[ Hollywood Gossip ]

Qui a dit quoi sur qui dans la bonne ville de Babylone…



lundi 14 septembre 2026


Céline Dion et les frères Gallagher
posté par Professor Ludovico

On ne croit plus à rien aujourd’hui. Ni à Dieu ni au communisme. Pourtant, au moment où l’on célèbre la « réconciliation » des frères Gallagher et la « guérison* » de Céline Dion, il reste néanmoins un mystère : la croyance dans le baratin du star system. Le spectateur de foot qui se gausse du discours d’après-match (« Il va encore falloir travailler ») acquiesce gentiment à la star américaine qui assure que « travailler avec James Cameron était un enchantement ».

Dès que l’on s’intéresse un tant soit peu à Hollywood / Tin Pan Alley (ou leurs équivalents français), on sait que l’Industrie est comme toutes les autres : des patrons et des ouvriers, des salaires et des contrats, des galères et des contraintes. Non, ce rôle n’a pas été écrit pour toi, il a été proposé à trois acteurs avant…  Oui, c’était l’enfer sur le tournage de Titanic… Non, les fameuses cascades de Tom Cruise ne sont pas totalement « réalisées sans trucage » et sont même améliorées bien d’images de synthèse… Oui, Keith Richards méprise Jagger, et oui, il le lui rend bien…

En 1980, Malcom McLaren avait pourtant tout révélé dans La Grande Escroquerie du Rock’n’Roll, grand film situationniste démontant la fabrique artificielle du scandale, les enchères entre maisons de disque, l’assemblage hétéroclite des Sex Pistols, prêt à virer un bassiste correct (Glen Matlock) pour le remplacer par Sid Vicious, ue gueule de star inepte musicalement, mais bien plus bankable.

Tout est là depuis la naissance du showbiz et ne change pas. Egos surdimensionnés, guerres de pouvoir titanesques, pour gagner toujours plus de fric et avoir accès à toujours plus de sexe.

*Connaissez-vous une population aussi touchée par les maladies rares que le star system ? Nos amis du showbiz sont régulièrement atteints de maladies incroyables, au moment exact où leur carrière est à l’arrêt.
**Petit addendum musical : hier, Quotidien a proposé un joli montage des réactions des médias sur la première date de Céline : « retour triomphal » « émouvant » « formidable » « elle a réussi à atteindre sa plus haute note, un FA ! » Concert immodéré de louanges, tempéré par un seul journaliste critiquant la performance. Télérama a fait la même chose sur Instagram : « quelques fausses notes, une octave de moins, quelques arrêts. » Bref, la cruelle vérité d’un come-back à 58 ans…
D’un côté, l’enthousiasme démagogue « aimons ce qu’aiment nos téléspectateurs », de l’autre une véritable critique musicale. Pour avoir vu Dylan récemment, l’un n’empêche pas l’autre…




mardi 1 septembre 2026


Boogie Nights
posté par Professor Ludovico

Revoir Boogie Nights, c’est replonger aux racines du talent d’un très grand auteur, Paul Thomas Anderson, aujourd’hui unanimement respecté, trop peut-être. Depuis longtemps, le Ludovico trouve le réalisateur d’Une Bataille après l’Autre un peu trop sûr de lui, un peu trop dominateur.   

Ses films sont brillants, et ignorent la longueur. Ivre de son art, PT enchaine les scènes virtuoses en oubliant un peu le spectateur, comme cette scène de camion dans Licorice Pizza, spectaculaire mais absurde.

En revanche, le Professore a une passion secrète pour ses trois premiers films, quand le jeune Anderson se cherchait, faisait son Sidney Lumet (Hard Eight (Double Mise)), son Robert Altman (Magnolia), ou son Scorsese (Boogie Nights). Depuis, PTA a certes trouvé sa voie, mais il plait moins. Dans ces films-cerveaux (There Will Be Blood, The Master), son humanité s’est évaporée…

Boogie Nights, c’est le contraire. Une bande de bras cassés, brisés par la vie (divorce, infidélité, racisme…) qui ont échoué dans le Porno. Echoués ? Pas vraiment, c’est le coup de génie de PTA de montrer ce groupe comme une vraie famille unie, avec un papa (Burt Reynolds) et une maman (Julianne Moore, impériale). Chaque personnage a ses failles, ses défauts, mais reste indubitablement positif. En faisant le pari audacieux de situer son action dans cette industrie scandaleuse, tout en décidant de n’en rien montrer, mais de tout en dire (drogue, prostitution), le film semble d’abord éreintant de gentillesse et de bêtise. Ces personnages un peu neuneu, qu’est-ce que ça cache ? Rien en réalité, sinon créer l’affection du spectateur.

Situé au tournant des années 80, au moment où le Porno, qui espérait atteindre le niveau d’un cinéma respectable (intrigue solide et beaux décors) mais retombe avec la VHS de location dans sa vocation purement masturbatoire, le film ne cache rien de cela. Il bascule dans The Rise and Fall of Dirk Digger, héros TTBM de cette saga qui voit ses rêves de grandeur sombrer dans la cocaïne… La comédie neuneu laisse alors la place à un drame virtuose. En réalité, Petit Poucet Anderson avait semé tous ses petits cailloux dans la première partie.

Le film peut paraître un peu long, il n’a en tout cas pas vieilli. La maestria Anderson est toujours à l’œuvre (plan séquence, champ contre/champ), sertie de performances d’acteurs à tous les étages : un cast de luxe qui débute ou va confirmer (Mark Wahlberg, Heather Graham, Julianne Moore, John C. Reilly, Philip Seymour Hoffman, William H. Macy, Don Cheadle, Alfred Molina…)

Hypocrites comme toujours, la plupart des acteurs désavouèrent le film par peur du scandale. Un film qui leur apporta pourtant reconnaissance (première nomination aux Oscar pour Burt Reynolds) ou fulgurante ascension pour Mark Wahlberg….

C’est l’écume Hollywoodienne des choses. Trente ans après Boogie Nights est toujours là, et bien parti pour rester.




jeudi 27 août 2026


Tim Curry, une élégie
posté par Professor Ludovico

Le bétail meurt et les parents meurent,
Et pareillement, on meurt soi-même.
Mais je connais une chose qui ne périt jamais :
Le prestige des exploits d’un homme mort.

Comme le dit le poème norrois, Tim Curry n’était pas immortel, le professeur Frank’n’Furter, si.

On l’a déjà dit, le Rocky Horror Picture Show c’est quelque chose de plus qu’un simple film, plus qu’un fétiche 80’s de nos années de jeunesse, c’est une initiation consubstantielle, un rite de passage à l’âge adulte, quelque chose de bien plus important que le cinéma.

Cela devait arriver. On savait Tim Curry malade. On avait vu sur les Internets le flamboyant travesti de la planète Transylvania cloué sur un fauteuil suite à son AVC.

Tim Curry a eu plusieurs vies, cependant.

L’essentiel de sa carrière se fit au théâtre. Dans la comédie musicale, car Curry chantait très bien (de Hair aux classiques Gilbert et Sullivan et leurs Pirates of Penzance, en passant par Spamalot, la comédie des Monty Python pré-Sacré Graal…) Dans le théâtre plus traditionnel il fut Amadeus avec succès, ou interpréta des grands noms comme Stoppard, Brecht, Genet, et même le rôle du procureur dans The Wall au concert de Berlin).

Sinon, quelques albums rock à son actif peu connus en France, et évidemment, une tripotée de films. Là aussi avec des rôles marquants (le terrifiant le Seigneur des Ténèbres dans Legend, ou le clown de Ça), et beaucoup de seconds rôles (A la Poursuite d’Octobre Rouge, Annie, Maman J’ai Encore Raté l’Avion, Les Trois Mousquetaires, Charlie et ses Drôles de Dames, et énormément de doublage, même malade…)

Mais surtout, bien sûr, son premier rôle, le Professeur Frank’n’Furter. Un personnage qui lui apporta, selon ce qu’on en pense, stardom et malédiction. Le tournage du Rocky fut plutôt un mauvais souvenir pour tout le monde, et la célébrité culte qui suivit, plutôt encombrante*.

Mais voilà, un acteur a beau prétendre comme Viola dans La Nuit des Rois qu’il n’est pas ce qu’il joue, c’est pourtant ce qu’il fait. Il monnaie son image, il nous vend son âme pour toujours… Pour nous, Tim Curry est le professeur Frank’n’Furter.

Au-delà de sa tonitruante entrée en talons aiguilles dans un ascenseur hors d’âge « I’m not much of a man by the light of day, but by night I’m one hell of a lover », Curry/Furter s’est installé dans nos cerveaux comme le dépositaire de tout le message du Rocky.

Forever, donc : Don’t dream it, be it.  

* Susan Sarandon, cinquante ans après, se fait encore traiter de slut (salope) dans la rue, comme son personnage Janet Weiss…




lundi 1 juin 2026


The Big Lebowski
posté par Professor Ludovico

Que faire quand la semaine a été rude ? Quand on a connu le gros stress au boulot, et qu’on rentre crevé parce que le TGV a été retardé par des petits rigolos montés sur les caténaires ? Et bien on se (re)mate l’imputrescible Big Lebowski

Tâche indispensable, car le grand Lebowski fut petit à sa sortie. Incompris par le public, la critique, (et le Professore !), le film – et son génie – sont devenus limpides aujourd’hui.

Il faut dire que l’intrigue n’est pas claire de prime abord, vaguement inspirée du Big Sleep (Le Grand Sommeil, chef d’œuvre tout aussi impénétrable de Howard Hawks). En deux mots, des truands ont confondu Jeffrey Lebowski (le Dude) avec un autre Lebowski, riche magnat de Beverly Hills. Voilà notre Dude mêlé bien malgré lui à une affaire d’extorsion. Bunny, la femme du magnat, est enlevée : El Duderino est chargé de remettre la rançon. Mais tout se complique, et va aller de mal en pis, comme il se doit.

Croisement d’une parodie de l’univers de Chandler (Raymond, pas Bings) avec la culture soixante-huitarde, The Big Lebowski n’est pas fourni avec son habituel privé hardboiled (Humphrey Bogart), mais plutôt avec le slacker Jeff Bridges, qui a de loin notre préférence.

C’est incontestablement LE grand rôle de cet immense acteur, assez sous-estimé*. Dans The Big Lebowski, IL EST Lebowski, le Dude, laissant l’impression tenace qu’il se joue lui-même**, un californien ultracool et fainéant rescapé d’un Mai 68 de fantasme, et sur qui tout semble glisser comme les White Russian, ces cocktails café, crème et vodka qu’il enfile avec une belle constance.

On le verra donc faire (ce qui est la base de la tragédie ou de la comédie) tout ce qu’il ne faut pas faire : réclamer son tapis à un odieux richard, accepter d’être son négociateur, ou coucher avec sa fille…

A la revoyure, le film dévoile sa mécanique de précision, cascade de problèmes montée comme un coucou suisse. Mais le film est avant tout une galerie de rôles incroyables, à qui les Coen offrent des scènes qui sont devenues depuis des sommets de la carrière de chaque acteur : John Goodman en Walter Sobchak, vétéran du Vietnam (et goy mythomane); Julianne Moore en artiste bohème, précieuse et nymphomane, Philip Seymour Hoffman en factotum coincé.

S’ajoute une pelotée de rôles annexes, Sam Elliott en chœur grec western, David Thewlis en artiste post moderne***, Ben Gazzara en producteur porno, une véritable actrice porno (Asia Carrera) qui joue quelque part son propre rôle dans le beaver movie Logjammin’, sans oublier les nihilistes Peter Stormare, Flea et Aimee Mann****…

Steve Buscemi, dont la carrière venait de décoller, trouve ici un rôle à son immense mesure, souffre-douleur discret et timide qui subit les foudres de Sobchack : « Shut the fuck up, Donny! »

Et puis, évidemment, last but not least, John Turturro, dans le rôle qui le rendit célèbre***** ; Jesus Quintana, champion de bowling et pédophile, pratiquant le cunnilingus sur sa boule de bowling tandis que les Gipsy Kings reprennent Hotel California !

Autant dire que cette phrase résume non seulement la folie Lebowski, mais aussi tout le cinéma des frères Cohen. A savoir un mélange des obsessions – et des rêves Americana – de ces Beaucerons US, eux qui sont nés à Saint Louis Park, Minnesota. Le Los Angeles des Eagles, le western et la country de Hank Williams, Esther Williams et Bob Dylan, assaisonné d’un goût peu commun pour l’absurde et le kafkaïen…

Car The Big Lebowski, c’est l’éternelle comédie des idiots, la saga des sans grade, la tragédie des losers qui a fait l’essentiel de la geste coenienne. Ici tout finit bien, comme le dit le Stranger : « It was a pretty good story…»

Mais avant, le film aura enchaîné les morceaux de bravoure, qui sont presque tous devenus des memes. Le bowling Turturro, les devoirs scolaires du petit Larry (« Is this your homework, Larry? ») et le pétage de plombs afférent (devenu culte à cause de la censure******), la séquence onirique/ballet Esther Williams, et le « Mark it zero ! » comminatoire de Walter Sobchak…

Car le film est devenu un véritable culte, célébré annuellement par des conventions ; les Lebowski Fest rassemblent des fans qui évidemment, jouent au bowling et s’affrontent à coup de citations du film : « The Dude abides » et autres « Nobody fucks with the Jesus»…

Tout cela est copieusement analysé dans l’excellent livre de Bill Green, Ben Peskoe, Scott Shuffitt et Will Russell, I’m a Lebowski, You’re a Lebowski.

Le film, lui, ne cesse d’être réévalué, et pour cause : il ne vieillit pas, il ne vieillira jamais.

* La Dernière Séance, Le Canardeur, King Kong, La Porte du Paradis, Tron, À Double Tranchant, True Grit, tout de même…

** Même s’il n’est pas basé sur lui, le rôle fut écrit pour Bridges. Pour l’anecdote, il porte ses propres sandales et son gilet de laine.

*** Qu’on retrouvera dans la série Fargo en mafieux monstrueux.

**** Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers et Aimee Mann, musicienne notamment de la BO de Magnolia.

***** Pour l’anecdote, John Turturro sortit assez fâché du tournage. Convaincu qu’il avait décroché un des premiers rôles, il découvrit que son rôle ne tenait que quelques minutes à l’écran. Des années plus tard, Turturro reconnaîtra que cette scène hallucinante l’avait inscrit pour toujours au panthéon du cinéma…

****** La version cinéma « This is what happens when you fuck a stranger in the ass! » est devenu le cryptique «This is what happens when you find a stranger in the Alps! » pour passer à la télé.




vendredi 22 mai 2026


Soleil Levant
posté par Professor Ludovico

C’était une époque de panique. En 1990, Sony avait racheté la Columbia, et c’était une tragédie. La revanche des Japs, Pearl Harbor : Renaissance, les faces de citron allaient manger tout cru l’Amérique post-reaganienne à coup de jeux vidéo, de téléphones portables, et de CD-Rom.

Evidemment ça n’est pas arrivé, car Hollywood, telle la Baleine, avale ses acheteurs et les recrache sans changer d’un iota, comme ce fut le cas plus tard avec Vivendi et Pierre Lescure.     

C’est tout l’intérêt de Soleil Levant, adaptation du livre parano de Michael Crichton par Philip Kaufman, surtout connu pour L’Etoffe des Héros.

Depuis 1993, ce film traîne dans la tête du Ludovico depuis que le Prince d’Avalon, en pleine nippophobie, avait adoré le film en salle. Aujourd’hui, c’est avec le plaisir du 14ème degré qu’on regarde Soleil Levant.

Le film est extraordinaire, aussi bien dans sa forme eighties, sa scénarisation bancale, que dans son propos ouvertement raciste. Ce qui réévalue évidemment à la hausse – le dira-t-on jamais assez – les films Michael Bay de la même époque avec les mêmes acteurs (The Rock et Armageddon), qui eux, n’ont pas pris une ride, sont autrement plus beaux, et autrement plus intéressants…

Donc si vous voulez une bonne dose de clichés racistes et sexistes sur les Japonais, des Américains bienveillants qui cherchent à comprendre la culture nippone tandis que des conglomérats sournois veulent mettre la mains sur les semiconducteurs made in america*, des ascenseurs qui parlent et des yakuzas rigolos, si vous voulez voir un noir (Wesley Snipes) sidekick comique d’un blanc qui sait tout (Sean Connery), si vous voulez voir 90% de Tatjana Patitz, ou retrouver Ray Wise sans Laura Palmer, courez acheter des popcorns…

Et lancez le laserdisc !

*Les très justement nommés MicroCon…




jeudi 21 mai 2026


Back to the future?
posté par Professor Ludovico

On s’était déjà interrogés, avec Marvel, sur la péplumisation du cinéma américain, mais un autre indice de cette régression 50s – cette fois-ci française – vient d’être donné avec la déclaration de Maxime Saada. Après la pétition des artistes contre la « fascisation » de Canal+, le retour smashé de son DG vaut son pesant de cacahouètes. Certes, nos amis artistes « professionnels de la profession » n’ont pas fait dans le subtil, mais ils ne le font jamais.

Mais qu’un Directeur Général réagisse ainsi, on ne s’y attendait pas. Faire une Liste Noire façon McCarthy est non seulement dangereux, mais inutile. Que cette réplique soit sur ordre ou pas, elle est stupide. Canal+ a besoin du cinéma (il y est même obligé par la loi), et le cinéma a besoin de Canal+.

Et les artistes ont le droit de dire des bêtises, ils sont même payés pour. L’art n’est pas une entreprise, même si le cinéma est une industrie. Ses travailleurs sont particulièrement doués à quelque chose (faire une lumière, prendre un son, dire un texte), et on les paie très chers pour ça. Ils n’appartiennent pas, ne sont pas salariés de l’entreprise Canal+. Ce ne sont pas des collaborateurs qui dénigrent leur entreprise, mais des indépendants, libres de dire ce qui leur chante. C’est la prérogative même de l’Artiste.

Dans le même temps, on est tombé sur deux films américains, aux antipodes l’un de l’autre. Jurassic World : Renaissance de Gareth Edwards (définitivement perdu pour la science) et Apocalypse Now : final cut de Coppola, perdu, lui en 1979.

Ces quelques minutes de Renaissance (pas celle des Medicis, mais plutôt un bateau chassant un mega-dino marin) font penser aux vieux films de Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, 1963) où tout sonne faux, malgré les millions de dollars de CGI. Dans les vieux films d’Harryhausen, la poésie était là, au moins… Sans minimiser le travail de titan des milliers de compositeurs CGI, esthétiquement c’est horrible. La mer est en plastique, le bateau en carton-pâte, et quand il se fracasse sur un rocher, on n’y croit pas une seconde…

Quelques jours plus tard, CanalBolloré+ diffuse le méprisable Final Cut d’Apocalypse Now. On sait tout le mal que le Professore pense de cette extorsion marketing, mais c’était justement la pénible scène de la plantation française. La très bonne Aurore Clément y joue exceptionnellement comme un pied ; quant à la séquence, elle dé-subtilise le propos du chef-d’œuvre originel.

Mais voilà, une fois passé ce mauvais moment, on retombe dans la brume, le bateau file vers le Laos, les flèches volent et sur la terrifiante musique de Carmine Coppola, on arrive au camp de Kurtz… « Etes-vous un assassin, Willard ? Non, vous êtes un garçon de courses, envoyé par des épiciers encaisser la facture ».

A nouveau, un film parle à notre cerveau…




lundi 12 janvier 2026


Los Angeles elegy
posté par Professor Ludovico

Il y a un an, Los Angeles brûlait. Nous avions commencé ce post, jamais publié. Pour ce triste anniversaire, on se lance malgré une Amérique qui ne fait plus trop envie… Mais quand on suit Gavin Newson, le sarcastique gouverneur démocrate de Californie, et principal contempteur de Trump via des posts Instagram délirants et hilarants dans le plus pur style MAGA, c’est peut-être de là que viendra le salut.

Janvier 2025 : la Cité des Anges, l’Usine à Rêves brûle comme dans un action movie des années 80. Malheureusement, Bruce Willis ne viendra pas tirer Jamie Lee Curtis et son bébé de sa maison en flammes, aux commandes d’un hélicoptère des Navy Seals.

Si L.A. brûle, c’est en partie par la faute des idiosyncrasies américaines. Si le réchauffement climatique qui n’est pas dû qu’aux californiens, ils en sont l’exemple le plus évident : surconsommation (notamment de pétrole et de viande), place démesurée allouée à la voiture, frénésie immobilière sans plan urbanistique*, services publics en berne**, assurances annulant leurs clauses incendies, etc. 

Los Angeles brûle aussi pour d’autres raisons. Cette ville n’a pas d’eau, elle n’en a jamais eu et n’en aura jamais. La Los Angeles River qui a donné son nom à la ville est un filet d’eau grise (que l’on voit par exemple dans Tonnerre de Feu ou Grease). L’eau a été amenée de force, par l’aqueduc créé par William Mulholland au début XXe siècle. Un aqueduc volant l’eau des plateaux environnants et de ses paysans, pour nourrir une ville grossissant chaque jour à vue d’œil***.

Mais voilà, notre cœur est brisé, car cette ville, le plus souvent moche et vulgaire, a une âme, et une histoire.

Si la Cité des Anges est globalement moche, c’est qu’elle est le résultat de l’accumulation de quartiers sans queue ni tête, sans plan d’urbanisme, ce qui fait que l’on passe d’un bloc à l’autre, d’un quartier très chic à un quartier très pauvre. L’européen y perd ses repères : le centre-ville qui recèle quelques merveilles architecturales dont le Bradbury Hotel de Blade Runner, est plutôt mal famé, même s’il est en voie de gentrification. Au contraire, les banlieues pavillonnaires sont riches (à l’ouest), ou pauvres (au sud et à l’est). Le Hollywood Boulevard****, fréquenté par les touristes en quête de rêve hollywoodien est un quartier limite dangereux la nuit tombée.  

Pourtant cette ville a une histoire, et cette histoire n’est pas banale. D’abord celle des missions catholiques du Camino Real, le Chemin du Roi, qui relie toute la côte Pacifique jusqu’au Mexique. De sorte que toutes les villes ont des noms espagnols : San Francisco, Santa Monica,  San Diego. L’une de ces missions était celle de El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de los Ángeles, « ville » bâtie dès 1781. Ce pueblo, on peut le voir encore aujourd’hui, Mont-Saint-Michel pour touriste, presque à l’écart de la ville. C’est le Los Angeles de Zorro.

Puis les Américains ont repris la Californie et la ville a commencé à se développer. D’abord, par les vergers, plantations d’orangers qui couvraient les collines d’Hollywood, et qui étaient reliés par le train jusqu’au centre de la ville, Downtown L.A.… Et comme la ville ne cesse de se développer, il fallait de l’eau. L’aqueduc de Monsieur Mulholland fut la solution. La ville poursuivit son développement tentaculaire dans les années 20 avec un réseau de tramway et de train très conséquent*****.

Et puis il y a quelques merveilles comme Downtown L.A., et ses bâtiments Art Deco, souvent défraichis (le passé n’intéresse pas les Américains), la Villa Getty, les Tar Pits, les plages, Malibu. Et pour les plus curieux, la longue histoire criminelle de Los Angeles : le Dahlia, la Manson family, l’affaire OJ Simpson…

Il y a bien sûr – et c’est ce qui nous intéresse ici – l’histoire Hollywoodienne : les studios, les villas des stars à Bel Air, les cimetières emplis de stars (Hollywood Forever, Forest Lawn, Westwood Memorial Park) ou encore les multiples lieux de tournage qui rendent L.A. si familier au touriste, l’impression de vivre au milieu des films ou des séries…

Nul doute que la Cité se reconstruira, elle qui attend depuis toujours le Big One, le tremblement de terre qui détacherait la Californie du reste des Etats-Unis. A moins qu’elle ne fasse sécession autrement : une séparation politique de l’Amérique trumpiste, elle qui se sent si californienne avant d’être américaine…

* Ironie de la situation, pour une fois ce sont les ultras riches de Pacific Palisades, ceux qui ont des Tesla, des piscines et des mansions gigantesques qui ont été touchés par la catastrophe.

** La mairie a réduit le budget des pompiers de 17M$ sur 2024-2025.

*** Raconté en filigrane dans Chinatown

**** Le Grauman’s Chinese Theatre, le Dolby Theater des Oscars, la cinémathèque (L’Egyptian), le Cinerama de Once Upon a Time in Hollywood, ou le Walk of Fame, avec les étoiles sur le trottoir…

***** Et oui, on a du mal à le croire, mais il y avait beaucoup de transports en commun à L.A. Au début, pour inciter l’investissement, on donnait les terrains à droite et à gauche de la voie à ceux qui construisait les tramways, comme pour le train qui traversa les États-Unis au XIX° siècle. Ce fameux modèle là aussi vola en éclat dès lors que les terrains furent valorisés, construits et vendus. Plus aucun intérêt à supporter les charges de transports en commun peu rentables… Hollywood Boulevard est ainsi l’ancien tracé de la voie ferrée qui reliait les vergers au centre-ville.




mardi 30 décembre 2025


Brigitte Bardot, le paradoxe à trois corps
posté par Professor Ludovico

L’icône nationale est morte. Brigitte Bardot fut un paradoxe vivant, incarnant trois corps successifs. Bombe de sexualité libératrice dans les fifties (et le si bien nommé Dieu Créa la Femme). Fière Marianne, Bardot devint ensuite une pionnière de la protection animale, puis une boule de haine raciste et homophobe : on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est lié.

Bardot fut utilisée, malmenée, maltraitée par le monde du cinéma et les médias. Elle fait partie de la longue liste de victimes de la machine à broyer qu’est l’Usine à Rêves. Abimée par les hommes, elle se retira en compagnie des animaux qui n’ont que leur fidélité à offrir. La haine des hommes avec un petit H devint la haine de l’Humanité, corsetée de déclarations à l’emporte-pièce…

Victime de star system ? Pas uniquement. Bardot n’a pas rencontré les bons réalisateurs, ou n’a tout simplement pas eu l’ambition de le faire.

Pour vérifier cette hypothèse, il suffit de revoir La Vérité. On comprend ce que Clouzot peut tirer de Bardot. Au-delà de plans putassiers sur ses seins ou sur ses fesses (« Tu les aimes, mes fesses ?* »), perce l’actrice, pendant un instant.  

* À ce sujet on peut se reporter à la vidéo édifiante où Godard explique, narquois, comment il a marché sur les mains pour obliger « Bribri » à mettre des jupes plus longues et des cheveux plus courts. Le Mépris, assurément.




vendredi 19 décembre 2025


Rob Reiner, une vie
posté par Professor Ludovico

Rob Reiner vient d’être assassiné par son fils, dans une de ces tragédies Hollywoodiennes dont on croyait le gentil Reiner exclu.

Rob Reiner, c’est IMdB qui le dit, a réalisé 35 films dont il ne reste que quelques chefs-d’œuvre, essentiellement dans les années 80. Mais quels chefs d’œuvre ! Car Reiner a su nous toucher au plus profond, dans des genres pourtant différents. Au cœur de l’enfance (Stand by Me, Princess Bride) ou de nos émois de trentenaires (Quand Harry rencontre Sally). Mais aussi notre soif de justice, avec Des Hommes d’Honneur, probablement son plus grand film*…

Y’a-t-il plus grande ambition pour un artiste ? Toucher le cœur des gens pour toujours n’est pas donné au premier faiseur venu. Rob Reiner l’a fait quatre fois, s’inscrivant pour toujours au panthéon Hollywoodien.

*Avec Aaron Sorkin au scénario




mercredi 10 décembre 2025


Fade to Gray
posté par Professor Ludovico

Et si James Gray avait raison ? C’est vrai, les mauvais cinéastes (Tarantino, Woody Allen, Godard) font souvent de très bons critiques…

Tourne en ce moment sur Instagram une courte interview du réalisateur de Little Odessa et de The Yards, que nous avons perdu depuis La Nuit Nous Appartient. Gray y ébauche une analyse très pénétrante de la situation actuelle, intuitant que la stratégie « tentpole » des majors est suicidaire. S’il ne critique pas la nécessité pour l’industrie de faire du profit, il en dénonce l’avidité. En ne se concentrant que sur les films les plus coûteux qui rapporte le plus d’argent, l’Usine à Rêves ne fait rien d’autre que saper sa base et assécher les terres fertiles de la cinéphilie…

Il y avait avant, dit-il en substance, un cinéma pour tous les publics, les enfants (Walt Disney & Co), les teenagers (La Fureur de Vivre ou Twilight), les adultes (Rom Com, film d’action ou Art&Essai). Un art pour les riches comme les pauvres, pour les gens de droite ou les gens de gauche. Il y avait toujours un film pour vous dans la programmation.

Mais aujourd’hui, l’offre se réduit. Les studios mettent tout dans le même panier des Franchises (Avatar, Marvel, Star Wars…) et négligent les films difficiles (façon Dardenne ou Sundance) ou les films du dit du milieu, (Desplechin et consorts).

L’effet ne se verra qu’à long terme, mais il est sûr et certain : de moins en moins de gens iront au cinéma. Seuls ceux qui veulent du Justice League iront encore manger du popcorn. 

En réduisant la cible, poursuit James Gray, on réduit d’autant l’impact culturel du cinéma, sa place dans la psyché mondiale : « Je vais lui faire une offre qu’il ne peut pas refuser » ; tout le monde identifie aujourd’hui cette citation du Parrain, passée dans la culture populaire, conclut James Gray. Mais qui est capable de citer une réplique d’Aquaman ?  




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