[ Documentaire ]



mercredi 5 août 2026


La Guerre d’Indépendance Américaine
posté par Professor Ludovico

Depuis toujours, Ken Burns filme l’expérience américaine, qu’il s’agisse de ses multiples guerres, ou de bison, de baseball ou d’alcool. Burns a un point de vue marqué, et quelques obsessions. Mais on ne peut nier qu’il ait toujours magnifié l’Amérique, en tant que paysage, mais aussi comme fondement civilisationnel. Il était obligatoire qu’il retourne à l’une des racines de ses valeurs fondatrices, la Révolution Américaine (1765 – 1783).

Et s’il y a quelques nouveautés (des drones, des reconstituteurs) on retrouve le style Burns : couchers de soleils, musique intimiste, zoom avant/arrière sur des tableaux, et du texte, beaucoup de texte : de la voix off, des experts, des extraits de lettres. Au total, 12 heures découpés en 6 gros épisodes. Mais c’est toujours aussi passionnant car Ken Burns, comme à son habitude, n’épargne personne.

Pas les Américains en tout cas, et c’est évidemment le plus intéressant. Si la Révolution Américaine est d’abord un combat pour la liberté, Burns veut que l’on comprenne précisément ce que liberty veut dire. Pour les colons du XVIIIe siècle, la liberté c’est le droit de posséder des terres, et en particulier d’aller prendre des terres aux Indiens, à l’Ouest. Le gouvernement anglais ne l’entend pas de cette oreille, et n’autorise pas les colons de la côte (du Massachussetts à la Georgie) à dépasser les Appalaches et entrer dans les territoires. Les Indiens, en effet, utilisent la terre, mais n’ont pas le sentiment qu’elle appartient à quiconque. Première puissance locale, soumis à leurs guerres intestines, ils peinent à choisir leur camp (français, puis anglais ou américain) et à s’organiser. C’est pour eux le début de la fin.

Une partie des colons « loyalistes » penche d’ailleurs plutôt pour conserver la fidélité au Roi d’Angleterre avec une once d’autonomie, notamment sur ces questions de terres indiennes. Ce choix, fatal, mènera aussi à faire de la révolution non seulement une guerre contre les anglais, mais aussi une guerre civile.

Ken Burns nuance tout autant le désir de démocratie. Pour les Américains de l’époque, elle n’est rien d’autre que l’anarchie, c’est à dire la possibilité pour n’importe qui de dire et de faire n’importe quoi. La Déclaration d’Indépendance « Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : Tous les hommes sont créés égaux ». Oui, sauf les noirs, les Indiens ou les femmes… C’est ce que pense Jefferson, qui écrit ce texte, et possède des esclaves…

Washington en possède également, et Burns montre – au-delà de la légende – qu’il n’est pas un grand stratège. Le général perd de nombreuses batailles (Long Island, Brandywine, Germantown), mais il a la chance d’être le seul capable de diriger ses troupes, dans une de ces guerres asymétriques qui feront plus tard le malheur des USA (Vietnam, Afghanistan…) Face aux soldats anglais, des gens décidés à défendre leur terre qui ne respectent pas les lois de la guerre ; ils mènent une guerre d’escarmouches, ou, comme à Bunker Hill, visent directement les officiers anglais, contrevenant par là à toutes les lois de la guerre.

Les Anglais ne sont pas bien traités non plus. Ils ne comprennent rien à la politique locale, méprisent à tort leurs adversaires, proposent de libérer les esclaves, puis ne savent quoi en faire… La France n’est pas en reste. Si le jeune Lafayette, 19 ans, se passionne pour la cause américaine et ce qu’elle promet comme évolutions sociales (égalité, liberté…), il n’est pas suivi par le Comte d’Estaing qui méprise les capacités stratégiques de ses alliés américains, et les informe très rarement de ses choix. Heureusement, les Français finiront par arriver en masse, pour permettre Yorktown, la victoire qui scellera la naissance des USA.

Pour la fin, Ken Burns réserve une de ces conclusions douces-amères dont il a le secret. L’apport de la Révolution Américaine fut énorme et continue de servir d’exemple pour toutes les guerres de libération depuis deux siècles. Si les anglais finirent par faire la paix à leurs anciennes colonies, les Français si prompts à aider cette jeune poussée moderniste ne virent pas que le même péril les guettait à l’intérieur, et exploserait une dizaine d’années plus tard.

Mais surtout, il conclut que la Révolution Américaine reste à faire, qu’elle doit être au cœur de chaque citoyen des Etats-Unis, encore et toujours fidèle aux principes qu’elle a initiés. Un message on ne peut plus politique dans l’Amérique trumpiste. En 1787, au moment où la Constitution séparait le pouvoir en trois branches, législative, exécutive et judiciaire, avec pour mission de se contrôler les unes des autres, le message était on ne peut plus clair. Il fallait éviter que quiconque puisse contrôler d’une seule main l’ensemble de ces pouvoirs, ce qui mènerait inévitablement à la tyrannie. Comme le disait prophétiquement Alexander Hamilton, l’un de ses rédacteurs : « Un homme sans principe pourrait chevaucher le vent de la ferveur populaire et semer le confusion générale… »




vendredi 15 mai 2026


Le Bus
posté par Professor Ludovico

Enfin.

Seize ans après, Netflix remet l’église au centre du village. Nous n’étions pas nombreux en 2010 à soutenir Patrice Evra, Nicolas Anelka, et Frank Ribéry contre Raymond Domenech, Jean-Pierre Escalettes et Roselyne Bachelot. Pas nombreux à défendre ces « caïds de banlieue », cette « racaille millionnaire » qui osait faire grève. Et perdre cette Coupe du Monde qui nous était due.

Car ces joueurs étaient des champions. Evra, meilleur arrière gauche au monde, capitaine de Manchester United, vainqueur de la Ligue des Champions. Anelka, gros buteur de Chelsea, Ribery, star du Bayern etc. Comment se fait-il, dans un sport collectif, que des joueurs géniaux deviennent nuls ? Qu’ils enchaînent les contre-performances, perdent l’Euro ? La raison est toujours la même, quel que soit le sport : l’entraîneur n’a pas réussi à créer un groupe.

Et dans les faits, Domenech était alors un sélectionneur haï, comme il avait été un joueur haï pour sa brutalité. Vilipendé pour son manque de résultats, pour ses déclarations à l’emporte-pièce « J’ai vu des belles choses », pour son indécente demande en mariage à l’issue de la défaite à l’Euro

Pourtant, ce n’est pas ce qu’on va reprocher à Domenech dans ces fameuses heures de Knysna. Car tout se renverse après France-Mexique. Anelka ne rentre pas à la deuxième-mi-temps, la France perd et le lendemain, la Une de l’Equipe titre « Va te faire enculer, sale fils de pute » attribué à Nicolas Anelka. Voilà le joueur exclu de la Sélection, il rentre en France. Les joueurs menés par Evra font la fameuse grève de l’entrainement, tout cela inverse les rôles et transforme le coach et la FFF en victime de voyous immatures.

Le Bus de Netflix fait enfin la lumière sur tout cela, et les acteurs parlent. Les joueurs (Evra, Gallas, Sagna), la presse (Vincent Duluc, Sébastien Tarrago) mais surtout les institutionnels (Domenech, Bachelot et François Manardo, l’attaché de presse de la FFF…)

Ces mensonges, ces manipulations étaient suspectées, mais en voici la preuve. Anelka n’a jamais prononcé ces mots (c’est Domenech lui-même qui le dit, face caméra « Il m’a tutoyé , ça m’a énervé… » sic !) Il n’y a pas eu de traître au sein de l’Equipe de France : la presse s’est enflammée sur une ambiguïté de Ribery (sur un terrain déjà bien inflammable, il est vrai.)

Et surtout, la récupération politique a commencé. Le football, mouchoir habituel des passions mauvaises, comme le dit Eduardo Galleanao*, est sorti de la poche des politiques…

Le témoignage de Roselyne Bachelot est tout à fait éclairant sur le sujet. Après la grève, elle se rend en urgence en Afrique du Sud et tient un discours très émouvant de fermeté, selon les mots mêmes des joueurs. Une maman, aimante, qui vient les gronder : « Quelle trace voulez-vous laisser ? », conclut-elle. Et ça fait son effet : « Enfin un discours d’entraineur ! », commente Evra aujourd’hui. Mais deux jours après, la même Bachelot à l’Assemblée Nationale les traite de « caïds immatures » ; opportunisme crasse du politique**, et stupéfaction des intéressés. Le cliché est en réalité trop beau pour ne pas être instrumentalisé : quelques pauvres blancs pur sucre (Gourcuff, Domenech…) harcelés par des voyous issus de l’immigration (Anelka, Evra, et… Ribery, le musulman converti). Le cirque peut commencer.

Pourtant rien de tout cela n’est vrai, rien de tout cela n’est arrivé. En confiant imprudemment son journal intime à Netflix, Domenech montre son vrai visage d’égocentrique, paranoïaque obsédé qui aime la provocation permanente : « Gourcuff est un autiste complètement con », « Anelka est un gros con », ses joueurs « des abrutis, de vrais connards ». Manipulation de Netflix ? Même face caméra, Domenech continue : « Si Gallas est capitaine, moi je suis général » « La lettre ? Je ne pouvais pas croire qu’ils l’avaient écrite, il n’y avait pas de fautes d’orthographe ! »…

Domenech a toujours été en roue libre, et il aurait dû être viré bien avant. Si l’Equipe de France était en finale de la Coupe du Monde 2006, c’était grâce au retour de Zidane. Si elle l’a perdu, c’était à cause du coup de boule de Zidane. Tout cela avait caché l’impréparation, la bêtise manipulatoire de son Sélectionneur. Mais la FFF s’est entêtée pendant quatre ans, sans voir que l’iceberg Knysna pointait à l’horizon.

Il y a aussi des beaux moments dans ce Bus : la larme d’Evra pendant la Marseillaise, celles de Deverne, le préparateur sportif, seize ans après, qui montre ces vies abimées (et celles de leurs familles) par le scandale. Ces gens gagnent certes des millions mais personne, absolument personne, ne mérite l’injustice. Le football, une fois de plus, révèle les fractures de notre pays qui rêve de trouver des boucs émissaires aux malheurs qu’elle s’est elle-même créés.

Le mouchoir, les larmes, encore et toujours.

* Le Football : Ombre et lumière, Eduardo Galleanao
**Comme par hasard, la très télégénique Roselyne 2026 refuse dans le documentaire de commenter cette dernière déclaration. 




lundi 2 mars 2026


Semer et Récolter
posté par Professor Ludovico

Peu de gens le savent, mais le Professore Ludovico est propriétaire terrien. Non pas à Sausalito ou dans les plaines toscanes, mais dans la Beauce, entre Auneau et Gallardon.

N’ayant jamais été agriculteur lui-même, le Ludovico a gardé néanmoins le goût de ces racines terriennes. Dès que le Prince d’Avalon lui a proposé l’avant-première d’un documentaire sur des agriculteurs dans le Perche, il a sauté sur l’occasion, d’autant plus que c’était gratuit.

Semer et Récolter, c’est un documentaire d’Eric le Roch (déjà auteur du Soleil au-dessus des Nuages) qui raconte une année dans la vie de trois couples d’agriculteurs, avec des exploitations de tailles différentes.

Sans pathos, sans misérabilisme, sans critique, Semer et Récolter est un film sans point de vue. C’est sa force. Pendant un an, Le Roch a filmé dès qu’il y avait quelque chose à voir. La récolte du foin, la naissance d’un veau, la construction d’un bâtiment, un mariage, un comice agricole, il a tout filmé. A hauteur d’homme, et surtout de femmes, car il y a beaucoup d’agricultrices, employées ou cheffes d’exploitation.

Le résultat est extrêmement émouvant, alors qu’aucun drame n’irrigue le film. Car il ne s’agit de rien de moins que la principale activité humaine depuis le Néolithique. Le rythme des saisons, la pluie ou le soleil, et le travail permanent : semer ou récolter, mais aussi réparer, compter, prévoir, vendre…

Semer et Récolter raconte quelque chose de très simple, la vie au quotidien, et c’est admirable.




mercredi 2 juillet 2025


L’Apocalypse selon Mad Max
posté par Professor Ludovico

À signaler sur Arte, un bon documentaire sur la saga de Max Rockatansky, le Guerrier de la Route qui hante notre cinéphilie depuis 1979.

Du premier Mad Max, terriblement nihiliste, au cinquième, Furiosa, résolument féministe. Si le doc s’attarde un peu trop sur le revival des années 2020, il valorise néanmoins l’impact culturel de Mad Max 1&2&3&4&5 sur ces quarante dernières années…

Et il intéresse le cinéphile, via ses anecdotes sur le making of (et les risques insensés pris par les cascadeurs de l’époque) et surtout, via des interviews assez révélateurs sur George Miller, dont la carrière protéiforme ne cesse d’étonner : Lorenzo’s Oil, Les Sorcières d’Eastwick mais aussi Babe, le Cochon devenu Berger et Happy Feet 1&2 !

L’Apocalypse selon Mad Max

Disponible sur Arte Replay et ici : https://www.arte.tv/fr/videos/119946-000-A/l-apocalypse-selon-mad-max/




samedi 26 avril 2025


Tardes de Soledad
posté par Professor Ludovico

Le Professore Ludovico en est à sa troisième feria (Guadalajra, Nîmes, Riscle) et il ne sait toujours pas quoi en penser. Plutôt du déplaisir, mais sans aller jusqu’à l’interdire. Ce n’est pas Tardes de Soledad, le film d’Albert Serra qui va y aider, plus proche de l’installation d’art contemporain que du documentaire à thèse.

Serra a un plan et il s’y tient : filmer Roca Rey, la star montante de la tauromachie, uniquement sur son lieu de travail : l’arène. Ou dans sa voiture, quand il va au combat ou en revient.

Ce sera tout : pas de spectateurs, pas de hors-champ sur la vie au dehors. Bus-arène-bus, ce sera tout, et c’est déjà beaucoup.

Si ce système est répétitif (et un peu trop long, une demi-heure de trop), le dispositif impressionne. Car le film montre – et c’est paraît-il l’ambition affichée par Serra – ce que les yeux ne voient pas. Et en l’occurrence, ce que les oreilles n’entendent pas.

A savoir l’extrême vulgarité, l’extrême mépris de la cuadrilla de Roca Rey pour le taureau. L’aficionado, selon la doxa tauromachique, vante habituellement le taureau, sa force, sa fougue, son courage. Ici, c’est l’inverse. Grâce aux micros HF disposés sur Rey et son équipe, on les entend en permanence insulter le taureau. Contrepoint ironique, les mêmes micros captent les louanges à l’endroit du patron : « Roca, tu es le meilleur,  tu as les couilles plus grosses que l’arène, jamais ils n’ont vu ça… » et tutti quanti…

C’est la force de Serra : ne rien nous épargner, nous montrer, comme disait Machiavel, « la vérité effective de la chose ». Les cris du matador, ses yeux exorbités, mais évidemment le sang qui suinte du taureau, la langue pendante de la bête essoufflée, ses yeux révulsés pendant le coup de grâce, et le morceau de viande que des chevaux extraient prestement de l’arène…

Toutes ces choses, relativement peu visibles sur place, sont soudain mises à plat, en gros plan devant nous. En absentant les autres éléments (le public, parfois même le taureau), Serra nous force à voir.

Et après ce face à face à face avec la mort (magnifiquement illustré par le premier plan du film, un taureau qui respire bruyamment dans la nuit, le regard fixé sur le spectateur), il n’est pas neutre que l’autre dispositif procède de même. Roca Rey, face caméra dans son bus, silencieux, immobile, tandis que ses assistants dithyrambent virilement.

Le héros du jour ne leur répond pas, perdu dans ses pensées. Face à face, non pas avec la mort, mais avec le spectateur.




lundi 23 décembre 2024


Leni Riefenstahl, La Lumière et Les Ombres
posté par Professor Ludovico

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Cinéma sans morale n’est que ruine de l’âme, également. Voici donc la tragédie de Leni Riefenstahl, qui, si elle était morte en 1938, ou simplement exilée à Hollywood, serait devenue l’une des plus grandes icônes du cinéma mondial. Danseuse, skieuse, alpiniste, magnifique actrice, géniale réalisatrice : voilà ce qu’on aurait retenu de Leni Riefenstahl.

Mais non, elle est restée auprès d’Hitler puis a prétexté qu’elle n’y pouvait rien. La Lumière et les Ombres démontre le contraire, évidemment. Ses contradictions et ses mensonges, et, au cœur, l’égo incommensurable d’une star ; une Kim Kardashian des Années Trente. Leni Riefenstahl ne peut pas à la fois être un génie et n’avoir rien compris de ce qui se passait autour d’elle.

Le film le montre très malignement, à base d’interviews d’après-guerre non coupés (montrant une Riefenstahl colérique et soucieuse de son image), d’extraits de talks-shows, de photos issues de ses archives personnelles, et de making of jamais vus jusque-là. Le documentaire découvre (comme on ôte un voile) le portrait d’une femme obsédée par l’Art et la Beauté, qui ne réfléchit jamais plus loin. On l’interroge sur le message du Triomphe de la Volonté, son panégyrique du congrès nazi de 1933 ? Il n’y en a pas, moi je filmais simplement ce que je voyais : je filmais le congrès, je filmais les Jeux olympiques, je filmais la Pologne en guerre…

Mais c’est comme par hasard sur ce dernier reportage inachevé qu’elle démissionne. En 1939, elle suit la Wehrmacht dans sa campagne de Pologne. Pour la première fois, elle est confrontée non plus à la beauté, mais à la réalité. Des soldats, des civils se font tuer. Et parfois même, selon ce documentaire, à cause d’elle. Suite à une directive de la cinéaste « Je ne peux pas filmer, avec tous ces juifs qui sont dans le plan », s’ensuit une méprise. Et une fusillade.

Le film se termine par un plan grotesque, mais qui résume sa personnalité. Presque centenaire, on l’installe dans un fauteuil pour une interview. Grande professionnelle, elle se préoccupe du cadre, des éclairages… Alors qu’elle y voit à peine, elle décèle une ride sur son visage (qui en compte des dizaines), mais cette ride-là, il faut absolument l’effacer au maquillage…

Filmer la beauté, la perfection. Jusqu’au cauchemar.




jeudi 4 juillet 2024


The Celluloid Closet
posté par Professor Ludovico

France Télévisions a la bonne idée de ressortir, à l’occasion de la Marche des Fiertés, The Celluloid Closet. Cet excellent documentaire de 1995 sur l’homosexualité à Hollywood accumule de nombreux témoignages de personnalités d’Hollywood (gays et hétéros), et de multiples extraits qui en font un objet instructif et réjouissant.

L’homosexualité est d’abord utilisé comme objet de comédie dans le cinéma slapstick des origines (Charlot et consorts). Elle disparait avec l’arrivée du Code Hays (1930) qui réforme la Babylone Hollywoodienne. En apparence seulement, car le Code ne fait que renforcer la créativité des scénaristes et des réalisateurs, bien décidé à passer entre les lignes pour parler de sexe*…

Quand, au début des années 60, le code Hays s’effondre de toutes parts, l’homosexualité devient une thématique « Dossiers de l’écran », sous tous les angles possibles : maladie dangereuse, repaire de serial killers, ou, au contraire, l’autre forme de l’amour.

Mais l’intérêt de Celluloid Closet n’est pas là. Si Hollywood a appris aux hétéros à comprendre les gays, et les gays à se comprendre eux-mêmes**, personne n’a échappé à cette influence. Au-delà de son sujet, The Celluloid Closet démontre que le cinéma est le grand éducateur de nos vies ; comme le dit à un moment Tony Curtis, « Cary Grant m’a appris à me comporter avec une femme, à m’habiller le soir, à aller au restaurant ou à dîner. »  

Car un film n’est pas seulement, et pas toujours, et même rarement, la volonté de l’auteur. Mais il est toujours le produit du travail qu’effectue le spectateur dans la salle, qui y projette ses propres fantasmes. Comme le chantait Nougaro « Sur l’écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma »

The Celluloid Closet
En replay sur France Télévisions jusqu’au 27 août

* Howard Hawks, le renard argenté d’Hollywood, expliquait ainsi saturer ses scenarios d’allusions sexuelles : « Il y en a bien quelques-unes qui passeront ! » Allusions héteros ou gays, d’ailleurs…

**”Hollywood, that great maker of myths, taught straight people what to think about gay people, and gay people what to think about themselves. No one escaped its influence. “ Commentaire lu par Lily Tomlin

***”Movies are part of my life, part of everybody’s life. That’s where we learn about life. Cary Grant taught me how to behave with a woman, how to get dressed at night, how to go to a restaurant or to a dinner.”




mercredi 15 mai 2024


Le Procès Goldman
posté par Professor Ludovico

Dès les premières secondes, la cause est entendue. Les plans fixes, format 1:33, le 35 mm : on est dans le fatras intellectuel minimalo-naturaliste, en mode surligné Stabilo. Refaire le procès tel quel, sur la base des transcriptions de l’époque, et où rien ne manque, ni les pantalon patte d’eph, les petites lunettes dorées et les pull multicolores, ni les barbichettes et les chignons, voilà l’ambition cinématographique de Cédric Kahn*.

On subira pendant 1h50 le jeu théâtral des acteurs, qui débitent leur texte à la mitraillette, entrecoupés de silence lourds de sens. À aucun moment, on ne sera touché par un personnage : ni Goldman, ni son avocat, ni ses victimes.  

Kahn crée finalement un genre inédit de documentaire reconstitué avec acteurs, façon Secrets d’Histoire, mais sans Stéphane Bern. Pas de musique, pas de plan d’exposition, pas de mouvements de caméra… La réalité brute, si chère au cinéma français en mal de cinéma.

Ou d’imagination tout court.

* Le réalisateur a notamment déclaré au Monde :  « C’est de la fiction, mais avec beaucoup de vrai » : l’habituelle excuse des rois de l’autofiction, de Yann Moix à Christine Angot.




vendredi 10 mai 2024


Raël, le Prophète des Extraterrestres  
posté par Professor Ludovico

Pour une fois le Professore Ludovico ne va pas se fatiguer, à l’image de ce documentaire Netflix. Un simple copier/coller de Betaseries suffira : « Assez déçu. Il n’y a pas vraiment d’enquête dans ce documentaire. C’est juste l’histoire de Raël par le prisme de ses interventions à la télé. C’est intéressant mais on n’apprend pas grand-chose, quoi. » Merci Morley93, pas mieux ! Tout est dit.

Si vous regardez ce doc sur Raël et les Raëliens, c’est pour voir (ou revoir) les images parfois cocasses de la saga de Claude Vorilhon, le type qui a vu des ovnis, et qui a compris qu’il y avait là moyen d’amasser pouvoir et gloire, femmes et argent en créant sa petite secte des Elohim. Et que, comme dirait Richard Ford, c’était une bonne façon de passer sa Période d’Existence. Même si quelques témoignages de repentis viendront confronter les Raëliens hardcore (et la terrifiante Brigitte Boisselier, Docteur en Canular de Clonage), la partie la plus intéressante, c’est celle sur l’emprise, et le désir très profond de la transcendance.

N’empêche. Une petite contre-enquête sur les différents points qui grattent n’aurait pas fait de mal. De sorte que ces quatre heures sont un peu longues, pour si peu.




mercredi 15 novembre 2023


Country Music, L’Amérique face à l’Holocauste, et Rétrospective Ozu
posté par Professor Ludovico

Bon ça n’a pas grand-chose à voir, mais trois bonnes nouvelles à la fois, ça ne fait pas de mal en ce moment…

Deux Ken Burns pour le prix d’un : le tout nouveau, et toujours passionnant L’Amérique face à l’Holocauste mais aussi la reprise de Country Music Une Histoire Populaire des États-Unis, un documentaire éclairant sur cette musique méconnue (et donc méprisée), qui vient pourtant du métissage européano-africain qui a fait l’Amérique. Loin du cliché du cowboy qui chante son camion en panne, en tout cas…

Et si l’envie vous prend d’attaquer un porte-avions américain, il reste toujours la possibilité de choisir dans les dix films de Yasujir? Ozu. Le Professore Ludovico n’en a vu que trois, mais vous pouvez toujours vous adresser au Framekeeper !

Bonjour
Voyage à Tokyo
Fin d’automne
Printemps tardif
Fleurs d’équinoxe
Été précoce
Crépuscule à Tokyo
Le goût du saké
Printemps précoce
Le goût du riz au thé vert

Tout cela est sur Arte est c’est gratuit !




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