lundi 23 juillet 2007


24, ou le visage terrifiant des Etats-Unis
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Si le cinéma est le miroir de l’âme d’une nation (c’est notre théorie à CineFast), que dire des séries télé ? Encore plus, sûrement. Car elles sont l’âme quotidienne de la nation, son cœur battant. Chaque semaine, le cœur français vie au rythme de Julie Lescaut, chaque jour, à celui de Plus Belle la Vie. L’Amérique bat-elle au rythme de 24 ?

Les X-Files avaient donné le ton, de manière prémonitoire, en 1993. Les USA y étaient dépeints comme un pays fasciste, qui cachait la vérité à ses concitoyens, n’hésitant pas à tuer pour dissimuler ses mensonges, et à mener d’incroyables expériences génétiques dans le cadre de son complot extra-terrestre. X-Files surfait sur la vague conspirationniste, anciennement implantée aux USA depuis l’assassinat de JFK. C’était aussi une version démocrate, avec un Mulder libre penseur, défendant, en quelque sorte, la liberté d’expression.

Il en va tout autrement de Jack Bauer, le héros « républicain » de la Fox, chaîne bushienne s’il en est. Le premier épisode est diffusé en novembre 2001 ; Ecrit très avant le 11 septembre, on ne peut donc y voir une illustration du traumatisme du World Trade Center. Pourtant, depuis, 24 a multiplié les clins d’œil à l’actualité, en y apportant un éclairage terrifiant. La torture y est par exemple très souvent utilisée, et la plupart du temps justifiée. Les étrangers sont malfaisants, ou idiots. Rien ne vaut une vie américaine ; on peut y sacrifier n’importe quelle autre population, pour sauver ne serait-ce qu’un seul citoyen américain. Ces choses là sont finalement assez communes dans le cinéma américain, même dans des séries très respectables comme The West Wing. Mais c’est l’incroyable mélange de réalisme et d’invraisemblance qui crée chez le téléspectateur une gêne, mais aussi une fascination…

Si on prend la saison 5 en cours (rassurez vous, je ne révélerai rien qui ne soit déjà diffusé sur TF1), elle est assez symptomatique de la confusion qui règne dans cette nation qui gouverne la planète.

– Jack Bauer s’est fait passer pour mort car son gouvernement (sic) l’avait donné au gouvernement chinois pour qu’il soit exécuté.

– Sauvé de justesse par son ami David Palmer (Président des Etats-Unis, et noir), celui-ci se fait assassiner. (Ce point est remarquable d’ailleurs sous deux aspects : 24 est réactionnaire, mais on n’hésite pas à faire élire un président noir, ce qui, de nos jours, est encore peu crédible. Il se fait néanmoins assassiner dès le début de la saison. Par ailleurs, in real life, Colin Powell a déclaré qu’il avait renoncé à la présidence sous la pression de sa femme, qui craignait de le voir assassiner…)

– Le président actuel est un imbécile outrageusement indécis (on pense à Bush), très mal entouré (ce qui est le contraire de Bush). D’ailleurs, dans la série, la présidence des Etats-Unis est entourée de très peu de conseillers, tous incapables, machiavéliques ou corrompus et/ou de la famille directe du président (sa femme en général). De plus, le président gère les crises en direct avec le petit personnel (agents secrets, garde du corps). Belle vision de la fonction présidentielle et du gouvernement.

– Dans 24, tout est fiché, tout se trouve quelque part sur un ordinateur. Une vision qui plait beaucoup aux informaticiens, mais qui, heureusement, est erronnée. Par exemple, vous pouvez avoir un abonnement Canal+ et ne pas déclaré de téléviseur au fisc, et aucun ordinateur ne pourra jamais le savoir. Mais pas dans le merveilleux monde de 24, où tout se trouve sous les doigts de fée de Chloé, la collègue futée de Jack.

– Parlons-en, des collègues de Jack : il semble que la moitié de l’activité de la cellule anti-terroriste consiste à démasquer l’ennemi intérieur, à savoir un autre agent, un collègue de travail, un voisin de bureau. En quelques épisodes, voilà déjà trois agents du CTU mis au trou. Le CTU, mieux que le Guépéou ?

– Dans 24, on négocie très souvent avec les terroristes (c’est normal, le gouvernement est corrompu). Par exemple : « je ne bombarde pas Los Angeles de Neurotoxiques si vous m’aidez à assassiner le président russe avec qui vous venez de signer un traité de désarmement.» Le président réfléchit 30 secondes, mais préfère sauver des vies américaines. Il donne donc le trajet du président russe, au grand dam de sa femme. Qui elle, embarque illico dans la voiture du dirigeant du Kremlin, pour lui sauver la vie. Dilemme pour le président US : tuer sa femme et sauver des vies américaines, ou sauver sa femme, en sacrifiant des vies d’angelinos ?

Tout cela, on le voit, confine au délire paranoïaque ; l’Amérique est entourée d’ennemis. Elle ne quitte l’un que pour trouver l’autre, sans parler de l’ennemi intérieur. Seuls des hommes d’exceptions, à l’âme trempée, pourront la sauver.

En face, suprême ironie, les terroristes regardent… Fox News.

PS Il est d’ailleurs tout aussi remarquable que 24 engendre en France une fascination, en particulier chez les gens de gauche. Les mêmes qui vouent aux gémonies aussi bien les Etats-Unis que le cinéma américain, s’attaquant à des gens aussi peu politisés que Spielberg ou Dan Brown, Transformers ou Les Experts… tout en faisant montre d’un aveuglement incroyable face aux provocations de 24. Seraient-ils tétanisés, comme le PS face à Nicolas Sarkozy ?




dimanche 22 juillet 2007


Raisons d’Etat…
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

… est-il un film ambitieux, ou prétentieux ? les avis divergent. Moi, j’ai beaucoup aimé ce film, mais je connaissais déjà la vie de James Jesus Angleton, fondateur de la CIA, ami de Burgess et McLean. Donc, Raisons d’Etat est pour moi un film ambitieux, formidablement filmé, interprété, mis en images, mis en musique… Un film d’espionnage comme je les aime : sans action, sans coup de feu, mais dans un imbroglio psychologique indescriptible. Il y aussi de grandes idées de casting : Angelina Jolie en ménagère frustrée, Matt Damon, en bon berger silencieux, de Niro en vieux général…

Mais on peut aussi dire que c’est un film prétentieux : trop long, peu explicatif là où il le faudrait, qui se la joue un peu « à l’européenne » ; est-ce bien nécessaire ?

En tout cas, c’est à voir.




dimanche 15 juillet 2007


L’île de la Tentation
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

C’est l’été et le retour du gentil Père Noël de TF1, qui nous ramène dans sa hotte les séries qui tuent, et les télé-réalités en maillot. Tour d’horizon :

L’île de la Tentation
Dire que j’avais raté les précédentes saisons ! L’île de la Tentation est le chef-d’oeuvre télévisuel de l’été ! Des cliffhangers, de l’émotion, de la gonzesse, des vannes qui tuent, et des comédiens hors pair ! Et des dialogues qu’Audiard n’auraient pas renié : une des candidates, matant pour la première fois les tentateurs qui exhibent biceps et sourires carnassiers, qui dit à son compagnon : « ben dis-donc, on va s’emmerder ! J’aurais du emmener un livre ! » La suite mardi soir, 22h20

Heroes
Ca devait être la bombe de l’été, mais ce n’est pas mon truc. J’ai jamais trop aimé les histoires de super héros, et cette série fait un effort : ça louche plutôt du côte de Spiderman que de Superman, mais bon, leurs histoires ne m’intéressent pas. C’est très bien fait, pourtant. Et y’a aussi de la gonzesse. La suite samedi soir, 20h50

24
J’avais promis de pas retomber dans le truc, pour une raison éthique simple : ils avaient tué Nina Meyers, faute scénaristique grave. Bon, je suis retombé sur la saison 5, diffusée juste après Heroes, et je suis retombé dans le pot. Alerte neurotoxique, paranoïa, président US neuneu, gonzesses, ca fait toujours pas dans la dentelle, mais la recette et la cuisson rendent le produit toujours aussi addictif. La suite samedi soir, 0h10

Lost
On a tout lu dans le buzz : Lost était fini, Heroes allait la détrôner (Dans Libé, Heroes est qualifié d’ « esthétique » fac à Lost, la « moche »!). Pourtant il semble que le soufflé Heroes soit retombé aux USA, tandis que nos amis sur l’île devraient récupérer trois années de vacances en plus. Il est vrai qu’il faut accepter avec Lost que toutes les règles soient bousculées : non, la première saison n’est pas la meilleure, pire, ça semble même s’améliorer de saison en saison ! Il ne faut pas chercher de réponse à nos questions, vous n’en aurez pas ! Pire, on vous noie sous de nouvelles questions toutes aussi énervantes. On rajoute même des gonzesses, là où il y avait déjà un stock important. Patron, remettez nous ça, avec un Coca ! Et remettez nous le parasol, ça cogne ici !
La suite lundi soir, 22h20




dimanche 15 juillet 2007


Matewan
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD ]

Sous ce nom bizarre se cache un des films du grand John Sayles, cinéaste peu connu mais indispensable du cinéma américain. Vous avez peut être vu un de ses films plus récents, comme les formidables Passion Fish, Lone Star ou City of Hope. Si ce n’est pas le cas, sachez qu’il est un des script doctors les plus reconnus du Hollywood, sur Apollo XIII, par exemple.

Ses films sont toujours très orienté sur les personnages, plein d’humanité et de situations réalistes, peu commune dans le cinéma américain. Lone Star s’intéresse par exemple au wetbacks, à la frontière du Texas, et les lâches ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Dans Matewan, il est aussi question de lâcheté entre mineurs en grève en Virginie Occidentale et milices de la Pinkerton agency, et du socialisme naissant. C’est très engagé, mais jamais too much. Et avec le casting qui tue (Chris Cooper, James Earl Jones, Mary McDonnell, Will Oldham), et des performances d’acteurs comme s’il en pleuvait !

A glisser dans le DVD un de ces jours…




dimanche 15 juillet 2007


2 Days in Paris/Persépolis
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Mêmes motifs, mêmes punitions. Pourquoi faire deux chroniques, quand deux films disposent des mêmes qualités, et des mêmes défauts ? Et des défauts qui, devons-nous ajouter, sont le lot commun de la production française.

A la base, deux réalisatrices qui ont, pour des raisons diverses, toute notre sympathie. Julie Delpy pour avoir vraiment tenté l’aventure US, Marjane Satrapi pour son indéniable talent, et son fabuleux Persépolis, la BD.

Mais leurs deux films, au final, souffrent du même défaut : ils ne sont pas finis, ce sont des films fainéants. Tellement satisfaites de leurs idées (anecdotes qui sentent vraies pour Delpy, tranches de vie vécues pour Satrapi), nos réalisatrices en oublient leur scénario, la dramaturgie, les enjeux. Delpy, par malheur, l’avoue même dans la presse, quand on lui reproche les scènes de chauffeur de taxi, trop caricaturales : « mais ces trois scènes me sont arrivées personnellement ! » Mais, chère Julie, ça ne suffit pas !!! On s’en fiche de ta vie ! La « vraie vie » n’a rien à faire au cinéma ! C’est une emmerdeuse, la vraie vie ! Quand on va au cinéma, c’est une maîtresse qu’on vient voir, par la mère de ses enfants ! On veut du rêve, de l’excitation !

2 Days in Paris, comme Persépolis, ont un vrai fond, une vraie sincérité, des dialogues qui fusent, mais pas de rythme. Tout simplement parce qu’on ne sait pas où on va… que nous raconte-t-on ? Quel aboutissement ? Où est le début ? Où est la fin ?

Vivement Transformers, mercredi prochain !




jeudi 12 juillet 2007


Flyboys
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD ]

Petite surprise que ce film, sorti directement sur Canal+ et en DVD. Un bon petit film d’avion, sur un thème rare : la première guerre mondiale, et l’escadrille Lafayette en particulier. Pas de star, à part notre Jean Reno national, mais de bons acteurs, comme l’excellent James Franco (le fils du Bouffon Vert). Au final, un film distrayant avec de zolis combat aériens un tantinet irréaliste, beaucoup de bons sentiments et une trame archi-éculée : une bande de militaires mal dégrossis va devenir une bande d’amis unis par un idéal commun.

Mais intéressant néanmoins, grâce à quelques variations subtiles sur ces thèmes : la love story finit mal, l’héroïsme ne sert à rien : « cette guerre finira un jour, et elle n’aura servi à rien ». Ce qui explique probablement l’échec du film aux Etats-Unis…




dimanche 1 juillet 2007


Midway
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Toujours passionné de seconde guerre mondiale maritime, je me suis attelé à Midway, avec Charlton Heston et Robert Mitchum. Bon, c’est mauvais, mais ce n’est pas grave. En fait, c’est un film très pédagogique, probablement tourné en 1976 pour remonter le moral des américains sortant du Vietnam, et exhorter les valeurs patriotiques de cette improbable victoire. Le film est donc scolaire (on se croirait sur History Channel), il n’y pas d’histoire, et on nous débite le nom des commandants et du nombre d’appareils qui reviennent se poser.

Le seul intérêt, c’est de lever une grave question historico-cinématographique : pourquoi les combats maritimes ne passent pas au cinéma ? Ca devrait être visuel, mais ce ne l’est pas. On ne comprend rien à la bataille, ça tire dans tous les coins, les avions mitraillent, mais on s’ennuie ferme. A côté, le cinéma de sous-marin prospère, chefs d’oeuvre décennaux à l’appui. Pourquoi ? On ne voit rien dans un sous marin, encore moins la bataille. L’action ne peut se dérouler que dans un huis-clos angoissant, à coup de « Immersion périscopique ! » et autres « Torpilles 3 et 4, feu ! »

Mais peut-être qu’être enfermé dans un sous-marin ou dans une salle de cinéma, c’est la même chose, non ?




dimanche 1 juillet 2007


Boulevard de la Mort
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Drôle. Délirant. Parodique. Distrayant. Long. Trop long. Perso. Trop perso.

Voilà ce qu’on peut dire du dernier Tarantino. Parce que Tarantino, on l’aime bien, même si contrairement à la hype, ce n’est pas un génie du cinéma. Tarantino fait des films rigolos, inclassables, « tarantinesques », mais c’est tout. C’est probablement le seul type de cette industrie qui est resté comme nous, comme vous. Il aime les films comme on les aime. Il est avant tout un passionné du cinéma, pas un type qui fait du cinéma.

Et ça, ça se voit à l’écran. Tarantino fait peu de films, et il est visible que ce qu’il fait l’amuse beaucoup, qu’il prend du plaisir. Il ne s’emmerde pas, contrairement à beaucoup à Hollywood, qui aimeraient tellement faire autre chose : d’autres films, de meilleurs films… Non Tarantino, il prend son temps, réunit une bande de potes et fait le film qu’il a envie de voir. La question, c’est est-ce que nous on encore envie de voir des films de Tarantino ?

Boulevard de la Mort pose la question. C’est un pastiche des films d’exploitation des années 70, de Point Limite Zero et La Course à la Mort de l’An 2000. Tarantino en respecte parfaitement le cahier des charges : filles, musique, dope, pas d’histoire, le tout bâti à la hâte, sans véritable dramaturgie. Bâti à la hâte, à l’époque. Car aujourd’hui, Tarantino a le temps, et le budget qui va bien. Mais non, il respecte la charte. La fin est volontairement bâclée, la poursuite irréaliste, mais QT ne manque pas de nous rappeler qu’on est là dans le second degré. Et de jouer constamment entre la référence 70’s et le fait que le film se passe bien aujourd’hui. Les filles écoutent Joe Turner sur un iPod, et – symbole parmi les symboles – la Dodge Challenger démolit méthodiquement les 4×4 du nouveau millénaire. Tarantino aime tellement cette époque qu’il se caste lui-même, en improbable barman.

Il n’empêche qu’on s’ennuie ferme, que le film est trop long*, et qu’il n’est sauvé que par la présence d’acteurs et d’actrices formidables, amoureusement filmé par Tarantino, mais autour d’un scénario trop creux et trop second degré pour qu’on s’y accroche. Quentin, please, retrouve toi un scénario ou un scénariste, vite !

* il semble qu’à l‘origine il devait sortir en double feature, c’est-à-dire le film de Rodriguez (Planet Terror) et Boulevard de la Mort




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