mardi 8 octobre 2019


L’Œuvre sans Auteur
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Rarement un film n’aura autant mérité son titre : Florian Henckel von Donnersmarck promène sa carcasse de réalisateur dans une œuvre sans (h)auteur. Après avoir réussi un film plutôt intéressant (La Vie Des Autres), il avait enchaîné sur l’incroyable ratage The Tourist. Ici on ne peut pas vraiment parler de ratage, mais plutôt de ringardise. Un cinéma empesé, à but essentiellement pédagogique, comme plus personne n’ose en faire.

La seule chose qui nous rattache au film, c’est le pseudo biopic de Gerhard Richter, peintre allemand né avant le nazisme et dont le talent éclot d’abord dans le Réalisme Socialiste avant de devenir un peintre important en Allemagne de l’ouest. Donnersmarck essaie pataudement de faire des parallèles entre l’Histoire (les nazis et l’extermination de sa sœur démente, les communistes de l’après-guerre, la RFA capitaliste) et l’Histoire de l’Art (l’Art Dégénéré, le Réalisme Socialiste, les expérimentations de l’art contemporain), qui finalement, inévitablement, indubitablement, aboutiraient à l’œuvre de Richter,  « L’Œuvre sans Auteur »…

Mais tout cela est filmé dans un décor tellement propret, avec des situations tellement éculées, que personne n’y croit, malgré les efforts des comédiens, plutôt pas mauvais (Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer…)




vendredi 4 octobre 2019


Le Vol de l’Intruder
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Encore un film qui traîne quelque part dans le cerveau du Professore, et dont on ne sait pas vraiment pourquoi il est sur sa To Do list. Peut-être, si : dans les crédits de Hot Shots, la fabuleuse parodie de Top Gun de Jim Abrams, il était dit que certaines des images venait de ce fameux Intruder.

Mais cela étant dit, ce n’est pas du tout la même chose, ou au contraire, c’est tout à fait pareil. Une immense parodie involontaire de film de guerre, des films comme on n’en fait plus, en tout cas depuis 1960. Et c’est signé John « Conan » Milius.

Pilote de l’aéronavale, Jake Grafton perd son coéquipier lors d’une mission au-dessus du Vietnam. Rien que ça vaut le déplacement : l’appontage nocturne d’une seule main, en tenant l’aorte giclant le sang de son pote, vaut tous les Y a-t-il un pilote dans l’avion de la terre.

Mais voilà Jake très en colère : les missions qu’ils effectuent ne servent à rien, car on bombarde des objectifs sans intérêt et son avion (l’A6-Intruder, vous aurez compris) est uniquement défensif (sic !) : il n’a pas d’armes (hormis 8 petites tonnes de bombes) contre les missiles anti-aérien.

Arrive alors Willem Dafoe, et là, on se dit que ça va chauffer parce que notre ami, il a joué les pires fils de pute de toute la terre. Pas de chance : Le Vol de l’Intruder c’est son seul rôle de gentil. Jake convainc Dafoe de tenter le coup, et de bombarder Hanoi, ce qui est formellement interdit. Le problème, c’est de trouver des cibles. Pour cela, il faut une carte mais c’est Top Secret. (Non pas le film, mais l’expression). Comment faire quand on n’a pas de carte sur un porte-avions ? On va à la bibliothèque (où il y a, entre parenthèses, Les Hérétiques de Dune, ce qui en dit long sur la qualité du film). Grâce au Guide Michelin de Hanoi (resic !), on peut aller bombarder le Viêt-minh.

Les voilà en Cour Martiale, mais ils ne sont pas punis car, incroyable mais vrai, Nixon vient justement de décider qu’on peut bombarder Hanoi (reresic)! Les Intruders repartent, l’amiral en tête (qui a l’air méchant mais qui en fait a bon fond), et patatras Danny Glover se crashe et va être fait prisonnier des Viêts. Et ça, c’est grave.

Nos deux héros décollent pour chercher leur amiral (ils sont interdits de vol) et se font eux aussi abattre. Mais putain, comment on va faire ??? Willem Defoe se sacrifie : oui, oui, vous avez bien lu, comme dans les Battler Britton de notre enfance «  Putain Joe, non, tu vas pas mourir !!??! Si, les gars ! Je crois que c’est terminé pour moi ! Balancez la sauce !!! ».

À ce niveau-là, on s’incline.




jeudi 3 octobre 2019


Ad Astra
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Ad Astra est l’exemple même du film ambitieux, mais mal réalisé.  Des ambitions, Ad Astra en a plein, et notamment celle d’être un contrepoint pessimiste de 2001. Dans les deux films, l’humanité cherche des frères extraterrestres qui partageraient sa solitude au coeur des infinitudes glacées. Ad Astra y ajoute une quête œdipienne du père, en superposant intelligemment la solitude familiale du héros (un fils, mauvais mari) et celle du père disparu aux confins du système solaire (mauvais mari, mauvais père) à la solitude ontologique de l’homme dans l’univers.

James Gray met au service de cela son talent, c’est à dire une magnifique réalisation, des acteurs sensibles et un background SF très réaliste. Mais ce qui pêche chez Gray, et ce qui pêche toujours, c’est le vraisemblable*. Pourquoi, par exemple, aller sur Mars pour envoyer un message ? Pourquoi passer sous un lac alors qu’on peut rejoindre à pied cette fusée ?

C’est ce qu’on appelle ici le cinéma adolescent, c’est à dire un cinéma qui ne réfléchit pas, mais se soumet tout entier à ses désirs. On fait la scène sur Mars parce que ça fait de belles scènes atterrissage et de vie coloniale, on fait la scène du lac, car elle permet une belle métaphore, avec ce fil / câble auquel l’astronaute s’accroche… Entre-temps, le spectateur, lui, a décroché.

L’autre grand problème d’Ad Astra, c’est l’accumulation de références cinéphiles, rapidement insupportables. Le décor est celui de 2001, l’ambiance est celle de Solaris, et la structure est celle d’Apocalypse Now : aller chercher le Père/le colonel Kurtz devenu fou, non pas au Laos, mais sur Neptune. On retrouve le briefing façon CIA, avec évaluation psychologique, les informations parcellaires, transmises en cours de route, la pagode/navette qu’on veut inspecter et qu’il ne fallait pas inspecter… Jusqu’à certains bouts de dialogue (« C’est votre mission, mais c’est mon vaisseau », « Si j’avais des types comme ça, nos problèmes seraient finis depuis longtemps », etc.)

C’est la malédiction du cinéphile ; au bout d’un certain nombre de films, le cinéma se répète…

Il reste néanmoins un final, très réussi : Brad Pitt revenu d’entre les morts, changé à tout jamais, gigantesque, et humain à la fois.

* C’était déjà le problème de La Nuit Nous appartient : un gangster devenait un flic du jour au lendemain, parce que papa travaillait dans la police.




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