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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



samedi 24 décembre 2022


Jackie Brown
posté par Professor Ludovico

On sait ce qu’on pense ici de la filmographie de Quentin Tarantino. On peut néanmoins la résumer en quelques mots, pour les newbies. Quentin Tarantino refait, pour des millions de dollars, des films qui en ont couté quelques centaines de milliers. QT est probablement le plus grand cinéphile de tous les temps, mais il ne fait que recopier, avec un immense talent, les films de série B. qu’il a aimés. Par ailleurs, son cinéma n’a rien à dire. Combien de fois faudra-t-il le répéter : une œuvre d’art est là pour dire quelque chose : même Flashdance, même Doctor Strange in the Multiverse of Madness, même La Grande Vadrouille… Au contraire, le cinéma de QT est creux, il ne dit rien d’autre que les rêves de gamin de Tarantino, Quentin : un cinéma fait par un enfant, avec ses jouets fétiches : voitures, Cowboys et Indiens, Gendarmes et Voleurs.

Mais de cette filmographie minimaliste émerge, un film, un seul : Jackie Brown. Comme par hasard, le seul film qui n’est pas un scénario original de QT. Le seul film tiré d’un livre (Punch Creole, d’Elmore Leonard). Un livre. Un livre, ce jouet des adultes.

La période des fêtes est souvent l’occasion de revoir les vieux films. Jackie Brown n’a pas vieilli, il a même embelli. D’abord, on a rarement vu autant d’amour projeté sur une actrice à l’écran. Quentin Tarantino est fou de Pam Grier, et ça se voit. Il colle littéralement à son visage, et ne se lasse jamais de la filmer. Cela pourrait être une embarrassante démarche voyeuriste à la Hitchcock, une pure pulsion sexuelle, mais Jackie Brown est beaucoup plus. C’est George Cukor qui filme Audrey Hepburn dans Sylvia Scarlett, Vadim qui filme Bardot, Carax qui filme Binoche. Pour la première – et la dernière – fois de sa carrière, Tarantino a de l’empathie pour son personnage, et évidemment, ça en crée pour le spectateur. Pas pour n’importe qui, pas pour une blonde aux jambes de 2,50 m qu’il affectionne (Uma Thurman, Margot Robbie …) Non, pour une femme fatiguée, humiliée, qui sait que le meilleur est derrière elle. Cette femme c’est Jackie Brown, mais c’est aussi Pam Grier. En 1997, Grier a quarante-huit ans, elle sort d’un cancer, et n’a tourné que des navets mettant en avant sa poitrine. Elle est au bout de sa – toute petite – carrière. Ça tombe bien, Jackie Brown aussi. Elle a déjà fait de la prison pour son ex-mari et travaille comme hôtesse de l’air sur une compagnie merdique. Elle est harcelée par deux flics débiles (dont Michael Keaton, génial) qui se servent d’elle pour faire tomber un marchand d’armes minable, Ordell Robbie (Samuel L. Jackson). Ordell est un idiot, mais un idiot dangereux ; il vient de tuer de sang-froid un type qui pouvait le balancer. Comment va-t-elle sortir ? Comment va-t-elle embobiner tout le monde, flics et voyous ?

Arrive l’autre personnage attachant du film, interprété par Robert Forster dans son plus grand rôle : Max Cherry, chargé de caution quinqua à la ramasse, mais avec un sens inné de la décence et de la justice. Max tombe instantanément fou d’elle, comme le spectateur : au cinéma, ça s’appelle un point de vue.

C’est dans Jackie Brown qu’on voit à quel point le talent de Quentin Tarantino est gâché dans ses autres films. Il a ici un personnage de femme forte. Et c’est ce qu’il filme, précisément. Il ne filmera jamais la plastique, pourtant spectaculaire, de Grier, mais uniquement son visage, son sourire mystérieux, son profil de pharaonne. Il filme le cerveau d’une reine…

Il a un propos : qu’est-ce que la vie nous fait ? Et en particulier, qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que les hommes, font aux femmes ? Et Tarantino va tenir ça pendant 2h27 dans un polar crispé, alors que trois malheureux coups de feu seront tirés, on ne verra même pas de sang. La tension dramatique est uniquement transmise par ses fantastiques acteurs, ses dialogues brillants, ce qui, reconnaissons-le, est toujours formidable chez Tarantino. Samuel L. Jackson, tendu comme jamais, De Niro à contre-emploi en nounours pataud, Bridget Fonda en surfeuse blonde énervante dans tous les sens du terme…

Et Tarantino se permet même un fin douce-amère, une rareté chez lui. Une histoire d’amour qui finit mal entre Jackie et Max, dans une dernière scène sublime.

Il faut voir Pam Grier, au bord des larmes, chantonnant du bout des lèvres Across 110th street…. Puis esquissant, quand même, parce que la vie continue, ce léger sourire en coin… 

Been down so long, getting up didn’t cross my mind
But I knew there was a better way of life, and I was just trying to find…




mercredi 21 décembre 2022


Indiscrétions (The Philadelphia Story)
posté par Professor Ludovico

Indiscrétions était l’un des derniers chefs-d’œuvre de George Cukor qui manquait à la collection du Professore, donc merci OCS ! Réputé être LE parangon de la comédie de remariage (où un couple séparé finit par se remarier) on se jette doublement dessus. Evidemment, chef d’œuvre en vue : Cukor et sa muse Katharine Hepburn, Cary Grant, James Stewart, et des seconds rôles pas mauvais non plus (Ruth Hussey (la photographe) et Virginia Weidler (la petite sœur))…

Indiscrétions, c’est Hollywood 1940, c’est à dire à son sommet : dialogues en dentelle, méchants et plein de sous-entendus pour se jouer du code Hays, rythme effréné mais totalement maitrisé, casting parfait, et en état de grâce…

L’intrigue elle-même est raffinée, elle suit une pièce de 1938 qui relança la carrière de Katherien Hepburn. Tracy Lord, riche heritière de la Phildadelphia Main Line, la haute bourgeoise locale, s’est séparée il y a deux ans déjà de C. K., son playboy de mari (Cary Grant). Nous sommes à la veille de son remariage avec George Kittredge, un homme du peuple qui a réussi et veut briller en politique. Mais ce mariage haut de gamme intéresse au plus haut point Spy (le Closer local) qui dépêche un couple de journalistes mal assorti : l’écrivain raté Macaulay Connor (James Stewart) et Liz Imbrie, une photographe sarcastique et fataliste (Ruth Hussey).  

Car l’ex-mari a décidé de se venger en donnant accès à ce mariage au magazine Spy. Il a en effet un moyen de pression sur son ex-belle famille : la preuve que le père s’amuse avec une danseuse, en Europe.   

Voilà toute une meute de chiens dans un jeu de quilles pas tout à fait stable : Tracy veut-elle vraiment épouser Kittredge ? C. K. était-il un si horrible mari ? Et Tracy, une épouse exemplaire ? Se marie-t-elle pour donner une leçon au père défaillant ?

Cela va donner lieu à de nombreux quiproquos et surtout à d’innombrables combinaisons amoureuses entre les protagonistes… Mais surtout, et c’est toute la profondeur – et la force – du film, à une prise de conscience de chacun.  Pourquoi est-on réellement aimé ? Pour notre argent ? Notre beauté ? Notre statut social, et les opportunités, le confort qui en découlent ? Existe-t-il d’ailleurs un amour véritable ? C’est la question que pose Indiscrétions, tout à la fois comédie romantique et charge féroce, portée par les meilleurs acteurs, et l’un des plus grands réalisateurs, de cette génération…




mardi 20 décembre 2022


Le 7ème continent
posté par Professor Ludovico

Bienvenue – si l’on peut dire – dans l’univers glacial de Michael Haneke, l’homme qui a hérité de la Chaire d’Entomologie Stanley Kubrick.  Dans ce premier film, qui fut à l’origine un téléfilm refusé par la télévision autrichienne, tout le talent clinique de Haneke est déjà là.

Description robotique de la vie quotidienne en Occident – métro-boulot-nettoyage auto – on suit la vie d’un jeune couple qui a l’air normal et heureux… Le mari en pleine ascension professionnelle, la femme ophtalmologiste qui travaille avec son frère et une petite fille charmante, mais qui un jour, simule l’aveuglement en classe.

Une fille d’ophtalmologiste ? L’aveuglement ? Les Hanekiens savent à quoi s’en tenir : la catastrophe est en route. On ne déflorera pas la suite (atroce, comme d’habitude) parce que le talent de l’autrichien est toujours de filmer ce que William Burroughs aurait appelé le festin nu, c’est à dire la réalité toute crue. Ici, l’implosion, l’effondrement, est rendu d’autant plus abominable qu’il est lent, inexpliqué, et calculé. Aucune explication psychologique ne viendra sauver le spectateur, lui fournir un quelconque exutoire. Haneke filme tout, de manière répétitive. Cela pourrait être gênant, pénible ou tout simplement chiant. C’est justement pour cela que l’autrichien insiste. Là où les cinéastes traditionnels caressent les spectateurs, Haneke les prend par le col, leur brise les cotes, et leur plonge la tête dans la boue glacée en les obligeant à rester les yeux ouverts.

On peut vouloir ne pas être brutalisé au cinéma, mais c’est rater quelque chose, car seul Haneke a cette franchise-là…  




vendredi 16 décembre 2022


Le Narcisse Noir
posté par Professor Ludovico

Il ne fallait pas rater Le Narcisse Noir, car c’est le film culte du parrain du Queens, Martin Scorsese : pour lui, le plus grand film érotique qui soit. Normal, il y a des bonnes sœurs, un gars torse nu et un monastère himalayen bâti sur un ancien harem. On en fait plus, des films comme ça !

Sous la supervision de la jeune Clodagh (Deborah Kerr, la fixette de Michael Powell), une demi-douzaine de sœurs sont chargées de reprendre ce harem pour en faire un monastère chrétien sur les hauteurs de l’Himalaya. Sur place, elles devront gagner la confiance de la population locale, calmer les chaudasses (Jean Simmons), et se calmer elles-mêmes, devant le torse poil du bellâtre local (David Farrar)…

Evidemment, pas de sexe, on est en 1947 et il n’y a rien à l’écran, mais comme il est dit dans Mathieu 13:13 : « que ceux qui aient des oreilles entendent ! » Chez Powell, on est dans la sensualité bondage, tout en refoulement. Un regard qui dérape sur un torse, un stylo qu’on caresse, des lèvres qui tremblent…

Chaud comme la braise, on vous dit…  




jeudi 15 décembre 2022


Colonel Blimp  
posté par Professor Ludovico

Voilà un drôle de film, maintenant ! Qui commence comme une comédie sur la Seconde Guerre Mondiale avec une trépidante course-poursuite. 2h43 plus tard, Colonel Blimp se sera révélé une tragique réflexion sur l’amour, la mort et l’écroulement de l’Europe.

Le projet lui-même est étrange. Adapté d’un comic strip parodiant les vieux officiers anglais, Michael Powell transforme ce personnage iconique des valeurs anglaises en une histoire d’amitié anglo-allemande au long cours. La structure déroute tout autant. Le film commence par un jeune officier qui fait prisonnier, lors d’un exercice, le Colonel Blimp. Son argument : à la guerre comme à la guerre. Si les nazis trichent, les Anglais doivent aussi tricher pour gagner la guerre. Tout le contraire de ce que pense le Colonel Blimp : seules les valeurs traditionnelles de l’Angleterre : honneur, probité, respect de l’ennemi permettront de l’emporter.

On croit alors que le jeune homme est le héros du film, mais par une ellipse étonnante, le Colonel Blimp plonge dans la piscine du sauna et réapparait, quarante ans plus tôt, en jeune et fringant officier début de siècle. On ne suivra désormais que lui. Parti déjouer un complot anti-anglais en Allemagne, Blimp affronte en duel Théo, qui devient son ami. A tel point que Blimp le jette dans les bras de son amie Edith : les voilà mariés !  

On va suivre alors leurs différentes rencontres, alors que la guerre enflamme l’Europe : sur le front de 14, dans un camp de prisonniers en 1919, puis en réfugié du nazisme en 1939. Dans le même temps, une histoire d’amour, perverse et contrariée, irrigue le film. Edith, dont Blimp a compris trop tard qu’il était follement amoureux, et qu’il n’aura de cesse de se réincarner dans d’autres femmes (une infirmière, une épouse, une jeune militaire, toutes interprétées par Deborah Kerr…)

Film à la fois très conservateur et très sexuel, Colonel Blimp est ce drôle de mélange : une ode à l’Angleterre Eternelle, et un long poème fétichiste à Deborah Kerr, tout en étant également crypto-gay.

Si avec ça, vous n’avez pas envie d’y jeter un œil, c’est à désespérer de CineFast




lundi 28 novembre 2022


Pleasure
posté par Professor Ludovico

Rares sont les bons films sur la sexualité, et encore moins sur la pornographie. Depuis Day One, le cinéma exploite le corps nu (des femmes, évidemment !) et rame beaucoup sur le sujet. Il y a bien sûr Boogie Nights, le chef-d’œuvre Altmanien de Paul Thomas Anderson, incroyable chassé-croisé dans le Los Angeles des années 70 : un très grand film assurément.

Mais maintenant, il y a Pleasure de Ninja Thyberg. Un film radicalement différent, qui raconte pourtant la même histoire : une jeune arriviste débarque dans la Cité des Anges et rêve de percer dans le porno. D’abord bercée par la sororité de quelques copines sympas qui y travaillent déjà, elle comprend vite qu’il faudra faire beaucoup plus pour arriver au sommet, ce fameux carré VIP des pool parties qui détermine qui fera fortune dans le business. Pour cela, il faut tout accepter : le sexe et la violence. Et Bella est prête à tout…

Au lieu de travailler le sujet avec délicatesse, Ninja Thyberg l’attaque frontalement, sans chichi. Visuellement, il y a peu de différence entre son film et un véritable porno.

Mais voilà : celui-ci n’a rien d‘érotique, il est glacial et glaçant, notamment grâce à son actrice, Sofia Kappel, formidable monolithe blond de vingt ans qui prête son regard vide (et calculateur) au personnage de Bella.

Mais aussi parce que la réalisatrice maintient de bout en bout la distance exacte qu’il faut pour traiter ce sujet. Zéro préjugés, et zéro complaisance.




jeudi 17 novembre 2022


First Cow
posté par Professor Ludovico

Pour des raisons totalement inexplicables, nous n’avons jamais parlé de First Cow, le plus grand film de Kelly Reichardt, son cours marxisto-cinématographique sur la création de valeur et la naissance du capitalisme vers 1820, au fin fond de l’Oregon.

Deux femmes se promènent, de nos jours, sur les rives d’un fleuve. Un cargo passe au loin. Elles découvrent deux squelettes. C’est l’introduction sèche de First Cow, qui ne sera qu’un immense flash-back pour raconter comment ces squelettes se sont retrouvés là.

On découvre, deux cent ans plus tôt, ces trappeurs qui font commerce, en plein territoire indien, de la fourrure de raton laveur. Le Far West n’existe pas encore, les Etats-Unis sont une petite nation peuplée essentiellement à l’Est. Otis Figowitz est un jeune juif d’Europe centrale, qui va rencontrer King-Lu, un jeune chinois avec qui il se lie d’amitié. Les deux compères vont s’associer pour survivre dans ce monde brutal. Au-delà du symbole (l’Amérique est la fusion des peuples du monde entier) First Cow raconte rien de moins que la naissance (et la brutalité) du capitalisme.

Les deux jeunes gens, qui obtiennent immédiatement la sympathie du spectateur, vont « voler » le lait de l’unique vache de la colonie pour fabriquer de délicieux gâteaux. D’abord très appréciés, le duo va vite être démasqué.

A partir de ce tout petit argument, d’un décor minimaliste (un coin de forêt, la colonie, son pré, une vache), Kelly Reichardt crée comme d’habitude des personnages attachants, du suspens, et de l’émotion. Le B.A.-BA du cinéma. Mais elle fait aussi de la politique, sans faire du pontifiant.

Du grand art, vous dis-je.

NB : Tous les Kelly Reichardt passent en ce moment sur OCS. Vous n’avez pas d’excuse.




mercredi 2 novembre 2022


The Batman
posté par Professor Ludovico

Pour regarder sereinement The Batman, il faut faire fi – comme pour tous les films super-héros d’ailleurs – de l’inanité du propos. A savoir un justicier qui règle seul les problèmes dont la police est censée s’occuper ; les problèmes en question étant en réalité la corruption endémique de ladite police Gotham City ; et que, pour résumer, il s’agit d’un justicier solitaire associé à une police corrompue qui fait taire des gens qui dénoncent cette corruption ; tout cela sans autre forme de procès qu’un bon coup de poing dans la gueule…

Cherchez l’erreur. Si souvent, les méchants de cinéma veulent juste dominer le monde (ou le détruire), les antagonistes de Batman sont souvent des redresseurs de torts : The Riddler veut dénoncer le trafic de drogue, la maltraitance des enfants de l’orphelinat, Harvey Dent, la corruption de la police, Ra’s al Ghul veut sauver la planète et Bane veut s’attaquer au capitalisme boursier…

Ce qui fait des films parfaitement bancals, où l’on soutient les méchants (en désapprouvant un peu leurs méthodes expéditives, tout en ayant peu d’empathie pour le soi-disant héros (qui ne fait pas d’efforts pour être aimable), mais dont on finit par accepter les méthodes extrêmement expéditives pour arrêter les méchants, devenus trop méchants… et finalement soutenir le pouvoir en place.    

Si l’on accepte de faire fi de tout cela, alors oui, The Batman est un très bon film de genre. Matt Reeves, déjà brillant auteur de Cloverfield, de Let Me In et de deux Planètes de Singes, développe ici à la fois une telle esthétique visuelle et une telle maestria qu’il est difficile de ne pas rester en admiration, comme devant une toile de maître. Le film est long et bourré d’idées, mais son cinéma est au service de ces idées, et de ses (bons) acteurs. La narration est fluide, pas encombrée des affèteries nolaniennes… De sorte que ce Batman-là est un pur moment d’entertainment. Que demander de plus ? Le Professorino avait raison : il fallait voir ce Batman-là.




lundi 24 octobre 2022


Illusions Perdues
posté par Professor Ludovico

On découvre le cinéma français. On découvre Xavier Giannoli. Devant l’unanimité critique et copinesque, on a fini par craquer pour Illusions Perdues. Et là, c’est le choc : un film très beau, très bien construit, qui croit au cinéma, avec des acteurs au top niveau. Cécile de France lumineuse, Benjamin Voisin déjà vu dans Un Eté 85 mais qui explose ici, Vincent Lacoste enfin dans un autre rôle, Xavier Dolan, Jeanne Balibar, Salomé Dewaels et même Depardieu comme on l’a pas vu depuis longtemps.

Dans une construction simple mais efficace (The Rise and Fall of Lucien de Rubempré), le film use intelligemment de la voix off (souvent la jambe de bois des films qui ne tiennent pas debout). Mais il use de tout le cinéma sans souci d’esbrouffe. La reconstitution est belle, mais pas envahissante. Les effets sont là, mais à bon escient. On est avec Lucien, puis on le déteste…

Ne parlez pas d’une adaptation de Balzac, c’est bien d’un grand film dont il s’agit.




dimanche 25 septembre 2022


Les Infiltrés
posté par Professor Ludovico

Les grands films sont immortels, ils se réveillent comme des vampires à chaque visionnage et révèlent de nouvelles finesses*, comme les couches infinies d’un oignon… Et les grands films sont sur CineFast, évidemment… Mais non, Les Infiltrés n’y sont pas ! Pourtant il repasse sur OCS et à chaque fois, on reste jusqu’à la fin, et pas seulement pour son final incroyable.

Une seule explication à cette absence : les doutes à l’époque de Ludo Fulci ou du Framekeeper, qui, sous prétexte qu’il m’avait offert Internal Affairs prétendait que l’original était beaucoup mieux. Un film hongkongais beaucoup mieux qu’un film de Martin Scorsese ? Ça frise la trahison. L’affaire fut réglée autour d’un alcool de marrons ramené directement de Corse, canal historique.

La force du film de Scorsese, et la force de tous ses grands films (Taxi Driver, Les Affranchis, Le Temps de l’Innocence, Casino, Le Loup de Wall Street…), c’est de mettre toute sa maestria cinématographique au service de la narration, et uniquement de la narration. Ses films « ratés » (A Tombeau Ouvert, Les Nerfs A Vif, Gangs Of New York, Hugo Cabret) sont au contraire des films où la maestria dépasse la simple efficacité et se met au service d’autre chose, à savoir l’hubris de Martin Scorsese, l’Artiste, le metteur en scène le plus virtuose de sa génération.

Mais cette fois ci, l’italo-américain est bien corseté dans un scénario en béton signé William Monahan**. Il est loin de ses bases, à 350 km de Little Italy ; dans le camp d’en face, à vrai dire : Boston, les Irlandais, la cornemuse. Pas de de Niro, de Joe Pesci, de Lorraine Bracco à l’horizon… Non, en face de DiCaprio, le loner infiltré au bord de la crise de nerfs, un casting 100% Massachussetts ou presque : Matt Damon en gendre idéal, mais parfait traître impuissant. Mark Wahlberg en flic survolté qui n’a jamais appris les virgules en CE1 (et les remplacé par fuck). Martin Sheen en vieux chef sage et modérateur, Alec Baldwin en grande gueule FBI. Et évidemment Jack Nicholson en mafieux cocaïné…

Le casting, c’est avec le montage, le grand art du cinéma. Combien de films ratés par des erreurs de casting ? Mais dans les Infiltrés, tout est parfait, jusque dans les défauts. Vera Farmiga ne joue pas très bien ? Elle incarne parfaitement cette fragilité naïve et tragique, qui mènera les personnages à leur perte. Nicholson en fait trop ? C’est le personnage qui en fait trop, croyant que tout est possible quand on a la plus grosse paire de couilles du monde…

Le duel principal, Costigan/Sullivan, lui, est parfait.  DiCaprio, le nouveau Nicholson, apporte son intensité, sa violence, non pas à l’extérieur, mais vers l’intérieur du personnage. Costigan est terrorisé, ce n’est pas du tout un héros, même quand il prend le dessus. Matt Damon, qu’on a longtemps sous-estimé comme acteur – parce que c’est un anti DiCaprio – est son parfait contrepoint. Il a l’air terne, mais lui aussi est terrorisé, et essaie au contraire de jouer le mec viril.

La grande réussite des Infiltrés est là : prendre fait et cause pour DiCaprio, mais nous faire aussi trembler pour Damon. La mise en scène crée perpétuellement cette tension. Cela devrait être lassant, c’est passionnant pendant deux heures trente.

*Par exemple, l’homosexualité latente de Matt Damon est amené tout au long du film : son impuissance quand il fait l’amour à Madolyn, sa gêne dans le cinéma porno et l’allusion finale de Dignam « Tu me suceras la bite » : comme par hasard, Dignam est le seul qui n’est pas dupe de Sullivan  

** Kingdom of Heaven, Mensonges d’État, Oblivion, Sin City : J’ai tué pour elle




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