !




vendredi 27 mars 2009


Les Rois Maudits
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Séries TV ]

Je sais, j’ai trente ans de retard, mais chacun son chemin de Damas !

Redécouvrir Les Rois Maudits aujourd’hui, c’est accepter de se colleter 9 heures d’un style suranné, et d’une dramaturgie hésitante. Pour quoi au final ? Un superbe cours d’histoire…

Car si l’oeuvre ne passe plus la barre de nos critères actuels (décors minimalistes, costumes Star Trek, poses hiératiques…), elle reste éminemment regardable pour d’autres raisons. Fort bien écrite (les tirades de Mahaut d’Artois), fort bien joué (Hélène Duc, Jean Piat), elle reste un modèle, finalement, de docu-fiction avant l’heure.

Difficile en effet, de s’intéresser au problème de la succession d’Artois, qui pourtant plongera la France dans la Guerre de Cent Ans. Mais Druon et son adaptateur, Marcel Jullian, étale cette explication sur 9 heures, faisant réelle oeuvre de pédagogie. Mieux, ils évitent le piège – assez commun – de « moderniser » les personnages. Aucun sentiment amoureux, aucune explication psychologisante ne vient en effet justifier les actions des protagonistes. Ils ne se battent que pour de plus haut motifs, difficiles à comprendre aujourd’hui : l’intégrité du Royaume de France, la restitution d’un bout de terre, la suprématie d’un titre sur un autre, la nécessité absolue d’avoir un héritier mâle, etc. Quand la fille de Philippe le Bel vient se plaindre de son mari, le roi d’Angleterre, qui la néglige, elle se fait éconduire : « de quoi vous plaignez vous ? J’ai adjoint le royaume d’Angleterre au royaume de France. J’ai assuré la paix entre nos deux pays… »

Du ringard comme ça, on en redemande…




mardi 24 mars 2009


Gran Torino
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Clint Eastwood s’est fait Woodyallenisé. Involontairement ou pas, l’Inspecteur Harry a été élevé par la critique et le public français au rang d’icône. Et si la carrière du Clint est extraordinaire – du vigilante réac au subtil réalisateur d’Un Monde Parfait -, il n’est pas normal que ses films ne soient plus critiqués a posteriori, mais adorés a priori.

Le Professore est tombé, lui aussi, dans le piège, plein d’a priori positifs, la tête pleine de Million Dollar Baby et Mémoires de Nos Pères. Le pire cas de figure pour aller voir un film.

Pourtant, il n’y a pas mensonge sur la marchandise ; c’est bien de rédemption qu’il s’agit. Kowalski-Eastwood, ce pourrait être Dirty Harry à la retraite, un vétéran de la Corée qui refuse de se pardonner les choses qu’on lui a fait faire. Eastwood est censément la plus a même de jouer cela, vieux Céline-Rigodon à Meudon, crachant sa haine des nègres, des pédés, des bridés…

Mais bon, si rédemption finale il y a, elle est, à l’image du film lui-même, hautement improbable. Et même si l’on est happé par ces dix dernières minutes, par l’émotion-mélo un peu cheap, on ne peut malheureusement oublier les 105 minutes précédentes, consternantes à plus d’un titre.

Ce n’est pas tant que l’histoire soit incroyable, c’est que c’est surtout mal fait. Rien ne nous est épargné : le vieux qui se redîme, les gamins et leur inévitable console de jeu-chewing-gum-piercing, la nourriture chinetoque « pas si mauvaise que ça », et la chienne qui – sic !- pleure à la fin.

Quant à Clint, il n’est qu’une pauvre caricature de lui-même. Non content de nous déclamer sa bordée d’injures racistes à chaque plan « gook, jew, pussy, zipperface, nigger, snowball », ce qui – et ce n’est pas un hasard – déclenchait des rires malsains dans la salle, le réalisateur d’habitude plus subtil souligne ici son propos en commentant l’action à voix haute : « Il n’y a plus que des rats des marais dans le quartier ! », «les jeunes, de nos jours ! », « Qu’est ce que je fais ici ? Je suis plus à l’aise que dans ma propre famille !». On se croirait dans un Blake & Mortimer, alors que le regard de pierre de l’ancien maire de Carmel aurait suffi.

Ce manque de subtilité, c’est ce qui tue tout le film. Le gentil est caricatural (dans sa méchanceté initiale comme dans sa gentillesse finale), les gangs de méchants sont ridicules, les coréens très gentils, le curé puceau mais couillu au final….

Pitié ! On n’en peut plus !

En fait le film fait très années 70. Autant on peut regarder Dirty Harry avec un second degré critique (ben oui, c’est réac, mais dans ce temps-là, ma bonne dame !!), aujourd’hui ce n’est plus possible. L’eau du cinéma a coulé sous beaucoup trop de ponts. On ne peut plus filmer les gangs comme dans West Side Story : The Wire, Boys in the Hood, Colors, Oz, sont passés par là. La famille, les relations père-fils, la jeunesse : cf. Juno, Six Feet Under, les films de Sean Penn, de Gus van Sant. La rédemption raciste, avec presque le même thème, le même contexte : L’Année du Dragon.

Non décidément, à des problématiques compliquées, L’inspecteur Harry offre des réponses simples. Trop simples.




mardi 24 mars 2009


Qu’est-ce qui fait courir un CineFaster ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Eh oui, question toute bête, pourquoi aller au cinéma ? Pourquoi sortir dans le froid, perdre sa soirée, se réfugier dans le silence, pour subir – parfois – le manque de talent, de courage, de créativité de nos amis d’Hollywood !?

L’objet de cette chronique n’est pas tant de lister les bonnes raisons d’aller au cinéma (« Mourir, rêver, revenir… », disait David Lynch), mais plutôt ce qui nous meut : le déclic qui fait lever de son canapé coûteux, (d’où nous regardions d’un œil torve, mais pourtant satisfait, l’OM humilier le PSG au Parc).

D’abord, et sûrement prioritairement bien qu’inconsciemment, le snobisme. Voir le film avant les autres, la masse, le type qui ne va que trois fois au cinéma par an ! Avec des conséquences dommageables : qui veut voir Slumdog Milllionnaire, maintenant que tout le monde l’a vu et expliqué que c’était bien !?? Pourquoi aller voir un film et dire que c’est bien si c’est le cas, ou aller s’ennuyer voir un film, quand on sait déjà qu’il est nul ?

Ensuite, la collec’. Les cinéphiles sont les pires maniaco-dépressifs, qui ne collectionnent que du vent : des souvenirs, des répliques, une image, un plan, une musique… « What dreams are made of… », pour reprendre la belle image du Faucon Maltais. Un cinéphile se fait donc un malin plaisir de voir tout ce que sort l’objet de son obsession : de voir tout Kubrick (facile : 12 films, et sans versions « remastered director’s cut » !), à tout Chabrol (beaucoup plus dur : 71 films, et pas que du lourd).

Et on peut varier infiniment sur ce thème : comment rater un Star Trek si on a vu les dix premiers ? Quelle excuse trouver pour n’avoir pas vu L’Ouragan vient de Navarronne, la kitchissime pseudo-suite (avec Harrison Ford !!) des Canons ? Sans parler de Mallrats, le seul Kevin Smith (Méprise Multiple, Clerks, Dogma) inédit en France ? Et comment éviter K-19, The Widowmaker, le dernier film de sous-marin en date ?

Non vraiment, vous n’avez pas d’excuses…

Il y a, enfin, l’amitié. La cinéphilie est une course de relais : même si j’adore aller seul au cinéma, l’effet d’entraînement en solitaire est d’autant plus faible que le coefficient soirée PSG-OM est plus fort. Mais quand on a une (ou plusieurs) âmes soeur(s), c’est moins dur. « Qu’est-ce que on va voir demain ? » « Slumdog ? » « Na. D’jà vu ! » « Et alors ? » « Comment dire ? » « Ouais trop naze, j’m’en doutais, babe ! Bon alors, on va voir quoi ? Destination finale 3 ? »




jeudi 19 mars 2009


Watchmen
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

La BD « Les Watchmen », la BD d’Alan Moore et de Dave Gibbons, c’est la pierre angulaire de la nation geek, les gars qui sont nés après 1965, qui, selon l’agréable théorie de Guillaume Dustan, méritent seuls de vivre dans notre monde moderne. L’écrivain pédé, qui aimait bien provoquer les télés avec sa perruque jaune, avançait qu’il fallait débarrasser la planète des gens nés avant cette date fatidique, trop vieux pour le monde nouveau : comprenaient rien à la techno, à l’acide, à Bret Easton Ellis, aux comics… Moi c’est le genre de théorie qui me va bien, je suis né en 1965.

Les Watchmen font partie de la culture quadra, même si vous n’en avez jamais entendu parler : Cameron met un T-shirt Watchmen dans Titanic, des gars citent le comic à gauche et à droite « Who’s watching the Watchmen? » C’est comme Velvet Underground ou Joy Division : personne n’en a entendu parler, mais c’est le ciment de la culture geek.

C’est pourquoi l’adaptation au cinéma était attendue comme le messie par un troupeau de fans au bord de l’apoplexie : après un projet de Terry Gilliam longtemps reporté* (ouf !), les noms de Darren Aronofsky ou Paul Greengrass avaient circulé… Et puis soudain, sorti de nulle part Zack « Je vote républicain et j’aime ça » Snyder. Le réalisateur de 300 avait au moins ça : la vista pour illustrer convenablement la bête. Même si Watchmen-la BD est affreusement dessinée, elle vous empli de visions pour toujours : le Dr Manhattan en Titan bouddhiste bleu, le vaisseau spatial en mécanique d’horlogerie dorée, Rorschach et son masque, etc.

Ici, le talent de Snyder fait recette : images superléchées, transitions élaborées, effets spéciaux bluffants (et l’un des plus beaux génériques de ces dix dernières années, avec Dylan l’immortel en toile de fond)

Mais le jeune Snyder avait aussi montré avec 300 qu’il n’était pas qu’un cliper de plus, et qu’il savait raconter une histoire. Objectif atteint avec Watchmen : il a réussi à rendre compréhensible une BD fascinante, mais incompréhensible. Et le républicain n’a pas trahi l’anarchiste Alan Moore. On peut même dire que c’est la première œuvre de Moore, après les adaptations calamiteuses de From Hell ,V for Vendetta, et La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, qui soit réussie…

C’est peut-être le problème, d’ailleurs. On peut s’en rendre compte maintenant : l’intrigue générale tient sur une boite d’allumettes : « Y’ a un méchant, il veut conquérir le monde, il tue des super héros. Mais mon dieu, mon dieu, qui est-ce ??? »

Heureusement, les Watchmen, c’est plus que ça : des histoires imbriqués, des personnages fouillés, des problématiques complexes, des débats philosophiques. Incroyable mais vrai, Watchmen-le film n’esquive rien, ne simplifie rien, n’élague rien.

Ce qui rend le film un peu lourd (2h34), un peu daté, un peu ridicule parfois, mais fidèle.

Quel plus bel hommage pouvait on rendre à la BD de nos vingt ans ?

*Attention : une tautologie s’est cachée dans cette phrase




jeudi 19 mars 2009


François-Xavier Demaison
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

Je vais rarement au théâtre, encore plus rarement voir des one-man shows. Mais j’ai eu lundi dernier l’occasion de voir le spectacle de François-Xavier Demaison, et c’est l’illustration basique, essentielle, de ce que peut faire un bon acteur.

Sur un texte extrêmement basique, pour ne pas dire simpliste (sa conversion de fiscaliste en théâtreux, une galerie de portraits assez convenue au final), Demaison incarne une dizaine de rôles. Que du classique, me direz-vous. Mais il s’efface parfaitement derrière ces personnages. Gestuelle, accent, mimique, faciès : on s’y croirait. Déjà, dans Coluche, il se collait littéralement à l’humoriste, et on oubliait totalement l’acteur derrière le personnage.

S’il trouve les bons rôles au cinéma, François-Xavier Demaison a un boulevard devant lui.




dimanche 15 mars 2009


Stalingrad(s)
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Les films ]

Sortant de l’excellent livre d’Anthony Beevor sur la bataille de Stalingrad, j’ai eu envie de me replonger dans Stalingrad, les films. L’occasion de les réévaluer, l’un à la baisse, l’autre à la hausse.

Stalingrad, de Joseph Wismaier
Sorti en 1993, ce film était déjà un petit événement en soi. Montrer, pour la première fois, le point de vue allemand sur une bataille devenue une image d’Épinal de la Seconde Guerre Mondiale. Montrer aussi la souffrance du soldat allemand, ce qui était révolutionnaire. Le début certainement d’une nouvelle génération d’allemands qui veulent sortir de la culpabilité automatique du nazisme (La Chute, par exemple). Quinze ans après, le film ne fait plus aussi forte impression. Certes, son point de vue est intéressant, mais il pêche par son manque de construction (on passe d’une scène à l’autre sans vraiment d’explication), et par sa naïveté : à force de montrer la souffrance des allemands, on finit par des scènes abracadabrantesques où les soldats se mettent à sauver des civils russes ! (Relire Beevor de toute urgence)

Enfin, un peu comme Dune, il fait partie des dernières superproductions sans effets spéciaux numériques : le film fait pauvre, avec ses trois T-34 et son Junker 52. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Stalingrad, Ennemy at the Gates, qui nous en met plein les yeux…

Stalingrad, de Jean-Jacques Annaud
J.-J. Annaud, c’est tout ce que je déteste au cinéma : un pseudo concept, et pas de film derrière. Ce qui explique ma très mauvaise impression à la sortie de ce Stalingrad-là – très survendu comme d’habitude – et qui faisait à mes yeux pâle figure face à l’autre Stalingrad.

En changeant d’optique aujourd’hui, en regardant Ennemy at the Gates pour ce qu’il est – un film d’action et un mélo -, ça le fait. C’est bien filmé, bien construit, bien joué. Bon, c’est Hollywoodien en diable (le maquillage de Rachel Weisz, impeccable sous les obus de 88), c’est gentillet (les bons, les méchants), et ça va pas chier loin, mais on passe quand même un bon moment.

Mea culpa. Mea Maxima Culpa.

*Anthony Beevor, Stalingrad, Le Livre de Poche




samedi 14 mars 2009


USS Alabama
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Nous partageons avec quelques-uns un culte étrange pour le Film de Sous-Marin. Genre mineur (en nombre de films), le Film de Sous-Marin exerce une fascination certaine, difficilement explicable au néophyte.

De Torpilles sous l’Atlantique, à A la Poursuite d’Octobre Rouge, ce sous-genre du film de guerre existe finalement au travers de quelques figures de style bien senties (affrontement des officiers supérieurs, courage des machinos, claustrophobie pour tout le monde) et surtout de répliques cultes, photocopiées à l’infini. « Immersion périscopique ! » « Torpilles 1 et 4 parées ! » et l’inévitable : « Si on dépasse les 300 m, la coque ne tiendra pas le choc, Capitaine !!* »

Il était normal que le duo de choc des années 80-90, Don Simpson et Jerry Bruckheimer, apporte lui aussi sa contribution au genre, avec Crimson Tide.**

Adoré à l’époque, comme parangon de la GCA, il était temps de vérifier l’usure du bouzin. Mis en cale sèche sur le disque dur de la Freebox, il a subi un examen complet de la coque : étonnamment, le film passe très bien la barre et – osons le dire -, presque mieux qu’en 1995. Plus subtil qu’il n’y paraît, il révèle (maintenant qu’on connaît Armageddon, mais aussi Déjà Vu, ou Le Plus Beau des Combats), une des clefs de voûte de l’œuvre Simpsonio-Bruckheimerienne, car œuvre il y a.

Le film néon
Esthétiquement, USS Alabama possède les caractéristiques d’usine Simpson-Bruckheimer : grosse cylindrée, couleurs pétantes (rouge-bleu-vert), montage cut, gros plans léchés, tout brille ! Même le casting : Gene Hackman-Denzel Washington, of course, mais aussi plein de petits qui vont aller loin : Viggo Mortensen, James Gandolfini, Ryan Philips, Lilo Brancato…)

Tous pour la Marine !
Dans l’excellent livre de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington , Les trois acteurs d’une stratégie globale », l’auteur explique les liens tissés par les différents cadors d’Hollywood avec les armées US, pour les aider à réaliser des films, qui parfois, n’ont plus grand-chose à voir avec des films de guerre (Independance Day, par ex.) Après le carton Top Gun, qui amena un afflux de recrutement pour l’Aéronavale, les deux compères Simpson-Bruckheimer ont dû garder les cartes de la visite de la Navy, car ici encore, la marine est glorifiée (et l’Air Force moquée, via une blague au début du film)

Le film russe
Nous avons déjà vu qu’Armageddon est un grand film russe (les pionniers pragmatiques, le courage, le fatalisme…) USS Alabama est paradoxalement, un film très russe, lui aussi… Sa musique est un long requiem digne des chœurs de l’Armée Rouge, et le film, un soutien objectif à la Russie Eternelle… Les méchants russes sont des démagogues qui veulent renverser le gouvernement actuel (pourtant pas un modèle de démocratie, mais, à la fin, le pouvoir en place (la Russie Eternelle) triomphe, écrasant la rébellion, à la satisfaction générale.

Le cœur de l’Amérique
Républicains convaincus, les deux compères n’ont jamais caché leur préférence pour le cœur de l’Amérique (Oklahoma, Texas, Virginie), plutôt que pour la décadente Los Angeles, la cynique New York ou la tyrannique Washington… Surnommer leur sous-marin Alabama n’est donc pas un hasard, c’est à la fois l’état de l’affrontement racial*** c’est aussi l’état qui vit le commencement de la fin de la ségrégation. Comme le dit Gene Hackman, le commandant blanc et un peu facho, à propos de son bateau : « It bears a proud name, doesn’t it, Mr. Cob? It represents fine people. Who live in a fine, outstanding state. In the greatest country in the entire world. » Ça c’est non seulement l’Alabama, mais le coeur du public des films Simpson-Bruckheimer : leur objectif, avaient-ils coutume de dire, est que ça plaise aux gars de l’Oklahoma (comprendre, pas aux tafioles de New York ni aux gauchos de Los Angeles). Objectif atteint.


L’affrontement racial

C’est à la fois le fil rouge du film et un leurre : un capitaine blanc, un second noir, rednecks opposés aux blacks soul , et cette métaphore, sublime, qui sublime le débat : l’anecdote des chevaux lippizans blancs immaculés, « parfaits », mais « qui naissent noirs ». Cachés derrière cette pseudo-confrontation raciale, il y a en fait la vérité de la Nation, qui dépasse la race, les convictions politiques et religieuses. Là où le film possède cette deuxième couche, c’est bien ici : entre l’intello noir et le chef hard-boiled blanc, la différence, au final sera mince : tout deux se battent pour la liberté, et pour « the greatest country in the entire world. » De même pour l’équipage, où chacun tentera de compter ses troupes, mais où la ligne de partage ne sera pas raciale, mais idéologique.

On retrouve exactement le même thème, transposé à l’univers du College Football, dans Le Plus Beau Des Combats. Ici le « méchant » est Denzel Washington, un coach dur à cuire qui remplace – contre l’avis de tous – le coach blanc (Will Patton, vu aussi dans Armageddon), compétent et sympa. Comme dans USS Alabama, la réconciliation est au bout du chemin, contre le racisme et les préjugés des deux camps.

Le thème racial n’est pas innocent chez Simpson-Bruckheimer : ce duo de producteurs, très à droite, (voir plus loin), a fait dès le début une large place aux noirs dans leurs films. Le Flic de Beverly Hills ainsi, fut le premier blockbuster de l’histoire avec un héros noir (Eddie Murphie, en 1983 !) Une intuition marketing, bien sûr, mais plus que ça. Les noirs dans les films Simpson-Bruckheimer, ont toujours une place de choix, ce ne sont jamais des victimes. Denzel dans Le Plus Beau Des Combats est un leader, pas une victime de la ségrégation. Il emmène ses élèves désunis au petit matin se recueillir sur le champ de bataille de Gettysburg, où tant de jeunes américains blancs, désunis comme eux, sont morts pour ou contre l’esclavage (« United we stand, divided we fall », selon le célèbre mot d’Abraham Lincoln). Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys I&II proposent des rôles de flic très proactifs, qui ne subissent ni les gangsters, ni les brimades d’autres collègues.

La compassion pour l’extrême droite
A l’opposé, la droite dure est toujours vue avec une certaine compassion dans les films du duo. C’est le très beau personnage de Déjà Vu, incarné par Jim Caviezel, c’est Ed Harris, le colonel « à principes » dans The Rock, ici c’est Gene Hackman, un facho, mais aussi un grand chef, apprécié de ses hommes.

Au final, USS Alabama propose plutôt un combat de principe, entre les légalistes et les pragmatiques. Un peu ridicule en 1995, ce l’est moins aujourd’hui, quand on voit l’usage que l’administration Bush a pu faire du concept de guerre préventive. On a ainsi droit, au plein milieu du film, à une scène d’explication – surréaliste dans un film US – sur Clausewitz. Devant James Gandolfini en beauf médusé, Denzel périme le penseur prussien : « A l’ère nucléaire, le véritable ennemi, c’est la guerre elle-même. »

A bas Washington !
A la fin, le méchant blanc pardonnera à l’intello noir, et vice-versa, car c’est comme d’habitude l’Etat qui a merdé : l’Etat centralisateur, en créant un bug dans la prise de décision nucléaire.

CQFD.

*prophétie qui, bizarrement, ne se réalise jamais…
** USS Alabama cite d’ailleurs, via un bizutage, un des parangons du genre, Torpilles sous l’Atlantique. Denzel Washington en appellera ensuite aux mânes de Star Trek, qui lui aussi s’apparente au Film de Sous-Marin (relisez les trois phrases-type et vous comprendrez)
*** cf. la chanson de Neil Young, et la réplique de Lynyrd Skynyrd, Sweet Home Alabama




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