jeudi 27 juillet 2023


Barbie
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Critiquer l’objet cinématographique Barbie est une gageure. Le film est un OVNI insaisissable : à la fois blockbuster à gros budget et film indé du power couple Baumbach-Gerwig ; auto-promo Mattel contenant une autocritique très maline, film comique bourré de bonnes idées, mais intrigue d’une indigence rare… Ce Barbie ne ressemble à rien , à moins qu’il ne ressemble à tout.

L’intrigue sort de la photocopieuse Disney/Marvel/Pixar. En gros, il existe un Barbie World parallèle, où les Barbie ont le pouvoir (Barbie Présidente, Barbie Astronaute, Barbie Ouvrier de chantier…), et où les Ken sont de gentils faire-valoir. Tout va bien dans le meilleur des mondes, donc, jusqu’au moment où la Barbie Stéréotypée (c’est son nom, et c’est Margot Robbie) a des pensées morbides. La raison : un portail s’est ouvert vers le monde réel (Los Angeles, California) ; pour remettre les choses dans l’ordre, il faut retrouver la petite fille qui possède cette Barbie…

Car le monde réel est beaucoup moins drôle pour les femmes, les vraies. Il est beaucoup plus drôle pour les hommes, les vrais, comme va le constater avec ravissement Ken (Ryan Gosling).

Cette partie est assez drôle, notamment grâce à ses deux fabuleux acteurs, mais elle n’est pas très noire. Hollywood a tiré les leçons de Last Action Hero, qui proposait le même aller simple pour l’enfer à Schwarzy : la réalité faisait mal, physiquement. Ici, on est dans le divertissement pour fillettes : point trop de noir ne faut.

Le film devient alors assez vain, et caricatural : les macho Ken prennent le pouvoir à Barbie World, les Barbie s’unissent pour remettre le patriarcat à la poubelle, exonérant au passage le rôle de Barbie, la poupée, dans tout ce bouzin. C’est plaisant, plutôt drôle, sympathique, et on ne s’ennuie pas… La conclusion, elle, est très belle…

Mais on ne peut pas parler vraiment de chef-d’œuvre. Ou s’il y a chef-d’œuvre, c’est de publicité qu’il s’agit.




mardi 25 juillet 2023


Fleabag
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Comme d’habitude, il faut suivre les conseils du Snake, mais avec 3-4 ans de retard. Fleabag, c’est la révélation Phoebe Waller-Bridge*, incroyable scénariste et principale interprète de cette série, dont on a du mal à imaginer qu’elle ne soit autobiographique. Centrée autour du personnage ultraclassique de Fleabag, trentenaire à la ramasse (pas de mec, boulot nul, et parentèle exaspérante), la série tire pourtant un miel original de cette situation. L’amant débile mais bon coup, la belle-mère insupportable, la sœur qui a réussi, la bonne copine bien plus marrante qu’elle, tout cela pourrait être convenu, mais génère en fait, sous la plume très trash (mais très britannique) de Miss Waller-Bridge, des virages parfaitement inattendus…

On ajoutera – comme unique gimmick -, le regard caméra de la demoiselle, qui vient briser le quatrième mur à coup de sourires assassins, assaisonné de riffs punk (ou de chant grégorien).

Que demander de plus ?

*Actuellement à l’affiche dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée




lundi 24 juillet 2023


King Kong vs Godzilla (Studios contre GAFAM)
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire -Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films -Pour en finir avec ... -Séries TV ]

C’est la polémique du moment : suite à la grève Hollywoodienne des scénaristes puis des acteurs, on voue aux gémonies Amazon, Netflix, Apple, etc. Il semble au Professore Ludovico (qui n’a rien à gagner dans l’affaire) qu’on confond deux problèmes.

Le premier, c’est l’avidité des studios, totalement avérée chez les GAFAM, mais qui n’est pas moindre chez Disney, HBO, où à la Warner. Et cela, de toute éternité. Si on ne les contraint pas, les studios ne font jamais évoluer les droits dérivés qui font vivre les différents artisans de l’Usine à Rêves… Il y a vingt ans, c’étaient les droits DVD qui enrichissaient télés et majors, et les artistes touchaient peanuts. Moralité, déjà une grève dévastatrice… Aujourd’hui, c’est le streaming, mais l’idée est la même.

Le deuxième problème serait de considérer ces GAFAM comme les destructeurs d’Hollywood, comme une récente interview de Mel Brooks, consterné de voir Prime Video occuper aujourd’hui les anciens studios de David O’ Selznick, Monsieur Autant en Emporte le Vent.

Pourtant c’est le contraire : les Netflix, Apple, Prime injectent non seulement des milliards de dollars dans la production, mais les résultats sont à la hauteur . Les séries originales (Stranger Things, Severance, For all Mankind, Bonding, The Boys, Too old to Die Young, Arcane…), les documentaires (Tiger King, Wild Wild Country, Fran Lebowitz (pretend it’s a city), Drive to Survive…) sont tous d’excellents produits télévisuels.

Seuls les films sont restés un peu en dedans (en donnant carte blanche à des films qui ne le méritaient pas (Mank, The Irishman, Athena…)), mais produisant aussi des réussites impossibles en salle (The King, The Vast of Night, Prospect…)

Les GAFAM, comme la télévision en son temps, puis le magnétoscope ou le DVD, sont en train de révolutionner le cinéma et de bousculer les studios. Qui survivront, ou pas. Mais le cinéma, lui, restera.

Time waits for no one.




jeudi 20 juillet 2023


Oppenheimer
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il a suffi d’un petit quart d’heure pour que le Professorino retourne le paternel comme une crêpe. Pourtant, en sortant de l’Opus Magnus de Christopher Nolan, le Ludovico avait un mal de crâne épouvantable. Trois heures de violon albanbergien avait eu raison de son ouïe, et de son cortex cinephilo-spinal.

Mais bon sang ne saurait mentir… Formé dans les meilleures écoles (Eric Taylor Elementary School à Dillon, Texas, Master en Social Network à Harvard, pour finir à la James McNulty University de Baltimore), le garçon a des lettres.

Lui était sorti enchanté du cours de physique nucléaire de Monsieur Nolan, et tenait à peu près ce langage : on ne peut pas reprocher tout et son contraire au réalisateur du Prestige. Pour une fois, il tient son sujet. Nolan a un point de vue clair sur Oppenheimer, l’homme, son génie, ses ambigüités. Pas de gloubi-boulga capitalo-marxiste façon Dark Knight Rises. Pas d’intrigue incompréhensible façon Tenet. Pas de cours nébuleux d’astrophysique façon Interstellar.

Pourtant Oppenheimer, ça commence mal : deux heures de docudrama sur la jeunesse du grand homme, ses recherches, ses amours, ses convictions changeantes, et le passionnant problème de la construction de bâtiments au cœur du Nouveau Mexique. Ce pourrait être Secrets d’Histoire, avec Stephane « Nolan » Bern.  La pédagogie est réussie (particules, fission, fusion, etc., mais on a perdu Nolan le cinéaste. Champ / contrechamp, musique insupportable (et permanente), le cinéaste esthète ne reprend jamais son souffle (ni le nôtre). Il ne s’arrête jamais pour contempler la beauté du monde, lui qui sait si bien le faire. Les quelques images d’électrons, de trous noirs en création, de neutrons en collision durent une microseconde, alors qu’on nous inflige le visage émacié de Cillian Murphy

Mais la troisième heure vient sauver tout ça. La bombe a explosé, et Nolan a le bon goût de ne pas s’extasier devant le nuage radioactif. Au contraire, le film commence. Oppenheimer a des doutes. Oppenheimer comprend (dans une très belle scène de discours) qu’il vient de donner aux hommes l’arme ultime. Il voit les dégâts infligés aux habitants d’Hiroshima (là aussi, Nolan a le bon goût de ne pas les montrer). Il exprime ses doutes et devient un personnage dangereux, qui voudrait éviter la course aux armements. Potentiellement, Oppenheimer devient un traitre.

Commence alors un film de procès, spécialité américaine, mais où le talent, la vivacité Nolanienne, excellent. Porté comme à son habitude par des acteurs exceptionnels, même dans de tout petits rôles (Gary Oldman en Truman), Oppenheimer – le film révèle enfin ses enjeux : le génie qui a sauvé l’Amérique va-t-il être voué aux gémonies ? Son mentor, Lewis Strauss, va-t-il connaitre le même destin ? Enfin, on a peur pour nos personnages, enfin on sort du docu-biopic…  Pour une fois, le propos est d’une rare clarté, tout en laissant son personnage principal dans ses zones d’ombres…  

Oppenheimer, le film, ne lève pas le voile sur Oppenheimer l’homme, et c’est tant mieux comme ça…




lundi 17 juillet 2023


Indiana Jones et le Cadran de la Destinée
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Dans les années 60, nos parents allaient voir John Wayne, le héros de leur jeunesse, dans Les Bérets Verts, une rodomontade patriotique sur la guerre du Vietnam. Ils allaient voir un très mauvais film, pour le simple plaisir de retrouver l’âge d’or de Rio Bravo ou de la Prisonnière du Désert.  

Aujourd’hui nous allons voir Harrison Ford, le héros de notre jeunesse, dans la cinquième itération d’Indiana Jones.

Nous sommes devenus nos parents.

Le film de James Mangold laisse en effet une drôle d’impression. C’est à la fois un film extrêmement maîtrisé et réussi, et en même temps, une extorsion marketing de la nostalgie. Un adieu sincère à la saga et un copier-coller honteux, sous forme de best of de ses meilleurs moments. S’il y a un film de fan service, c’est bien Indiana Jones et le Cadran de la Destinée. Chapeau, fouet, nazis, objet sacré, antiquité, sidekick féminin pointu : tout est dans Indiana Jones 5, et inversement.

Pourquoi aller voir ce Cadran de la Destinée, alors ? Pour revoir des poursuites, de l’action, un baiser sur un coude ? Bref, de la pure nostalgie. Pour pleure sur notre jeunesse enfuie. Est-ce une bonne raison ? Sûrement pas. Mais cette nostalgie est bien faite, et propose un contre-feu intéressant : l’adieu (semble-t-il définitif) à la saga… Cette partie-là est particulièrement réussie… Si elle n’ose pas aller jusqu’au bout de ses idées, et conclure par une fin particulièrement mélodramatique, européenne, elle propose un happy ending plus conventionnel, plus américain, mais émouvant quand même.

Comme évoqué au début de cette chronique, notre John Wayne à nous, c’est Harrison Ford, notre Han Solo, notre Rick Deckard, notre Indiana Jones. Justement, la technologie offre deux Harrison Ford pour le prix d’un : le jeune Doctor Jones, (merci la CGI), et le vieux, largué dans une époque qui n’est pas faite pour lui. Double effet d’identification pour le spectateur…

Mais la CGI, c’est justement ce qui pose problème. Comme nous l’avions intuité depuis longtemps, les trucages numériques tuent la magie primitive du cinéma. Nous savons que Harrison Ford ne fait plus ses cascades, qu’il surfe sur un fond vert, qu’il ne va tomber nulle part… Nous n’avons plus peur pour lui, ni pour personne d’ailleurs. Nous ne sommes plus impressionnés par cette pyrotechnie qui faisait le charme du cinéma. Rien ne nous émerveille, puisque l’ordinateur peut tout faire*.

Il est d’ailleurs très intéressant d’observer la promotion de deux autres films à l’affiche : Oppenheimer et Mission Impossible 7. Nolan a bâti de longue date sa promo sur le fait qu’il filme toujours sur de la pellicule traditionnelle (et donc pas en numérique) et qu’il n’utilise pas de CGI**. Tom Cruise fait de même, en montrant son making of AVANT de montrer son film. Instagram est inondé de vidéos décryptant son saut en moto-parachute, ou sur la VERITABLE loco qu’on a détruite, etc. Comment mieux dire que ces films souhaitent renouer avec l’antique magie du cinéma, contrairement aux Marvel, contrairement à Indiana Jones ?

*Ce qui est techniquement faux : beaucoup de cascades, d’effets spéciaux sont tournées puis retouchées. Mais comme pour beaucoup de choses, c’est la perception qui compte…

** Il a déjà crashé un véritable avion pour Tenet, fera-t-il sauter une bombe atomique pour Oppenheimer ?




vendredi 14 juillet 2023


Devotion
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Le Théorème de Rabillon nous fait faire bien des bêtises. Après USS Greyhound, on a envie de voir des F4U-Corsair. Oui, l’avion rigolo de Papy Boyington, avec des jolies ailes en W et un beau ronronnement au niveau du moteur. C’est pour le Corsair que le Ludovico se cogne 2h19 de Devotion, un film de 90 millions de dollars entièrement à la dévotion de l’armée américaine, son courage imputrescible contre le communisme, et au passage, quelques idées philosophiques fortes, comme quoi l’amitié et la famille, c’est vachement important.

En fait, Devotion confirme qu’Hollywood est retourné, Back to the Future, aux années 50. Les DC-Marvel à la place des péplums (mêmes slips), les westerns remplacés par la Fantasy (les orcs font de très bons indiens, on peine à voir la différence), et Devotion en bonne itération de l’excellent (!) Diables de Guadalcanal, avec John Wayne. On reviendra d’ailleurs sur le sujet John Wayne très prochainement…

Devotion est évidemment basé sur une histoire vraie, celle du premier aviateur naval afro-américain (Jesse L. Brown, joué à la 12,7 par Jonathan Majors) dont on raconte le combat pour exister au milieu des centaines de pilotes blancs, son amitié inaltérable avec son ailier Tom Hudner (Glen Powell), les bagarres-avec-les-fantassins-en-perm, la-Guerre-de-Corée-où-il-fait-super-froid-dis-donc, etc., etc. Le tout à grands coups de clichés, légers comme de la DCA coréenne.

Rien de manque à ce war movie, y compris le petit message final : les deux familles sont restées très amies depuis la guerre…

Seul point positif, les combats aériens, formidablement filmés : on a rarement vu aussi bien.

Et pis y’a plein de Corsairs. Et c’est beau, un Corsair !




mercredi 12 juillet 2023


USS Greyhound : la Bataille de l’Atlantique
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

USS Greyhound est le pendant (un peu plus réussi) du Gettysburg de Ted Turner. Ici, version bateau, c’est à dire gouvernez-au-147 au lieu de compagnie-feu-à-volonté !

On voit bien ce qui est intéresse Tom Hanks, scénariste et acteur principal de ce film Apple : un héros, profondément religieux, confronté à la nécessité, pour son premier commandement, de tuer pour survivre et acheminer ce convoi allié lors de ce terrible hiver 1941.  

Mais Tom n’en fait rien, contrairement à son modèle, Steven « Il faut Sauver le Soldat Ryan » Spielberg. Simplement une reconstitution aux petits oignons de trois (fois la même) bataille navale.  

Si on aime le wargame, on est servi. On a tous les caps, toutes les distances, toutes les portées de tir. Le CineFaster lui, n’en a pas pour sa faim. Pas d’enjeux, pas de personnages, pas de conflits internes. Rien. Nada. Que dalle.

Dommage.  




lundi 10 juillet 2023


Asteroid City
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le pays de Wes Anderson est désormais totalement cartographié. On en connait chaque coin et recoin, son casting AAA, ses cadrages carrés, ses maquettes et ses trains électriques.

La question est de savoir si Wes Anderson est en terrain conquis. Il semblerait, puisqu’on y retourne à chaque fois sans barguigner. Cet Asteroid City ne déroge pas à la règle. Il est comme The French Dispatch, toujours agréable. On rit gentiment, on est un peu triste à un moment. Certes, ce n’est pas un grand Wes Anderson, façon Moonrise Kingdom, Grand Budapest Hotel ou The Fantastic Mr Fox

Mais à la différence avec les autres faiseurs esthétisants, il y a bien un cœur qui bat chez Wes Anderson, et ce n’est pas sans propos : cette nostalgie Fifties n’est pas niaise.

Cela suffit à rendre le film agréable à regarder, même si le procédé Andersonien est répétitif.