mardi 30 juillet 2013


Où sont les stars ?
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Vanity Fair fait partie des lectures obligées du CineFaster. Sans prétendre y être abonné, le Professore y a fait ses plus belles découvertes, notamment les extraits d’High Concept (le fameux Box office de Charles Fleming). Bien écrits, avec du contenu, les articles de Vanity Fair tranchent avec l’habituelle soupe des autres magazines. Il ne faut pas rater l’annuel « Hollywood issue » qui donne la tendance pour l’année, qui est in, qui est out.

Voilà en tout cas le premier numéro de la toute nouvelle édition française, avec déjà un dossier sur les blockbusters de l’été… Et sur leur nouveau modèle économique : pas de star, surtout pas de star…

Comme l’explique Simon Kinberg (chef scénariste des futurs Star Wars), l’Hollywood des années 2010 est désormais basé sur les franchises (X-Men, Spiderman, Star Wars). En gros, 5 films par an qui rapportent 20% des 10 milliards de dollars réalisé par les 600 films produits par Hollywood dans l’année. « Coller des stars dans le cast de ces franchises reviendrait à faire affronter des marques concurrentes, i.e. « Brad Pitt » vs « Batman«  ». C’est pour cela qu’on n’y trouve plus aucune star, mais des jeunes pousses venues de la télé, qui coûtent beaucoup moins cher et ne vampirisent pas le produit.
Ce nouveau paradigme est né, paradoxalement de l’immense succès de Minority Report : une fois payé Spielberg, Cruise, et les droits des produits dérivés, la Fox réalisa qu’elle n’avait fait aucun bénéfice ; une conclusion s’imposa à tous : plus jamais ça ! On prendra désormais des acteurs jeunes, pas chers, et sans pourcentage sur les recettes. La fin du système inauguré par le Batman de Burton, qui rendit Jack Nicholson si immensément riche. D’où les casts pour le moins suprenants des plus grosses machines de l’été : Zachary Quinto (Star Trek), Andrew Garfield (Spiderman 2), Henry Cavill (Man of Steel), Idris Elba (Pacific Rim). Qui serait capable de les citer de tête ? D’évoquer une quelconque filmographie ?

Mais surtout, où sont passés les stars ? Dans des films (un peu) plus ambitieux qu’ils coproduisent le plus souvent. World War Z (Brad Pitt), Oblivion (Cruise), Elysium (Matt Damon), After Earth (Will Smith). Vanity Fair, malicieux, note que c’est à chaque fois, le même scénario : un homme seul, un soldat, combat pour la survie de l’humanité sur une terre post apocalyptique. Un thème universel, sans références américaines, sans ennemi identifié (russkof, arabe, chinois), sans humour connoté, et sans sexe : le meilleur moyen de partir à l’assaut d’un marché de plus en plus globalisé…




mardi 23 juillet 2013


Mud
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il fait chaud. Le ciel est bas et lourd, et pèse comme un couvercle. Le moment parfait pour aller au cinéma. Problème : le programme de l’été est un électroencéphalogramme plat, pas de film en retard qui manquerait à notre collection. Ah si, un : Mud. Le film de Jeff Nichols est parfait pour la saison ; plat et chaud comme les rives du Mississipi, plus précisément près de Dewitt, Arkansas, là où la White River rejoint le Fleuve de l’Amérique. Là où toute les mythologies s’entrechoquent : le blues, les rednecks, Tom Sawyer et la Guerre de Sécession, bref le cœur gluant de l’Amérique, loin de la civilisation des yankees : le bayou, la mangrove, la boue. Mud.

Une fois au frais, on reste dubitatif pourtant devant tout le film. Soit Mud est un très bon divertissement à coloration initiatique, soit c’est un film d’auteur raté. Autant Take Shelter prenait la deuxième direction, en réussissant sur toute la ligne, autant Mud penche vers la première, et dans ce cas, c’est réussi.

Mud, c’est le genre de film que Spielberg ne sait plus faire, un Stand by Me du Bayou, ou un Super 8 réussi. Des jeunes acteurs formidables, (Tye Sheridan, déjà excellent dans Tree of Life), et Jacob Lofland, face à Matthew McConaughey, au top de sa forme. Qu’est-ce qui cloche alors ?

En fait, c’est simple : on en attend plus de l’auteur de Take Shelter. Un peu plus d’ambiguïté, un peu moins de clichés et d’approximations scénaristiques. Parce que si on décroche, c’est qu’il y a beaucoup de choses qui clochent dans cette histoire, à commencer par cet incroyable réparation de bateau, alors qu’il serait si simple d’en emprunter un…

Mais si on est d’humeur plus enfantine, on goûtera avec plaisir à ce Tom Sawyer modernisé, McConaughey remplaçant avec talent Joe l’Indien.

Il suffit de se laisser porter. En somme, ce qu’il y a de plus dur au cinéphile hardcore…




dimanche 21 juillet 2013


Black Death
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Black Death fait partie de ces films qui se la pètent, les films d’ados, comme les appelle le Professore. Des films où on pourrait entendre « Oh là mais euh » à chaque plan. Mais où veut-il en venir, le Prof ? A ceci, jeunes skywalkers : à un cinéma qui se la joue auteuriste (caméras portées, déco impeccablement médiévale, réalisme à tout crin… choses éminemment respectables, mais qui exigent un scénario à la hauteur. c’est là que le bât blesse, car on retombe vite sur les plus vieux clichés du monde : le templier implacable parce qu’il a perdu femme et enfant, l’ordure brute mais courageuse dans le fond, le héros martyrisée par les braillards qui l’accompagnent mais qui vont venir à son secours à la fin, la méchante très méchante, etc.

Le casting est idoine, Sean Bean se la joue Ned Stark et Candice Van Houten a évidemment une tête de sorcière…

Mais à la surprise générale, Christopher Smith délaisse à la fin son film d’horreur médiévalo-gore pour un final pour le moins inattendu, sombre et réaliste à souhait.

Donc, finalement, ça se regarde…




mercredi 17 juillet 2013


Guy Debord cinéaste
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films -Les gens ]

Le Professore a cette douteuse spécialité : aller voir les expos à la bourre, et donc en parler quand c’est trop tard. Guy Debord, l’Art de la Guerre, expo à la Bibliothèque François Mitterrand, vient donc de s’achever, et Ludovico peut vous en parler.

Qui est Guy Debord ? Un pas-très-connu, dont le nom résonne vaguement dans les têtes, et dont pourtant l’influence fut considérable. Surtout par un petit livre, baptisé La Société du Spectacle, paru en 67. L’année d’après, le livre de Debord inspirait Mai 68, mais ne rendit pas son auteur plus célèbre.

Dans son formidable Lipstick Traces, Greil Marcus trace les influences de Debord, les Dadas, les Lettristes, les Surréalistes et montre qu’il inspire à la fois Mai 68, la gauche radicale, le mouvement Punk. Auteur de quelques formules cultes : « Ne travaillez jamais » « La société est une accumulation de spectacles », Debord écrira d’autres livres, créera de multiples organisations à but intello-révolutionnaire, mais passera beaucoup trop de temps à exclure les membres desdites organisations pour faire vraiment la révolution…

Guy Debord aimait Hegel et Machiavel, la stratégie et le Quartier Latin, mais aussi ce qui nous intéresse ici : le cinéma. Il réalisa un certain nombre de films, tous expérimentaux, basés sur ses écrits. Dans Hurlements en Faveur de Sade (1952), Debord alterne des plans uniquement noir ou blancs, sur lequel il colle des bouts du code civil. Scandale à la première projection, évidemment. La Société du Spectacle (1973), consiste en un montage de vieux films Hollywoodiens, de publicités de la presse magazine, de détournement de Comics, tandis qu’en voix off, Debord ânonne de sa voix si caractéristique La Société du Spectacle, le livre.

Bref un cinéma très loin des paysages habituels CineFastiens, parsemé de météores, d’hélicoptères en flammes, et de romance sur fond d’iceberg, mais qui méritent de figurer dans la filmothèque du parfait honnête homme.




mardi 16 juillet 2013


Où va le cinéma américain ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

L’autre jour, pendant la séance de Man of Steel, il y avait trois bandes annonces. Très symboliquement, une partie des bandes annonces est désormais intégrée aux publicités, coincée entre M&Ms et la MAIF, l’Assureur Militant.

Symbole, oui, car évidemment, les films comme Man of Steel sont des produits. Ce n’est pas ici que nous dirions le contraire : le cinéma est une industrie, de luxe, certes, mais une industrie.

Les bandes annonces de ce lundi-là étaient parfaitement éclairantes de ce qu’est devenu le cinéma américain : Wolverine : Le Combat de l’Immortel, Pacific Rim, Sublimes créatures (le DVD)… Trois blockbusters, trois tentpoles, ces films de l’été gigantesques sous lequel toute la production de l’année est censée s’abriter : méga budget, méga profit, ou méga flop. Entre les films de super héros (Wolverine en est à son 5ème épisode), la chick-lit pour les filles, les films en 3D pour les enfants), que reste-t-il de notre cinéma américain…?? Où sont les films moyens, qui parlent de la vie quotidienne ?

Nous voilà coincés dans le rêve que nous avons contribuer à bâtir : ados, nous rêvions d’épopée intergalactiques et de barbares en short, alors que le cinéma ne nous proposait que des épopées de la seconde guerre mondiale avec des comédiens qui n’avaient même plus l’âge d’être sous les drapeaux, ou des comédies franchouillardes avec des acteurs pas drôles. Aujourd’hui, nous sommes submergés sous la mauvaise SF, le paranormal gore, les histoires de cousins au 3ème degré de super-héros. Les films indépendants coûtent des fortunes (20M$ pour The Descendants, ou pour le Cosmopolis de Cronenberg) !

Où va cet argent ? Où sont les histoires ? Lucas et Spielberg ont lancé récemment un appel prophétique : le cinéma est au bord de l’implosion, s’écroulant sous sa propre masse. Le futur, selon eux, c’est la broadwaytisation du cinéma : quelque mégafilms qu’on paierait 50$ la place dans des supersalles, tandis que les vraies histoires émigreraient vers la télé.

Une prophétie qui vient de gens qui ont bâti ce système, de Jaws à Star Wars. Mais au moins, c’était une époque où Hollywood bâtissait ses propres franchises… Chacun peut le constater : les histoires adultes sont désormais à la télé ; le divertissement devenant le seul viatique du cinéma : Game of Thrones sur OCS, Conan à l’UGC. Si l’on veut parler des grands sujets d’aujourd’hui, de politique, d’environnement ou tout simplement de l’évolution de la cellule familiale, il n’y a plus de « cases » pour parler de cela dans le cinéma américain contemporain.

Après Man of Steel, nous sommes allés manger – un burger évidemment – et nous avons parlé de Game of Thrones en nous désolant du nanar de Zack Snyder. Il y a trente ans, c’eut été l’inverse : se désoler d’une télé gangrenée par le foot et Dallas, et la satisfaction de trouver au cinéma un tout autre niveau.




lundi 15 juillet 2013


World War Z
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

World War Z est une GCA qui ne veut pas dire son nom ; une GCA qui se la joue auteuriste, intello, concernée. Pourtant, à la fin, c’est quand même zombies, hélico à tout va et don’t touch my family – gimme that goddam gun

Preuve supplémentaire, s’il en fallait, de l’impossibilité de la Grosse Connerie Américaine après le 11 septembre.

Ça commence donc soft, avec un générique écolo-humanitaire, la scène d’ouverture petite-famille-unie, pancake et scrambled eggs, mais au bout de dix minutes, les A-10 bombardent quand même Philadelphie.

World War Z devient alors assez plaisant : une GCA modernisée avec ses morceaux de bravoure (la fuite de Jérusalem, l’avion) et ses ratés (les zombies qui font plutôt rigoler).

A la fin, on se dit que le bouquin de Max Brooks n’est pas si mal adapté, parce qu’en fait, il était inadaptable (c’est une série de témoignages récoltés après la guerre). Évidemment, ce qui était politiquement (ou marketinguement) incorrect a été enlevé (les juifs recueillent les arabes, et le virus n’éclot pas en Chine). Mais bon : World War Z est le parfait divertissement du dimanche soir…




dimanche 14 juillet 2013


Frances Ha
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a des films où vous vous demandez ce que vous y faites, et où soudain, en un plan, en une scène, ils vous happent, vous décollent du siège, et vous relâchent, abasourdis et heureux.

Frances Ha est de ceux-là.

Après une heure et demie, je me demandais si je ne m’étais pas emballé en vous recommandant – sans l’avoir vu – cet autoportrait woody-allenien, new yorkais en diable. Saynètes de la vie quotidienne, marivaudages de trentenaires, escapade à Paris, noir et blanc sublime (mais de rigueur), l’enthousiasme qui m’avait saisi dans Les Berkman se Séparent ne se présentait pas à ma porte.

Il a fallu juste un plan, le dernier, pour que tout se mette en place. Que le propos du film, éparpillé façon puzzle, prenne sens. Que la quête de Frances, cet enfant dans un corps d’adulte, prenne enfin son envol. Tout ce qui précédait n’avait été qu’un apéritif, avec ces histoires de thirty-something qui testaient amitié, couple, naissance, carrière : le cycle éternel de la vie et cette tournure très spéciale qu’elle prend pour vous si vous restez sur le bord de la route, tandis qu’amis et famille se casent… Cette épopée, Noah Baumbach nous la cachait depuis le début, derrière le visage adorablement drôle de sa compagne et co-scénariste, Greta Gerwig.

Il a fallu juste un plan, et nous sommes tombés amoureux…




samedi 13 juillet 2013


Room 237
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a une anecdote amusante dans une interview consacrée à Kubrick. Le journaliste lui fait remarquer qu’il y a cette présence obsédante du monolithe, jusque dans Full Metal Jacket. « Hein ? Où ? » Kubrick ne voit pas trop à quoi on fait allusion. Mais si, à la mort de Cowboy, il y a un monolithe en contre-jour, c’est dans l’arrière-plan ! Kubrick jure ses grands dieux qu’il n’y est pour rien, que ce n’est pas du tout intentionnel, le journaliste a du mal à le croire, et nous aussi.

C’est tout le sujet de Room 237 : on ne prête qu’aux riches. Le documentaire de Rodney Ascher donne la parole à neuf « spécialistes » de Shining, qu’on pourrait également qualifier de psychopathes. Car Room 237 est décevant de ce point de vue ; ce n’est pas neuf analyses du grand film d’horreur kubrickien, c’est plutôt neuf thèses monomaniaques. Plutôt que d’invoquer des hypothèses, nos analystes sont sûrs de leur fait : Shining est un film la culpabilité de Kubrick (qui, comme chacun sait, est le véritable auteur des images d’Apollo XI), Shining est un film sur le massacre des indiens, Shining est une allégorie de l’Holocauste.

Et évidemment, à partir de là, tout fait sens. 2x3x7 = 42, date de la conférence de Wannsee. Il y a 42 voitures sur le parking de l’Overlook Hotel, Danny et Wendy regardent Un Eté 42, etc. Ça tourne vite au pathétique, car leurs thèses s’appuient la plupart du temps sur des erreurs de montage, des faux raccords, etc.

Mais là c’est aussi que ça devient diabolique, au moment où cela entre en collision avec le mythe de Kubrick l’Infaillible. L’auteur de 2001 étant réputé parfait (notamment sur ce site), démiurge monomaniaque se chargeant de tout, de la lumière au son en passant par les tirages de copies à New York ou la taille des publicités thaïlandaises, choisissant et vérifiant chaque accessoire, son infaillibilité, comme celle du Pape, ne saurait être mise en doute. Donc s’il y a une erreur, elle est forcément intentionnelle. Le trajet de la petite voiture de Danny ne colle pas avec le « vrai » plan de l’hôtel ? C’est fait exprès. Il manque une chaise pour être raccord dans l’arrière-plan ? C’est fait exprès. Danny a un pull Apollo XI ? C’est fait exprès.

On pourra reprocher à l’auteur de ces lignes de faire parfois pareil, de chercher la petite bête dans Armageddon ou Titanic, Eyes Wide Shut ou Les Sentiers de la Gloire. Nous partageons en effet cette conviction que l’œuvre est plus puissante que les intentions de l’auteur, qu’elle est porteuse de plus de sens même si elle ne prétend qu’au divertissement. Transformers, par exemple, nous en dit beaucoup sur l’Amérique d’aujourd’hui et l’œuvre de Kubrick, de Michael Bay ou d’Asghar Farhadi sont irrigués de motifs par trop répétitifs pour qu’il n’y ait pas un sens derrière tout cela. La différence avec les hurluberlus de Room 237, c’est qu’il n’y a pas de certitudes, que tout cela n’est qu’hypothèses indémontrables, et pures spéculations.

C’est là que nous pouvons trouver un terrain d’entente avec Room 237 : oui, le cinéma est un formidable miroir de nos âmes, et nous y déversons nos convictions comme nos doutes, nos angoisses comme nos passions les plus profondes…




mardi 9 juillet 2013


Man of Steel
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a des films cons, et il y a des films concons. Des premiers, le Professore a fait une catégorie à part entière : la GCA, Grosse Connerie Américaine, un genre qui emplit une bonne partie de CineFast. Armageddon est la formule gagnante de ce cinéma : un scénario épais comme un sandwich SNCF, des personnages bourrins, des clichés à la pelle. Mais de ce viatique on peut faire des bons films : Armageddon, The Rock, ou des mauvais : 2012, Independance Day.

Man of Steel appartient à une autre catégorie : le film concon. Il voudrait être une GCA, mais il n’y arrive pas. Pour cela, il faudrait travailler un peu ce scénario.

D’ailleurs, il faudra un jour réévaluer à la baisse Christopher Nolan, n’en déplaise à Karl Ferenc. Ce que Nolan apporte à Batman, il ne sait pas le faire chez Superman : cette remise à plat du mythe ne marche pas, et pas uniquement parce qu’à la base, Superman, c’est déjà très con.

Non, c’est bien d’un manque de cinéma qu’il s’agit : pas assez de scénario, pas assez de bons dialogues, pas assez de bons comédiens, pas assez de mise en scène. Notre chouchou Zack Snyder livre ici sa plus mauvaise performance, mis à part peut-être les réjouissantes – mais longuettes – séances de baston. Il ne sait pas quoi faire de ses comédiens, pourtant excellents, issus d’A La Maison Blanche, Battlestar Galactica, Oz, Les Tudors… Il rate Russell Crowe, Amy Adams, Michael Shannon, et Kevin Costner, un comble ! Henry Cavill, notre chouchou des Tudors, est lamentable en Superman, cucul la praline de bout en bout. Les dialogues sont d’une bêtise absolue, et les quelques gags sont lourdement mises en scène. Quant au scénario, c’est carrément celui d’une série B, ce dont on s’aperçoit dès la pitoyable séquence d’ouverture.

En réalité, pendant tout le film on ne cesse de penser à Christopher Reeves, le Superman de 1978, et son onirique ballade amoureuse dans le ciel avec Margot Kidder, ou sa course-poursuite au missile nucléaire dans la faille de San Andreas ; deux scènes qui pourtant ne volaient pas bien haut, on en conviendra. Quand on pense à un autre film pendant qu’on en regarde un au cinéma, c’est que c’est déjà plié.

Concon, cucul, caca : on cherchait le plus mauvais film de l’année, on l’a trouvé.




lundi 8 juillet 2013


Princesse Sabine et Cendrillon Bartoli
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

On l’a déjà dit ici, le sport est un formidable outil dramaturgique. Comme le cinéma, même si rien n’y est écrit à l’avance.

Quoique.

Le cadrage, le timing, c’est bien le réalisateur de télévision qui les décide. Et qui utilise les astuces dramaturgiques (ralentis, gros plan, plan large, …) pour signifier l’évènement. Samedi, tandis que nous patientions jusqu’au soir (ces choses-là ne se regardent qu’à la nuit tombée) pour regarder le terrible S309, notre télécommande zappa entre Wimbledon et Castre-Ax 3 Domaines.

Dun côté, le gazon de la noblesse anglaise, ce parfait petit carré vert où deux chevalières en jupette blanche en venaient aux mains ; de l’autre, les prolos du Tour de France, bleu de chauffe et les muscles luisants, fabriquaient la victoire de Sky à grands coups de pédale.

Deux univers, deux dramaturgies. Duel à mort d’un côté, sans limite de temps : l’affrontement tennistique peut durer des heures, des jours. Mais pour que cela s’arrête, il suffit que l’un des prétendants mettent deux fois de suite le genou à terre. De l’autre, une fin prévue, inéluctable, toujours aux alentours de 17 heures, mais dont le déroulement n’est jamais prévisible. D’où cette dramaturgie particulière du Tour de France : une étape, c’est – forcément – de plus en plus intéressant. Ainsi, on se passionne pour l’échappée du petit français d’AG2R, tandis qu’un nouveau personnage prend subitement la vedette, Quintana, le jeune premier Colombien. On fait l’erreur de zapper vers Wimbledon, et quand on revient, Mister Froome a pris deux minutes à tout le monde : il gagne l’étape, son équipe prend les cinq premières places, et il a peut-être déjà gagné le Tour, après une seule semaine de compétition. Ça apprendra à être infidèle à la Grande Boucle.

De l’autre côté, un autre drame se noue : la belle Princesse Sabine Lisicki, jeune biche blonde aux yeux bleus, subit les coups implacables du laideron, Cendrillon Bartoli. Et l’impensable arrive : Princesse Sabine se met à pleurer. Pas sur le banc, pas à la fin du match. Non, au milieu du service. Du jamais-vu en finale. Bambi regarde sa mère, laideron impassible, parfaite douairière, à qui l’émotion de sa fille ne fait ni chaud ni froid. Des larmes, tu en verseras d’autres, ma fille. C’est le sort des femmes que de pleurer.

Mais Sabine ne pleure pas des méchancetés de Bartoli, non, elle pleure contre elle-même, son fameux service qui la lâche aujourd’hui, devant tout le monde. Et contre ses retours minables… Elle pleure de décevoir le public, ce public anglais si chic dans ses jolies tenues blanches, strawberries and cream à la main. Car la foule penche évidemment pour sa princesse saxonne, si blonde et si jolie, so charming.

La télévision, consciente de ce qui se joue là, de cette dramaturgie inédite, ne rate aucun gros plan de la Princesse. Ni ses larmes, ni ses gestes de désespoir vers sa mère impavide.

En face, Bartoli serre le poing à chaque point marqué, comme une mama corse. Le public ne peut pas l’aimer ; elle n’est pas belle, elle n’est pas gentille, elle ne peut pas gagner, ce serait une terrible injustice. Pourtant, comme sa prédécesseuse, Arantxa Sanchez, Bartoli gagne. Et comme dans la meilleur des drama, Bartoli court vers la tribune, pour embrasser son coach, son Prince Charmant, qui vient de lui donner sa victoire, vers Mauresmo, sa mère de substitution, et – moment magique – elle se jette finalement dans les bras de son père. Ce Barbe-Bleue qui l’accompagne depuis la plus tendre enfance et qu’elle vient pourtant de répudier, quelques semaines auparavant.

Le père, visiblement gêné, ne sut pas vraiment embrasser sa fille. Ce qui rendit l’histoire encore plus belle.




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