lundi 29 avril 2013


Oblivion
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Sacrés américains ! Quand il s’agit de te saloper une belle idée, ils se posent là ! C’est le cas d’Oblivion : on ne sait que penser devant le monolithe noir de Mr Kosinski*.

Si sa structure est élégante, (une belle et originale histoire de science-fiction, comme il y en a peu), le traitement d’Oblivion est plat comme la terre est ronde. Comme si Tom Cruise et son scénariste (Mr Kosinski lui-même) avaient racheté d’occase situations, bouts de dialogues, et clichés à deux balles.

Car Oblivion est un étalage incroyable de scènes convenues. Comme la belle Olga Kurylenko, qui après une nuit d’amour, remet le vieux pull de son homme et se lève, croisant langoureusement les bras en frissonnant, parce que là, y’a comme un courant d’air. Ou Morgan Freeman, last man on earth, avec sa paire de lunettes eighties, mais le meilleur des cigares cubains, et entouré de ses Guerriers de la Route tous habillés pareils, on ne sait par quel hasard du destin. Cette capacité à citer tout aussi bien Mad Max que La Planète des Singes, Dune, Deep Impact ou 2001, sans parler de La Parenthèse Inattendue*, oui, l’immortelle émission de Frédéric Lopez, qui semble être l’inspiration incontournable d’Oblivion.

On se moque, on se moque, mais pourtant…

Joseph Kosinski, vérifiant le vieil adage fordien qui veut que tout le budget d’un film doit être mis dans sa conclusion (un client qui sort content du restaurant est un client qui revient) arrive inexplicablement à terminer Oblivion en beauté. En quelques scènes, pourtant pas mieux réussies que les précédentes, Kosinski dévoile soudainement sa cathédrale en or massif qui se cachait derrière la cabane au fond du jardin.

De sorte que l’on a l’étrange impression de regarder à la fois une GCA horriblement ratée et un chef d’œuvre en devenir… Pas un film du milieu, non, les deux à la fois. C’est mal joué, ringard dans les situations, insignifiant dans les dialogues, enfilant des  clichés à la tonne comme les Tets pompent l’eau des océans, mais cette bouillie fait sens dans les toutes dernières minutes.

A la fin, je touche, dirait Cyrano.

*Déjà salopeur d’une autre belle idée : le reboot de Tron.
** Hé oui, la vraie vie c’est une cabane au fond du jardin.




lundi 22 avril 2013


Game of Thrones, Saison 3
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Ça y est, c’est le printemps et winter is coming. Sous l’amicale pression de ses amis, Philippe de Winterfell réunit son petit monde sous le Godswood et projette les deux premiers épisodes de la nouvelle saison, après quelques pâtes aux champignons de Dragonstone et deux trois dattes dothrakies.

Et là, l’habituel se produit : le béotien (le Professore) est en admiration contrite devant tant de talent dramaturgique, de beauté formelle, de décors parfaits et d’acteurs étonnants. Mais en face, la tribu de GoT épluche la bête : comment Catelyn Stark peut-elle parler ainsi de Jon Snow, alors qu’elle le déteste depuis tout petit ? Il y a une incohérence chronologique, là, avec Mance Rayder, car on aurait du le voir dès la saison 1 dans la scène de biiiip… Etc. Etc.

Eternel débat entre le lecteur, qui s’est approprié totalement un livre (je connais parfaitement la couleur des cheveux de Paul Muad Dib, et ce ne sont pas ceux de Kyle McLachlan !) et le spectateur qui doit accepter toutes les entorses liées à la dramaturgie spécifique d’un film ou d’une série. Et cela vaut pour les grands livres comme pour les petits. Au-Dessous du Volcan, Ulysse, Le Festin Nu, À la Recherche du Temps Perdu, … ou Marc Levy, le lecteur est tout aussi impliqué dans une lecture qui l’a passionné.

Adaptation : trahison.

J’ai bien fait de ne pas lire Le Trône de Fer.




lundi 15 avril 2013


A Double Tranchant
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Jagged Edge fait partie de ces mignardises eighties qui ont bâti la carrière cinéphilique du Professore. Dans sa base de données – avec tableaux croisés dynamiques – nous apprenons que le Professore Ludovico a vu déjà quatre fois Jagged Edge (la plupart du temps en VO), cinq si on compte ce soir, sur HD1, en VF évidemment. Un signe qui ne trompe pas : A Double Tranchant fait partie du panthéon secret du Professore

Tout aussi évidemment, A Double Tranchant semblera bien daté à celui qui le découvre aujourd’hui : moyens miteux (3 décors, et pas le moindre hélico en vue), performances d’acteurs légèrement surjouées (Glenn Close), et ficelles de scénario aisément décelables.

Facile à dire aujourd’hui, car à l’époque, Jagged Edge secouait des salles entières, vous collait au siège dès le meurtre introductif, vous faisait pleurer pendant le procès, vous scotchait dans son épilogue. En fait, A Double Tranchant fut le modèle d’une ribambelle de films à venir, meurtre shocker, film de procès, et film à twist. Le tout sous la houlette d’un réalisateur prometteur, Richard Marquand (Le Retour du Jedi), qui va malheureusement mourir deux ans plus tard, mais surtout du scénariste-star de l’époque, Joe Eszterhas (Flashdance, La Main Droite du Diable, Music Box, Basic Instinct, Sliver, Showgirls)

Le pitch est basique sur le papier : Paige Forrester a été sauvagement assassinée dans sa maison, visiblement par un détraqué sexuel. Mais Thomas Krasny (Peter Coyote), l’ambitieux procureur de San Francisco est convaincu que c’est le mari, Jack Forrester (Jeff Bridges), qui a déguisé ce meurtre en crime sexuel, pour – dans la plus pure « Tradition Colombo » – hériter de la fortune de sa femme.

Teddy Barnes (Glenn Close), l’ancienne collaboratrice du procureur Krasny, accepte de prendre sa défense, d’abord parce qu’elle convaincue de son innocence, mais aussi parce qu’un vieux contentieux l’oppose à son ancien chef. Elle est aidé par un vieux privé hardboiled joué par Robert Loggia (le Frank de Scarface).

Une fois le procès lancé, tout ce beau monde enlève les gants, et les deux parties se rendent coup pour coup. Témoins surprise, contre-interrogatoire musclé, révélations troubles sur la victime, nouvelle pistes, tout l’attirail du film de procès est convoqué… Peu à peu Glenn Close tombe amoureuse de son client, et perd pied, de plus en plus investie émotionnellement, et de moins en moins professionnellement… ces deux intrigues progressent de concert, jusqu’au dénouement final.

A la revoyure, le film de n’est pas devenu un classique comme La Fièvre au Corps, (beaucoup mieux filmé, beaucoup mieux joué) mais reste le parangon du film de procès, aussi codifié qu’un film de sous-marin : « Motion denied ! », « Overruled ! », « The witness is yours » et autres « Puis-je vous voir quelques minutes dans mon bureau ? Je ne tolérerais plus aucun écart dans ce procès !! » On y retrouve l’Avocat Acharné, le Procureur Retors et le Vieux Juge Très Sage, des archétypes qui feront florès dans les films de procès des années 90 (Suspect Dangereux, Des Hommes d’Honneur, Peur Primale, Meurtre à Alcatraz, Dead Man Walking, Philadelphia, Le Mystère von Bülow).

A Double Tranchant n’a pas inventé le genre, mais il l’a canonisé.




dimanche 14 avril 2013


Real Humans
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

C’est la bonne surprise offerte par Arte : Äkta Människor, la série sur les robots qui vient de Suède, précédée d’un buzz flatteur. Et le buzz n’est pas trompeur : Real Humans, à ce stade (2 épisodes), c’est même très bon.

Le pitch, tout le monde le connaît. Dans un futur très proche, les robots font partie de l’électroménager de base. Chacun s’en achète un, comme un nouveau réfrigérateur. Aide ménager, assistante médicale, ouvrier, ou prostituée, les robots servent à tout ou à rien. Tellement pratiques, que comme l’iPhone moyen, tout le monde en veut un. Seul résiste un parti, extrémiste (les fameux Äkta Människor) qui prônent une société 100% humaine, jusqu’à « tuer » les robots s’il le faut.

Première finesse : l’épisode pilote est assez malin pour nous présenter toutes les nuances de ce parti : de la mère de famille, qui se plait à penser qu’il vaut mieux que ce soit les parents qui s’occupent des enfants (plutôt que les robots) – même si les enfants pensent le contraire ! – jusqu’au vigilante qui tire sur tous les grille-pains* qui bougent…

Deuxième finesse : si Dieu a fait l’homme à son image, et que l’homme a fait le Robot à son image, alors il devient difficile de détruire ce qui te ressemble autant. C’est la grande réussite graphique de Real Humans. Avec une grande économie de moyens (un peu de maquillage, des lentilles de contact), les hubots, sont, comme leur nom l’indique, très humains.

Et le spectateur, par transfert, de se mettre à imiter les personnages : détester les robots de l’usine qui vous piquent votre job, ou tomber amoureux d’Anita, la hubot tout droit sortie d’un japanime, ou encore être touché par le robot cassé que répare consciencieusement son propriétaire retraité… On finit par se demander si certains humains ne sont pas des robots cachés…

Real Humans s’extrait en fait du divertissement excitant (aventure/science-fiction/humour/romance) pour se poser comme une véritable œuvre d’art, en se posant les bonnes questions : qu’est-ce qui fait de nous un humain : l’amour, ou les preuves d’amour ? Vaut-il mieux vivre avec un humain irascible ou un robot affectueux ? Faut-il continuer à effectuer des tâches pénibles si une machine le fait mieux que nous ? Et se garde de donner des réponses toutes faites…

Cette masse gluante et violette que l’on trouve dans le crâne des hubots – ce que les humains appellent l’âme –, c’est déjà ce qui fait la différence : vraiment humain.

* Allusion à Battlestar Galactica ou blagounette du sous-titreur, Dieu seul le sait…




lundi 8 avril 2013


The Place Beyond the Pines
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Attention, un cinéaste est en train de naître. Voire même, un cinéma (le cinéma indépendant) en train de renaître. Dans la veine de Martha Marcy May Marlene (tourné dans ce même état de New York), de Blue Valentine, de Cogan : Killing Them Softly, The Place Beyond the Pines est un cinéma qui ne renonce à rien : ni à raconter l’Amérique telle qu’elle devient, ni à filmer une esthétique qui servirait un propos, ni à l’élégance d’un scénario classique que viendrait enluminer de multiples performances d’acteurs.

C’était déjà le cas de Blue Valentine, le précédent film de Derek Cianfrance qui interrogeait le couple. Ici, on parle famille, filiation, Bien et Mal. Et de leurs évolutions au travers du temps, le Grand Destructeur – ou le Grand Rénovateur.

Le temps passe vite, dans les films de Cianfrance, ou très lentement. Ici, on suivra les déambulations de Luke Glanton, cascadeur de fête foraine, et troublemaker.

Il ne faut absolument pas en dire plus, sous peine de gâcher le grand plaisir des films de Cianfance, qui sont comme toujours des parcours de rédemption ou de damnation. Cianfance nous offre sur un plateau ses rebondissements, les plus beaux et les plus tristes qui soit – ceux de la vie.

Servi par un gratin d’acteurs : Ryan Gosling, Bradley Cooper, Ben Mendelsohn (Cogan), Eva Mendes (dont on oublie qu’elle est une excellente actrice avant d’être un sex symbol), Harris Yulin (le flic corrompu de Scarface), Dane DeHaan (futur di Caprio vu dans Chronicle)…

Ajoutez la musique, toujours superbe chez Cianfrance, comme ce Dancing in the Dark magnifié :This gun’s for hire even if we’re just dancing in the dark

Des films intelligents, Hollywood continue d’en produire. Et c’est une sacrée bonne nouvelle.




dimanche 7 avril 2013


La Playlist d’Avril
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]

Musique : Anon: Haec Dies/Confitemini Domino/Dicat Nunc Israhel, Chants De L’Eglise De Rome – Période Byzantine, de Marcel Pérès et l’Ensemble Organum
Série : Borgia Saison 2, Real Humans, saison 1
Livre : Du Domaine des murmures, Carole Martinez
BD : Last Man, de Bastien Vivès, Cesare, de Fuyumi Soryo




samedi 6 avril 2013


Borgia saison 2 : une ou deux choses que je sais de Nicolas Machiavel (et de la fiction)
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Séries TV ]

Hier, dans les épisodes 3 et 4 de la lamentable série de Canal+ sur les Borgia « Carbonara alla Fontana », le petit cœur du Professore a tressauté. Car IL était là, soudain, dans cette église de Florence, et rencontrait son maître, sa muse.

Je veux bien sûr parler de Nicolas Machiavel, rencontrant Cesare Borgia, le futur modèle du Prince, le manuel maudit de la politique, que le diplomate florentin écrira en exil, quinze ans plus tard.

Cette petite entorse à la réalité ne m’a pas choqué plus que cela : licence poétique, force de la fiction, etc. En effet, Machiavel a bien rencontré Cesare Borgia, mais beaucoup plus tard, en mission pour Florence, et il se fera même rouler dans la farine.

Mais là n’est pas la question. La suite des épisodes s’est mis à raconter n’importe quoi sur le héros du Professore, et là, avouons-le, c’est plus possible ! Licence poétique, force de la fiction, je m’en fous, je ne peux pas laisser entendre que mon Niccolo a torturé. Car on en est là : 1494, Savonarole* installe à Florence une « démocratie chrétienne », qui devient vite à une dictature théocratique**. On brûle les livres, les jeux, les tableaux de nus, et chacun est sommé de s’habiller avec dignité. On envoie des enfants s’introduire, dans les maisons pour vérifier les bonnes mœurs des adultes. Savonarole prédit l’apocalypse, et l’arrivée de l’antéchrist, en la personne du pape, Alexandre Borgia, le père de Cesare. La première arrive : les français de Charles VIII ont débarqué en Italie. L’autre va gagner : l’antéchrist va triompher du prédicateur.

Pour le reste, Savonarole, sans arme, est renversé (ce qui inspirera Machiavel : « Tous les prophètes armés ont vaincu, et les désarmés ont été détruits, comme il advint de notre temps de frère Jérôme Savonarole. »). Le prédicateur est excommunié, pendu et brûlé.

Dans la série, il y a plusieurs erreurs historiques : Cesare Borgia n’est pas le représentant du pape à Florence, et Machiavel ne conseille pas Cesare Borgia. Au contraire il s’inspirera des hauts faits du Valentinois en Romagne (la région de Rome que pacifiera Borgia en 1500). Machiavel n’est pas le bourreau de Savonarole, il sera lui-même torturé par les Médicis quand ils reviendront au pouvoir.

Ici s’achève la séquence « Alain Decaux raconte » de cette chronique, en fait l’hommage du Professore à « nos amis les vraisemblants » comme les appelait Hitchcock ; ces spectateurs qui cherchent la petite bête, dans l’intrigue ou dans la véracité des situations. Vous en trouvez ici un vibrant exemple : si l’on ne s’est jamais intéressé à la période, la présentation des faits par Tom Fontana est tout à fait vraisemblable. Une des lois majeures de la fiction est d’ailleurs de faire « vivre » les événements via les personnages principaux et le moins possible par des personnages annexes. Que Cesare Borgia devienne le légat du pape est donc une nécessité scénaristique. Elle permet à Fontana de faire aboutir la transformation du personnage. En organisant une confontation avec Savonarole (l’Antagoniste), Cesare (le Protagoniste) flirte une dernière fois avec la foi, qui le taraude depuis le premier épisode. Mais le florentin le met face à ses contradictions. Après avoir défait le prédicateur, Cesare sait enfin ce qu’il veut être : un chef de guerre. Et c’est ce qu’il deviendra.

Donc Fontana a raison, le Professore a tort, et ce n’est pas un poisson d’avril.

* Formidablement interprété par le sosie de Ridley Scott, Iain Glen, l’immense Jorah Mormont du Trône de Fer.
** Evidemment, ce sont les vrais dates, pas celles de la série.




lundi 1 avril 2013


Borgia saison 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Bon c’est reparti comme en 1492, les Borgia façon Tom Fontana. A part le générique, rien n’a changé, c’est toujours aussi mauvais.

Le créateur de Homicide, de Oz – mon dieu – est en roue libre, et se contente de piocher dans l’Histoire avec un grand H pour débiter du scénar au kilomètre, et visiblement, personne chez Canal+ n’ose lui faire une quelconque remarque.

On enchaîne donc les Borgias à Naples, les Borgias à Rome, les Borgias à Pise. Le Pape mène ses complots en direct, et les événement sont résumés une seule scène, (et peut-être même une seule prise), comme par exemple, l’arrivée des turcs à Venise.

C’est ridicule, pathétique, mais puisque personne ne dit rien, Fontana aurait le tort de se gêner.

Le Professore, lui, est enchaîné devant sa télé, car « je n’ai trouvé, dans tout mon équipage, rien que j’aime et je prise autant que la connaissances des actions des grands hommes… »




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