lundi 27 juin 2011


A La Maison Blanche
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -Séries TV ]

Formidable A La Maison Blanche ! La dernière saison brille de mille feux… Avant-hier, un épisode sur… le serrage de mains !!

Pendant la campagne, les candidats serrent des milliers de mains… Jusqu’à l’accident ! Comment gérer ça ? Pas de soins (le candidat avec un plâtre, ça ferait infirme), silence complet (pour éviter les sarcasmes du camp d’en face) : A la Maison Blanche a beau être une série gentillette, elle ne zappe pas les absurdités, et les compromissions, d’une campagne.

Ainsi hier, un autre épisode, sur le rythme frénétique, absurde, des derniers jours de campagne: pour gagner le candidat doit enchaîner 5 états le même jour. Et ânonner les mêmes messages (la Santé, c’est important, bla bla…), répéter les mêmes encouragements (neutre, évidemment) aux deux équipes de Baseball qui vont s’affronter ce soir-là, et réfléchir à la blague qu’il fera au Tonight Show plutôt qu’à la situation au Kazakhstan…

On comprend mieux le parti pris « idéaliste » de The West Wing : même dans le meilleur des cas, la démocratie oblige aux compromissions, aux à-peu-près, au trivial…

A La Maison Blanche, une leçon de démocratie…




dimanche 26 juin 2011


Peter Falk
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Les gens -Séries TV ]

L’autre jour, en instruisant une classe de troisième sur les finesses de la Sitcom, j’ai fait remarquer qu’une des différences entre ciné et télé, c’est que le star de ciné, c’était l’acteur, et la star de la télé, c’était le personnage.

Un raisonnement qu’on peut appliquer à Peter Falk, qui vient de disparaître. Plus connu sous le nom de Columbo que de Falk, il aura pourtant fait son trou à Hollywood (Cassavetes, Wenders, Princess Bride…), et au théâtre… Mais bon, être immortalisé sous le personnage de Columbo, il y a pire comme destin.

Car c’est un incroyable succès – tant critique que populaire – que Columbo, la série, et le personnage, ont accompli en 69 épisodes, de 1968 à 2003*.

Modèle absolu du Formula Show, Colombo n’a fait pourtant que populariser les théories hitchcockiennes, mais avec quel talent !

Peu importait en effet les péripéties de l’enquête, on s’était attaché pour toujours au petit inspecteur rital, son chien et sa 403, et sa femme invisible**. L’enjeu posé dès le début (un crime se déroule devant nous, Columbo l’élucidera), censé détruire tout suspense, ne faisait au contraire que l’exacerber.

La formule aurait pu devenir répétitive, mais les auteurs, les réalisateurs (dont quelques futures pointures (le premier épisode de la saison 1 fut écrit par Steven Bochko (NYPD Blue) et dirigé par Steven Spielberg…) ont pu tisser à chaque fois des intrigues passionnantes, et une étude de mœurs angeleno aux petits oignons.

Photographes branchouilles, vieux beaux hystériques, capitaines d’industries trompant (et tuant) leurs épouses, les méchants de Columbo ont évolué au gré de la mode, mais la comédie humaine n’a jamais changé : les hommes tuent les femmes, les puissants se moquent des pauvres***, et l’inspecteur Columbo, armé de sa seule intelligence, nous venge de tout ça.

On regrettera notre inspecteur (et aussi sa fabuleuse voix française, Serge Sauvion) ; mais, par la magie d’Hollywood, ils seront toujours là.

Faites l’exercice ce soir : vous aurez bien du mal à zapper avant la fin.


*rediffusion du dernier épisode ce soir sur TF1, 20h45

**une série avec Madame Columbo n’eut pas le même succès (2 saisons seulement), comme quoi le formula show n’est pas une science exacte.

***Dans cette contradiction américaine : dans un pays où l’argent est tout, le riche est pourtant toujours le méchant.




samedi 25 juin 2011


One+One/Mammuth
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Par les hasards de la cinéphilie, je terminais – péniblement – Mammuth, du duo Delepine/de Kervern. Perclus d’ennui, je zappais sur Tsonga-Dimitrov, et une fois la 6ème balle de match enfin concrétisée, j’errais sur le câble pour tomber, ô miracle ! sur One+One de Jean-Luc Godard.

On parle peu de Godard sur CineFast, c’est aussi parce que le bonhomme n’est plus très actif, et que ses derniers films sont moyennement intéressants, mais il fait partie lui aussi du panthéon secret du Professore. D’abord Godard, c’est un très grand analyste de l’image (et là où il est le meilleur, d’ailleurs), et c’est évidemment – du moins à ses débuts – un immense cinéaste (A Bout de Souffle, Le Mépris, Pierrot le Fou). Plus que ça, une référence pour les cinéastes américains que nous admirons ici (Spielberg, Coppola, Schrader, etc.)

Nous nous ennuyions donc sur Mammuth, film à la fois sympathique et prétentieux. Sympathique par son format (court métrage Super8, auto-assumé Art Brut*). Prétentieux par sa volonté de traiter poétiquement (plutôt que politiquement) du problèmes retraites. Un coup marketing aussi : Depardieu + Adjani, nos anciens amours réunis à l’écran. Mais voilà, c’est tellement jemenfoutiste dans les dialogues, le jeu, la construction, qu’on s’ennuie ferme. Il ne suffit pas de s’assumer arte povera pour qu’on trouve ça génial. Les répliques prétendues cultes tombent à plat, les-scènes-critique-de-la-vie-quotidienne aussi (comparez la scène de l’audiotel de Mammuth avec celle de Burn After Reading et vous comprendrez). La symbolique est lourdingue (la grosse moto qui devient mobylette, les papiers qui volent au vent). Bref, Gustave de Kervern et Benoît Delépine essaient de faire leur film d’errance métaphysique, mais n’est pas Antonioni qui veut. Seules surnagent les séquences à moto, notre Gégé national sur sa Mammuth, et la musique de Gaétan Roussel.

En face, la concurrence de One+One a dû leur glacer les sangs. One+One, tout est dans le titre : juste après Mai 68, Godard veut faire deux films en un : un film politique sur la l’après-68, et film sur le rock : l’enregistrement du futur mythe des Stones Sympathy for the Devil.

Vs Mammuth, Godard, c’est la stratosphère. Plans magnifiques, c’est la Ferrari du film intello. Certes, la partie « Black Panther » est ratée et lourdingue, mais le film sur les Stones est un chef d’œuvre rare. Tout simplement parce que les artistes rechignent se mettre ainsi à nu, alors que l’œuvre n’en est qu’à sa genèse. Au début, Sympathy for the Devil n’est qu’un immonde brouillon blues, péniblement gratouillé par un Brian Jones dépressif. Mais petit à petit, on voit le diamant sortir de sa gangue de boue, devenir cette incroyable salsa parsemée d’éclairs électriques. Au fur et à mesure son géniteur s’efface, s’éloigne du champ, jusqu’à disparaître de l’image. La préfiguration du vidage du Stone, et de son suicide, un an après.

Un exemple vu ce soir-là : par un long travelling dans le studio, qui s’arrête, qui repart, qui fixe tout autant Brian Jones (déjà au bord de la piscine) que les technicos qui bouffent leur sandwich à côté, Godard fait sens. On regarderait ça pendant des heures, même à une heure du matin.

Merci Jean-Luc.

*de l’intérêt de lire le générique de fin jusqu’au bout.




lundi 20 juin 2011


CineFast à l’école !
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Depuis deux ans, l’ami François me fait l’honneur de m’accueillir dans sa classe d’anglais, en Classe Européenne. Il croit que je lui rends un service, mais il me fait le plus beau cadeau du monde : deux heures, rien qu’à nous, pour éduquer dans la langue de Shakespeare, de jeunes esprits à la cinéphilie.

Tout cela a commencé l’an dernier, quand la Professorinette a arboré un T-Shirt CineFast en classe (eh oui, on ne lésine pas sur le street marketing à CineFast). Intrigué, ledit François va alors sur cet honorable blog et demande dans la foulée si le Professore ne voudrait pas intervenir sur le cinéma, pendant un cours du mois de juin.

Après s’être calé ensemble sur le programme (j’avais proposé « Philosophie Politique d’Armageddon », il avait proposé « Woody Allen et Citizen Kane chez Shakespeare », on a transigé sur Titanic, évidemment.

L’objet du premier cours était de montrer comment se construit un film hollywoodien, et Titanic est parfait pour ça : vingt minutes pour poser les enjeux, trois heures pour les résoudre. François, qui avait déjà fait travailler ses élèves sur la cinématographie, s’est arrêté de son côté sur la représentation du bateau lui-même : fort et puissant au début, théâtral au milieu*, et minuscule et fragile îlot de lumière au mitan, quand justement le film amorce sa descente : iceberg, collision, naufrage.

Les élèves ont ensuite travaillé sur le calme et le frénétique, les deux fins de Titanic. En effet, nous avions posé avec eux qu’il y avait deux films en un : un film pour garçon (les vingt premières minutes, pleines de testostérone : sous-marins, hélico, cigare, chasse au trésor, Brock Lovett). Vingt minutes macho, hard boiled, et d’ailleurs toutes bleues. S’y succédaient vingt autres minutes tout de rose vêtues (vieille dame, jeune fille, chapeaux et corsets, peignes, miroirs d’argent et émotions, Rose Calvert) : un film pour filles. Il fallait donc deux fins pour parachever Titanic ; une fin action : bateau qui casse, cris, explosions, méchant puni. Mais aussi, ensuite, une tragédie calme, le silence, Rose et Jack seuls face à l’immensité de l’univers. C’est ce qui fait le succès de Titanic, d’ailleurs, et sa grande réussite : ce mélange tous publics de film catastrophe et de romance également réussis…

Le deuxième cours, destinée aux Troisièmes, était consacrée deux jours plus tard à la Sitcom. Sur la base du visionnage du Pilote de Friends, l’objectif était de comprendre la structure narrative spécifique de la sitcom, et les contraintes marketing afférentes (court, pas cher, formaté et répétitif, pour garantir les taux d’audience). Sur le même principe de pédagogue éclosive (regarde et découvre toi-même !) les élèves ont encore fait des étincelles.

Car ce qui frappe de prime abord, c’est la culture, le dynamisme, la fraîcheur des élèves sur ces sujets. Enfants de la télé, du téléchargement, et de la culture US, ils sont impressionnants d’érudition et de questionnements. Et n’hésitent pas à renvoyer le Profess(eur)ore dans ses 22. Une jeune fille de Quatrième que visiblement je bassinais sur le genre très marqué de Titanic (a film for boys, a film for girls), me reprit, sarcastique : « Alors les filles n’ont pas droit aux films d’action ? » Et deux garçons de m’interroger sur le créneau Sitcom du jeudi sur NBC : « En France c’est plutôt mardi, non !? »

Tout ça pour dire que je me suis régalé ; d’abord parce qu’il n’est rien de plus valorisant que d’apprendre quelque chose à quelqu’un, surtout à nos enfants. Et ensuite parce que nous partageons avec François cette même vision : plutôt que d’esquiver Internet et la télé, l’école (ou les parents) ont tout intérêt à apprivoiser ces outils pour donner aux enfants les grilles de lecture pour les comprendre et les décrypter.**

Ensuite parce que ce genre d’exercice renoue avec la magie intacte du cinéma. Plongez une classe d’ados dans le noir, projetez-leur Titanic sur l’écran pas terrible d’une salle de collège, passez la scène de la mort de Jack, et amusez vous compter les filles en pleurs***…

« On meurt, on passe un bout de temps à rêver, et on revient… » : c’est ce que dit David Lynch à propos du cinéma, et on ne saurait mieux dire.

*François m’a ainsi permis de remarquer que lors de la séquence culte du baiser, la proue, et le poste de commandement du Titanic sont carrément redessinés, idéalisés façon Vérone 1912 : un écrin orange parfait pour nos Roméo et Juliette cameroniens, et leur Amour Eternel).

** A l’instar, par exemple, de la démarche d’un Daniel Schneidermann en 2001, au lancement de Loft Story. Plutôt que de se lamenter sur la-télé-qui-décervèle-nos-enfants, Arrêt sur Images avait abonné une classe de CM2 à la Chaîne du Loft, et leur instituteur les avait fait travailler dessus. Des gosses de dix ans avaient compris – avant tout le monde – que Loft Story était entièrement scénarisé par Endemol, malgré toutes leurs dénégations.

*** Autre anecdote intéressante : je commence mon intervention en interrogeant les élèves ce qu’ils savent du vrai Titanic. Ils savent pas mal de choses (les femmes et les enfants d’abord, les riches qui ont survécu, l’iceberg, le SOSD…), et que le bateau a coulé, évidemment… Puis je plonge la salle dans le noir, et on lance le film : cinq minutes plus tard, quand on demande aux élèves les questions que posent le début du film, ils répondent en chœur : « On se demande si le bateau va couler… » Magie, du conte, du théâtre, du spectacle encore et toujours, et pour toujours…




lundi 13 juin 2011


Valhalla Rising (Le Guerrier Silencieux)
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Les films ]

Malgré le Théorème de Rabillon, on ne peut pas tout voir. Pour preuve, Valhalla Rising. Un film qui a tout pour plaire au CineFaster : une histoire de vikings pré-chrétiens, une réputation sulfureuse (et inédite) de gore réaliste, une hype insensée de film d’esthète : Conan The Barbarian meets 2001.

Mais voilà, pas le temps, pas l’énergie, pas les copains pour y aller. Quand ça passe sur Canal, on stocke et on regarde.

On classera Valhalla Rising dans une petite boîte très pratique : les films courts. En 1h30, le guerrier silencieux s’arrête pile où il faut, parce que plus loin, ça pourrait gaver. Pas de dialogue, des images sublimes, mais hiératiques, une musique noisy parfaite mais forcément répétitive : le génie de Valhalla Rising est de s’arrêter à temps.

Porté de bout en bout par le mutique Mads Mikkelsen – le premier méchant de la nouvelle série des James Bond – Valhalla Rising déroule son programme : paysages splendides, violences chrétiennes contre violences païennes, réalisme sordide, à l’exact opposé des bons sauvages sauce Malick.

Valhalla Rising a tout pour plaire.




jeudi 9 juin 2011


The Tree of Life
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Voilà le Professore bien embêté : que dire de The Tree of Life ? Bien parti pour en dire du mal (cf. infra), je ne me suis finalement pas ennuyé au dernier Malick. Je n’ai pas été ému non plus, me direz-vous…

Tâchons donc de peser le pour et le contre. A son actif, et ce n’est pas une révélation, The Tree of Life est un film d’une incroyable beauté, comme l’était ses prédécesseurs, depuis les couchers de soleil de Badlands, à la nature incandescente de La Ligne Rouge. Malick sait composer un plan, et on sait qu’il peut attendre des heures la lumière idéale.

Ensuite, The Tree of Life est un grand film. Et ce n’est pas que de la hype d’attaché de presse. C’est un film ambitieux. Non content, comme d’habitude de s’interroger sur le sens de la vie, Malick rajoute ici plusieurs couches à son intrigue (si on peut utiliser le mot sans froisser la bande des Malickiens pur jus ?)

L’intrigue, parlons en : on la découvre par bribes subtiles, mais compréhensibles : c’est le puzzle d’une vie qui s’assemble devant vous, et qui cette fois brode autour d’une fratrie, sous la coupe d’un père autoritaire dans le Texas des années Soixante.

Pour une fois, l’intrigue est plus qu’un prétexte : on sent que Malick a du mettre plus d’un bout de son enfance là-dedans. Les relations père-fils, sont traitées avec une subtilité qui reste sa marque de fabrique : rien ne sera dit, mais tout sera compris. De la naissance, des premiers pas, de la naissance des frères, des premières traces de jalousie que cela engendre… De la nécessité de fixer des règles pour le père (Brad Pitt, formidable). De la même nécessité d’enfreindre ces règles pour le fils (Hunter McCracken, tout aussi génial). Et il en tire cette scène magnifique, et purement américaine, dans un pays où il n’y a pas de clôture entre deux jardins : le père trace une ligne invisible sur le sol. Et le fils s’en amuse, passant l’invisible frontière, puis revenant dans le territoire autorisé.

Avec l’âge, les consignes du père deviennent de plus en plus autoritaires, et le fils de plus en plus transgressif, jusqu’à envisager, dans une autre scène magnifique, le pire.

Une autre façon d’aborder le libre arbitre, Malick a du lire Saint Augustin ! Car The Tree of Life attaque évidemment ses antiennes fétiches, ses interrogations ontologiques sur la destinée humaine : sommes-nous du côté de la Nature (des bêtes sauvages, indisciplinées, vaguement retenues du meurtre par quelques conventions sociales ?) Ou au contraire, sommes-nous du côté de la Grâce Divine, émanant d’une puissance supérieure, Enfants de Dieu destinés à l’Amour ?

A cette question (élève Ludovico, vous avez deux heures !), évidemment, Malick ne répond pas.

Au contraire, il enchaine sur un deuxième thème, qui fait de The Tree of Life le film le plus ambitieux de toute l’histoire du cinéma : raconter l’histoire de l’univers, tout simplement !

Pour une raison qui reste volontairement mystérieuse, Malick introduit dans son histoire deux parenthèses galactiques. L’une après l’introduction, en forme de documentaire sur la création de l’univers (big bang, création des planètes, apparition de la vie sur terre, tout y passe). Et conclut son film façon Paradis de Dante, où tous ceux qui s’aiment retrouvent leur Béatrice à la fin des temps (père et mère, fils et frères).

Dans quel objectif ? On ne sait. Ces séquences sont parfois splendides, parfois ratées, parfois lourdement chargées de pédagogie (le dinosaure qui épargne son semblable), mais en tout cas, elles induisent un effet de perspective : c’est la magie de la vie, et son mystère insondable. Qui nous a mis là, au milieu de l’espace, entre le froid terrifiant du vide interstellaire et les chaleurs infernales des galaxies en formations ? Dieu, ou le Hasard ?

On le voit, si vous avez envie de réfléchir, vous serez servi par The Tree of Life. C’est son coté Docudrama sur la 5. C’est aussi son point faible, car cette distance toute kubrickienne ne convient guère au sujet. On voudrait – c’est la lâcheté du spectateur moyen – être un peu ému.

Il y a pourtant de quoi. La difficulté d’être père, la difficulté d’être fils, d’être ou ne pas être le fils préféré, de protéger ses enfants ou de les préparer aux difficultés de la vie… tout cela devraient nous toucher profondément. Surtout, si comme Le Professore, vous avez eu vous aussi cette enfance à la campagne : la caresse d’une sauterelle dans le creux de la main, le bruit de l’eau qui ruisselle sur les galets de la rivière, le soleil dans les draps qui sèchent… Les images sont magnifiques, elles vous parlent. Mais, assez inexplicablement, on n’arrive pas à décoller. Peut-être parce que Malick se refuse à toute facilité, à toute empathie, et garde ses personnages à distance, comme ces insectes qu’il observe.

Cette posture kubrickienne ne fonctionne pas ici, parce que le sujet n’est pas le même. Chez Kubrick, le sujet, c’est la Misanthropie. L’homme est-il bon ? demandait l’Arzach de Moebius. Kubrick répond que non, il est jaloux, querelleur, vaniteux, violent. Malick ne répond pas, il pose la question. Dans cette hypothèse, il devrait essayer de nous faire apprécier ses personnages.

C’est aussi pourquoi La Ligne Rouge est un grand film, car c’est le film le moins manichéen dans la filmographie de Malick : les personnages y sont Kubrickiens, c’est à dire des insectes pris dans l’incendie de la fourmilière de Guadalcanal, et le cinéaste les observe, avec leurs qualités et leur défauts, mais aussi, contrairement à Kubrick, beaucoup d’empathie. C’est également le seul film de Malick basé sur un roman – excellent au demeurant*.

Les autres films sont purement Malickiens, et on sent notre prophète rousseauiste un peu perdu dans ses pensées mystiques.

Au final, on conviendra que c’est un film qu’il faudra avoir vu.

Qu’il vous plaise ou non sera une autre affaire.

*La Ligne Rouge
James Jones




vendredi 3 juin 2011


A la Maison Blanche, le meilleur pour la fin
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Comment rester au sommet ? Surtout, comme A la Maison Blanche, pendant 7 saisons, même en perdant son Père Fondateur, « Magic » Sorkin, devenu scénariste à succès Facebookien avec Mr Fincher ?

C’est le mystère intriguant d’A la Maison Blanche, dont j’ai fini par me résoudre à regarder la dernière saison. Résoudre, parce que c’est comme une friandise qu’on garde dans le frigo, sachant que c’est la dernière. Bon, mais une fois avoir fini les Tudors, Battlestar Galactica, le Tournoi des VI Nations, la L1, il faut bien se résoudre à visiter une dernière fois l’Aile Ouest, et se préparer à des adieux – forcément déchirants – avec la bande à Bartlet.

Le pitch de la Saison 7 : c’est la dernière année de la Présidence, et donc la campagne des candidats démocrate et républicain pour le remplacer.

Mais justement, qui oserait violer ce tabou, le tabou majeur des séries ? Qui, en effet, lâcherait la plupart de ses personnages principaux (Bartlet et ses conseillers) pour passer à de nouveaux personnages (les équipes de campagnes) ? À part Sur Ecoute, qui a joué à ça pendant cinq saisons, on ne voit pas.

Mais A la maison Blanche, c’est la Premiere league, et on n’a peur de rien : scénarios millimétrés, ultra complexes (mais avec cette pédago subliminale qui a fait le succès de la série), personnages attachants mais jamais simplistes, même quand il s’agit d’ennemis évidents (la droite chrétienne traditionaliste, par exemple).

Sur la même recette depuis sept ans, cette Maison Blanche n’en finit pas s’étonner…




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