lundi 29 août 2016


Nerve
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

La bonne surprise ! Un film d’ados, pour ados*, qui tient la route, avec – enfin – un vrai sujet et un vrai propos.

Le sujet c’est Internet, sujet casse-gueule s’il en est quand les adultes essaient de parler du Web aux jeunes, alors qu’ils n’y comprennent rien. C’est la première réussite de Nerve, qui maîtrise les codes de Snapchat, Instagram, et consorts. Car le pitch, c’est justement Nerve, cette nouvelle application ultra cool qui permet d’être soit joueur soit voyeur, c’est-à-dire d’accepter des défis contre récompense, ou de payer pour défier des joueurs. Très vite, la jeune héroïne (Emma Roberts) va accepter (sous les yeux consternés de ses meilleurs amis) des défis de plus en plus dangereux…

Quant au propos c’est tout simplement la critique de cette société de voyeurs que nous sommes en train de devenir, spectateurs à distance (TV, réseaux sociaux) de nouveaux jeux du cirque.

L’intelligence de Nerve, c’est de montrer cela de façon très innocente au début (se faire un peu d’argent dans une famille qui n’en a pas, se prouver qu’on n’est pas la coinçouille de service) et que tout cela est plutôt excitant. Quand peu à peu, les challenges vont tourner vinaigre (en moto à 100km/h les yeux bandés), Nerve décentre son propos. Le mal n’est pas là, dans l’éternelle quête d’adrénaline de la jeunesse, mais bien dans l’œil de celui qui regarde.

Pas seulement des ados décérébrés, mais nous tous, spectateurs de la télé réalité, followers Facebook ou Instagram de Chasing Rooftops (des ados qui se prennent en photo les pieds dans le vide en haut des gratte-ciel) et qui assumons intérieurement notre ricanement sordide ou notre désapprobation morale, bien protégés derrière l’écran de notre iPhone.

Tout en restant un objet très fun, le film propose donc une critique sévère. Même si tout est loin d’être parfait (on peux même dire sans doute que le film est formellement assez mal fait), ça reste une très grande surprise dans le paysage actuel du cinéma américain.

* Adapté du livre Addict, pour ados également




jeudi 25 août 2016


Star Trek : Sans Limites
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Depuis 1966, le Trekkie est habitué à avaler beaucoup de couleuvres. Les pyjamas multicolores, les extraterrestres à tête de chou-fleur, les vaisseaux spatiaux en plastique, et la fin du monde à chaque épisode.

Le reboot avait beaucoup promis et peu donné. Il est vrai que JJ Abrams est coutumier du fait. Mais depuis qu’il a été transféré en Ligue 1 (au Star Wars Football Club), l’homme de Lost n’est plus que producteur. Il a donc confié les clés de l’Enterprise à Justin Li, qui n’a jusque-là conduit que des Acura Integra avec néon sous le châssis. L’Enterprise, c’est un camion un peu plus gros.

Le scénario, signé Simon Pegg (qui joue Scotty, ceci expliquant peut-être cela) est totalement insignifiant : une énième histoire de vengeance. Le reste, comme le dit joliment Dimitri from Paris*, n’est qu’une looongue suite de batailles finales, du début à la fin. Ça laisse peu de place à la construction d’une intrigue et de personnages forts.

Il est facile de comparer avec ce que JJ Abrams est capable de faire avec une idée toute aussi mauvaise (la vengeance de Kahn, dans Into Darkness). Avec aussi peu de matériel narratif, il fait au moins une la course poursuite mémorable (en jumpsuit dans les débris spatiaux), un moment émouvant avec Spock, etc. Il sait tirer, comme Spielberg, beaucoup de peu.

Justin Lin, dont on apprécie les Fast and Furious, ne sait rien faire de ce très peu qu’est la trame Peggienne de Sans Limites.

Qu’on se comprenne bien : on ne reproche pas à Star Trek d’être Star Trek, c’est à dire ce qui fait son charme depuis cinquante ans. C’est bien que ce Sans Limites, si justement nommé, n’est pas digne de la franchise.


* Bon sang de CineFaster Malakansarien ne saurait mentir…




vendredi 19 août 2016


The Company Men
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Il y a un truc que les Américains ne savent pas faire, c’est le film de gauche. Le film qui va décrocher Cannes ou Locarno, le Ken Loach, le Frères Dardenne. Le film social, le film contre le système, qui va faire pleurer dans les chaumières (enfin, les chaumières du sixième arrondissement).

Si certains réalisateurs y parviennent, c’est de manière extrêmement détournée comme le Fincher de Social Network (les pauvres gagnent contre l’aristocratie, s’ils se comportent comme des voyous) ou chez Cameron (les pauvres gagnent moralement s’ils séduisent la princesse). Mais le film ouvertement social, que peuvent réussir les Européens, est une impossibilité ontologique chez les américains. Company Men de John Wells (Un Eté à Osage County, A la Maison Blanche) en est la vibrante démonstration.

Trois cadres sont renvoyés de leur groupe de construction navale. Le petit con, directeur marketing qui ne se prend pas pour de la merde (Ben Affleck, décidément parfait dans les rôles de con), Bob, le vieux patron grincheux qui en a vu d’autres (Tommy Lee Jones, caricatural), et le mec parti de la base, ancien ouvrier devenu directeur, probablement le plus fragile (Chris Cooper, oui bon, ouais…) Comment vont-ils vivre leur chômage, eux qui se croyaient sur le toit du monde ?

Parti pour dénoncer un capitalisme de fonds de pension, le film tombe vite dans une morale à deux balles. Rien ne vaut en effet la rédemption par le travail manuel. Obsession américaine avec l’expiation des péchés à la campagne (voir Le Juge, Cars et à peu près tout Pixar)

Notre ami Ben Affleck va donc tomber de Charybde en Sylla (il a déjà vendu sa Porsche et sa belle maison que ses enfants aimaient tant mais tant pis, il faut faire des sacrifices to born again).

C’est là que tombé du ciel, ou plutôt du toit, la Providence intervient en la personne de son gauchiste de beau-frère (Kevin Costner), qui depuis le début du film est la voix du réalisateur sur les méfaits du capitalisme (je résume, ça ressemble plus à Springsteen qu’à Friedrich Engels).

Et la Providence a LA solution : un job de charpentier. Oui, vous avez bien lu, le directeur marketing ne peut pas trouver un autre job que charpentier… Ben Affleck va-t-il, par les vertus du travail manuel, se redécouvrir lui-même et devenir un gars bien ? Devenir sympa avec sa femme, comprendre son fils adolescent ? Tout cela est parfaitement gerbant. De très bons acteurs, et un très bon réalisateur, tout cela ne suffit pas à sauver un scénario indigent.




jeudi 18 août 2016


The Expanse
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

On a déjà lu le livre, ce qui explique probablement pourquoi on a déjà un a priori négatif sur la série. Le livre, écrit avec les pieds, est ce genre de page turner insupportable qui sort tout droit des ateliers d’écriture dont sont friands les – mauvais – écrivains américains. Pire, il se veut un crossover malin de deux vaches sacréees : Alien et Blade Runner.

Dans un futur proche, trois planètes s’affrontent : la Terre, planète privilégiée, Mars, en pleine terraformation, et les Planètes Extérieures (au delà de la Ceinture d’astéroïdes, c’est à dire Jupiter, Saturne, etc.). Ces dernières se battent pour leur survie, plus difficile que sur Mars ou la Terre. Deux intrigues s’entremêlent : un appel de détresse est lancé par un vaisseau inconnu, l’équipage du vaisseau, piloté par son jeune capitaine James Holden, est obligé d’y répondre (hmm…) De l’autre, sur la station surpeuplée de Cérès un flic quadra désabusé (hmm hmm…) doit enquêter sur une des occupantes dudit vaisseau. L’ironie dramatique est au maximum, ça n’ira guère plus loin… Si ce n’est qu’on est au bord d’un conflit général.

Ce qui est passionnant par contre, c’est ce décor de space opera glauque peu utilisé au cinéma (Alien et Outland, à notre connaissance). Si Star Wars et et ses guerriers en jupettes a raflé la mise, la SF sérieuse, proposant une préfiguration réaliste de notre avenir proche a peu droit de cité.

Mais l’intrigue est à la fois trop classique et pas très claire*. C’est renforcé par la série qui tente de se glisser (très difficilement) dans les chaussons de production de Battlestar Galactica : grandes ambitions et petits moyens, malheureusement sans le talent de Ronald D. Moore. Ici, contrairement au majestueux cuirassé du Commandant Adama, les combats spatiaux ne sont ni fluides ni compréhensibles. L’intrigue elle même est découpée en multiples scènes dont le seul objectif semble de faire monter artificiellement la pression à coup de cliffhangers bidons. Vont-ils survivre à la panne d’antenne ? à la dépressurisation ? À la crise cardiaque ? (dans la même scène..)

De cliffhanger en cliffhanger, on veut voir la suite mais on ne s’attache pas aux personnages. Il faut dire qu’ils sont joués par des soucoupes en porcelaine, abonnés aux séries de quatorzième catégorie. Il ne suffit pas de ressembler à Jon Snow…

Bref, Théorème de Rabillon oblige, on va continuer notre voyage au-delà de la Ceinture. Sans espoir que ça décolle réellement.

* Le livre n’était pas très clair non plus.




mardi 16 août 2016


Suicide Squad
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le pire n’est jamais décevant. On s’attendait avec cet Escadron Suicide – titre québécois du film – à un de ces films nihilistes, amoraux, dont Hollywood semble décidé à nous abreuver désormais, comme succédané absolu du cool : Deadpool, etc.

C’est en tout cas le pitch : 4 überméchants sont sortis de prison par la CIA pour lutter contre un énigmatique danger imminent. Guérir le mal par le mal, voilà la propos nietzschéen du film. Et c’est là que ça commence à coincer. Pas sur le plan moral, non, sur le plan cinéphilique. En effet, ce grand méchant reste mystérieux pendant une bonne heure de film. Puis on nous révèle – Twist Ultime – qu’il est en fait un des personnages présentés au début (Cara Delevingne dans le rôle du méchant le plus pitoyable depuis les Frères Lumière).

Voilà nos personnages coincés de toutes façons par une terrible menace (une puce explosive insérée dans l’aorte) et obligés à combattre l’un des leurs pour sauver – guess what? – la méchante chef de la CIA. À ce niveau de consternation, il ne reste qu’à sucer le bois de son esquimau Magnum Vanille Chocolat jusqu’à la corde en regardant sa montre.

Mais Suicide squad nous réserve une dernière surprise. En fait, ces grands méchants ont un cœur, ils ne rêvent que de mariage, de famille ou d’enfants. Nous nous attendions à un film amoral, à une orgie pornographique de violence cachée sous un pseudo message révolutionnaire, et c’est une horrible bluette que nous sort Zack Snyder de sa mauvaise poche de producteur*.

Plus que toc, Suicide Squad est complètement con. Et c’est un gars qui vénère Tranformers qui vous dit ça.

* Mon petit Zack, il va falloir se reprendre, sinon ça sent l’exclusion pure et simple de Cinefast !




lundi 15 août 2016


La Vie de Brian
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

On n’ose le dire, pourtant c’est vrai. La Vie de Brian n’est plus aussi drôle qu’avant. Avant de le revoir hier sur Arte, on expliqua au Professorino comment dans les années quatre vingt, nous decouvriions, hilares à nous faire mal aux côtes, les films des Monty Python. Et si nous avons toujours preféré Sacré Graal à cette Vie de Brian, ces deux films étaient à notre panthéon, pour toujours.

Mais quarante ans après, La Vie de Brian ne fait plus autant rire, et pour de multiples raisons. Comme nous l’expliquions avec Docteur Folamour, pour beaucoup rire, il faut avoir beaucoup peur. La peur de la Bombe disparue, Folamour n’est pas drôle pour cette génération.

En 1985, nous avions (eu) peur des curés. Certains, comme AG Beresford, avaient même subi pendant des années une éducation catholique. Voir la vie du Christ ainsi pastichée était libérateur. Nous avions évidemment, au retour du catéchisme, déjà envisagé à voix basse quelques cochonneries bien senties autour de la virginité de Marie, les impuissances sexuelles du pauvre Joseph, sans compter des mauvaises blagues sur la qualité des clous sous Pilate. Mais là, ça se passait au cinéma, pour la première fois. ET ça faisait scandale…

Depuis, l’eau a passé sous les ponts et ces parodies se sont démultipliées, grâce au travail originel des Monty Python ; les Nuls, les Inconnus, les Guignols, Dogma. La Vie de Brian n’est plus le seul à se moquer de la religion.

La deuxième raison est que le film est vieillot dans sa forme. On voit les mauvaises coupes, et les gags sont répétitifs. On est habitués aujourd’hui à un certain niveau de qualité, et à une avalanche de blagues. Ici il y en a peu, et répétées à l’envi.

Le bon point, c’est que ça incite à revoir Sacré Graal et même le Flying Circus. On fera ça à la rentrée.




mardi 2 août 2016


Ghostbusters
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le plus déplorable, dans ce Ghostbusters-là, c’est de voir une bonne idée partir en fumée. En l’occurrence, rebooter la franchise avec un casting de filles.* Cette idée, qui a bizarrement déchaîné les passions outre-Atlantique, était pourtant un réservoir potentiel de comédie : la chercheuse classy (Kristen Wiig), son ex-meilleure amie obèse (Melissa McCarthy), la bricoleuse steampunk (Kate McKinnon), et la caution black à l’humour dessalé (Leslie Jones). Avec en plus une super bonne idée, la seule qui arrache des rires pendant la séance : Chris Hemsworth en réceptionniste, inversant les clichés de la secrétaire bonnasse mais stupide, recrutée sur son physique.

Mais non, de ce postulat initial, ils ne font rien de nouveau. Au contraire, ils s’installent dans les pas des deux précédents opus ; maison hantée au cœur de New York, base arrière de Ghostbusters dans un endroit atypique, voiture corbillard, combat final de géants, etc., etc.

Tellement scotchés à la légende originale qu’ils finissent par intégrer comme caution (sont-ils si peu rassurés par leur scénario ?) des cameo des acteurs originaux. C’est finalement la même histoire, les mêmes rebondissements, avec des filles. Dans la scène finale, nos ghostbusteuses rachètent la caserne de pompier du premier épisode. Symboliquement, tout est dit.

Je vous conseille donc de passer votre chemin, car moi, je n’ai pas peur des fantômes.


*Et pas n’importe qui, la fine fleur de l’humour US : Paul Feig aux commandes (The Office, Nurse Jackie, Mes Meilleures Amies, Les Flingueuses, Spy), et le quartet
Saturday Night Live (Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones) au proton pack.




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