[ Le Professor a toujours quelque chose à dire… ]

Le Professor vous apprend des choses utiles que vous ne connaissez pas sur le cinéma



lundi 6 août 2018


Le Royaume de leurs Rêves
posté par Professor Ludovico

Dans ce livre, sorti en 1988, et considéré depuis comme la Bible sur le sujet, Neal Gabler narre rien de moins que les débuts du cinéma, né comme une attraction de foire, et devenu – c’est au moins ce qu’on pense ici – l’âme des peuples. Comment une poignée de juifs en mal de reconnaissance ont construit, pierre par pierre, ce qui est aujourd’hui le principal loisir mondial. Mis de côté de la grande société blanche américaine du début du XX° siècle, exclus des arts nobles (opéra, théâtre, littérature), ces anciens cordonniers, chausseurs, boxeurs, fourreurs sont devenus les premiers (et les plus grands) distributeurs et producteurs de films ; rien de moins que les fondateurs d’Hollywood.

Cette histoire commence à l’orée du siècle. Au moment où les pogroms, le racisme, jettent les juifs des shtetls dans le rêve américain, le cinéma n’en est qu’à ses balbutiements. Le Nickelodeon – ce théâtre odéon de cinq cents (un nickel) – n’est qu’un spectacle de foire où l’on regarde, pendant huit minutes (taille maximum d’une bobine), des images du Grand Canyon, des Pyramides ou de la Tour de Londres. Certains innovent, reconstituent l’attaque d’un train. Et pour rendre les choses plus réalistes… les spectateurs sont assis dans un véritable wagon !

Mais personne ne s’intéresse à ce loisir mineur, qui semble n’avoir aucune perspective artistique, et condamné à une future disparition, comme le chamboule-tout ou la femme à barbe. Il faut donc des entrepreneurs qui n’ont rien à perdre, de jeunes juifs, prêt à mettre leurs (maigres) économies et leur (forte) énergie dans ce nouveau business.

Au début, ce n’est qu’une affaire de distribution. Ouvrir des cinémas, les gérer, en ouvrir d’autres avec les bénéfices… Mais – et c’est là la théorie de Neal Gabler – ces entrepreneurs vont faire bien plus. Par aspiration sociale, par un insatiable besoin de reconnaissance, ils vont tirer Le médium vers le haut. Ce sera leur théâtre à eux, leur opéra à eux.

En commençant par magnifier leurs salles, d’abord. En créant ces palaces des années 1910-1920, qui portent leur nom : les Loew’s, les Warner theatre, ou le fameux Mann Chinese Theatre sur Hollywood Boulevard. Succès instantané : le petit peuple peut se rendre dans une salle prestigieuse comme à l’opéra, mais à un prix abordable. Mais ils vont aussi améliorer le contenu, pour les mêmes raisons et les mêmes ambitions ; augmenter la durée des bobines, et raconter des histoires « universelles » en prenant bien soin de s’écarter le plus possible adapter de leurs origines juives ; d’où une pléthore de western, mais aussi l’adaptation des grandes œuvres : Shakespeare, la Rome antique, la Bible, avec à chaque fois un rappel strict aux valeurs morales (famille, patrie) qui vont forger l’Amérique. S’enrichissant, ils vont fuir vers l’ouest pour trouver des conditions de tournage plus clémentes (on tourne le plus souvent en extérieur) mais également les persécutions d’Edison, qui prétend posséder seul le brevet du cinématographe. Ils construiront là-bas, au soleil, le royaume de leurs rêves : la Warner (Sam et Jack Warner), la Paramount (Adolph Zukor), la Fox (William Fox), la MGM (Samuel Goldwyn, Louis B. Mayer), Universal (Carl Laemmle, Harry Cohn) …

Gabler raconte également la chute, d’abord avec un fait peu connu ; c’est eux, qui, indirectement, engendrèrent le maccarthysme. Devant la montée des sympathisants hitlériens (dont le père du futur président Kennedy), et voulant prouver à tout prix qu’il était de bons américains, les moguls demandèrent la tenue d’une commission des activités anti-américaines pour mettre à jour leurs agissements. Mais Roosevelt basculant dans la guerre, Hollywood se trouva soudainement du bon côté, et poussa son avantage en mettant à disposition de la propagande américaine tous ses techniciens (Hitchcock, Hawks, Frank « Pourquoi nous combattons » Capra…) et ses acteurs (Clark Gable, James Stewart…) Mais, une fois la guerre terminée, Roosevelt mort et un nouvel ennemi en vue, la Russie communiste, la commission des activités anti-américaines fut rapidement noyautée par l’extrême droite ; elle se mit à chercher des communistes plutôt que des nazis. Et parmi eux, beaucoup de juifs. Farouchement anti-communistes en tant que grands dirigeants de studio, les moguls se retrouvèrent piégés dans le maelström des dénonciations.

Après cela, les années 50 virent le déclin du système du studio. Ces hommes-là furent progressivement remplacés par des hommes plus jeunes, puis par le Nouvel Hollywood. Ils avaient bâti le royaume de leurs rêves et l’avaient aussi perdu. Ils avaient tout fait pour s’intégrer à cet idéal américain, et on avait tout fait pour les cantonner à leurs origines.

Pourtant, quand Jesse Lasky (cofondateur de la Paramount avec Adolph Zukor), entra mourant à l’hôpital, on lui demanda – au cas où il faudrait lui administrer les derniers sacrements – quelle était sa religion. Il répondit d’un seul mot :

« Américain ! ».




dimanche 8 juillet 2018


2001, L’Odyssée de l’Espace
posté par Professor Ludovico

2001 ressort en salles, et il n’y a pas de limites à notre émerveillement. On l’a vu 7 ou 8 fois, toujours en salle, car c’est un film qui ne peut pas être vu sur l’écran de télévision. Et pourtant, au-delà de la grande affaire marketing du moment (le réétalonnage effectué par le fan Christopher Nolan (réétalonnage dont on n’a pas vu grand’chose)), il reste toujours de l’espace à la réflexion dans le plus grand et le plus beau film de Kubrick. Pas sur le sens qu’on peut donner au film, puisque cela reste le débat éternel des pro- ou anti-2001. Il y a deux sortes de spectateurs, face au monolithe noir de la cinéphilie : ceux qui n’ont rien compris et détesté, et ceux qui n’ont rien compris et adoré.

On a expliqué dans une chronique précédente qu’on avait été formé à adorer 2001 avant même de l’avoir vu. Mais aujourd’hui, nous sommes capables de faire le devoir d’inventaire et de reconnaître que certaines de nos passions 80s n’ont pas survécu à trente ans de cinéphilie : Stand By Me ou La Vie de Brian, par exemple. Mais 2001 reste un bloc noir impénétrable, propice à la rêverie, à la réflexion et à l’analyse. S’il porte en lui des obsessions habituelles de son auteur, on en découvre à chaque fois de nouvelles. Inventaire.

L’incommunicabilité
Le thème transverse de Kubrick, c’est sûrement L’Odyssée de l’Espace qui l’a le mieux traité, et de la manière la plus extrême. A tel point que c’est peut-être ce qui rend le film inaccessible à une partie du public, en le privant de personnages traditionnels, capable de véhiculer des émotions. Et c’est, paradoxalement, un sujet d’étonnement.

Les films précédents de Kubrick avaient des personnages normaux, même si l’incommunicabilité faisaient partie des défauts des personnages, du Commandant King Kong dans Dr Folamour ou d’Humphrey Humphrey dans Lolita. Les personnages d’après seront dans cette même veine (Alex, Barry Lyndon, Jack Torrance). Et là aussi, ils seront incarnés.

Mais jamais, ailleurs que dans 2001, on trouvera pareilles coquilles vides que Dave Bowman et Frank Poole. Pourquoi ? Mystère. Même si l’humanité Kubrickienne se réduit souvent à une race d’insectes observés à la loupe, ici, c’est glacial. Point de héros, sauf… une intelligence artificielle. Premier indice.

Mais il faut y regarder de plus près. D’abord, tous les personnages ne sont pas joués de la même manière. D’un côté, les personnages « normaux » comme le docteur Floyd, prototype de l’américain sympathique, convivial, capable de discuter cordialement avec l’ennemi soviétique, faire le bon papa avec sa petite fille, et mener « à la cool » une réunion de travail. Pourtant, si on analyse ces scènes avec précision, quelque chose cloche. Floyd ment aux soviétiques sur « l’épidémie » qui ravage Clavius. Pire, il fait semblant de mentir pour crédibiliser l’idée d’une épidémie. L’échange avec sa fille a l’air normal, mais en fait il veut parler à sa femme (qui n’est pas là) et donc la conversation avec la petite fille est en fait artificielle ; il n’a rien à lui dire, et ne lui donne pas satisfaction sur le cadeau qu’elle demande. (On y reviendra, car il y a un autre anniversaire dans 2001). Sur la Lune, on retrouve le Dr Floyd, présenté comme une sommité appréciée. Il attend que l’élément extérieur soit parti (le photographe), ce qui indique que la suite est confidentielle. Et si le bon docteur parle de façon très conviviale, dans le fond il est en train de leur donner l’ordre de se taire. De se taire sur le plus grand évènement de l’histoire de l’humanité ? Sous l’apparence de la cordialité, la dictature.

Ensuite, il y a les astronautes. Et là, c’est une toute autre affaire. Ils ne parlent pas, ils ne se parlent même pas entre eux*. Pourtant ils ont dix-huit mois à faire ensemble, ces deux astronautes. On pourrait supposer qu’ils ont des choses à se dire, des blagues, des histoires à raconter. Non, ils font du sport seul, mangent seuls une nourriture infecte, jouent seuls aux échecs (contre la machine !) et quand ils se mettent à se parler, pour de vrai, c’est pour comploter. Comme Floyd.

Il y a là aussi une scène tout à fait étonnante d’anniversaire. Comme les astronautes sont en direction de Jupiter, les communications avec la terre sont devenues impossibles. Poole reçoit donc un message enregistré par ses parents. Ce qu’ils disent est évidemment convenu : la petite cousine s’est mariée, l’autre entre à l’université, on pense beaucoup à toi, etc. Mais ce qui est extraordinaire, c’est l’attitude de Poole. Il se couche avec un masque orange sur le visage et regarde la vidéo. Il n’a strictement aucune réaction. Dans n’importe quel autre film, le personnage serait amusé, énervé, ou excédé. Mais là, tel une machine, il n’a aucune réaction**.

La fin de l’humanité
Tout cela a un sens. Quand on met ça bout à bout, et qu’on interroge le reste de l’œuvre kubrickienne, tout s’éclaire. Kubrick n’a cessé à la fois de se fasciner pour les machines (dans la vie ou au cinéma) et de questionner ce qui signifie l’humanité. Ce n’est pas pour rien qu’il rêvait de faire I.A., un film qui interroge l’idée même de conscience.

Dans ses films, l’homme se transforme souvent en machine (les procédures mécaniques des pilotes de Folamour, qui mènent au désastre, les officiers des Sentiers de la Gloire qui appliquent les ordres les plus ridicules qui soient… ou ceux de Peur et Désir/Full Metal Jacket, qui se transforment en machines à tuer ou à violer.)

Il y a aussi Alex, qu’on voudrait « réparer », ou Jack Torrance, l’écrivain-traitement de texte, qui tape la même phrase comme un ordinateur buggé. A chaque fois que l’homme devient une machine, la violence n’est pas loin.

Dans 2001, le thème se répète trois fois. Une civilisation extraterrestre essaie de faire avancer les singes (puis l’humanité actuelle) dans la grande galerie de l’évolution, en lui offrant à chaque fois un monolithe noir en guise de manuel. Pourtant, à chaque fois, la violence l’emporte. On explique à un singe comment faire un outil ? Il s’en sert pour tuer ses congénères. On montre la direction de Jupiter au Dr Floyd ? Il cache la découverte aux russes (cela pourrait être une arme décisive). Seul Bowman, en devenant « plus-qu’humain » pourra échapper à la violence. En contrepoint, Kubrick offre un vrai personnage… à une machine : Hal9000 a une personnalité, des sentiments, discute gentiment avec les astronautes, s’inquiète de leur santé. Il est d’abord doué de raison, puis devient paranoiaque, puis fou, puis tueur.

Bref, humain.

La musique
Si l’on dépasse l’anecdote qui veut que Kubrick, après avoir envisagé d’utiliser Pink Floyd ou Alex North pour faire la musique de son film, ait eu la révélation en voyant qu’un monteur avait collé le Beau Danube Bleu sur ses images intergalactiques, il faut s’attarder sur le rôle fondamental de la musique dans L’Odyssée de l’Espace. Car à partir de ce film, Kubrick ne fera plus jamais appel à un compositeur. « Pourquoi prendre quelqu’un alors qu’on a à sa disposition la musique de Beethoven ? » dira-t-il quelques années plus tard.

Il y a quatre musiques dans 2001. Le thème de la transformation, Ainsi Parlait Zarathoustra, qui est devenu l’icône du film, salue chaque progrès de l’humanité. La valse de Strauss, Le Beau Danube Bleu, accompagne le mouvement majestueux des vaisseaux spatiaux en orbite. L’adagio de Gayane, seule « vraie musique de film » essaie de transmettre une émotion aux spectateurs ; le terrible sentiment de solitude des astronautes dans l’espace. Et la musique de Ligeti (Requiem et Lux Aeterna) musique totalement contemporaine puisqu’elle venait de sortir 1966 ; musique « anormale », stridente, atonale thématise la découverte du monolithe sur la Lune, puis le voyage à travers celui de Jupiter, la « porte des étoiles ».

Ces choix ne sont pas anodins. En effet Kubrick a une obsession pour la valse, car la valse, c’est humanité qui tourne en rond, c’est la décadence. (Le Beau Danube Bleu est présent dans la scène du bal dans les Sentiers de la Gloire et signe la fin du monde austro-hongrois, la valse de la Pie Voleuse, celle de l’occident ravagé par les punks d’Orange Mécanique, la Jazz suite de Chostakovitch, le déclin du couple Hartford). Au contraire, la musique de Ligeti, c’est le progrès. Dans Shining, Lontano est le début de la métamorphose de Danny vers un être supérieur qui terrassera Jack, le Père-monstre. Dans Eyes Wide Shut, c’est l’expérience initiatique de l’orgie (sur la Musica ricercata) qui détruit la valse infernale Kidman-Cruise pour que le couple (austro-hongrois, dans le livre) puisse renaître. Ici, Lux Aterna (la lumière éternelle) signe le transmutation obligatoire de l’humanité vers la Nouvelle Humanité, incarnée par le Bowman-fœtus final.

Le conte
La forme du conte a toujours fasciné Kubrick, même si ses films n’ont pas toujours été interprétés comme tels. Le conte comique, voltairien d’Orange Mécanique, par exemple. Mais aussi le conte de fée – façon petit chaperon rouge – de Shining. Ou le conte de noël pour adultes d’Eyes Wide Shut. Ici, il s’agit plutôt du mythe grec, installé homériquement dès le titre. Il est vrai que les Ulysse de 2001 font pâle figure. Mais il s’agit bien de l’odyssée de deux humains rusés, seuls face au monstre : ici, un cyclope à l’œil rouge sait tout de ces misérables humains et envoie des rapports détaillés aux Dieux restés sur Terre. Mais Cyclope déraille, et, dans la tradition de la bonne tragédie grecque, devient fou. Il va bien falloir que les héros trouvent le moyen de tuer la bête. Ils complotent en s’isolant dans une capsule. Mais – figure classique – le cyclope les surprend, et lit le plan sur leurs lèvres. Il tue Frank et les astronautes en hibernation, puis empêche Dave de revenir dans le vaisseau spatial. Pire, il se permet une blague macabre : « Ça m’étonnerait que tu arrives à rentrer sans ton scaphandre ». C’est mal connaître Ulysse: le héros grec a toujours plus d’un tour dans son sac. Dave l’archer (Bowman) fait sauter des boulons explosifs, retient son souffle, trouve un autre scaphandre, pénètre dans le labyrinthe rouge et blanc armé de son épée (un tournevis), puis tue le Minotaure électronique, qui se met alors à chanter… une comptine. La boucle est bouclée.

Les obsessions freudiennes
D’abord, il y a cette scène totalement incongrue de toilettes en zéro gravité. Beaucoup y ont vu un trait d’humour, mais il y a trop de scènes de WC chez Kubrick pour y voir de l’innocence***. Floyd vient souvent en orbite; pourquoi doit-il lire à nouveau les instructions ?**** C’est, là encore, l’illustration de la déshumanisation programmée : si les singes mangent la viande à pleine dent, les humains mangent une fausse nourriture : faux repas en purée multicolores, faux sandwich dans la navette. Manger comme des nouveaux nés, faire caca, ces préoccupations scatologiques sont totalement enfantines. Or, un bébé s’apprête à naître…

Et justement, il y a deux formes dans 2001, le rond et le pointu. Les seins et les phallus. Pendant tout le film, des choses pointues pénètrent des formes rondes.Vaisseaux spatiaux en forme de flèche, capsules et navettes rondes, roue en orbite pénétrée par leur fente centrale…

Et à la fin, surgit le plus incroyable bébé du cinéma. Il sera passé par plusieurs utérus. La station sur la lune, ovoïde rouge sang, les capsules fœtus où complotent les jumeaux Frank et Dave, contre papa Hal 9000. Dans le voyage final, on régresse à nouveau. Bowman passe de l’âge d’homme à celui de mourant en quelques minutes. A chaque plan, un Bowman plus jeune surprend son double plus vieux, puis en contre-champ, le plus jeune a disparu.

Il ne reste alors plus à un Bowman centenaire que de lever le doigt de la chapelle Sixtine (Dieu touchant son créateur, ici le monolithe) pour renaître à nouveau : un fœtus énigmatique, qui lance le regard face caméra le plus troublant qui ait jamais été donné de voir au cinéma….

*Dave et Frank parlent normalement dans une seule scène, celle de l’interview télévisé ; la fausse cordialité, la coolitude assumée du stéréotype mâle américain, est pour les medias, l’extérieur, la société. On voit bien les autres personnages américains de Kubrick qui entrent dans ce moule schizophrène : le Joker, les soldats de Folamour, Jack Torrance ou Bill Hartford.
** D’ailleurs il ne répond pas ce message…
*** Une leçon de morale morbide dans Shining, un suicide dans Full Metal Jacket, Mrs Kidman qui s’essuie dans Eyes Wide Shut
*** copyright James Malakansar




lundi 2 juillet 2018


« Vive la France, Vive la République ! »
posté par Professor Ludovico

Il y a trois semaines, ce vieux pays paradait. Notre magnifique Equipe de France allait tout gagner. Il y a quatre jours, on était aux fraises. Soudain, nos footballeurs ne voulaient plus jouer (idée bizarre, quand on y pense). C’était une bande de feignants trop payés qui ne couraient pas assez vite, des traîtres à la patrie pas assez motivés.

Ces critiques, bizarrement, on ne les entend jamais à propos du Tennis, du Rugby, ou du cinéma français. On ne reproche pas à nos artistes de ne pas bien représenter la France (Depardieu pissant dans un avion, au hasard), de ne pas payer ses impôts en France (tout le tennis français), de refuser de jouer en Equipe de France pour la Coupe Davis (une partie du tennis français). On ne reproche jamais au rugbyman français d’être un jean-foutre*, de ne pas courir assez vite, à un tennisman de ne pas avoir assez envie. Pourtant, tandis que le tennis français ne gagnait rien depuis Noah**, la France des fainéants gagnait deux Euro et une Coupe du Monde.

Mais voilà, les tennismen français, les rugbymen français, les artistes français, sont les bons représentants (blancs, éduqués) de la bourgeoisie française, et de ses loisirs. Le foot, sport des prolos, est joué par pire que des prolos (des noirs et des arabes !). L’ouvrier, on le sait, est souvent suspecté d’indolence…

Même Griezmann, le chouchou national, si mignon, si blanc, si français de souche, a fini par subir les foudres de la presse et des 60 millions de Footix, ces sélectionneurs amateurs qui ne s’intéressent au foot que tous les quatre ans. On peut se demander pourquoi ils s’y intéressent, d’ailleurs, vu le mal qu’ils en disent le restant de l’année. A moins de vouloir afficher, jusqu’aux joues (à coup de sticker bleu-blanc-rouge offert par les sponsors), un patriotisme de façade***.

Mais voilà l’Argentine. Le choc. La montagne. Messsi, Le-Meilleur-Joueur-Du-Monde. Et voilà, quatre à trois. Et la France se met à nouveau à rêver.

Pauvre France.

* Ce qu’il n’est pas plus qu’un footballeur…
** Les filles remontent heureusement le niveau (Wimbledon, Open d’Australie, Roland Garros…)
***On dit souvent que la foule du 13 juillet 1998 ressemblait à Libération de Paris. On pourrait y voir un troublant parallèle… Qui avait le plus à cœur de démontrer son patriotisme ce jour-là, sinon ceux qui n’avaient rien fait ?




mardi 26 juin 2018


Westworld saison 2
posté par Professor Ludovico

Déconstruction, voilà le maître mot. Depuis les films de Terrence Malick, une mode bien pratique s’est installée dans le cinéma : le montage asynchrone, où le mélange des temporalités. Mais n’est pas le Dunkerque de Nolan qui veut.

La complexité, c’est souvent un cache-sexe bien pratique pour cacher l’indigence du propos. Si le spectateur trouve ça trop compliqué, il se met d’office dans une posture anti-intellectuelle. Et le Professorino a beau jeu de chanter, en chœur avec la meute, l’antienne « c’est que tu n’as rien compris ! ». Si au contraire tu trouves ça brillant, intriqué, post-moderne, tu fais partie des génies à qui s’adresse le film/show. C’était le cas de certains Nolan, des derniers Malick (Le Nouveau Monde, Tree of life), et c’est totalement le cas de cette saison deux de Westworld où la cathédrale gothique de la saison une accouche d’un unique thème : l’immortalité. Comme c’est la période du bac, élève Nolan (Jonathan), vous avez dix heures, coeff. 4.

Mais on peine à comprendre où on veut en venir. Pas loin, une fois le dernier (et poussif) épisode… L’immortalité, oui, mais encore ? Deux ou trois rebondissements scolaires « X n’est pas ce que l’on croit », « nous ne sommes pas à l’époque que vous croyez » et « nous ne sommes pas vraiment où vous croyez être »… Des artifices déjà – trop – largement utilisé par l’un des producteurs exécutifs de Westworld, un certain JJ « Lost » Abrams.

Par ailleurs, la saison aura un peu trop abusé des gunfights ; beaucoup de robot sont morts (concept qui ne veut pas dire grand-chose, vous en conviendrez) pour arriver à ce dénouement minuscule. D’ici à penser que hémoglobine + montage déconstruit servent à cacher la misère, il n’y a qu’un pas…




samedi 16 juin 2018


Nous étions Marquis de Sade…
posté par Professor Ludovico

Voilà quelque chose qui n’a pas l’air d’avoir grand-chose à voir avec la cinéphilie, et pourtant… C’est peut-être tout simplement la passion. Le fait simplement d’« être fan » comme chantait Pascal Obispo. On y reviendra, d’ailleurs, à Obispo.

Le mois dernier, je suis allé voir Marquis de Sade en concert. Un rêve que je caresse depuis 1980, quand je lisais dans Best des articles élogieux sur le groupe leader de la No Wave française. La rubrique Frenchy but Chic nous donnait des nouvelles, nous qui étions, à Saint-Arnoult-en-Yvelines, à 55 km du front. Et nous étions fan de Marquis de Sade, simplement parce que Best le disait, et que ça vous donnait une incroyable crédibilité de prononcer ces mots « Marquis de Sade », « Rue de Siam » « Wanda’s loving boy » ou de les graver au marker sur son sac US.

Enfin en 2018, j’ai pu les voir en concert, et surtout j’ai pu écouter pour la première fois leur musique sur iTunes. Parce que oui, j’étais fan depuis quarante ans d’un groupe dont je n’avais pas écouté une seule note de musique. Impossible d’acheter les disques, même à Rambouillet. Trop loin, trop cher. Impossible aussi pour mes amis, donc pas non plus de cassette pirate .

Quel rapport avec la cinéphilie ? Et bien c’est la même chose. Un ami de lycée, Olivier avait le livre de Ciment sur Kubrick. Et ce livre disait que Kubrick était le plus grand cinéaste du monde. Donc on l’a cru. Pourtant, on n’avait vu qu’un seul film : Shining. La passion c’est ça ; l’amour inconditionnel. Ce qui n’empêche pas toute une vie durant de chercher des preuves d’amour.

Pendant le concert, Philippe Pascal a fait quelque chose d’extraordinaire. Entre deux chansons il a présenté le groupe en disant « Nous étions Marquis de Sade… » Typiquement, quand, disons, les Rolling Stones arrivent sur scène, c’est « Bonsoiiir Paris, nous sommes les Rooolliiing Stoooones ! » Pourtant, ils ne sont plus, et depuis longtemps, ce qu’étaient véritablement les Rolling Stones. Ancien boutefeux du vieux monde, ils sont forcément devenus, comme Marquis de Sade, des membres de la bourgeoisie*…

Mais « Nous étions Marquis de Sade… », c’est autre chose. Une façon d’indiquer que l’on est dans une capsule temporelle où l’on va jouer les chansons de 1979 comme si on y était, en ’79. La crise, la peur nucléaire, la France de Giscard. Mais après le concert, ce sera fini. Parce qu’objectivement, c’est fini. Le vieux monde est mort, un autre est né, avec ses qualités héritées des agitations des Stones et de Marquis de Sade (entre autres) et avec, aussi, de nouveaux défauts…
Mais dire « Nous étions Marquis de Sade… », c’est indiquer qu’on peut chanter sans risque des chansons romantiques sur la Bande à Baader, les sous-marins et les icebergs, ou Dantzig. S’il n’y avait pas cette capsule, ça aurait eu un drôle de goût.

Mais là, c’était parfait**…

* Comment croire que Jagger ne peut obtenir satisfaction, lui qui se promène dans son sous-marin personnel et qui vit dans un château de la Loire ?
** Daho, mais surtout Obispo, sont venus chanter avec MdS. L’hommage de ces megastars françaises au groupe qui leur a donné envie de tenir une guitare était très émouvant. Mais c’est surtout Obispo, qui connaissait par cœur Wanda’s loving boy et dansait comme un fou, qui a donné le plus beau des sens aux paroles écrites en 2004 : « Si j’existe, c’est d’être fan… »




vendredi 8 juin 2018


Blanche Gardin
posté par Professor Ludovico

Dans le monde du spectacle comique, apparaît de temps en temps une révolution : Fernand Raynaud, Coluche, Desproges, Gaspard Proust. Blanche Gardin est de celles-là. Son spectacle, qui passe en ce moment sur Canal+, ne ressemble à rien d’autre.

Vous la connaissez déjà ; elle a fait sensation aux Césars en osant se moquer de ce qui ne peut pas être moqué, c’est-à-dire #metoo*.

Son spectacle** est à l’avenant. Si Blanche Gardin narre les sempiternelles aventures d’une quadra dépressive, c’est-à-dire le moule d’à peu près tous les one man shows du monde, la différence est ailleurs. Pas dans le jeu de scène : il n’y en a pas. Debout sur scène, tenant son pied de micro à deux mains, Gardin se contente de hausser les sourcils et d’imiter quelques personnages. Une originalité, néanmoins : elle parle vraiment pendant 90mn, sans s’arrêter, même pour une punch line.

C’est le fond même du spectacle qui fait la différence ; ce que raconte Blanche Gardin est incroyablement intelligent (la demoiselle a un DEA de sociologie). Derrière le trash, derrière la vulgarité, elle dit des choses importantes ce que nous sommes en train de devenir.

À voir absolument, avant que Canal+ ne ferme.

* « Je suis à fond dans le mouvement. Y’en a marre du harcèlement. Mais j’ai une question… Pour les castings, est-ce que ça veut dire qu’il va falloir apprendre les textes ? »
** Je parle toute seule, sur Canal+




lundi 30 avril 2018


Rome
posté par Professor Ludovico

Quand on regarde une série, il ne faut jamais laisser trop de temps entre deux saisons. Normalement on patiente un an, et c’est déjà beaucoup.
J’ai vu Rome quand elle est sortie en 2005, et je regarde la deuxième et dernière saison cette année, 12 ans après.

Grave erreur !

Rome est-elle mauvaise parce que le temps a passé, et qu’on a vu beaucoup mieux depuis ? Ou était-ce mauvais tout court dès le début ? On sait que cette deuxième saison fut torpillée par la destruction totale des décors, suite à un incendie des studios de Cinecitta. La série coutait déjà fort cher, et comme il était hors de question de les reconstruire, Rome fut annulée.

La saison deux condense donc tout ce qu’il ne faut pas faire : des arcs narratifs tirés par les cheveux, et des personnages en carton qui changent d’avis comme de toge. On ne s’intéresse plus qu’à la grande Histoire, version Mankiewicz : Marc-Antoine, Octave, Cléopâtre…

Rome engendra en tout cas de beaux bébés ; HBO découvrit potentiel de la formule péplum + sexe ; elle devait faire florès quatre ans plus tard, sous une autre forme, celle du Trône de Fer.




dimanche 29 avril 2018


Godless
posté par Professor Ludovico

Le big sky. Ce n’est pas seulement le titre original de La Captive aux Yeux Clairs d’Howard Hawks, c’est la meilleure définition que l’on pourrait donner de la Terre des Fantasmes, quelques secondes après y avoir posé pour la première fois le pied. Quand on arrive aux États-Unis d’Amérique, c’est ce qui vous frappe en premier : le ciel. Un immense et bleu, devant, derrière, sur les côtés, sans limite. Un ciel de paradis, blanc comme les nuages qui y paressent… Un pays de géants, incroyablement beau.

C’est aussi ce qui frappe de prime abord dans Godless : la magnifique représentation – renouvelée – de cette immensité. Pourtant, elle n’a pas manqué de glorieux représentants dans le western classique, de la Monument Valley de John Ford, aux étendues neigeuses immaculées de Jeremiah Johnson. Mais c’est comme si Scott Frank avait su trouver pour Godless de nouveaux pinceaux, une nouvelle palette, pour filmer l’ouest, ses grandes plaines, ses déserts et ses forêts.

Pour une fois nous allons faire chronique commune avec Planet Arrakis, le blog de jeu de rôle du Professore. Car par un effet de synchronicité typiquement Jungien, ce qui se passe dans la vie se passe dans la série, et inversement. Le Professore Ludovico anime depuis quelques mois une partie de jeux de rôle western baptisé La Nuit des Chasseurs*. L’un de ses joueurs, l’auguste Beresford, nous signale Godless, « une série qui va vous plaire », tant elle ressemble aux aventures qui nous occupent autour de la table de jeu. On regarde donc. Et on est fasciné par les ressemblances : la vieille mine, la ville du Wild West, son saloon et ses putes, les indiens qui rôdent, les soldats perdus de la Guerre de Sécession… Normal, dira-t-on : dans les deux cas, on fait appel aux clichés du western, mais cela va bien au-delà. Dans le jeu, Karl Ferenc (il y a beaucoup de Cinefasters, à commencer par Le Snake, autour de la table), tire dans le genou d’un journaliste pour lui apprendre la vie. Dans le film, la peintre tire dans le genou pour apprendre la vie à un Agent Pinkerton. Il y a un cercueil, bourré de dollars, qui traîne quelque part dans La Nuit des Chasseurs. Idem dans Godless. Et une ambiance fantastico-biblique pèse sur le fatum des deux fictions.

Les clichés, malgré leur mauvaise réputation, font le genre, au cinéma, en jeu de rôle, en littérature. Ils sont les piliers sur lesquels le public s’appuie pour s’aventurer en terrain connu, et connivent, avec l’auteur. Pas de film de zombie sans blonde hurlante, pas de film de guerre sans soldat héroïque, pas d’heroic fantasy sans princesse à sauver… Sans, vraiment ? Pourtant, pas de blonde hurlante dans Walking Dead, pas de soldat héroïque dans La Ligne Rouge, et pas de princesse à sauver (c’est plutôt le contraire !) dans Game of thrones

Car pour faire œuvre, il faut transcender les limites du genre, les respecter, les violer, bref, jouer avec. C’est exactement ce que fait Scott Frank dans Godless : plutôt que d’aligner ces clichés, il les transcende**, démontrant qu’avec du travail et du talent, on peut passer du produit commun de série B au pur chef d’œuvre. Car ce n’est pas un western normal, même si sa forme et son propos restent étonnamment classiques.

Godless est d’abord extraordinairement esthétique (ne ratez pas les vingt premières minutes, jamais on a filmé comme cela les grandes plaines sous l’orage). Mais ses histoires sont toutes simples, pour ne pas dire éternelles. Un outlaw sur la voie de la rédemption, un shérif veuf, inconsolable, et à la ramasse, une fermière mère courage, et un vieux gangster revenu de tout, godless, qui veut récupérer un magot et se venger.

Mais dans cette soupe de légumes classique, Scott Frank, scénariste averti d’Hollywood pour pointures 90’s (Branagh, Spielberg, Sonnenfeld, Soderbergh***) ajoute des épices tout à fait étonnantes. La ville est spéciale, peuplée quasi uniquement de femmes depuis l’effondrement de la mine qui a tué leurs maris. De cet événement quasi biblique, Scott Frank tire parti pour lancer l’idée d’une utopie féministe anachronique, à l’aube du XX° siècle. Et fait de ces femmes des personnages qui ont les clefs en mains : au-delà de la tragédie, voilà une incroyable opportunité de devenir maîtresse de son propre destin. On verra ainsi s’esquisser un personnage lesbien absolument pas ridicule (ce qu’il craignait fort d’être), des femmes fortes et de faibles femmes, des hommes forts qui se révèle faibles et vice versa…

De Titanic, on disait ici que c’était un film con, car les films cons osent tout, et c’est à ça qu’on les reconnaît. On pourrait dire la même chose de Godless, une série conne qui ose tout et réussit tout. Un film féminin et féministe, un western d’action et contemplatif, une histoire de rédemption et l’impossibilité de la rédemption, des histoires d’amour (qui finissent mal en général…) Tout en maintenant une tension érotique pendant six épisodes sans jamais succomber à la tentation d’en montrer plus…

Et ce n’est rien dire des grands acteurs qui transforment ces clichés en personnages de chair de et de sang, où même les pires ordures auront leur moment de gloire. Car Godless est peuplé de ces acteurs « B » dont personne (sauf les cinefasters) connaissent le nom : Jack O’Connell (Skins, ’71, HHhH), Michelle Dockery (Downtown Abbey), Scoot McNairy (Halt&Catch Fire, Monsters, Twelve years a Slave, Fargo), Merritt Wever (The Walking Dead), Thomas Brodie-Sangster (Le Labyrinthe, Game of Thrones), Sam Waterston (La Déchirure, The Newsroom), Jeff Daniels (Speed, The Newsroom, The Looming Tower) …

Si une série est capable de vous donner envie de dresser des étalons, que vous dire de plus ?

* La Nuit des Chasseurs, par Yno, disponible ici
** La Nuit des Chasseurs, aussi, même si cette transcendance reste entièrement aux mains des joueurs et du Maitre de Jeu
*** qui coproduit Godless




lundi 16 avril 2018


RIP R. Lee Ermey
posté par Professor Ludovico

« If you ladies leave my island, if you survive recruit training, you will be a weapon. You will be a minister of death praying for war. But until that day you are pukes. You are the lowest form of life on Earth. You are not even human fucking beings. You are nothing but unorganized grabastic pieces of amphibian shit! Because I am hard, you will not like me. But the more you hate me, the more you will learn. I am hard but I am fair. There is no racial bigotry here. I do not look down on niggers, kikes, wops or greasers. Here you are all equally worthless. And my orders are to weed out all non-hackers who do not pack the gear to serve in my beloved Corps. Do you maggots understand that? »

Le Sergent instructeur Hartmann est au paradis des Marines, maintenant, parce que Dieu bande pour les Marines, tout simplement : « He plays His games, we play ours! To show our appreciation for so much power, we keep heaven packed with fresh souls! »




samedi 17 février 2018


La roue tourne (Wonder Wheel)
posté par Professor Ludovico

Depuis cinquante ans, la critique française est emplie d’admiration pour Woody Allen. Chaque année, on salue le dernier chef-d’œuvre du maître.

Certes, depuis quelques années, avec le renouvellement de la critique, on s’est progressivement mis à questionner la Grande Œuvre. Et on découvre que tous les Woody Allen n’étaient pas bons. Normal que le réalisateur de 54 films n’ait pas fait des grands films… Dans le même temps, des faits dans la vie privée ont commencé à écorner la statue, notamment quant fut révélé sa relation avec Soon-Yi, la fille de Mia Farrow.

Mais voilà l’affaire Weinstein et forcément, le retour des vieilles polémiques. Le gratin de Hollywood, jamais à l’abri d’une hypocrisie*, le lâchent tout aussi brutalement qu’ils se ruaient auparavant pour être dans « le dernier chef d’œuvre de Woody Allen », en renonçant à leur cachet. Babylone vit depuis toujours de ce mouvement de va-et-vient, le scandale et la pudibonderie, l’un relançant l’autre sur la balançoire du business.

Libération, pas le dernier à avoir encensé le new-yorkais, se lâche dans sa chronique de Wonder Wheel*. Mais c’est une phrase en particulier qui a attiré l’attention du CineFaster « son cinéma semble se resynchroniser à sa manière étrange avec le présent ». Etrange. CineFast a toujours considéré que c’était l’âme du réalisateur (Woody Allen ou Michael Bay) qui s’imprimait sur la pellicule. Mais c’est comme si, tout à coup, la critique qui a supporté le cinéaste new-yorkais avait décidé d’oublier son âme (et donc son œuvre) pour le lâcher en rase campagne. Soudainement, Woody Allen est devenu infréquentable.

Pourtant les rumeurs sur lui sont connues depuis longtemps. Et il suffit de voir ses films pour comprendre que c’est un obsédé sexuel, comme bien d’autres.

Mais voilà, les gens sont ce qu’ils sont, « ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, fuyards devant les périls et avides de gains. Tant que tu fais leur bien, ils sont tout à toi, ils t’offrent leur sang, leur vie, leurs enfants […,] mais dès que le besoin s’approche, ils se détournent… »

Citation de Machiavel, critique cinéma des Médicis.

* Notamment notre chouchoute décevante Greta Gerwig, affirmant : « Si j’avais su ce que je sais maintenant, je n’aurais pas joué dans le film. Je n’ai plus travaillé pour lui depuis et je ne travaillerai plus pour lui ». Ma chérie, il faut lire autre chose que Variety…
** « Il y a longtemps que le cinéma de Woody Allen assume son propre déphasage : excepté lors d’escapades en des destinations européennes de carte postale (Match Point, Vicky Cristina Barcelona ou Midnight in Paris), plus propices à la revitalisation de ses obsessions, le cinéaste n’a guère dévié, au fil des décennies, de son système ronronnant. Et peu importe que rien n’y varie ou ne s’y actualise depuis une éternité des situations qu’il dépeint, des personnages qu’il y fait s’agiter ou de la vivacité oratoire qu’il leur prête, perlée de gags mécaniques et de références aux livres de chevet de l’intello new-yorkais des Trente Glorieuses, puisque cette petite musique jouée avec l’expressivité d’un piano mécanique continue de bercer un public fervent, quand bien même plus grand-chose n’y ferait signe au monde qui la réceptionne. Etrangement, c’est alors même que le faisceau d’ambiguïtés et de controverses dont il fait l’objet depuis plus de vingt-cinq ans le rattrape que son cinéma semble se resynchroniser à sa manière étrange avec le présent. »




septembre 2018
L M M J V S D
« Août    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930