[ Le Professor a toujours quelque chose à dire… ]

Le Professor vous apprend des choses utiles que vous ne connaissez pas sur le cinéma



lundi 1 mars 2021


Why Hollywood sucks?
posté par Professor Ludovico

Le coup fait mal, car il vient de l’intérieur. Rien de moins que de l’acteur Anthony Mackie, le Faucon des Avengers. James Malakansar nous conseille astucieusement une vidéo de 2017 où Mackie, probablement à un ComicCon ou quelque chose d’approchant, explique pourquoi Hollywood sucks

« Avant, le cinéma était une expérience, un truc familial, un événement… Aujourd’hui, les gens vont voir un film parce qu’il va être numéro un au Box-Office, tout en sachant déjà par Internet qu’il est mauvais…

Il n’y a plus de star de cinéma. Anthony Mackie n’est pas une star ! La star, c’est le Faucon ! Avant on allait voir un Stallone, un Schwarzy, un Tom Cruise, maintenant on va voir les X-Men ! Cette évolution vers les super-héros, c’est la mort des stars de cinéma… Et ça fait peur...

On fait des films pour les gosses de seize ans et la Chine, et puis c’est tout. Les films que vous avez vus enfant, Les Goonies, Halloween, The Thing, ça serait impossible à faire aujourd’hui … Les Goonies, c’est maintenant sur Netflix et ça s’appelle Stranger Things. C’est pour ça que les gens ne vont plus au ciné : parce que les films sont nuls… »




mercredi 6 janvier 2021


TéléObs vs Wikipedia
posté par Professor Ludovico

Petite anecdote qui démontre, une fois de plus, l’effet dévastateur d’internet sur la crédibilité des « élites ». Et ce, dans notre petite sphère cinéphilique…

L’anecdote : François Forestier publie un petit article sur Alien dans TéléObs, le supplément télé du Nouvel Observateur. François Forestier n’est pas n’importe qui :

François Forestier, né Jacques Zandrowicz le 25 décembre 1947 à Paris, est un journaliste au Nouvel Observateur. Il a collaboré à de nombreuses publications, dont L’Express, VSD, ELLE, Première, Studio magazine et Vogue.

Le Professore n’est pas omniscient, il vient de trouver ces trois lignes dans Wikipédia…

Ce qu’aurait dû faire, a minima, François Forrestier. Car son tout petit article est bourré d’erreurs : « Ridley Scott, réalisateur venu de la pub, invente une histoire de mission commerciale interstellaire parasitée par un visiteur inattendu ». Non Ridley Scott n’est pas le scénariste d’Alien, c’est Dan O’Bannon. « Ridley Scott a une superbe idée : il confie la conception du monstre à Mœbius » Non, le monsieur s’appelle Giger. «[Mœbius] imagine une bête dingue : elle […] se reproduit par parthénogenèse ». Pas du tout, elle insémine des humains. « En plus, elle est fabriquée en « slime » (pâte gluante) et plaît donc aux enfants » Serait-ce un poisson d’avril, dès le 4 janvier ?

On pourra retoquer que tout ça n’est bien grave, qu’il s’agit d’une simple chronique télé, un entrefilet vite oublié… Au contraire, c’est une petite étape de plus vers la décrédibilisation des élites.

Comme F. Forrestier, le Professore aime à sa fier à sa mémoire immense de cinéphile pour rédiger ses chroniques, Mais son cerveau gauche le ramène souvent sur terre : es-tu sûr que Full Metal Jacket est sorti avant Le Maître de Guerre* ? Avatar est-il toujours le film qui a rapporté plus ? Harrison Ford a-t-il tourné avec George Lucas avant Star Wars ? Je vous laisse chercher ces réponses sur IMdB, Wikipedia, et tout ce que ces formidables outils peuvent vous apporter comme réponse…    

Avant Internet, des hiérarchies étaient fermement installées sur leur pyramides de savoir. Si vous étiez prof, journaliste, médecin, garagiste ou cinéphile, vous saviez et le type en face en savait, au mieux, beaucoup moins que vous… Aujourd’hui, le moindre type qui se pointe à la Fnac en connait plus que le vendeur, car il a le savoir du monde entier à portée de smartphone. L’élève peut contester les informations de son professeur. Le malade, proposer une alternative à l’ordonnance de son médecin, etc.

Cela pose évidemment des problèmes, mais ouvre aussi d’immenses opportunités. Quand Gutenberg a permis à tout un chacun de lire la Bible, il a déclenché une immense révolution sociale : la lecture a donné accès à la culture, à la science, et plus rien n’a été comme avant…  

* Copyright Karl Ferenc




jeudi 31 décembre 2020


Bilan 2020
posté par Professor Ludovico

Quel bilan tirer d’une année aussi extraordinaire que 2020 ? Sur le plan du cinéma – puisqu’on est ici pour parler de ça – c’était évidemment une année tragique. Mais, malgré les déclarations, non, le cinéma ne va pas disparaître en 2021.

S’il est évident qu’il va y avoir de la casse, il y aura toujours besoin de cinéma, et toujours besoin de salle pour le voir. Et derrière le prétexte COVID, il y a bien sûr – comme toujours – de sombres arrières pensées économiques…

Car cette histoire est vieille comme le monde. Quel que soit le secteur, qu’on parle de carottes ou de cinéma, il y aura toujours des producteurs (ici, les studios), et des consommateurs (le public). Et comme dans tout système économique, il y a toujours des petits malins qui viennent jouer les intermédiaires. Pour projeter des films, il faut des salles. Et pour acheminer et produire des copies, il faut des distributeurs. Depuis les débuts d’Hollywood, les studios s’essaient à l’intégration verticale, de Paramount à UGC, pour maîtriser toute la chaîne de production et ne pas avoir à partager les profits, car ces intermédiaires prennent 20 à 30 %  – chacun – du ticket de cinéma.

Déjà, avec l’avènement du numérique, les studios avaient supprimé un intermédiaire en se débarrassant des copies argentiques ; désormais des gros fichiers, quasi gratuits, à télécharger dans la salle.

Et voilà qu’à nouveau la tentation est grande de se débarrasser carrément de la salle, pour aider au lancement des services de VOD et faire plaisir à Wall Street. Envoyer directement Soul sur Disney+, Dune et Wonder Woman 1984 sur HBO Max. Si la Warner (voire même une partie des spectateurs) peut s’en contenter, l’artiste, lui, ne s’en contente pas.

De sorte que l’on voit une rébellion fortement médiatisée poindre chez ces deux gros blockbusters de l’année, qui refusent que leur Grande Œuvre soit diffusée sur un écran 16 pouces. Demander à Denis Villeneuve, qui peint à la main son Dune sur une toile de quinze mètres de haut sur vingt six mètres de large*, c’est comme demander à Hermès de transformer ses foulards en essuie-tout…

La comparaison avec le Luxe ce n’est pas fortuite : la salle est depuis l’après-guerre le show-room prestigieux où l’on expose les produits (en faisant monter la hype) avant de les distribuer en masse via la télévision.

Mais pas seulement. Il y aura toujours des salles, tout simplement parce que le public le veut. Inviter Justine au MK2 Bibliothèque pour voir le dernier Justice League (et peut-être aller boire un verre), ce n’est pas la même chose que de regarder Ben Affleck sur son canapé…

La base de tous les loisirs, c’est de créer un lieu de rencontre et de sociabilité. Qu’on soit au Gaumont Montpellier, au Parc des Princes, au Théâtre de l’Odéon ou dans un Bar-PMU, les lieux de loisirs sont aussi importants que le loisir lui-même : un endroit où on crée du lien, en débattant ensemble des choses qui nous passionnent…

Après cette longue introduction, que dire de 2020 ? En ayant vu 6 films, le Topten est un exercice aisé :

1 – 1917
2 – Tijuana Bible
3 – Baby Face (une reprise du cinéma pré-code Hays)

Et le Bottom aussi :

1 – Eté 85

Evidemment, c’est côté télé que la cinéphilie a été la plus active, pour les raisons que l’on imagine : 60 films, avec quelques belles découvertes, qui parfois… ne sont pas sorties en salle ! C’est le cas de Prospect et de The Vast Of Night, deux perles SF, mais aussi de Mid 90s, le film sensible et émouvant de Jonah Hill. Mais en réalité, l’année a surtout servi à revoir des vieux classiques comme A La Poursuite d’Octobre Rouge, Des Hommes d’Honneur, The Big Lebowski ou de voir et revoir (4 fois !) First Man

Côté série, pas moins de 43 saisons, avec Dark, The Crown, Fargo, Ratched, Stateless, The Boys, Perry Mason, mais aussi les documentaires comme l’incroyable Tiger King, qui en dit plus sur l’Amérique que bien d’autres films, et les séries sportives toutes plus passionnantes les unes que les autres (Drive to Survive,  Sunderland, Movistar pour ne pas les nommer.)

S’il ne devait en rester qu’une, Tales from the Loop – une Quatrième Dimension plongée dans le mélo familial – serait un bon candidat : mais on retiendra Our Boys (à ne pas confondre avec The Boys), magnifique The Wire israélien, à mi-chemin entre David Simon et Asghar Farhadi…

Une fois de plus, le grand spectacle est au cinéma, mais la subtilité, la maturité est à la télévision…

*C’est, selon Wikipedia, la taille de l’écran du Gaumont Montpellier…




lundi 30 novembre 2020


Titanic, plongée n°9
posté par Professor Ludovico

Titanic passe sur TF1. On se dit qu’on va regarder les vingt premières minutes, exemple parfait d’installation des enjeux et de préparation paiement. Et évidemment on se retrouve à 0h24 à pleurer tranquillement devant le générique.

My heart will go on.

Et comme dans tout grand film, on découvre toujours de nouvelles choses. Aujourd’hui, les mains. On en voit beaucoup dans le film de James Cameron : des mains qui se tiennent, des mains qui se frôlent, des mains qui se lâchent ; métaphore de l’idylle progressive entre Jack et Rose.

Florilège : une première main se tend, pour sauver Rose du suicide… Des mains dessinées par Jack… Des mains qui se caressent, à l’avant du bateau, avant de faire « voler » Rose… Des mains que Rose doit « bien placer » quand Jack la dessine… Une trace de main sur la buée, symbolisant l’extase… Des mains qui la sauvent à plusieurs reprises pendant le naufrage… Des mains qu’il faut « bien positionner » sur la hache pour libérer… des mains menottées, celles de Jack !

A la poupe, quand le Titanic sombre enfin, Jack exhorte Rose de ne pas lâcher sa main, tandis que les tonnes d’acier aspirent vers le fond les pauvres survivants. Évidemment, ces mains se lâchent et ces mains se retrouvent… Puis ces mains se tiennent, amoureusement, sur le radeau glacé en attendant les secours… jusqu’au moment où il faut, une fois pour toutes, accepter la mort de Jack en desserrant ses mains gelées pour le laisser rejoindre les abysses.

Il reste encore une main dans Titanic. Celle de Rose, veinée et vieille, qui s’agrippe une nouvelle fois au bastingage, dans un reflet exact de la première scène de suicide. Mais le cadrage est inversé. Dans la scène du suicide, on est a gauche de Rose, et le Titanic va donc vers la droite, c’est à dire le futur, l’espoir. Dans celle-ci, le Keldysh va vers la gauche : le passé, les souvenirs.

Car cette fois-ci, Rose n’est pas là pour se jeter elle-même, mais pour jeter le Cœur de l’Océan.

Ou plutôt, son cœur dans l’océan.




mercredi 25 novembre 2020


Mathieu Kassovitz, ou pourquoi le cinéma ne fait plus rêver
posté par Professor Ludovico

Qu’est-ce qui pourrait sortir le Professore Ludovico de sa retraite confinée ? Mathieu Kassovitz, qui donne une interview à Konbini. C’est ici, car contrairement à Apocalypse Now, il faut regarder la version longue.

Comme disait Desproges à propose de Marguerite Duras, Kassovitz a dit beaucoup de conneries, il en a aussi filmé. Mais on ne peut lui retirer ni sa sincérité (qui lui a souvent causé du tort), ni son talent, en tant que réalisateur (La Haine, Les Rivières Pourpres) ou acteur : Regarde les hommes tomber, Un héros très discret, Munich, Le Bureau des Légendes, ni son véritable amour du cinéma…

Et là, en quarante minutes, il explique pourquoi le cinéma ne fait plus rêver. Et comme vous n’avez pas quarante minutes, le Professore vous fait la synthèse.

Gratos.

  1. Avant, aller au cinéma était un événement ; il n’y avait dans l’année qu’un Star Wars, qu’un Superman… on l’attendait plein de désir, car il n’y en avait pas d’autres. Aujourd’hui, il n’y a que des Star Wars…
  2. Les effets spéciaux numériques ont tué la magie du cinéma. Dans Mad Max 1, on frémissait pour les acteurs/cascadeurs en se demandant « comment ils avaient fait ça » … Dans Mad Max 4, on est convaincus que tout est en CGI*. On a plus peur pour personne. On ne ressent plus rien.
  3. On ne sait pas exactement ce qu’on voit. « Dans 1917, il y a des explosions. Sont-elles vraies, sont-elles rajoutées ? On ne plus rêver… »
  4. Au contraire, les frères/sœurs Wachowki ont tout compris ; avec Matrix ils ont inventé quelque chose de nouveau pour dire quelque chose de nouveau. La technique au service du message…  
  5. C’est le contraire dans le cinéma français : les réalisateurs ne s’intéressent pas assez à la technique. Dans les films de Spielberg, chaque plan a une raison d’être. Dans un film français, le réalisateur ne sait pas pourquoi ce plan est filmé comme ça… c’est le boulot du chef op’, du monteur…
  6. Les scénarios sont devenus inutilement compliqués : Tenet, Ad Astra, Interstellar… au bout de dix minutes, on est perdus, et on ne se rappelle plus de rien en sortant de la salle…
  7. Fight Club a été la fin du commencement et le commencement de la fin ; la fin d’une certain type de société et aussi d’un certain type de cinéma.
  8. Ce sont les contraintes qui font l’art : le requin animatronique des Dents de la Mer qui ne marche pas, le costume d’Alien qui est ridicule en plein jour, ou Besson sans le sou pour le Dernier Combat, voilà qui obligent les metteurs en scène à inventer. Cacher le requin le plus longtemps possible, filmer Alien dans le noir, filmer dans des friches industrielles sans le son avec des vieilles cameras : c’est de ces contraintes que sont faits les films… or ces contraintes n’existent plus…  
  9. « Dès que j’ai vu l’oreille coupée avec la musique dessus, je me suis dit qu’il y avait un problème » : Kassovitz règle son compte à Tarantino et à sa trop nombreuse cohorte de fans en transe. Avant Tarantino, la violence c’était mal. Montrer de la violence au cinéma, c’était politique. Après Tarantino, la violence est devenue rigolote, funky.
  10. Tarantino, deuxième couche : « refaire pour 100 M$ des films Z qui ont coûté 100 000$, tout le monde peut le faire… »  
  11. Les réalisateurs ne font plus que 30% d’un film : tout est déjà prévu en pré-production, storyboardé, pré-animé, pré-monté : une fois arrivé sur le tournage, il n’y a plus qu’à faire de la politique : éviter les conflits sur le plateau, arbitrer avec le studio, etc.
  12.  « Marcel Carné, si vous n’avez pas vu ça… on ne peut plus faire grand-chose pour vous ! »

Que dire de plus ?




samedi 7 novembre 2020


Ding-Dong! The Witch Is Dead…
posté par Professor Ludovico

Once there was a wicked witch in the lovely land of Oz
And a wickeder, wickeder, wickeder witch there never, never was
She filled the folks in Munchkin land with terror and with dread
‘Till one fine day from Kansas way a cyclone caught a house
That brought the wicked, wicked witch her doom
As she was flying on her broom
For the house fell on her head and the coroner pronounced her dead
And thru the town the joyous news was spread


Ding-dong, the witch is dead! Which old witch? The wicked witch
Ding-dong, the wicked witch is dead
Wake up, you sleepy head, rub your eyes, get out of bed
Wake up, the wicked witch is dead!


She’s gone where the goblins go below, below, below, yo ho
Let’s open up and sing, and ring the bells out
Ding-dong! the merry-o sing it high, sing it low
Let them know the wicked witch is dead


Ding-dong, the witch is dead! Which old witch? The wicked witch
Ding-dong, the wicked witch is dead
Wake up, you sleepy head, rub your eyes, get out of bed
Wake up, the wicked witch is dead!


She’s gone where the goblins go below, below, below, yo ho
Let’s open up and sing, and ring the bells out
Ding-dong! the merry-o sing it high, sing it low
Let them know the wicked witch is dead

Le Magicien d’Oz, Victor Fleming




vendredi 3 juillet 2020


3000
posté par Professor Ludovico

Il y a 35 ans, un samedi, dans ma chambre de Saint-Arnoult-en-Yvelines, je me suis mis à noter sur un vieux classeur de mon père (trois trous, petits carreaux), tous les films que j’avais vus, dans l’ordre alphabétique. Le premier fut, je pense, Alien.

Il y a 25 ans, mon entreprise a souhaité me former à Excel, sans que je comprenne vraiment à quoi ça allait me servir. Le formateur, malin, m’a alors proposé « de, par exemple, gérer ma cave » ; il ne pouvait pas savoir que je ne faisais pas partie de cette grande tradition vinicole française. Mais j’ai instantanément traduit : ma cave = mes films. Une intuition, qui m’a permis, vingt ans plus tard, de formuler la théorie dite de l’Etiquette de la Bouteille de Vin.  

J’ai ainsi saisi le millier de films du vieux classeur, et exploitant les fonctionnalités du tableur, j’ai enrichi ma base de données avec une note, la date de sortie, le casting etc.

Ce fichier a longtemps servi de bible à la bande de copains. Grâce à mon regretté Palm Pilot, je promenais partout ma connaissance encyclopédique du cinéma. Et puis ce salopard d’IMDb est arrivé…

Aujourd’hui, sur le conseil du Rupélien, je regarde Le Septième Juré, très beau polar pré-Chabrol sur la bourgeoisie provinciale signé Georges Lautner, et avec dans le rôle-titre l’immense Bernard Blier. Et là, le chiffre tombe : 3000. 3000 films. 3000 films dans une vie…

La Règle de Trois entame sa danse folle. Grosso modo, ça fait 60 films par an. Sauf qu’on n’est pas vraiment allé au cinéma avant dix-huit ans, alors ça fait 83 films par an. Pas mal.

3000 tickets de cinéma ? mais on n’a pas tout vu au cinéma : 1789 films dans une salle, et 1211 découverts à la télé.

Sauf qu’il y a des films qu’on a vu plusieurs fois. Ah bon, combien de fois ? 3704 fois… Ce qui fait qu’on a vu chaque film 1,23 fois en moyenne, auquel on a mis (toujours en moyenne) 12,6/20… Le Professore est dur, mais il est juste…  

Mais dans le tas, il y a les marottes à Ludovico , la Sainte Trinité « Kubrick – Rocky Horror Picture Show – Alien » et tous ses autres films cultes ?  Et bien si on fait un Top Ten : 23 fois le Rocky Horror (jamais à la télé, évidemment !), Apocalypse Now (13 fois), Les Aventuriers de l’Arche Perdue, Alien, Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion ? (9 fois), Blade Runner, 2001, Dune, Mad Max, Scarface, Titanic (8 fois) et derrière, les Kubrick, 6 ou 7 fois chacun… Premiers films français ? Papy fait de la Résistance, Coup de Tête, Garde à Vue et Les Tontons Flingueurs (de Georges Lautner, également, 5 fois)…

La vérité, en réalité, n’est pas dans les chiffres. Ils essaient juste, modestement, de raisonner le cœur qui bat.

Ça ne tient pas à grand-chose, la cinéphilie.




mardi 7 janvier 2020


Full Metal Jacket Diary
posté par Professor Ludovico

Le livre de Matthew Modine est une double rareté. D’abord, c’est un beau livre avec reliure métal, on peut le laisser sur sa table basse. Sauf si il y a déjà le livre de Kramer, dans Seinfeld, sur les livres sur tables basses qui sont sur les tables basses.

Ensuite, c’est l’un des rares témoignages d’un acteur, franc (et parfois naïf), sur le tournage d’un Kubrick. Il y a bien sûr des confidences de ci de là, la colère de Kirk Douglas sur Spartacus*, le désespoir de Malcolm McDowell, le voyage au bord de la folie de Shelley Duvall, mais là, c’est un livre entier sur un tournage, de la joie d’être casté, jusqu’au dernier jour du tournage. Il manque seulement la réception du film, ce qui aurait été intéressant également.

Mais il s’agit bien d’un journal, c’est à dire des impressions au jour le jour d’un jeune homme de vingt-cinq ans emporté dans la tourmente kubrickienne. Comme il le dit d’ailleurs lui-même, c’est une chance que le tournage dure aussi longtemps, car il laisse matière à introspection et réflexion. Et c’est le sujet le plus passionnant ; les affres de l’acteur au travail.

Certes, Matthew Modine est évidemment pacifiste et veut sauver la planète, comme tout Hollywood. Mais il nous livre surtout la vie d’un jeune comédien réalisant un grand film avec l’un des plus grands génies du cinéma. Matthew Modine raconte ses inquiétudes, ses jalousies ou ses mépris des autres comédiens. Sans rien cacher de ses conflits avec Kubrick. 

Ainsi, on va découvrir les caprices de Kevyn Major Howard (Rafterman) qui demande sans arrêt sa bouteille d’Évian, alors que tout le monde crève de soif. Ou son amitié, puis son inimitié, avec Vincent D’Onofrio. En bon comédien de la Méthode, D’Onofrio plonge en mode passif-agressif dans le Soldat Baleine, son personnage, ce qui finit par déborder dans la vraie vie, D’Onofrio se mettant à haïr réellement son ami Modine.

Et puis il y a les interminables prises de Kubrick, et notamment ces mois passés à tourner une scène devant le muret de Hué, dans le froid novembre londonien censé représenter l’été vietnamien. Ou le cynisme sociopathe de Kubrick qui refuse à Matthew Modine d’assister à la naissance de son fils : « Tu n’es pas obstétricien, tu vas plutôt les gêner, non ? Et comment je fais pour le film, moi ? » Modine devra menacer de se couper la main pour aller, de toute façon, à l’hôpital. Mais en bon artiste, Mathieu ne se plaindra jamais. Il n’y a que le résultat qui compte, tant pis pour les souffrances**.

Full Metal Jacket Diary montre aussi un Kubrick ouvert à toutes les propositions. Il n’y a pas de mauvaise idée, et même un simple chauffeur peut faire une proposition. Mais gare à celui qui critique une idée émise. Ce que fera Modine, à ses plus grands dépens. Kubrick, déçu, demandera ensuite à tous les autres acteurs comment doit finir le personnage de Matthew Modine, sans le consulter, évidemment.

Enfin le dernier intérêt de ce journal est probablement de comprendre que tout se passe en fait au montage. Matthew Modine décrit ainsi de nombreuses scènes qui lui semblent géniales et que Kubrick a coupé : la scène de sexe que souhaite l’acteur avec la prostituée*** ou la tête coupée de la sniper vietnamienne…

Le livre est rare, n’existe pas en français, mais si vous tombez dessus…

* Kubrick essaya de signer le scénario à la place du blacklisté Dalton Trumbo
** « On ne demande pas à une danseuse si elle saigne des pieds » : Catherine Deneuve à un journaliste qui lui demandait de confirmer que le tournage de Dancer in the Dark s’était mal passé.
*** Et dont le tournage finalement le terrifiera, en ces périodes de révélation du SIDA




mardi 17 septembre 2019


Retour vers le passé
posté par Professor Ludovico

Avant de voir Apollo 11 – chef-d’œuvre de documentaire sur la conquête spatiale – au Pathé La villette, on doit subir une poignée génériques IMAX, sur le thème « préparez-vous au grand spectacle », avec vibration du siège, musique assourdissante, etc.

Cela évoque immédiatement Le Royaume de leurs Rêves. Dans la somme de Neal Gabler sur les premiers pas de l’industrie, l’auteur raconte comment cette attraction de foire devient, au début du vingtième siècle, un passe-temps mondial et bientôt un art. A l’époque, on ne diffuse que quelques images à grand spectacle (la Tour Eiffel ou les Chutes du Niagara) ; la foule donne ses 5 cents, s’esbaudit et repart cinq minutes plus tard vers l’attraction suivante, la Femme à Barbe ou le stand de pommes d’amour.

C’est peut-être ce qu’est en train de (re)devenir le cinéma, en tout cas le cinéma américain, qui propose de plus en plus des films spectaculaires peu regardables (dans tous les sens du terme) en dehors d’une salle de cinéma équipé d’écrans géants et de son surround.

C’est exactement ce qui s’est passé dans les années 50, quand la télé s’est généralisée aux Etats-Unis. Le phénomène a obligé l’industrie à un certain nombre de révolutions technologiques : la généralisation de la couleur, la création d’un format non adapté au téléviseur (le Cinémascope), mais l’a aussi amené à revoir ses contenus. A la place des drames intimes, des polars glauques, les genres à grand spectacle se sont développés : le western et le péplum*.

Aujourd’hui, ce sont les films de superhéros qui tiennent le haut de l’affiche, et le péplum a été remplacé par la Fantasy. Un autre genre suit une croissance exponentielle : le film d’horreur. Là aussi, un genre de films qui ne fonctionne pas devant sa télé**, mais où l’expérience de la salle, où l’on est prisonnier de son siège, produit l’effet maximum…

* Même s’ils préexistaient déjà (Intolérance, Tom Mix, etc.)
**ou alors en mode second degré, avec pop-corn et pizza.




dimanche 8 septembre 2019


Et Moi, et Moix, Emois…
posté par Professor Ludovico

L’« affaire » Yann Moix est intéressante à plus d’un titre, en tout cas pour ce qui nous concerne ici. Le piège diabolique de l’autofiction, notre douteux rapport avec la « vérité », le consensus qui tue toute forme de pensée, le point Godwin, le fonctionnement de l’industrie show-business, oui, toute cette affaire est passionnante…

Car disons-le tout net : si Yann Moix avait écrit Orléans à la troisième personne, il n’y aurait pas d’affaire. Le roman serait un vrai roman, pas un simple disclaimer sur la couverture jaune de Grasset. Il raconterait l’enfance d’un petit garçon subissant les sévices de parents maltraitants (fessées à coups de fils électriques, assiette de caca à ingurgiter, abandon dans la forêt, etc.) ; une histoire que l’on serait libre de trouver exagérée ou tragique. Point final.

Si c’est un roman, tout est possible, même de s’inspirer de la vie de l’auteur. Mais si c’est la vérité, on est en droit de l’examiner.

C’est là que les mâchoires d’acier de l’autofiction, du Biopic, du Based on a True Story se referment sur le lecteur/spectateur. En écrivant ce récit à la première personne, et en exerçant lors de la promo le chantage de l’autofiction, Yann Moix oblige le lecteur à adhérer à son histoire et lui interdit de la trouver exagérée. C’est la vérité, c’est ma vie ! clame-t-il dans ses premiers interviews.

Mais patatras, une semaine après la sortie du livre, la famille conteste ces événements dans la presse. Voilà le lecteur pris entre sa vérité et celle de son frère, qui raconte une histoire contraire. Yann Moix serait le bourreau, Alexandre Moix, la victime. C’est lui aurait fini la tête dans les cabinets, etc., etc.

Pas de problème, la mécanique marketing de l’autofiction a tout prévu : en apposant la douteuse mention de « roman » sur la couverture, on gagne sur tous les tableaux… quand la famille de Yann Moix se manifeste, Grasset rappelle qu’avant tout, Orléans est « romancé » Et Moix d’ajouter, sibyllin : « C’est un roman, pas un récit, car j’ai enlevé mon frère ». Sic ! … *

Mais pourquoi avons-nous cru au début à l’histoire de Yann Moix? Au Masque et la Plume, émission favorite du Professore Ludovico, personne n’a trouvé à redire à Orléans. « Chef-d’œuvre de Yann Moix », « Son meilleur livre », « L’histoire tragique et vraie des enfants battus », … Un unanimisme rare : au Masque, il y toujours quelqu’un qui n’aime pas…**

Pourquoi un tel consensus ? D’abord parce que l’émission, enregistrée avant la contre-attaque de la famille, a été diffusée après. Ensuite (et surtout) parce que personne ne peut oser émettre le moindre doute sur un sujet aussi sensible, et risquer de mettre en brèche le consensus général sur la tragédie des enfants battus.*** C’est là le deuxième chantage : il est impossible d’émettre une critique, même littéraire ou stylistique, parce que le livre parle d’un sujet consensuel.

Mais voilà que la vérité de la semaine dernière est soudain devenue inaudible. Ce qui nous amène au deuxième point. Pourquoi est-elle devenue une inaudible ? Par le même mécanisme qu’elle était incontestable la semaine précédente.

Car voilà que surgit un autre sujet consensuel. Yann Moix est accusé d’avoir écrit des articles antisémites, lorsqu’il était en Ecole de Commerce. Taratata, point Godwin atteint ! La victime est soudain devenue bourreau. Il n’y a aucun rapport (un livre de victime d’une part, une connerie de jeunesse d’autre part). Rien n’indique que Moix soit toujours antisémite. On pourrait même dire le contraire. Mais on est passé d’un consensus national (les enfants battus) à un autre consensus (la lutte contre l’antisémitisme).

Les vannes s’ouvrent. On peut désormais, inexplicablement, parler du livre Orléans, et en questionner la véracité : s’il a caché sur son passé antisémite, il a peut-être menti sur son enfance meurtrie. De sorte que l’on assiste à ce spectacle ahurissant : voir ces questions traitées par… Touche pas à Mon Poste, dont on ne peut pas dire que ses chroniqueurs aient été jusque-là des spécialistes de la littérature française. Pourtant leurs questions, ce jour-là, ne sont ni stupides ni illégitimes.

Autre intérêt de cette affaire, voir affleurer le fonctionnement du showbizness. Contrairement à ce que raconte en général le monde de l’art – l’artiste solitaire, Prométhée créant contre le monde de l’argent -, le secteur fonctionne comme un autre, l’automobile ou les assurances. Avec des grosses boites et des PME. Des clients et des fournisseurs. Des patrons et des employés. Tout un réseau de connexions. Après tout, rien d’étonnant si on regarde ça avec suffisamment de distance…

Mais là, soudain, le spectateur lambda peut voir ce fonctionnement, à nu. Au Masque, Frédéric Beigbeder aime le livre de Yann Moix ; c’est normal, c’est un ami. Ce n’est pas interdit, mais Beigbeder est aussi édité chez Grasset. Laurent Ruquier invite Yann Moix à s’expliquer dans On n’est Pas Couché. Pourquoi pas ? Mais Moix est son ancien chroniqueur, et personne ne lui apportera, durant cinquante minutes, la moindre contradiction (on aurait pu inviter les journalistes de L’Express qui ont sorti l’affaire…) Catherine Barma, qui produit l’émission de Ruquier, produit aussi Chez Moix, l’émission de l’écrivain sur Paris Première. Dans Touche Pas à mon Poste, qui prend la défense de Yann Moix ? Éric Naulleau, ancien chroniqueur d’On n’est Pas Couché. Qui prend aussi sa défense ? Bernard-Henri Lévy, injurié par le jeune Moix antisémite qui mais lui aussi est édité chez Grasset…

Oui décidément, cette affaire est passionnante…

* Un mode de défense que l’on a pu voir à l’œuvre pour sauver des films sous le feu de la critique : Hoover, Sully, Imitation Game, Mesrine

**Pendant toute l’émission, les chroniqueurs s’effarent de ce que subit le petit Moix, en s’étonnant que ce soit possible de nos jours. Peut-être que tout simplement, ça ne l’était pas …

***Imaginons un instant l’inverse. Yann Moix écrit à la première personne son expérience de père tortionnaire, en justifiant les châtiments corporels comme la meilleure forme d’éducation. La réaction du Masque aurait été évidemment toute autre. Déplaçons maintenant notre affaire en 1850, c’est encore l’inverse qui se serait produit : on défendrait Yann Moix, père autoritaire mais garant de l’éducation de ses enfants, et on rirait au contraire d’Orléans, sensiblerie ridicule d’un enfant devenu adulte.




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