lundi 17 juin 2019


Bonding
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Il ne faut pas grand-chose pour faire du cinéma : une situation de départ, de bons acteurs, et quelque chose à raconter. Ici la situation est racoleuse : Tiff, étudiante en psychologie le jour, est maîtresse SM la nuit. Elle recrute Pete, un copain gay, pour l’assister.  

Ce casse-gueule garanti accouche d’un petit miracle de finesse et de subtilité, au milieu de scènes assez trash.

Pour incarner cela, il aura suffi du visage de la magnifique Zoe Levin (Tiff), et de celui de Brendan Scannell (Pete). Deux visages, deux palettes, sur lesquelles le showrunner Rightor Doyle peint un large éventail d’émotions. Face à Tiff, huître fermée, parchemin à déchiffrer, il y a le contrepoint Pete, exubérant, toujours au bord de la caricature gay, mais qui n’y sombre jamais.

Et quand ça vire au trash, l’humour, les dialogues, font passer la pilule car tout cela est au service d’un propos plus important : qu’est-ce que l’amour, la soumission à l’autre, ou l’enfermement dans ses propres carcans… Grâce à un dispositif ultra simplifié (deux personnages, quelques personnages annexes et deux ou trois lieux), Rightor Doyle place son cours de philo dans un temps extrêmement réduit (7 épisodes de 15mn).

Bonding, elle a tout d’une grande.




jeudi 13 juin 2019


Catch 22
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Le moteur du B-25 de Catch 22 met du temps à démarrer, mais  arrivé à son altitude croisière (l’épisode 2), ça tourne plutôt bien. Catch 22 est l’adaptation d’un roman ultra célèbre aux Etats-Unis, sorti en plein McCarthysme, et qui vantait les mérites de l’insubordination dans une armée gangrenée par une organisation kafkaïenne, en pleine Seconde Guerre Mondiale. Le titre « Catch 22 » est même devenu une expression idiomatique signifiant une situation ubuesque, où des injonctions paradoxales empêchent toute décision. 

Ici, un jeune officier bombardier de l’USAAF, John « Yoyo » Yossarian (l’excellent Christopher Abbott), terrifié  par la DCA qu’il affronte chaque jour avec ses camarades, cherche à tout prix à se faire réformer. D’où le paradoxe : si on est assez sain d’esprit pour ne pas se faire tuer, c’est qu’on n’est pas malade. Si on n’est pas malade, on doit voler !

L’autre solution est d’atteindre au plus vite son quota de vols, mais les officiers supérieurs (George Clooney, Kyle Chandler), carriéristes jusqu’à l’absurde, ne font que rajouter des missions.

Ce qui ne marche pas dans l’adaptation de George Clooney et Grant Heslov, c’est justement cet humour absurde où les Anglais et les Français excellent (avec les frères Coen, modèles évident des deux producteurs).

Mais dès qu’on verse dans le drame, Catch 22 devient beaucoup plus intéressant, notamment grâce à son interprète principal, Christopher Abbott, déjà aperçu dans d’excellents rôles (Martha Marcy May Marlene, A Most Violent Year, First Man, mais surtout Charlie Dattolo dans Girls)

Ça, plus une réalisation aux petits oignons, Catch 22 se laisse voir. 




vendredi 7 juin 2019


Formula One: Drive to Survive
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire -Séries TV ]

Un combat éternel. Des prétendants casqués, sur de puissants destriers qui crachent le feu, et qui se battent pour un trône en fer. Une lutte à mort pour le pouvoir, et des intrigues de palais.

Recommandée par l’ami Belphegues, c’est la série la plus excitante du moment et c’est sur Netflix. Et, non, ce n’est pas le Trône de Fer mais bien Formula One : Drive to Survive. Ce documentaire, formidablement monté, raconte la saison 2018 de Formule 1 en dix épisodes de trente minutes, racés comme une McLaren.

Un doc choc, sans la langue de bois habituelle du documentaire sportif : à cause, (ou grâce) au casting constitué uniquement d’underdogs. Pas de grosse écurie, type Ferrari ou Mercedes. Pas de Hamilton, pas de Bottas. On ne parle pas chez ces gens-là, on gagne le Championnat du Monde. Non, dans F1: DtoS, les héros c’est ceux qui se battent pour la 3ème, la 4ème, la 5ème place : Force India, Renault, Red Bull, Mc Laren …  Nico Hülkenberg, Kevin Magnussen, Carlos Sainz, Romain Grosjean…

Et la bagarre n’en est que plus intense, car ça se bouscule, derrière, et pas seulement sur la piste. Il s’agit tout simplement, comme le dit le titre, de survivre en Formule 1. On verra ainsi les vacheries que s’échangent les patrons : Christian Horner (Red Bull) et Cyril Abiteboul (Renault), s’invectivant live en conférence de presse, le premier quittant le motoriste, le second lui piquant son pilote, Daniel Ricciardo. On comprendra aussi que son pire ennemi, c’est son propre coéquipier, un véritable duel à mort pour garder son siège la saison suivante. Et ça ne se règle pas que sur la piste. Sergio Pérez (Force India) n’hésite pas à balancer son propre équipier Esteban Ocon dans le décor du Grand Prix d’Azerbaïdjan. Mais c’est lui qui garde son siège, car il attire de meilleurs sponsors que le pauvre Ocon, meilleur pilote, mais fils de garagiste…

Une fois de plus, sous l’argent, le champagne, les grid girls, les salaires stratosphérique, perce la peur, la frustration, et la détresse inhérents au haut niveau. Depuis l’enfance, ces gamins passent leur week-end sur les circuits de karting. La famille a tout investi dans la carrière du petit (Esteban Ocon), ou, au contraire, c’est un choix paternel : Lance Stroll, fils d’un milliardaire qui finit par… racheter Force India pour que son fils ait un siège en 2019…

C’est toute la beauté de ce documentaire, par ailleurs remarquablement écrit. Un exemple de reverse screenplay (on connait la fin, y’a plus qu’à écrire le scénario) : chaque épisode a son lot de cliffhangers, et ses arcs narratifs ne trouvent leur résolution qu’à la fin de la saison.

 A recommander, même au pire contempteur de la F1.




jeudi 6 juin 2019


N’allez pas voir Shining !
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films -Pour en finir avec ... ]

Oui vous avez bien lu, le Professore Ludovico, Commandeur des Croyants, vous déconseille d’aller voir un Kubrick. Mais c’est simple, la version présentée à Cannes, la version longue, 4K, remasterisée, n’est pas la bonne ! C’est la version US, coupée par Kubrick lui-même pour l’Europe, car jugée trop longue.

Une version, qui, de plus, affaiblit le chef d’œuvre – coup de poing qu’est Shining.

Une scène chez le psy, qui amollit l’explication œdipienne en la signalant trop tôt, et des squelettes poussiéreux à la fin, qui ne dépareraient pas dans le train fantôme de la Foire du Trône. Enfin, vous l’avez peut-être déjà vue… sur TCM.

On comprend qu’il faille faire vivre la famille Kubrick, mais le bon Stanley n’aurait jamais voulu de ce pseudo final cut…




samedi 1 juin 2019


Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Pendant 1h20, (le film fait 1h49), on pense qu’on est sur le côté sombre de Netflix. Les films faits à la va-vite ; la basse exploitation de faits divers, à peu de frais. On reprend l’extraordinaire documentaire sur Ted Bundy, on illustre les grands moments du biopic, de l’Utah à la Floride… et on en fait une fiction sympa avec Zac Efron.

Mais le spectateur est vite gêné par la neutralité du film : à aucun moment, Ted Bundy n’est montré comme coupable. Aucune scène de meurtre ou de viol. On doit le croire sur parole, comme l’héroïne, Liz Kendall (Lily Collins), l’infortunée compagne de Bundy… Et, comme par ailleurs, il se montre comme quelqu’un de gentil et plutôt brillant, le spectateur sent approcher la grande faute morale.

Mais dans les vingt dernières minutes, survient le grand retournement. C’est pour ces vingt minutes qu’il faut regarder Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile.

Malheureusement, il ne sera pas permis d’en dire plus.




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