dimanche 30 octobre 2011


Les Sentiers de la Gloire
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Le scénario des Sentiers de la Gloire est-il vraiment signé Jim Thompson ? Ne serait il pas plutôt l’œuvre de René Girard, l’auteur de « La Violence et le Sacré » ? La question peut être posée, tant le sujet des Sentiers de la Gloire semble épouser les thèses du dernier philosophe méconnu des français. Pour cela, il aurait fallu le Framekeeper sous le bras, professeur agrégé de Girardisme, mais il répugne à fréquenter le VIème arrondissement en dehors d’une rétrospective Ozu. De toute façon, il est probablement en Corse à l’heure qu’il est…

Résumons.

Dans ce quatrième film de Kubrick, et dans sa première superproduction, l’ensemble de la Doxa Kubrickienne est là. (Vous pouvez par ailleurs retrouver ici toutes les chroniques consacrées à la filmographie Kubrick) mais pitchons déjà le film…

Dans Les Sentiers de la Gloire, le général Mireau est chargé de prendre une position réputée imprenable, la Fourmilière. Il refuse, mais quand on lui promet une promotion, il change d’avis. Le 701°, commandé par le Colonel Dax (Kirk Douglas) part donc à l’assaut, et échoue. Le Général en chef, Broulard (Adolphe Menjou) veut des coupables. Machiavélique, Mireau lui propose quelques soldats à fusiller pour l’exemple.

L’un est tiré au sort (alors qu’il a été cité à deux reprises pour bravoure), un autre parce que son lieutenant le trouve asocial, un troisième parce qu’il a menacé son supérieur de dénoncer sa lâcheté lors d’une patrouille qui a mal tourné.

Dax, assure leur défense en cour martiale, – il est Avocat dans le civil -, mais nos héros sont fusillés.

Conclusion inattendue dans une taverne : des soldats du 701°, huent une pauvre « prise de guerre » (c’est ainsi qu’elle est présentée), une jeune allemande (Christiane Harlan, future Madame Kubrick). Seule contre cette bande d’hommes déchaînés, la jeune fille semble n’être bonne à rien, à part se faire violer (le patron de la taverne montre complaisamment sa poitrine, son « seul véritable atout »). Mais voilà, elle se met à chanter, les soudards se taisent, et bientôt, sont émus aux larmes.

La Violence et le Sacré

Commençons donc par Girard…

Ces trois hommes, innocents aux yeux des règlements militaires (ce sont les officiers de la cour martiale qui le disent eux-mêmes), sont à l’évidence victimes d’une terrible injustice.

Chez Girard, et sa théorie de la victime mimétique, il faut un bouc émissaire qui « purge » la société de ses péchés. Pour que tous vivent, il faut que l’un meure. D’où son explication de la tragédie biblique de Job (un homme riche, honnête, religieux, sur qui s’abat soudain tous les malheurs du monde). Ici, dans les Sentiers de la Gloire, pour emmener tant de monde à l’abattoir, il faut non seulement un ennemi identifié (l’allemand, l’allemande), mais aussi gérer l’ennemi intérieur (le traître). Si l’offensive est ratée, il faut trouver des coupables. Cela ne peut être une faute collective (dans ce cas, c’est la défaite assurée), c’est forcément la faute de quelques-uns. Nos trois héros feront parfaitement l’affaire, car, justement, ils sont parfaitement innocents. Car comme le dit le Général en Chef « Rien de plus revigorant que de voir quelqu’un mourir à côté de soi ! », paraphrasant presque le Ernst Jünger du Journal Parisien, qui notait en 1942 : « Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais tout ce qui nous tue nous rend encore plus fort ! »

Mieux, ce processus s’étend, et Mireau est bientôt lui aussi sacrifié par le Général en Chef qui l’envoie en commission d’enquête, quand Dax lui amène sur un plateau la preuve de son incompétence (il attaque en sous-effectif, fait tirer sur sa propre troupe par l’artillerie, etc.) Pour sauver les soldats, il faut sacrifier trois soldats, pour sauver le corps des officiers, il faut sacrifier un officier…

Et personne, à part le Colonel Dax, qui prend là une pose christique – rôle fétiche chez Kirk Douglas – ne viendra s’en offusquer. Kubrick ne montre d’ailleurs le soutien d’aucun camarade, et se complait au contraire à mettre en scène l’extrême discipline qui procède à leur exécution. Et offre ce contrepoint passionnant (car nous nous sommes évidemment mis du côté des « pauvres soldats face à la boucherie des officiers ») en inversant ce point de vue dans la conclusion : en cinq minutes, voilà les « pauvres soldats » devenus des bêtes immondes face à une femme seule, puis, nouveau retournement, agneaux émus aux larmes par son chant. Toute la vision Kubrickienne de l’humanité est là.

Le faible secours des structures sociales

Malgré l’organisation hyper structurée de nos sociétés modernes, Kubrick montre qu’elles ne sont d’aucun secours face à l’injustice. Le cas des trois soldats est léger, mais rien n’arrêtera l’arbitraire en train de se commettre : ni la structure militaire, pourtant ultra-réglementée, qui fournit un cadre juridique à la condamnation des soldats, et, donc – théoriquement – la possibilité de se défendre, ni même l’accumulation de preuves en leur faveur (l’officier d’artillerie qui a refusé de tirer sur ses troupes sans ordre écrit, et qui obtient gain de cause). De même, la religion ne sera d’aucun secours (que l’on soit croyant ou non, rien ne change l’absurdité de la mort). On retrouvera le thème du prêtre inutile dans Orange Mécanique.

La décadence Mitteleuropa

Dans les Sentiers de la Gloire, on trouve une valse de Strauss, beaucoup moins célèbre que celle de 2001, mais qui remplit un rôle similaire : montrer une société à son apogée mais qui court à sa perte (les ors des palais austro-hongrois XIXème, pendant de la perfection technologique de l’humanité du XXIème siècle). La Mitteleuropa, ses bals, et ses militaires en tenue d’opérette, ou les cadres froids, technos et inhumains de 2001 dansent sur la même valse. Il faudra un événement d’envergure (une guerre, un monolithe E.T.) pour changer d’ère.

Comme dans 2001, Kubrick joue de la perfection des alignements. Palais XVIIIème filmés au cordeau, défilés et alignement militaires filmés volontairement « dans l’axe », premiers travellings arrière qui formeront sa marque de fabrique, tout cela est opposé à la brutalité de l’offensive, qui elle est filmée de coté, sans héroïsme aucun. Les singes d’un coté, la sauvagerie de l’homme, filmé en opposition des « œuvres de civilisation », palais ou vaisseaux spatiaux. Mais on meurt dans la boue dans toutes les guerres, dans Les Sentiers de la Gloire, dans Barry Lyndon, dans Full Metal Jacket.

La patrouille perdue

Etrange obsession. La patrouille perdue, c’est le thème du « brouillon » Peur et Désir, premier film maudit, dont Kubrick essaya de détruire toutes les copies, tant il jugeait l’œuvre indigne de lui. Peur et Désir ? Etrange comme ce simple titre peut pourtant définir toute l’œuvre Kubrickienne. De quoi parle Fear and Desire ? D’une patrouille qui se perd en territoire ennemi, rencontre une ennemie, et veut la violer… Full Metal Jacket ? Une patrouille se perd dans Huê et manque d’être décimée par une sniper vietminh. Rattrapée, les Marines évoquent la possibilité de la violer, puis finalement l’achèvent… Dr Folamour ? Un avion perd ses codes en territoire ennemi, est incapable d’interpréter un message de retour, et déclenche l’apocalypse nucléaire parce qu’un colonel a des « problèmes d’érection ». Les Sentiers de la Gloire ? Une patrouille se perd, et tue par erreur un camarade ; cet événement déclenchera la condamnation d’un des trois soldats, tandis qu’on évoque la possibilité de violer la jeune allemande à la fin… ces coïncidences n’en sont pas ; la peur et le désir sont étroitement liés chez Kubrick. Une fois effrayé par la méthode Ludovico, Alex n’a plus de désir, même pour une très belle femme nue, dans Orange Mécanique. Bill Hartford patrouille lui aussi les « yeux grands ouverts » dans la nuit new-yorkaise, qui est à la fois la nuit des désirs, mais aussi la nuit de la terreur, celle de sa paranoïa, mais celle aussi de la vraie violence (la bande de hooligans, les libertins masqués, le type qui le suit). Bill sombre dans la peur plutôt que de suivre le conseil final de sa femme : « Fuck ». De même, Barry Lyndon est prêt à toutes les violences pour le sexe ; affronter en duel un militaire de carrière pour séduire une cousine, affronter la noblesse du royaume pour conquérir puis garder Lady Lyndon. Non cher Stanley, tout était là dans votre première œuvre. C’est sûrement empli d’effroi que vous avez détruit les bobines….

La musique, commentateur ironique

Tout le monde le sait, la musique est un élément à part entière de la chorégraphie Kubrickienne. C’est surtout vrai pour sa période « Couleur », quand il décide de se passer de musique originale et piocher directement dans le répertoire (2001 et suivants). Mais des prémices se trouvent déjà dans ses premières œuvres. Dans Les Sentiers de la Gloire, cela commence même dès le générique : une Marseillaise tonitruante, qui se conclue par un bizarre accord mineur : tout est dit. Le Patriotisme, royaume du mode Majeur, mais surtout « dernier refuge de la canaille », selon le Colonel Dax, se termine en Mineur : la guerre, la souffrance, et la mort. Mais il y a aussi l’introduction d’un pattern typiquement Kubrickien : la musique populaire qui sert à clôturer le film. Ici, une chanson traditionnelle allemande, chantée du bout des lèvres par la prisonnière allemande, et qui retourne le cœur des soldats. Une chance que n’aura pas son équivalente vietminh dans Full Metal Jacket. Le film se conclue lui aussi, par deux chansons populaires : Mickey Mouse, et Paint it, Black.

On retrouve ce principe presque partout chez Kubrick (We’ll Meet Again, à la fin de Dr Folamour, Singing in the Rain dans Orange mécanique, Home, dans Shining, la Jazz Suite de Chostakovitch dans Eyes Wide Shut)… Cette petite musique, c’est évidemment un procédé, une façon de sortir le spectateur de la salle de cinéma, d’alléger le pathos qui accompagne souvent un Kubrick. Mais c’est aussi une façon de marquer le spectateur à jamais (plus facile de chantonner We’ll Meet Again que le Requiem de Ligeti). C’est enfin la petite musique de la vie ; au travers de ces chansons populaires, et de leurs paroles à double sens, on conclue le film d’une morale sarcastique. Non, nous ne rencontrerons plus jamais à la fin de Dr Folamour, car la Terre est rayée de la carte, et nous ne chanterons peut-être pas sous la pluie en pensant à Gene Kelly, terrifié par le sort qu’Alex (Et Kubrick) ont désormais réservé à cette chanson.




vendredi 28 octobre 2011


Le jeu vidéo a gagné
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Couverture de 20 Minutes, cette semaine. Un soldat, un titre : « Un chef d’œuvre » et une signature : Première. Première, LE magazine du cinéma en France depuis trente cinq ans. De quoi parle Première ? De The Artist ? De Contagion ? De Hugo Cabret ? Non, de Battlefield 3, blockbuster du jeu vidéo qui sort cette semaine. Bien sûr, il ne s’agit que d’une publicité. Bien sûr, Première continue à parler majoritairement de films. Mais l’idée que des publicitaires préfèrent citer un magazine de cinéma grand public plutôt que Joystick ou PC Jeux en dit long sur ce qu’est devenue cette industrie, qui a dépassé en dollars le cinéma, et ce, depuis 2001.

Nous nous demandions où était passé la GCA, elle était là, sous nos yeux, sur nos téléviseurs. Mais nous ne la voyions pas… soit nous n’avons pas de console, soit nos enfants en ont, et nous sommes déjà trop vieux pour y comprendre quelque chose.

Le Professore encourage pourtant son lectorat fidèle à jeter un œil sur ces œuvres, en dépassant le baratinage moraliste de saison (le-jeu-vidéo-qui-tue-nos-enfants) et en acceptant que Super Mario n’est pas Dead Island, tout comme Cars2 n’est pas La Nuit des Morts Vivants. La question n’est d’ailleurs pas d’y jouer, mais bien de regarder ces jeux. Peut-être tomberez-vous, comme le Professore, sous le charme esthétique d’un Final Fantasy, sous l’humour ravageur d’un GTA, sous la nostalgie irrépressible du Western Red Dead Redemption.

Car ces jeux, comme Battlefield 3, Call of Duty Modern Warfare, Rage bientôt, sont les dignes successeurs des Top Gun, Quand les Aigles Attaquent, ou Mad Max de nos chères années 70-80.

Même vision bourrine de la guerre, de l’héroïsme à deux balles, « Putain ca fait mal mon lieutenant* » et de suprématie yankee. Les ricains attaquent Téhéran dans Battlefield 3, mijotent des mauvais coups à Cuba dans Call of Duty. Quand à Rage, l’apocalypse post pétrolière est au bout du chemin…

Il reste seulement au jeu vidéo de gagner en maturité, de prendre un peu de distance avec son propre produit, de proposer une autre vision plus critique, ou plus artistique (à l’instar de la scène dite indépendante)… Ce qu’il ne manquera pas de faire, mécaniquement, par le vieillissement et l’élargissement de son public.

*Le visionnage concomitant de Centurion – péplum pseudo moderne dans la forme et rance dans le fond – ne fait qu’élargir dans mon esprit le canyon qualitatif, déjà gigantesque, entre un cinéma grand public à court d’idées et le jeu vidéo virevoltant de créativité, ou la série télé, seul produit de divertissement adulte que sont en mesure de nous proposer les Etats-Unis d’Amérique.




mardi 25 octobre 2011


La Playlist d’Octobre
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]

Musique : Jolene, par Dolly Parton : seule la country est capable d’écrire de mélodrames en 2:25
Série : Mad Men, Borgia
Livre : Freedom, de Jonathan Franzen




lundi 24 octobre 2011


3D part 3
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

On remet le couvert sur la 3D aujourd’hui, et qu’est-ce qu’on lit le soir même dans Libé d’aujourd’hui, si ce n’est la même chose ? Hollywood place ses derniers espoirs dans Tintin, car les derniers film en 3D n’ont pas fait recette : Toy Story 3 ou Shrek 4 ont gagné moins d’argent en 3D qu’en 2D… tout est expliqué là, dans un autre article de Slate cité par Libé.

Allez spectateurs, encore un effort…




lundi 24 octobre 2011


3D : le boulet
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Chaque jour amène son lot de bonnes nouvelles sur le fond de la 3D : téléviseurs qui ne se vendent pas, Nintendo qui se sent obligé de préciser sur ses publicités pour Supermario Land 3D qu’on peut « ajuster le niveau 3D ou même l’enlever », ou, ce matin, dans le RER C, l’affiche du Chat Botté – énième resucée shrekienne sans inspiration, c’est du moins ce que l’on suppose – qui précise « Disponible en 3D et en 2D ».

Voilà, c’est fait.

Ce qui était un argument de vente est désormais un boulet à traîner. Disponible en 2D, ca veut dire que toi, grand père un peu ringard, tu peux y emmener ton petit fils, toi couple avec 3 enfants, tu peux dépenser 15 euros de moins pour avoir le droit de ne pas avoir mal à la tête, ou toi, Rabillon, tu peux retourner au cinéma. Car oui ! Le fameux auteur du Théorème refuse désormais d’aller au cinéma sous prétexte que « ca ne sortira qu’en 3D », Les Trois Mousquetaires, par exemple…

Et bien cher Rabillon, on va voir Porthos et Aramis ?




mercredi 19 octobre 2011


Habemus Papam
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Drôle de film, d’un drôle de cinéaste. Le Professore, sans chauvinisme aucun – le prof est plutôt beauceron que vénitien – aime le Nanni doux et tendre de Journal Intime, l’imprécateur acteur du Porte Serviette, le tragédien de La Chambre du Fils.

Mais Habemus Papam nage entre deux eaux. Le film ne bouffe pas du curé mais s’en moque gentiment, est à la fois absurde et réaliste, pas très drôle, ni très émouvant.

On a l’impression que Moretti n’est parti tourner, avec pour unique viatique, qu’avec une seule une idée : « Et si le pape renonçait au Saint Siège, effaré devant la lourdeur de la charge ? »

Hélas, les idées ne font pas les bons films. Il faut des idées dans les bons films, mais cela demande beaucoup de créativité artistique pour incarner fortement une idée…

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Kubrick.




lundi 17 octobre 2011


3D : Apocalypse Now!
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Pour en finir avec ... ]

Non, ce n’est pas ce que vous croyez, Coppola n’a pas décidé subitement de convertir son chef d’œuvre pour faire plus de brouzoufs. C’est juste qu’on apprend dans un récent article de Libé sur le MIPCOM (un salon des programmes TV), que la 3D, ça va mal. Pas du côté de la production, qui continue d’aligner le répertoire en 3D (Les 3 Mousquetaires…), mais non, les téléviseurs. On devait en vendre de 7 à 20 millions, seulement 3 de vendus. La faute aux lunettes, qu’on ne veut pas porter à la maison, et le manque de programmes : un match de L1 par ci, un Cars par là, et du porno, du porno, du porno. Le genre, qui traditionnellement est précurseur des révolutions techno (ordinateurs, webcams, Internet…) ne semble pas suffisant pour tirer la stupide charrue 3D.

Pour une raison toute simple : la 3D ne sert à rien. Elle n’amène pas plus de réalisme, pas plus de confort d’utilisation, et aucune émotion supplémentaire.

Moi, j’vous l’dit, c’est mort !




vendredi 14 octobre 2011


Songe d’une nuit d’été : intelligent et populaire, c’est facile
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Débutant au théâtre, mais confirme es cinéma, je ne cesse de m’étonner sur les spécificités du plus ancien des arts vivants. Le cérémonial, les ouvreuses (ici de jeunes éphèbes affublés d’un chapeau melon), la sonnerie, les rappels.

Cette fois-ci, c’était le Songe d’Une Nuit d’Eté, du grand Bill, version show biz : Mélanie Doutey et Lorànt Deutsch, Titania et Puck. Ca ne m’a pas repoussé, même si nos deux acteurs sont légèrement en dessous des théâtreux qui assurent derrière (Nicolas Briançon, qui assure aussi la mise en scène, Yves Pignot, etc.)

Ce qui était étonnant, hier, c’est au contraire la magie et la poésie du théâtre. Comment transformer une histoire imbitable, écrite sous champignons hallucinogènes (des tourtereaux, sous l’effet de drogues administrées par des fées, deviennent échangistes, tandis qu’une troupe de comédiens amateurs préparent une pièce pour le mariage du Duc d’Athènes).

Eh bien, c’était limpide.

Grace à une mise en scène moderne, transposée dans l’univers des sixties, nos athéniens devenant des John Steed et des Emma Peel, tout le monde comprenait, tout le monde riait. Et notamment des scolaires, probablement trainés là par un prof d’anglais trop consciencieux prêt à rater Masterchef pour emmener sa classe de troisième découvrir le Divin Barde.

Chapeau bas, M. Briançon.




jeudi 13 octobre 2011


The Social Network, la bande annonce
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Depuis quelques jours, me voilà pris d’une frénésie Facebookienne. Je regarde des bouts du film de Fincher chaque fois qu’il passe sur Canal+, je me ballade sur Internet, glane de ci, de là des infos sur le sujet, et ai même commandé au Père Noël le bouquin qui a inspiré le film*. C‘est ainsi que j’ai déniché le teaser, qui m’était un peu passé par dessus la tête à la sortie du film.

Eh bien, cette bande-annonce est un chef d’œuvre en soi.

De quoi s’agit-il ? D’une simple enfilade de copies d’écran Facebook (« accept », « confirm », « profil », « statut », etc.) sur fond de Creep, la fabuleuse chanson de Radiohead, reprise par le chœur d’enfants de Scala.

RAS donc, si ce n’est le talent du monteur (Fincher ?) et l’effet qu’il produit sur le spectateur. Car ce que montre ce montage, c’est tout simplement l’enfilade de nos vies : naissance, mariage, enfants… mis en ligne sur le petit site malin de Mark Zuckerberg.

Fincher joue comme d’habitude sur tous les tableaux : le feelgood (qui n’a pas envie, en effet, de pleurer sur sa propre vie, rétrécie sur une misérable minute ? sur cette musique aérienne, sur ces clins d’œil entendus : « célibataire », puis « en couple » ? « Confirm » ?

Cette trajectoire humaine, commune à tous, ne peut être que terriblement émouvante…

Terrifiante aussi.

C’est la deuxième couche du moraliste Fincher. Quelle mouche nous a donc piqué ? Mettre en ligne le moindre de nos faits et gestes ? Notre emploi du temps ? Nos pensées ? Nos opinions ? Accessibles de tout un chacun : « what do you have in mind ? ».

La réponse est évidemment dans la chanson, faussement mélancolique, et tout simplement effroyable : cause I’m a creep, I’m a weirdo…

Comme le personnage de Zuckerberg, comme le narrateur-creep de Thom Yorke, nous sommes plongés ad vitam aeternam dans cette terrible quête de reconnaissance. Exister aux yeux des autres, et appartenir à quelque chose de plus grand que soi… I want a perfect soul, I want a perfect body…

En une minute, jamais bande-annonce n’a aussi parfaitement saisi l’essence d’un film dont elle assurait la promotion. Et l’essence de nos vie désormais facebookiennes…

*La revanche d’un solitaire – La véritable histoire du fondateur de Facebook, par Ben Mezrich




mardi 11 octobre 2011


Borgia
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

C’est parti pour la série événement de Canal+. Ils sont forts chez Canal, ils ne font pas de série non-événement ! Mafiosa, Braquo, Borgia : même combat. Pour cette dernière, on y a cru pendant vingt secondes, jusqu’au générique… une histoire fantastique (les Borgia, ou la famille Adams au Vatican), Mr Fontana (Oz) au scénario, son compère Barry Levinson à la production (Homicide, Oz et quelques petits films comme Rain Man ou Good Morning Vietnam), Oliver Hirschbiegel (La Chute) à la réalisation : on va voir ce qu’on va voir.

En fait, on a vu le générique, et on a compris. Un générique, c’est beaucoup d’argent, une musique entraînante, et normalement, le concept de la série : les magnifiques envolées mécaniques de Game of Thrones, le blues poisseux des Sopranos, le corbeau de Six Feet Under, ou l’Homme qui Tombe des Mad Men.

Le générique des Borgia est flou, filmé derrière un vitrail, sur une musique Bontempi, où l’on devine plutôt que l’on ne voit les turpitudes promises au téléspectateur : du cul, de la violence, et encore un peu de cul.

Car avec les Tudors, la télé a découvert le Graal : avec une caution culturello-historique (« Oui, c’est vrai, je me passionne pour l’époque élisabéthaine »), je peux mater un peu de fesse et beaucoup de baston. C’est quand même plus valorisant que de regarder Captain America (où, en plus, y’a pas pas de fesse)…

Qu’est venu faire Fontana dans cette galère ? Prendre l’argent des frenchies, bien sûr, qui ne savent pas faire la différence entre un show télé réussi et une daube. Fontana a écrit Borgia pendant la mi-temps du Superbowl, et Rodolphe Belmer s’est extasié : tremendous job, Tom ! Pendant ce temps-là, Levinson comptait les billets.

Pourtant Borgia, version Fontana, c’est ce que le Professore appelle le Cinéma Epinal, comme les images du même nom. On enchaîne les clichés comme des perles, et on dit que ca fait un épisode. Ce qui est bien avec les Borgia, les vrais, c’est qu’il y a de quoi enfiler. Inceste, trahison, simonie, on peut faire dix saisons sans se forcer. Mais on ne saura rien des motivations des principaux personnages, de leur étrange rapport à la religion et au pouvoir. Rien ne sera expliqué sur la sauvagerie de l’époque, et la série, elle-même, n’a pas de méta-enjeu…*

Il nous reste l’autre Borgia, celui de Showtime, qui traine sur un disque dur quelque part, puisque Canal+ l’a acheté pour empêcher sa diffusion française. Quant à ces Borgia-là, nous y retournerons lundi prochain. Eh oui, je me passionne pour la Renaissance italienne…

* quelques exemples : « Nate peut-il devenir adulte ? » dans Six Feet Under, « Tony Soprano va-t-il devenir quelqu’un de bien ? » dans les Sopranos, « Qui va sortir de prison ? » dans Oz.




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