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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



dimanche 19 juin 2022


Ma Femme est une Sorcière
posté par Professor Ludovico

Le cinéma de l’Age d’Or réserve toujours des surprises. Tout simplement parce qu’il représente, ne serait-ce que symboliquement, la vie de nos grands-parents. Comment dès lors imaginer qu’ils ont été jeunes, eu des amants ou une sexualité ? Nous sommes tellement attachés à l’idée de progrès qui, comme le dit Frank Herbert « n’est qu’un mécanisme de protection contre les terreurs du futur », que nous croyons vivre une époque de totale liberté sexuelle alors que nos parents et grands-parents se seraient contentés d’un missionnaire hebdomadaire*…

Il suffit pourtant de voir Ma Femme est une Sorcière, un film de René Clair, exilé à Hollywood à cause de la guerre, pour comprendre que ce n’est pas le cas. Le pitch lui-même est délicieux : des sorciers (père et fille) brûlés à Salem en 1690 voit leurs cendres emprisonnées sous un arbre. Avant de mourir, ils maudissent leur accusateur puritain, un certain Wooley, en promettant l’enfer conjugal, pour lui et ses descendants. La malédiction se vérifie à travers les âges, mais en 1942, un éclair bien placé abat l’arbre et libère les sorciers, qui se réincarnent bientôt en Daniel, père alcoolo (Cecil Kellaway) et Jennifer, la beauté fatale (Veronica Lake, vingt ans et toutes ses dents). Ils n’ont désormais qu’un seul but : se venger du Wooley actuel (Fredric March, qui joue tous les Wooley)

Celui-là n’a pas l’air bien méchant : il est candidat au poste de gouverneur et va épouser la brune Estelle, fille de son principal soutien (excellente Susan Hayward). On sait déjà que ce mariage est malheureux, malédiction oblige, mais que se passera-t-il si la blonde Jennifer tombe amoureuse de sa victime, ce qui va évidemment être le cas ? Une délirante suite de quiproquos, qui fait penser aux modernes héritiers Working Title (4 Mariages et un Enterrement, Coup de Foudre à Notting Hill…), et qui va donner lieu à toutes sortes d’affrontements entre sorciers, gouverneurs, gendre, mariée, et futur(s) beau-père(s). Ma Femme est une Sorcière est aussi la très nette influence de Ma Sorcière Bien Aimé, le sexe en moins…

Car ce sont les sous-entendus sexuels qui rendent le film extrêmement moderne : on verra ainsi Veronica Lake entièrement nue, (sous un manteau de fourrure) descendre une rampe d’escalier sur les fesses en trouvant ça très agréable, puis caresser négligemment … un chaton posé sur ses cuisses ! C’est du Howard Hawks en moins pointu, mais c’est parfaitement réjouissant.

* Lire Guerre, le « roman inédit » de Céline qui parait ce mois-ci, est très éclairant sur ce sujet… en 1914 !




vendredi 17 juin 2022


La Clef de Verre
posté par Professor Ludovico

Né de la crise de 1929, le roman noir s’est attaché à décrire les frustrations économiques, sociales, et sexuelles de la Jazz Generation. Sous la plume de Chandler, Hammett, Fast, Thompson, Himes, les intrigues policières ne furent que prétexte à décrire la corruption, morale et politique, de l’Amérique des 30’s.

Devant le succès de cette littérature populaire, Hollywood s’est vite jeté dans la niche, produisant ou amplifiant des chefs d’œuvres comme Le Faucon Maltais, Le Grand Sommeil, La Soif du Mal, ou La Griffe du Passé… L’Usine à Rêves a aussi employé ses auteurs. WR Burnett est le scénariste de Tueur à Gages, Chandler celui du Dahlia Bleu, et cette Clef de Verre n’est autre que l’adaptation d’un livre de Dashiel Hammett.

Ici, le père de Sam Spade s’attaque à la corruption politique. Paul Madvig (l’exellent Brian Donlevy) dirige une « association d’électeurs » ; en réalité, il fait le coup de main pour un candidat de la mafia mais tombe amoureux de Janet, la fille de son adversaire. Il a bien raison, c’est Veronica Lake.  Mais son adjoint – l’inévitable Alan Ladd – tente de le protéger de la vénéneuse héritière.  

S’ensuit inévitablement imbroglio, puis meurtre. Tous ces films ont intégré la règle du Grand Sommeil (personne ne comprend rien à l’intrigue et ce n’est pas très grave). En effet, le sujet n’est pas là. Il s’agit plutôt de décrire des gens vils qui se débattent et essaient de survivre dans cette Amérique impitoyable des années 30.

On ne se focalisera pas trop sur l’intrigue mais une fois de plus sur les performances d’acteur…




dimanche 12 juin 2022


Le Dahlia Bleu
posté par Professor Ludovico

Le Dahlia Bleu, ça commence beaucoup plus fort que le pitoyable Tueur à gages. On est dans le vrai film noir, ambiance âcre et désespérée née des désillusions de la crise des années 30 et de la seconde guerre mondiale.

Un soldat (Alan Ladd) revient justement de la guerre avec ses copains, dont un gravement blessé qui entend des voix. Il retrouve sa femme qui n’a pas perdu son temps et tombe en plein milieu d’une party. La femme est ensuite tuée, mais par qui ? On se met à soupçonner toute le monde. En général les whodunnits sont ennuyeux, c’est Mister Hitch qui nous l’a appris. Mais là on s’intéresse. Puis Veronica Lake débarque au bout d’une demi-heure : c’est la femme du patron du Dahlia Bleu*, l’amant de la morte. Le drame commence à se nouer.

Bien sûr tout ça termine par de grosses facilités scénaristiques et des rebondissements à la mord-moi-le-nœud qui viennent atténuer la morale douteuse des 90 minutes précédentes. Mais l’ambiance est glauque à souhait et Alan Ladd et Veronica Lake une fois de plus formidables.

* Le film fut tellement célèbre, qu’un an après, la presse baptisa Elizabeth Short le Dahlia Noir…




mercredi 8 juin 2022


La Scandaleuse de Berlin
posté par Professor Ludovico

Drôle de film, pour un film pas drôle. Pourtant, il y a marqué Billy Wilder dessus. Un film réputé auprès des cinéphiles, même si on apprend que le film fut un échec à sa sortie.

Le film commence, et on ne rit pas. On n’est pas triste non plus. Il y a quelque chose d’incompréhensible, d’amer… Quand il y a quelque chose qui cloche, c’est là que le cinefaster enquête.  

La Scandaleuse de Berlin se déroule à l’époque même du tournage : 1948 dans Berlin en ruine. Une tournée d’inspection du Sénat menée par la jolie (et frigide) sénatrice de l’Iowa enquête sur les soldats américains, qui se la coulerait douce dans l’ex-capitale nazie. La coinçouille Phoebe est interprétée par une tonitruante Jean Arthur (la Bonnie Lee de Seuls les Anges ont des Ailes). En face, on compte sur le Capitaine Pringle (le pâlot John Lund) pour la décoincer. Mais celui-ci profite de situation pour abuser d’une belle aristocrate allemande, Erika von Schlütov (Marlene Dietrich herself). Contre quelques faveurs, l’ex-nazie obtient des bas, des pâtisseries ou un matelas.

Ce pourrait être un triangle amoureux parfaitement réjouissant, mais tout ça semble étonnant étonnamment sordide, étonnamment anti-américain. Car Billy Wilder prend à plusieurs reprises le point de vue des Allemands : en montrant leur ville rasée, en montrant les soldats américains profiter des femmes allemandes, mais aussi en moquant cette commission d’enquête qui semble oublier que les G.I. se battent depuis des années. On voit même quelques soldats soviétiques qui chantent.

C’est là que, tout d’un coup, le mystère se révèle : Billy Wilder le Berlinois a quitté sa ville en catastrophe en 1933 (tout comme Dietrich). Il revient sur les lieux du crime, probablement pour les subventions (comme dans I was a Male War Bride, le film de Howard Hawks), mais il vient surtout revoir Berlin. Et sa ville est entièrement détruite ; la capitale de la culture se niche désormais dans des cabarets minables. Dietrich chante, mais au milieu des ruines.

C’est comme si Dietrich/ von Schlütov, une femme déjà vieille et triste, chantait la complainte du Berlin perdu, que lui a composé Wilder.

Une curiosité.




mercredi 8 juin 2022


Tueur à gages
posté par Professor Ludovico

Ah c’est ça une bonne idée de faire une rétrospective Veronica Lake. Constance Frances Marie Ockelman va exploser dans les années 40, en quelques films : Les Voyages de Sullivan, Tueur à gages, La Clé de verre, Ma Femme est une Sorcière, Le Dahlia Bleu…

Mystérieusement belle, intelligente, pointue, Veronica Lake enchaine les rôles de femme fatale mais tombe vite dans l’oubli. Peu importe, son visage étrange, sa mèche blonde qui cache son œil droit, lui donne pour toujours de l’avance sur ses voisines de plateau, qui s’évertuent à jouer les nunuches, decent american women. Lake imprime la pellicule et nos souvenirs pour toujours.

On commence donc par Tueur à gages, pas le meilleur tirage. Une histoire bourrée de rebondissements abracadabrantesques, qui tient surtout par l’actrice et le couple maudit qu’elle forme avec le tueur à gages du film, le débutant Alan Ladd avec qui elle va faire d’autres films, avec de vrai scenarios : La Clé de verre, et Le Dahlia Bleu

Beaucoup mieux, on y reviendra…

Rétrospective Veronica Lake
OCS




mercredi 18 mai 2022


OSS 117 Alerte Rouge en Afrique Noire
posté par Professor Ludovico

Ça ne marche pas. Ou plutôt, ça ne marche plus. Les gags sont les mêmes, les situations aussi. Giscard et Mitterrand remplacent René Coty. Il y a a apriori autant de matière à gag que les années 50. Pierre Niney apporte du renouveau en challenger de OSS 117. Mais cette mécanique, autrefois si novatrice, si surprenante, est maintenant usée. On prévoit les gags à l’avance. Et puis il y a un problème de rythme, tout cela est un peu long.

L’humour, ce n’est vraiment pas facile.




dimanche 15 mai 2022


Microcosmos
posté par Professor Ludovico

Ça nous apprendra à être snob. Il y a un quart de siècle, nous avions raté Microcosmos, lui préférant 1001 Pattes. Nous aimions Pixar, à l’époque. Aujourd’hui, Microcosmos passe sur OCS, et on découvre tardivement le chef-d’œuvre. 1h15 de perfection, non seulement technique (avec ses caméras révolutionnaires et ses studios reconstituées en pleine nature), mais aussi chef-d’œuvre du cinéma.

Car sans le moindre dialogue (à part une courte introduction de Jacques Perrin himself) Microcosmos raconte des histoires, uniquement par le montage. On doute qu’il ait été possible de donner des indications très précises aux comédiens, des Chenilles processionnaires à l’araignée Argyronète…

Mais par la simple mise en scène, Claude Nuridsany et Marie Pérennou arrivent à nous émouvoir sur le sort de ces insectes, devenus personnages. La Coccinelle à Sept Points va-t-elle tomber de la feuille ? Qui l’emportera dans le duel à mort des Lucanes Cerfs-Volants ? Dans ce monde minuscule, où chaque goute d’eau ressemble à un obus qui explose, où l’eau est pâteuse comme de la gelée, nous sommes transportés sur une autre planète, tout en ressentant des émotions similaires…

Nous qui partageons – phobie commune – le dégoût absolu des insectes, nous sortons de Microcosmos prêts à nous engager dans la préservation de la biosphère. Car en les filmant de si près, dans le silence le plus absolu*, Microcosmos ne montre rien d’autre que la beauté du monde.

Show, don’t tell.     

*et la musique de Bruno Coulais




vendredi 6 mai 2022


Val
posté par Professor Ludovico

Il y a des acteurs qui sont comme des frères. Ils ont notre âge : comme nous, ils ont fait des bêtises à vingt ans, se sont mariés à trente et ont eu des enfants en même temps que nous.

Un frère, c’est ce qu’on ressent quand Val Kilmer, qu’on avait perdu de vue depuis les années 2000 (Déjà Vu), décide de nous donner de ses nouvelles dans Val, son extraordinaire – et terriblement émouvante – autobiographie filmée.

Le voilà, méconnaissable : la soixantaine, bouffi, mal rasé, habillé comme sorcière Navajo, les bras chargés de bijoux. Il s’exprime difficilement, au travers d’un implant phonatoire : il sort d’un cancer de la gorge et vit avec une trachéotomie. On est loin d’Iceman, le beau gosse aux dents blanches et au torse imberbe.

L’acteur raconte son histoire, depuis le début, car oui, nous sommes dans la génération où tout a été filmé, de la naissance à la mort. Son enfance, sa jeunesse et sa vie d’adulte, illustrés de milliers de photos, super8, VHS … On découvre un jeune acteur avant la célébrité, élève de la prestigieuse Julliard School. Un fou de théâtre, qui essaie de percer mais voilà, Hollywood le rattrape… Top Secret, Top Gun (qu’il est obligé d’accepter par contrat !) Willow, The Doors…

Il accepte ensuite Batman Forever, le héros de son enfance. Un rôle qui le rend immensément riche, et intensément malheureux. Il pense être le héros du film, mais les rôles excitants sont ceux des Vilains : Jim Carrey (le Sphinx), Tommy Lee Jones (Double-Face). Au contraire, Kilmer passe des journées épuisantes dans son costume, a du mal à respirer sous le masque, n’entend personne, et comprend vite qu’il n’a qu’à se placer à l’endroit indiqué et débiter son texte. Pour quelques millions de dollars, on n’attend rien de plus de la star. Lui qui s’est plongé jadis dans la Méthode, le tournage est un supplice sans fin. Dès le tournage terminé, il se jette immédiatement dans Heat, « un film indé, comparé à Batman… »

Mais contrairement à d’autres, il n’a pas l’audace de se plaindre. « J’ai eu une belle vie », dit-il. Tombé amoureux de la magnifique Joanne Whalley (Willow, Kill Me Again, Troubles, Storyville), il l’épouse, lui fait deux enfants, achète un ranch au Nouveau Mexique. Et puis ils divorcent, comme tout le monde…

Toujours proche de ses enfants (c’est son fils qui enregistre la voix off à la place de son père), il est obligé de vendre son ranch pour payer ses dettes, cachetonne dans des films Direct to Video, monte un one-man-show sur Mark Twain, et découvre son cancer… et puis, comme tout un chacun, essaie de continuer à vivre.

« N’abandonnez pas vos illusions… Si elles disparaissent, vous existez, mais vous cessez de vivre » conclut-il, déguisé avec son fils en Batman d’opérette : le Batman de son enfance.




mardi 3 mai 2022


Pusher I, II, III
posté par Professor Ludovico

On comprend ce qui a plu dans Pusher, quand le film est sorti en 1996 : un ton rough à la Mean Streets, une image foutraque, et cette approche vériste du trafic de drogue. Des caméras portées, avec toutes les longueurs que ça suppose : on attend l’argent, on attend la drogue, tandis que les personnages roulent leur bosse, de catastrophe en catastrophe.

On peut y voir également les premières obsessions de Nicolas Winding Refn : une approche graphique très forte, les néons, la couleur, le temps qui s’étire, inexorable, vers la tragédie. Obsessions que l’on va retrouver dans ses autres films, mais avec une perfection de papier glacé.

Mais aussi, une forme d’intelligence marketing : exploiter le filon jusqu’à la lie, mais en trouvant à chaque fois un personnage et un angle différent. Et toujours une fin désabusée, européenne, qui sublime le film de genre.

Mais aujourd’hui ces films sont lents, et tout juste distrayants…

Ce qui est déjà pas si mal.




dimanche 1 mai 2022


L’Origine du Monde
posté par Professor Ludovico

Ça fait du bien, un film qui ose. Qui sort des sentiers battus du vérisme social, du feelgood movie, de la tragédie édifiante. En évitant de la vulgarité, malgré le propos. Mieux, le premier film de Laurent Lafitte se la joue modeste, pourtant il fait cinéma.

Lafitte, dans le rôle principal, est un quadra aisé, mais son cœur s’est arrêté de battre. Il n’est pas mort, non, mais son cœur est aux abonnés absents. Sur les conseils de sa femme (Karin Viard), il va voir une psychanalyste/gourou (l’excellente Nicole Garcia) qui lui adjure d’apaiser Karunga, le serpent qui a emprisonné son cœur. Pour cela, il lui faut une photo… du vagin de sa mère : l’origine du monde.

Lafitte se met en tête de convaincre sa mère, qu’il n’a pas vu depuis des années, avec l’aide de sa femme et de son meilleur ami (Vincent Macaigne, méconnaissable en vétérinaire versaillais).

La force du film, c’est évidemment ce propos absurde à l’humour très British. Mais on ne fait pas un grand film avec seulement une bonne idée. Tout suinte le cinéma dans L’Origine du Monde : la finesse du cadrage, les décors, particulièrement réussis, et le casting tout simplement parfait. Lafitte est drôle mais inquiétant, Karin Viard a l’air stupide mais elle est manipulatrice, et les monstres ne sont pas ceux que l’on croit.

Par ailleurs, le film recèle un sous-texte passionnant sur les peurs masculines, sur notre angoisse des origines, et ce lieu magique et effrayant, où l’on ne cesse de vouloir retourner.




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