[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



vendredi 24 juillet 2026


Sang pour Sang
posté par Professor Ludovico

A l’époque, on était passé à côté de Sang pour Sang, le premier film des frères Coen. La faute, probablement, à une VHS trop sombre et une cinéphilie tout juste naissante…

Après 40 ans de geste coenienne, tout est là. Blood Simple, c’est la racine de l’œuvre des frères Coen : la bêtise crasse de l’humanité, encore et toujours… Ici, un patron de bar cocu (Dan Hedaya) veut faire tuer sa femme (Frances McDormand) et son amant par un privé encore plus corrompu que lui, le parfait M. Emmet Walsh . Chaque personnage étant plus bête que son voisin, cela finira en drame général.

Mais Sang pour Sang, c’est aussi l’esquisse stylistique du Coen Brothers Style. La petite ville silencieuse et nocturne dans la scène finale ressemble beaucoup à celle de No Country for Old Men. L’appartement angoissant (Barton Fink), l’incompréhension dans le couple (Intolérable Cruauté, A Serious Man, Burn After Reading), qui peut finir en assassinat (Fargo), les conversations philosophiques au bar, le narrateur omniscient (The Big Lebowski)…

Et bien sûr, la musique américaine comme décor, ici les Four Tops, Patsy Cline et la musique mexicaine, en plus la musique originale de Carter Burwell, qui suivra les Coen sur presque tous leurs films…




mercredi 22 juillet 2026


Garde à Vue
posté par Professor Ludovico

Garde à Vue, c’est le chef-d’œuvre imputrescible pour le Ludovico et Notre Dame de Nazareth. Depuis 1981, le Professore a usé sa VHS jusqu’à la corde. Mais en conséquence, ne l’avait pas revu, puisque VHS, y’a pus… Dans son étable de de Nazareth, Notre Dame avait miraculeusement une copie DVD, donc on regarde à la Noël, et voilà que ça repasse enfin sur Arte. L’occasion de le voir deux fois en quelques mois : la bête n’a pas vieilli. 

Rappelons l’argument : Maître Martinaud, notable à Cherbourg, est convoqué le soir de la Saint-Sylvestre par l’inspecteur Gallien. Il veut quelques précisions. Quelques semaines plus tôt, le notaire a découvert le cadavre d’une petite fille… Martinaud passe rapidement de témoin à suspect numéro un : le voilà désormais en garde à vue.

Commence alors un jeu de chat et de souris entre le flic et son suspect, un affrontement littéraire signé par un Michel Audiard sobre mais ultra-efficace. Le flic est carré, c’est Lino Ventura. Le notaire est tortueux, c’est Michel Serrault, qui n’arrange pas son cas en jouant au plus malin, sans avoir d’alibi clair.

C’est aussi l’affrontement de deux gigastars, l’acteur Ventura qui ne joue que lui-même, flic conservateur, désabusé et accroché à ses valeurs. En face, un comédien ultra doué, Michel Serrault, capable de tout jouer, Zaza Napoli ou Maître Martinaud.

Les deux acteurs ne s’aimaient pas trop et ça se sent, mais cela sert le film, rendant l’affrontement incroyablement tendu jusqu’au bout. A cela vient s’ajouter un Guy Marchand impeccable en grand con et flic à la ramasse.

Le film se déroule dans un seul décor, un modeste bureau de Police Judiciaire. Des chaises, un portemanteau, des paquets de cigarettes… Claude Miller, qui ne fera jamais mieux, sort sa caméra à l’extérieur en de rares occasions : un corps sans vie, un phare, la devanture du bistrot-alibi du notaire…

De cette simple architecture, Miller obtient le maximum. En jouant sur les basiques du cinéma : plan large, champ/contrechamp, léger zoom, fondu au noir. Avec en contrepoint, la musique foraine douce-amère de Georges Delerue. Tout est misé, à raison, sur les acteurs et ces fabuleux dialogues.

Et sur leur qualité toute littéraire : nous renseigner sur les tréfonds de l’âme humaine…




vendredi 17 juillet 2026


Noblesse Oblige
posté par Professor Ludovico

C’est le genre de film dont tout cinéphile à entendu parler, Noblesse Oblige : « Mais oui, c’est quoi ce truc ? Eh ben c’est le film avec Alec Guiness qui joue 8 rôles ». Alors évidemment le Cinefaster se sent obligé de cocher la case ; on regarde quand ça passe sur Arte.

Bon c’est pas terrible, Noblesse Oblige. Guiness n’est pas le rôle principal, mais incarne – ce qui devait faire beaucoup rire à l’époque (1949) – les huit victimes : un amiral, un révérend, une lady, etc.

Le tueur, bâtard parvenu qui veut venger sa mère et récupérer le titre de Lord d’Ascoyne, est joué par le ni drôle ni charismatique Dennis Price.*

Sinon le film est plutôt mauvais esprit ; l’ascension amorale d’un petit via l’élimination de toute une grappe de la Haute, tous insupportables. Pas un pour rattraper l’autre, ni le tueur, ni sa chérie, ni l’époux de celle-ci… ni, encore moins, les victimes. Le final est assez plaisant, mais, sous la main d’un Mankiewicz ou d’un Preminger, cela aurait fait des étincelles.

Là, c’est quand même très vieillot…

*Il a d’ailleurs fini dans des nanars, genre La Griffe de Frankenstein




mardi 9 juin 2026


La Taupe, retour au Cirque
posté par Professor Ludovico

On avait pris un peu de haut La Taupe à l’époque. Ça arrive, que le Professore prenne les films de haut… C’est devenu depuis un film chéri. On ne se lasse pas de le revoir, soit par bouts (chacune des scènes est culte), soit intégralement, comme hier.

Ce qu’on prenait pour de la complexité était de l’art. Oui, l’art de l’artisan qui polit avec amour le merisier dont il fera une belle table. L’histoire de La Taupe n’est pas simple ? Mais Ludovico, on est chez John le Carré, pas chez Ian Fleming ! Ce n’est pas clairement raconté ? Mais il a rien compris le Ludovico, ou quoi ? C’est justement ce que veut Tomas Alfredson : une ambiance paranoïaque, comme celle des sixties Cold War.

Les personnages et leurs acteurs sont tous fantastiques, émouvants de bout en bout. On frissonne au début de chaque scène – c’est le plaisir de la revoyure que d’anticiper les émotions à venir ! Le Jour de Noël, où le MI-6 entonnent l’hymne soviétique, la cuisine où Guillam révèle à la fois sa vie intime et comment s’en débarrasser, cet aérodrome où un avion menaçant fait craquer Esterhase. La Taupe fait partie de ces films impossibles à lâcher… Tout est parfait, l’image (signé par Hoyte van Hoytema*), le son, la déco, la musique (Julio Iglesias !)

Frissonner à chaque fois qu’on s’approche de l’être aimé, n’est-ce pas la définition même de l’amour?

* révélé par Tomas Alfredson dans Morse mais qui a enchainé les master class de chef’op chez Christopher Nolan, James Gray, Jordan Peele : Interstellar, Spectre, Dunkerque, Ad Astra, Tenet, Nope, Oppenheimer et bientôt L’Odyssée !




vendredi 22 mai 2026


Soleil Levant
posté par Professor Ludovico

C’était une époque de panique. En 1990, Sony avait racheté la Columbia, et c’était une tragédie. La revanche des Japs, Pearl Harbor : Renaissance, les faces de citron allaient manger tout cru l’Amérique post-reaganienne à coup de jeux vidéo, de téléphones portables, et de CD-Rom.

Evidemment ça n’est pas arrivé, car Hollywood, telle la Baleine, avale ses acheteurs et les recrache sans changer d’un iota, comme ce fut le cas plus tard avec Vivendi et Pierre Lescure.     

C’est tout l’intérêt de Soleil Levant, adaptation du livre parano de Michael Crichton par Philip Kaufman, surtout connu pour L’Etoffe des Héros.

Depuis 1993, ce film traîne dans la tête du Ludovico depuis que le Prince d’Avalon, en pleine nippophobie, avait adoré le film en salle. Aujourd’hui, c’est avec le plaisir du 14ème degré qu’on regarde Soleil Levant.

Le film est extraordinaire, aussi bien dans sa forme eighties, sa scénarisation bancale, que dans son propos ouvertement raciste. Ce qui réévalue évidemment à la hausse – le dira-t-on jamais assez – les films Michael Bay de la même époque avec les mêmes acteurs (The Rock et Armageddon), qui eux, n’ont pas pris une ride, sont autrement plus beaux, et autrement plus intéressants…

Donc si vous voulez une bonne dose de clichés racistes et sexistes sur les Japonais, des Américains bienveillants qui cherchent à comprendre la culture nippone tandis que des conglomérats sournois veulent mettre la mains sur les semiconducteurs made in america*, des ascenseurs qui parlent et des yakuzas rigolos, si vous voulez voir un noir (Wesley Snipes) sidekick comique d’un blanc qui sait tout (Sean Connery), si vous voulez voir 90% de Tatjana Patitz, ou retrouver Ray Wise sans Laura Palmer, courez acheter des popcorns…

Et lancez le laserdisc !

*Les très justement nommés MicroCon…




vendredi 22 mai 2026


Herbes Flottantes
posté par Professor Ludovico

Après avoir été converti au cinéma carré et immobile du grand Yasujir? Ozu (par le Framekeeper lui-même en personne !), puis l’avoir apprécié seul (Gosses de Tokyo, Le Goût du Saké, Fleurs d’Equinoxe (ah ! L’enthousiasme du jeune converti !), voilà qu’Herbes Flottantes nous est proposé par Lady Turenne. Herbes Flottantes, comme chacun sait, est le remake couleur de son film de 1934.

Bon.

Avouons que, même pour un Ozu, c’est diablement lent.

Une troupe de théâtre à la ramasse débarque sur une île, et on découvre que Komajuro, le maître kabuki, n’est pas l’oncle du jeune Kiyoshi, mais bien son père. Jalouse, la maîtresse actuelle de Komajuro envoie une jeune actrice le séduire. Deux intrigues, quelques blagues, voilà l’essentiel, et ça ne tient pas bien 119 minutes…

Personne n’est parfait.   




mercredi 13 mai 2026


Conclave
posté par Professor Ludovico

Ralph finesse. On oublie – parce qu’il est discret – que Ralph Fiennes est un très grand acteur. On sait qu’il a commencé comme la pire ordure au monde, le terrible Amon Göth dans La Liste Schindler, un rôle qui aurait tué bien des carrières. Mais depuis, il a tout fait, ou presque : Le Patient Anglais, John Steed dans le très mauvais remake de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, un tueur en série dans Dragon Rouge, Voldemort ou Hadès, bossé chez James Bond ou Wes Anderson, joué un réalisateur très affecté chez les Coen dans Ave César

Ici, il campe un cardinal compassé dans Conclave. Un « administrateur », selon ses propres termes, chargé, à la mort du souverain pontife, d’assurer le conclave qui va désigner son successeur.

Le film reconstitue avec réalisme cette opération. Edward Berger, qu’on a connu moins fin dans le remake de A l’Ouest Rien de Nouveau, pilote dans un classicisme de bon aloi cette adaptation du livre de Richard Harris. Il suit les méandres de cette élection si mystérieuse, ces 103 cardinaux servis par quelques bonnes sœurs qui doivent élire le nouveau pape en restant confinés pendant des jours dans la Chapelle Sixtine. Chacun prétend ne pas vouloir accéder à la candidature suprême et pourtant rêve de devenir le nouveau vicaire de Christ.

Fiennes incarne parfaitement ce cadre sup du catholicisme, tiraillé entre sa foi vacillante et ses compétences de diplomate, assurant avec un rare sens moral la mission qui lui a été confiée.

Le thriller monte lentement, car même confinés, l’extérieur, le monde est là, et il intervient dans les débats : sexualité, islamisme, progressisme et traditionalisme…

Tout cela est assez passionnant, jusqu’à la surprise finale, qui gâche un peu le plaisir en violant la Loi d’Olivier. La fameuse loi qui dit que l’auteur ne peut pas être le Dieu omniscient de son univers. En effet, aucun indice n’est laissé au spectateur qui permette de deviner le final. D’où l’impression (même si moralement, c’est une belle fin) de s’être fait un peu escroquer…




lundi 4 mai 2026


Un Ours dans le Jura
posté par Professor Ludovico

C’est donc ça, le fameux César qu’a (enfin) eu Franck Dubosc ? Ici, on n’en a rien à foutre de la Palme des Alpes Maritimes, du César Compressé, des Oscars « indie » à 18 millions de dollars*… Mais avouons-le, notre cœur de midinette avait craqué devant le « Césario » 2025 de Frank Dubosc. Et encore plus touché par son vrai César et son discours de cette année.

Car ce qui manque aux César, c’est tout simplement une récompense comique. S’il y avait un César de la Comédie, un César du Meilleur Acteur Comique, du Meilleur Second Rôle Comique, ce genre serait plus méprisé. On ne comparerait pas la performance extra de Delphine Baril dans Les Pistolets en Plastique avec Nina Meurisse, la gagnante des César 2025 pour L’Histoire de Souleymane ! Plus fondamentalement, on pourrait distinguer la bonne comédie de la mauvaise, ce qui, avouons-le, ne ferait pas de mal au cinéma français !

Eh bien, en voilà une de bonne comédie. Un Ours dans le Jura se place clairement dans les traces ursidées des Frères Coen. Un dérapage incontrôlé, des migrants qui font plus que migrer, des gangsters pas fut-fut et des gendarmes pas si neuneu. Dubosc tient parfaitement son sujet, n’en fait pas trop (on l’attendait au tournant – verglacé -), Poelvoorde non plus. Calamy est très bonne, comme d’habitude.

Que demande donc le peuple, sinon une bonne comédie française ?

*coût de la promo d’Anora, soit 3 fois le coût du film lui-même…




mercredi 15 avril 2026


Madame de…
posté par Professor Ludovico

C’est donc ça le chef-d’œuvre de Max Ophuls ? Pourtant au début ça semble mal parti, sur une simple comédie Belle Epoque : général d’artillerie, ambassadeurs, et épouses légères.

Dans cette ambiance Mitteleuropa, un couple moderne :  Madame de… (Danielle Darrieux) vend ses bijoux, pour rembourser une dette de jeu. Monsieur de… (Charles Boyer) les rachète pour les offrir à sa maitresse.

Dans ce milieu aristocrato-diplomatique, les couples libres vont de bras et bras. Madame de… a de nombreux soupirants, Monsieur n’est pas en reste. De gentilles piques sont échangées lors de fêtes en tout genre, mais tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Cette intrigue, on la suit visuellement à travers un McGuffin, les fameuses boucles d’oreilles. Rendues, revendues, achetées, rachetées, dans ce cercle vicieux qui semble obséder Ophuls puisqu’il y a même consacré un film, La Ronde. Cette forme, métaphoriquement signifiée par la valse, l’éternelle symphonie de la vie qui retombe effroyablement sur ses pieds.

La valse, c’est aussi le symbole de la vanité des personnages. S’aiment-ils vraiment ? Se détestent-ils un peu ? Sont-ils vexés, ou humiliés ? Ophuls tisse sa toile, basculant son film lentement vers la tragédie.

La mise en scène, discrète, est exceptionnelle. Des plans séquences qui paraissent gratuits, comme la scène de l’escalier du bijoutier que l’on monte ou que l’on descend, singeant l’ascension ou le déclin social des personnages. Ou le traveling qui termine sur l’ombre de l’amant. Sans parler du final ambigu, qui laisse au spectateur faire sa conclusion.

Oui, Madame de… est un grand film.




mardi 27 janvier 2026


John Wick
posté par Professor Ludovico

On cherchait un successeur à Michael Bay, et on l’a peut-être trouvé dans la personne de Chad Stahelski, ancien cascadeur de Matrix reconverti cinéaste fluorescent par la grâce de Keanu Reeves.  

On a fini par se résoudre, sous le doux lobbying des Hellogeekettes, à regarder premier épisode de la franchise. Question de crédibilité cinématographique pour le Professore Ludovico.

On n’est pas déçu : John Wick est magnifique, beau et con à la fois, comme un bon Michael Bay. Le pitch à lui seul est digne de Pétrarque : le pauvre John vient de perdre sa femme, elle lui avait offert un chien avant de mourir. Un voyou russe lui vole sa bagnole et tue le chien. Deux bonnes raisons de se venger, et c’est parti pour une heure trente-sept minutes de bastons chorégraphiés, fusillades dantesques et cascades de bagnole. Ça sent pas le Bourdieu, ni la morale à deux balles…

Tout cela est éclairé comme la Sainte Chapelle par Jonathan Sela, avec une DA de toute beauté ; ambiance vertes, bleues, violettes, parsemées ici et là de taches de couleur. Tout simplement magnifique.

Mais le vrai génie de John Wick, c’est de savoir où il habite ; sa force, d’être pile au niveau où il prétend être : pas un film prétentieux, mais bien un pur divertissement totalement assumé.

Ça donne immédiatement envie de voir la suite.




août 2026
L M M J V S D
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31