lundi 30 juillet 2012


The Dark Knight Rises
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Aïe aïe aïe ! Quel gâchis ! Que de talents (déco, acteurs, mise en scène) gâchés ! Et tant d’argent investi* ! Heureusement, ça va rapporter….

C’est vrai que les deux premiers opus étaient brillants, et que The Dark Knight Rises se devait de conclure en beauté la trilogie. Qui d’ailleurs, de ce point de vue, est l’une des plus réussies.

Pourtant, The Dark Knight Rises ne casse pas deux pattes à un canard.

Pourquoi ? Certes, l’histoire ne tient pas plus debout que dans les deux autres épisodes, mais là, trop, c’est trop ! Pire, on s’ennuie ferme. D’abord parce qu’il y a peu d’action (il y en avait trop dans le deuxième épisode), ensuite parce que l’histoire est abracadabrantesque, et qu’elle est écrite par (et pour) des enfants de huit ans. Même scénarisée avec talent, même repeinte avec cette pseudo couche « adulte » dont le marketing nous bassine les oreilles, ça ne passe pas.

Cette fois-ci, les méchants c’est « Occupy Wall Street » et ils font la révolution au centre de Manhattan, (Gotham a été inexplicablement téléportée de Chicago à NY City).

Pourquoi Wall Street ? Pour introduire un virus (les méchants n’ont pas Internet.) Pourquoi un virus ? Pour ruiner Bruce Wayne. Pour quoi faire ? Pour qu’un Petit Méchant, qui croit que le Grand Méchant travaille pour lui, mais découvre finalement que c’est l’inverse, puisse prendre le contrôle de Wayne Industries… Pourquoi ? Euh là, ça devient plus très clair parce qu’ils ont déjà tout cassé.

Pourquoi le Professore vous raconte tout ça, malgré la politique résolument « no spoiler » de CineFast ?

Parce qu’on s’en fout royalement, des rebondissements dans les rebondissements des rebondissements… Et même si c’est la marque de fabrique de M. Nolan, on finit par se demander s’il n’est pas payé au rebondissement dans le rebondissement…

Quant au propos du film, il est confus également : on ne sait pas très bien où est Nolan là-dedans ; et on se dit qu’ils ont raison les damnés de la terre. Car Nolan filme avec jubilation la dépossession des richards de Manhattan, expiant leur richesse révolue. Avec, en chœur grec, Miss Hathaway en costume moulant de Catwoman**.

On finit se demande si Nolan ne penche pas vers cette révolution possible, tout en montrant les errements. Même confusion côté Forces de l’Ordre, où Nolan, puisque la Police ne fait pas son travail, semble pencher pour le retour de Vigilantes. C’est à peu près le contraire qu’il défendait dans les deux précédents opus…

Venant d’un film qui va rapporter un milliard de dollar, et qui est loin de l’ambiguïté de Fight Club, on reste pantois. L’Amérique semble dans le film se poser soudain des questions existentielles (pourquoi autant d’argent ? pourquoi autant de violence dans nos villes ? pourquoi sucer le sang des pays pauvres ? pourquoi vivre dans une opulence insolente sans se préoccuper de l’avenir de la planète ?)***, tout en proposant des solutions moralement douteuses pour en sortir….

Bref, cela laisse l’image peu rassurante d’une Amérique post-11 septembre, qui cherche à se faire peur : ce Cinéma de Petit Garçon que nous postulions dans Batman Begins, et qui prend ici une amère saveur.

* 250M$ quand même le budget de Titanic, un record à l’époque
** très moulant, le costume ! Photoshop ? Quant à la citation «
There’s a storm coming, Mr. Wayne. You and your friends better batten down the hatches, because when it hits, you’re all gonna wonder how you ever thought you could live so large and leave so little for the rest of us »
*** Notons que ces questions sont systématiquement posées par les méchants de la trilogie




dimanche 29 juillet 2012


Moonrise Kingdom
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

L’été, « C’est le temps des copains, et de l’aventure« , c’est aussi le moment de rattraper l’actualité ciné. On avait raté Moonrise Kingdom, on y va. Et on applaudit des deux mains.

Car Wes Anderson fait partie de ces gens, comme Lars von Trier, Arnaud Desplechin, ou Christopher Nolan, qui, dans des genres totalement différents, croient encore dans le pouvoir magique du cinéma.

C’est particulièrement vrai chez Wes Anderson, car il ne s’accorde aucune facilité. Pour commencer, il jette par dessus bord toute tentation de réalisme. Ses célèbres cadrages « perpendiculaires », ses maisons-maquettes, ses personnages au cordeau, tout est là pour dégoûter a priori le spectateur. Sans parler de son goût pour le pitch bizarroïde, dont on imagine l’inquiétante étrangeté qu’elle doit dégager dans un bureau d’un cadre de la Fox ou de la Warner : « L’action se passe en 1965 sur une île, c’est un jeune scout de 12 ans qui fugue, car il est tombé amoureux de la fille des Bishop (Bill Murray et Frances McDormand seraient parfaits dans le rôle, by the way), sinon je verrais bien Bruce Willis en Chef de la Police et Edward Norton en Chef Scout. Et Harvey Keitel en Commandant Scout… Ça s’appellerait le Royaume de l’Aube ! »

Mais non, Wes Anderson trouve ses acteurs, finance sa reconstitution sixties aux petits oignons, et trouve le temps là-dedans de nous faire rire et de nous émouvoir. Car ce sens de l’absurde, cette fascination du cadre parfait pourrait se révéler stérile, comme chez Jeunet. Mais chez Anderson, tout cela n’est qu’habillage, il y a derrière de vrais personnages, de vraies tragédies, il y a un cœur qui bat derrière cette maîtrise.

Et pour revenir à notre antienne, le cinéma de WA a beau être naïf, Douanier-Rousseauiste, happy-endiste, il n’a rien de gentillet.

Continuez, mon petit Wes, vous irez loin.




samedi 28 juillet 2012


Alien, le 8ème visionnage
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Dans la cadre de notre programme « Transmission des Savoirs et des Compétences », nous avons montré Alien, le chef d’œuvre de Ridley Scott, à la Professorinette. D’abord pour éviter qu’elle ne le voit n’importe comment avec Kevin ou Klara, en mangeant des Chupa Chups tout en zappant sur Secret Story. Ensuite pour qu’elle voie la bonne version, c’est à dire pas l’horrible Director’s cut où Ridley Scott cru bon d’ajouter en 2003 tout ce qu’il avait bataillé pour enlever en 1979*.

Verdict de la Professorinette : « C’est bien, mais ça fait pas peur… »

Avant de hurler sur les ados blasés, incultes, drogués aux jeux vidéos et incapable de séparer le bon grain (les conneries des années 80) de l’ivraie (les conneries des années 2010), tentons d’analyser le phénomène. Et laissons parler l’adolescente.

« Je n’ai pas eu peur, » confie-t-elle à CineFast, « contrairement à Shining, qui lui, fait vraiment peur (brave petite !) Et l’Alien, tu m’avais dit qu’on ne le voyait pas du tout, pourtant on le voit plusieurs fois ! Et en plus, j’avais déjà vu la créature : dans Martin Mystère, il y a un type qui se déguise en alien. Et la scène des œufs, elle est aussi dans un dessin animé que j’ai vu petite. »

Voilà, tout est dit : Alien est tellement important qu’il a déjà laissé son empreinte dans la culture populaire, même enfantine. On ne peut avoir peur de quelque chose qui est déjà présent partout, on ne peut avoir peur de quelque chose que l’on découvre dans le confort du canapé**, et pas pas dans le noir absolu de l’espace… d’une salle de cinéma.


* pour l’anecdote, j’avais interdit à ma sœur de le voir sur une télé, lui promettant de l’emmener au cinéma dès qu’il ressortirait. Finalement, nous l’avons vu en 2003, dans cette maudite version.

** Moi qui le connaît par cœur, j’ai sursauté deux fois. Quand Ripley fait tomber une boite à l’infirmerie, et quand le chat s’échappe !




jeudi 26 juillet 2012


Les Enfants de Belle Ville
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il est 21h au MK2 Hautefeuille, quand soudain, les mâchoires d’acier d’Asghar Farhadi se referment sur vous. Vous venez de comprendre ce que vous êtes venu faire aux Enfants de Belle Ville. Car, comme dans A Propos d’Elly ou Une Séparation, Farhadi prend tout son temps.

On ne vous racontera pas ce qui se passe dans Les Enfants de Belle Ville, parce que c’est justement le plaisir Farhadiste et impressionniste de découvrir, par petites touches, la vraie nature des personnages, leur parcours, qui part souvent du noir et blanc (le jeune détenu, la femme mariée, le père chagriné) à gris, c’est à dire des personnages bien plus ambigus.

C’est par cette installation progressive des personnages que l’intrigue – en apparence monolithique – progresse, mais elle va accoucher des dilemmes cornéliens si chers à Asghar Farhadi. Car Les Enfants de Belle Ville est sûrement ce qui se rapproche le plus aujourd’hui de la tragédie classique, dans notre beau modèle cornélio-racinien. Sachez simplement qu’il sera question de pardon : comment le donner, ou comment l’obtenir.

Si cette fois-ci on change de milieu, en quittant la bourgeoisie iranienne pour les Barrios de Téhéran (voie ferrée et voitures en ruine), on ne change pas les obsessions du réalisateur : montrer les ambiguïtés de la vie sociale, de la morale, et de la religion. Et de demontrer qu’à une question, il y a toujours plusieurs réponses.

Même si on sent un Farhadi débutant (éclairage et jeu parfois hésitant des acteurs*), Les Enfants de Belle Ville (2004) est un film indispensable de 2012.

*sauf la lumineuse Taraneh Alidoosti, déjà dans le rôle d’Elly




mercredi 25 juillet 2012


The Dark Knight
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

The Dark Knight pose un problème majeur au CineFaster. Œuvre à la croisée des mondes, mi-auteuriste (réflexions sociologiques sur l’évolution des sociétés contemporaines), mi-GCA/conte de fée avec explosions en cascades et poursuites haletantes.

Son succès colossal (1 milliard de dollars), et la place qu’a pris Christopher Nolan sur ce terrain (il est aux commandes de l’autre grande franchise DC Comics, Superman (Man of Steel, dirigé par son concurrent Zack Snyder), pose question.

Qu’est-ce qui remue autant les foules autour de Batman ? On en parle ici, mais le succès colossal de l’épisode 2 est intriguant. Il y a bien sur la performance du Joker, et le suicide par overdose de son incroyable interprète Heath Ledger, qui a boosté la curiosité autour du film. Il y a aussi la personnalité du Joker (on en parle ici), véritable métaphore du refoulé américain.

Mais le film ? Bien sûr, on est abasourdi devant un tel feu d’artifice : personnages innombrables, casting Triple A, intrigues qui s’accumulent et rebondissent dans tous les sens (la fameuse scène du ferry), poursuite et combats ininterrompus… le CineFaster ne peut qu’applaudir à deux mains devant tant de talent, supérieur au déjà très bon Batman Begins. Mais à la fin, que reste-t-il ? Pas grand’ chose…

On aura du mal, par exemple, à raconter l’histoire de The Dark Knight, à part un improbable affrontement entre le Joker, Batman, des mafieux, et la naissance d’Harvey Dent, ancien District Attorney reconverti (de manière assez ridicule, comme d’habitude dans les comics) en superméchant vengeur, Double-Face.

Comme ailleurs, le talent de Nolan cache mal la pauvreté du propos. Et l’on avance ceci : si Zack Snyder, plus léger, plus fun, en un mot plus Bruckheimerien, faisait finalement un cinéma plus sérieux ? 300 laisse un souvenir plus clair, L’Armée des Morts est devenu un classique du film de zombies, Watchmen a une histoire compréhensible, et certes Sucker Punch était fun mais raté, mais on le savait dès le scénario…

Allez faisons un pari : dans vingt ans, on s’étonnera du succès benhurien de la trilogie Batman, qui sera passé du statut d’eskimo sucré à celui peu enviable de choucroute irregardable…




mardi 24 juillet 2012


Batman Begins
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Bon alors, Batman commence… Dès le début, on est pris par ce sentiment ambivalent qui ne nous quittera plus, entre ce que Nolan a de bon (une très grande maîtrise technique) et de moins bon (ce sens du truc qui ne tient pas debout.)

Donc voilà notre Bruce Wayne qui a perdu ses parents à cause de sa phobie des chauves-souris. Il veut se venger, mais n’y arrive pas, alors il décide de devenir lui-même un bandit (J’avoue avoir lâché à cet endroit précis…) Bandit, oui, mais en Chine ??? Mais il est récupéré par Liam Neeson qui lui propose de rejoindre une secte Ninja, dont le but millénaire est de détruire les grandes cités corrompues (Babylone, Rome… Gotham), c’est bien, y’en a qui suivent !

Notre gars Bruce accepte, jusqu’au jour où on lui demande de prouver son courage en tuant de ses propres mains un assassin, mais là, Bruce Wayne, il est pas d’accord ! Il est très en colère, mais c’est dans le fond un américain humaniste. Bruce détruit Shangri-La et tous ces salopards de Ninjas et retourne gérer la boite à papa, dirigé par Rutger Hauer (ça sent l’embrouille). Mais Bruce rencontre un tas de gens sympas prêts à l’aider, en souvenir de papa Wayne, qui était une sorte de bienfaiteur de l’humanité des temps modernes. Du majordome (Michael Caine), au super ingénieur (Morgan Freeman), tout le monde aime Bruce.

Toute cette mise en place du mythe Batman est pas mal du tout, mais ça tourne vinaigre quand on passe aux scènes d’action : car les méchants débarquent, avec leur plan machiavélique : lancer une drogue de panique à travers toute la ville. Je vous la fait courte, Batman pétera la gueule à tout ce petit monde et ramènera l’ordre, non sans se poser quelques questions existentielles…

Où est la fameuse touche Nolan dans tout cela ? Eh bien, évidemment, dans cette couche philosophico-politique qu’il superpose aux trépidantes aventures de notre héros en collant noir. Et cette partie est tout à fait réussie : bien filmée, mise en scène parfaitement jouée par ce casting extraordinaire que la franchise a réussi à recruter. Autre apport : le scenario façon Nolan, c’est-à-dire tout emberlificoté dans ses fameux flash-backs, qui cachent un peu la misère.

Car pour le reste, non seulement les combats sont confus, et Christian Bale parfaitement ridicule avec sa grosse voix de Batman, mais ça reste du pur Batman, c’est à dire à dormir debout. Le Professore appelle ça du Cinéma de Petit Garçon : « On dirait que Batman il aurait été fait prisonnier par le Dr Crane, mais il arrive à s’échapper, sauf que sa Batmobile, elle a été sabotée !!! »

Bref, on rigole bien, mais il ne faut pas prendre les vessies du Professore pour une Laterna Magica.




mardi 24 juillet 2012


Batman begins, returns, rises
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Pour en finir avec ... ]

Ça y est je me suis lancé enfin dans la « Trilogie Nolan » ; j’ai vu Batman Begins, The Dark Knight, et bientôt en salle : The Dark Knight Rises.

En prolégomènes (ça fait toujours bien de dire « en prolégomènes »), je dirais ceci : on peut habiller une vache avec une robe de mariée, ça restera toujours une vache. Même quand Karl Lagerfeld s’appelle Christopher Nolan.

Car Batman, arrêtons ce relativisme geek et honteux, c’est quand même pas Dostoïevski ! Les comics, c’est pas Tintin ! C’est pas Moebius non plus… Si l’on extrait quelques œuvres marquantes (From Hell par exemple), le reste tient plus de la littérature jetable, certes parfois de qualité, mais jetable quand même.

Donc, quand Christopher Nolan joue l’ambition (« Vous allez voir ce que vous allez voir ! »), on peine à oublier la faiblesse du propos : des méchants sont en ville, ils ourdissent un plan capillo-tracté de domination mondiale et de destruction universelle, tandis que Batman se pose des questions métaphysico-existentielles, et finit par résoudre ces questionnements jungiens à coup de latte dans la gueule.

Mais prétentieux ne veut pas forcément dire ennuyeux, donc, dans le détail, ça commence juste en dessous.

Batman Begins
The Dark Knight
The Dark Knight Rises




lundi 23 juillet 2012


Le Joker, le retour du Refoulé
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

It’s the same old song, chanteraient les Four Tops. Batman, Aurora, James Holmes, et la machine médiatique repart à fond la caisse, comme une batmobile folle dans les rues de Gotham, sans pilote à son bord, si ce n’est la Bonne Conscience Populaire, déguisée en Justicier Masqué.

Haro donc sur les jeux de rôles, les jeux vidéo, le cinéma, et ces grands enfants américains, incapable de se débarrasser de leurs armes à feu.

Commençons par là, grande incompréhension française. A juste titre d’ailleurs, car le bilan est édifiant : 100 000 blessés par an et 35 000 morts. Rappelons pour un peu de modestie qu’il n’y a pas si longtemps (en 1981) la France, et ses cinquante millions d’habitants (5 fois moins, donc) tuait 12 000 personnes par an avec uniquement sa passion irraisonnée des voitures.

Mais revenons à des questions plus cinéfastiques, c’est à dire l’effet déplorable que produit Graine de violence (1955), Orange Mécanique (1971), The Dark Knight Rises (2012) sur les pauvres cerveaux influençables de notre jeunesse. Or cette question, mille fois posée, mille fois questionnée après chaque tuerie, après chaque évènement incompréhensible au monde occidental, restera tragiquement sans réponse ; les voies de la nature humaine sont impénétrables. Oui, on peut tuer brusquement 12 personnes dans un cinéma même si l’on est blanc, fils de bourgeois, et apparemment sans problème. Oui on trouvera toujours un film, un jeu vidéo, une bande dessinée « qui explique le geste ». Comme s’il était explicable de se teindre les chevaux en vert et tirer à l’arme automatique dans un cinéma…

La vraie question, derrière tout cela, c’est pourquoi un petit blanc américain commet un tel crime en se prenant pour le Joker, plutôt que d’invoquer quelque chose de supérieur : Dieu, le Diable, ou tous les saints ? C’est bien de la déchristianisation du monde occidental dont il s’agit. Quand un acte terroriste est accompli au Moyen Orient, il l’est souvent au nom de Dieu. Ici, au cœur du grand Ouest américain, c’est d’un personnage de BD qu’il s’agit. Quelle ironie !

Qu’est-ce que le Joker, si ce n’est la mauvaise conscience de l’Amérique ? Le Joker est tout ce que l’américain moyen n’est pas : un être sexué, grivois, obscène, qui dit des gros mots et crache sur le sacro-saint système américain (il bat les femmes, brûle de l’argent, menace des petits enfants blonds, et détruit la famille). Le Joker, c’est le Refoulé de l’Amérique puritaine.

Il fait ce que chacun rêve de faire, c’est à dire de s’affranchir de tout, de dire tout ce qui passe par la tête, et de montrer du doigt toutes les saloperies du système. Au travers du Joker, l’américain peut réaliser tout ce que l’Amérique interdit. Car la société US est à la fois très libre dans ses règles, mais très corsetée dans ses mœurs.

La question n’est donc pas de savoir si l’œuvre d’art influe sur les mœurs (car dans ce cas, décrochons tout de suite du Louvre toutes ces œuvres obscènes, sanglantes, qui font l’apologie de la violence et de la luxure). L’art reflète l’époque, un point c’est tout. Les jeux vidéos sont violents parce que l’époque l’est ; les jeux de rôles parlent de fées et de dragons parce que le merveilleux religieux a disparu en occident.

Quant au couple Batman/Joker, il n’est que l’imagerie naïve de notre rapport bizarre à la justice et à la vengeance.




mercredi 18 juillet 2012


Camping
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Forcé par la vindicte populaire (portée elle-même par le sempiternel « comment peux-tu juger, puisque tu ne l’as pas vu ? », j’ai enfin vu Camping.

Fabien Onteniente, plein de pseudo-compassion pour la France des beaufs, ou plein de distanciation parigote sur la province qui part en vacances dans les Landes, s’est intéressé à ce sujet vulgaire qu’est le camping – pour en tirer une comédie : Camping. Mission : faire rire et attendrir en même temps. Malheureusement, il ne suffit pas de décider pour faire.

Camping est donc mal fait, pas drôle, mal joué, affreusement écrit, et ne sait pas décider s’il est gentiment méchant (un film italien) ou méchamment gentil (un film américain).

Car c’est là le ratage principal de Camping, hormis la fainéantise générale. Ça aurait pu être un film meilleur, si Onteniente et Dubosc (coscénariste) n’avaient pas lorgné si désespérément vers la feelgood comedy, avec rédemption du méchant riche à la fin (les riches sont toujours méchants, c’est ce que nous apprend – paradoxalement – le cinéma américain.) S’il avait été Dino Risi, Onteniente nous aurait fait Les Monstres au camping (concours de beauté, coucheries sur matelas pneumatiques, et lutte des classes autour du butagaz). S’il avait été Ken Loach, il nous aurait tracé le portrait de la France prolo, qui se lève tôt mais se couche tard au mois d’août à Arcachon. S’il avait été Lars von Trier, il aurait tout filmé en Super8.

Tout ça pour dire que la méchanceté caricaturale de Camping n’est pas le problème, c’est le manque de talent qui l’est.




mardi 17 juillet 2012


Le Prestige
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Les circonstances étaient contre moi. J’avais vu L’illusionniste à la même période (LE mauvais film d’Edward Norton), et je n’avais pas la moindre envie de me retaper les aventures d’un magicien au XIXème siècle. Devant l’amicale pression de mes amis (et six ans d’attente…), j’ai cédé ce week-end en regardant enfin Le Prestige, le chef d’œuvre de Christopher Nolan.

Ne mâchons pas nos mots : Le Prestige est formidablement écrit, filmé et (légèrement moins bien) joué. Comme d’habitude chez Nolan, le scénario est complexe : un flash-back en forme de double hélice qui se répond : Magicien A versus Magicien B, une complexité qui sert parfaitement le propos puisque justement, il s’agit de deux rois de l’illusion, lancés dans un combat à mort.

Il faudra un psy pour comprendre cette obsession du flash-back chez Nolan, tout comme cette manie des intrigues à tiroir (Inception, Memento). En attendant, si vous avez six ans de retard comme moi, vous pouvez vous régaler avec Le Prestige, et son casting all-stars (Hugh Jackman, Christian Bale, Michael Caine, Scarlett Johansson).

Abracadabra.




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