lundi 18 décembre 2006


Retour sur Borat !
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

On l’avait dit avant que ça sorte : ça allait être super bien… ça l’est, mais comme le Professore a toujours quelque chose à dire, il y a quelques regrets aussi.

Deux, en fait.

Pour ceux qui ont vu Da Ali G Show, le film n’est qu’en fait l’américanisation de sketchs déjà connus : la bouffe chez les bourges, l’achat de pistolets antisémites, tout ça nous l’avons déjà vu en Grande Bretagne. Mais on sent bien que Sacha Baron Cohen veut pousser aux USA la logique plus loin, plus haut, plus fort. A l’américaine, donc. C’est aussi plus scato, avec deux trois gags assez vaseux, qui n’étaient pas dans la version originale. Personnellement, ça n’est pas mon truc.

Ensuite, des raccourcis de montage cassent un peu l’ambiance, et finalement, sont une leçon –en creux – sur le montage, c’est-à-dire l’art du cinéma. (On peut même dire que c’est la seule le seul art du cinéma, qui a tout piqué ailleurs (la photographie, la peinture, le théâtre, la musique)). Il n’y a de montage qu’au cinéma.

Une scène éclaire particulièrement mon propos. Quand Borat, en panne de voiture, monte dans un camping car de jeunes étudiants fêtards, il se passe un truc bizarre, qu’on pourrait appeler une « rupture de convention ». Le spectateur sait ce que ne savent pas les étudiants (selon le procédé de l’ « ironie dramatique ») : Borat est un imposteur.

Mais il manque une scène, celle ou Borat présente les deux caméramans qui montent avec lui dans le camping car. Car imaginez vous à leur place : un type fait du stop au bord de la route, avec derrière lui deux cameras, et des projecteurs. Vous allez peut-être vous arrêter, par curiosité. Mais vous allez vouloir en savoir plus : « Qui es tu ? Tu es Kazakh ? Tu fais un reportage ? ». Eh bien cette scène n’existe pas. Borat fait du stop. Le camping car s’arrête. Les étudiants acceptent de le prendre, il monte à bord et la conversation s’engage. En faisant cela, le film brise la convention qui nous lie depuis le début : bien sûr il y a une histoire (Borat, reporter Kazakh, traverse l’Amérique parce qu’il veut épouser Pamela Anderson), mais il y a aussi une autre histoire : on sait, par le buzz autour du film, que tout cela n’est qu’une imposture. Et même si je sais que les étudiants ne se sont pas des comédiens (ils ont même attaqué la production, affirmant qu’on avait profité de leur fort taux d’alcoolémie pour leur faire tenir des propos racistes), j’avoue que ce passage m’a laissé dubitatif.

Il reste néanmoins beaucoup de bon dans le film, et notamment cette distance parfaite qu’entretient Borat avec son propos. Il joue le raciste victime du racisme. Et d’un racisme bien spécial, le racisme condescendant, le racisme positif pourrait-on dire. On a envie de l’aider, ce pauvre Kazakh qui dit des horreurs sur les femmes, les juifs, les PD… On le comprend… Il pourrait être civilisé, comme nous, mais après toutes ces années de communisme, ma pauvre dame…

Et montre ainsi, derrière notre compassion, toute la force du préjugé.




lundi 18 décembre 2006


Fast Food Nation
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Ouh la la ! Le retour du cinéma vérité ! Le retour du cinéma engagé ! Mais qu’est-ce qui vous a pris Mr Linklater, de vouloir adapter ce livre, Fast Food Nation, au cinéma ? Vous, l’auteur de bluettes parait-il réussies , Before Sunrise et Before Sunset ?

On avait vu le vent tourner avec A Scanner Darkly, que vous adaptâtes également cette année. Ce cinéma verbeux, c’est vous bien sûr, mais c’est aussi la grande tradition du cinéma des années 70. Malheureusement, un film engagé, c’est d’abord un film. Il ne suffit pas de le pétrir de bonnes intentions. Adapter le livre de Mr Schlosser, c’est bien. Vouloir le transformer en fiction, c’est déjà plus dur.

Pendant la première heure on cherche l’histoire. Ensuite, on comprend qu’il n’y en a pas, ou plutôt, qu’elle tient à deux fils : d’un côté, un directeur marketing d’une chaîne de fast food enquête dans un abattoir sur la présence de bouse de vache dans la viande de ses burgers, de l’autre, des mexicains passent illégalement la frontière pour trouver du travail dans cet abattoir. Bien entendu, ils ne se rencontreront jamais. Aussi est-on condamné à suivre l’intrigue « politique », débitée à coups de dialogues pesants et moralisateurs, censés être incarnés par les personnages. Malgré un cast d’élite recruté pour l’occasion, probablement plus par conviction que par le scénario (Bruce Willis, Patricia Arquette, Avril Lavigne, Greg Kinnear), tout ça est un peu dur à avaler.

Il est intéressant de voir qu’en face, côté documentaire, on franchit aussi le Rio Grande en scénarisant toujours plus : Farenheit 9/11, la récente affaire du « Cauchemar de Darwin », ou sur le même sujet, l’excellentissime Super Size Me , auprès duquel Fast Food Nation fait pâle figure.




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