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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mercredi 22 novembre 2023


As Bestas
posté par Professor Ludovico

Un chef-d’œuvre cinématographique, c’est facile à détecter… Ça se voit dès les premières images, magnifiques, ce ralenti sur des paysans empoignant un cheval pour le dompter, pour le maîtriser… Mais ça se juge surtout à la fin, quand on espère secrètement, dans son fauteuil UGC, dans son canapé, que le film se termine là, maintenant ! C’est le cas d’As Bestas. Rodrigo Sorogoyen, son metteur en scène, fait ici fait preuve une telle maestria cinématographique, d’une telle maîtrise que c’est à en pleurer. Le sujet, l’ambiance, ont déjà été traités mille fois : des citadins débarquent à la campagne, font tout pour s’intégrer, et sont mal accueillis. Histoire éternelle… Ici, un couple de français a tout quitté pour monter une ferme dans un village perdu de Galice. En face, leurs voisins espagnols qui vivent là depuis des siècles les envient, les jalousent, les méprisent…  Le drame va se nouer, mais très lentement, sans jamais utiliser le moindre cliché. Même les grands films en utilisent, pour caractériser un personnage ou pour faire avancer l’action. Il y un chien ? Il va se faire tuer… La fille du patron arrive ? Elle va se faire agresser…

Rodrigo Sorogoyen ne saisira aucune de ces perches,  filmera son intrigue dans une grande économie de moyens. Ses plans sont sublimes, et tout sera au service de son cinéma. On n’est pas prêt, par exemple, d’oublier le très léger travelling sur une partie de dominos, qui fait monter la tension comme jamais, tout en haussant au même rythme lancinant la colère des personnages. Pour cela, il faut de très grands acteurs : inoubliable Marina Foïs, très grand Denis Ménochet, mais surtout excellent Luis Zahera, l’acteur espagnol qui interprète le terrifiant voisin, sans le réduire à son cliché.

Recommandé à la fois par les Services Secrets hongrois (Karl Ferenc) et la Section République de l’Amicale Parisienne du Stade Toulousain (Notre Dame de Nazareth), AS Bestas est la révélation CineFast du mois.




mercredi 15 novembre 2023


Country Music, L’Amérique face à l’Holocauste, et Rétrospective Ozu
posté par Professor Ludovico

Bon ça n’a pas grand-chose à voir, mais trois bonnes nouvelles à la fois, ça ne fait pas de mal en ce moment…

Deux Ken Burns pour le prix d’un : le tout nouveau, et toujours passionnant L’Amérique face à l’Holocauste mais aussi la reprise de Country Music Une Histoire Populaire des États-Unis, un documentaire éclairant sur cette musique méconnue (et donc méprisée), qui vient pourtant du métissage européano-africain qui a fait l’Amérique. Loin du cliché du cowboy qui chante son camion en panne, en tout cas…

Et si l’envie vous prend d’attaquer un porte-avions américain, il reste toujours la possibilité de choisir dans les dix films de Yasujirō Ozu. Le Professore Ludovico n’en a vu que trois, mais vous pouvez toujours vous adresser au Framekeeper !

Bonjour
Voyage à Tokyo
Fin d’automne
Printemps tardif
Fleurs d’équinoxe
Été précoce
Crépuscule à Tokyo
Le goût du saké
Printemps précoce
Le goût du riz au thé vert

Tout cela est sur Arte est c’est gratuit !




mercredi 8 novembre 2023


Army of the Dead
posté par Professor Ludovico

Zack Snyder est un indécrottable adolescent, même quand il fait un film pour les enfants de douze ans. Son Army of the Dead a tout pourtant pour séduire le CineFaster. Scénario débile à souhait (20 000 000 de dollars à aller chercher dans un coffre-fort, dans un Las Vegas infesté de zombies), une bande de casseurs bien stéréotypée, la fille du héros qui vient mettre le binz dans le plan bien huilé, et le traître de service.

Mais Zach Snyder n’a pas dait de bon film depuis dix ans… Sucker Punch (et on est gentils…)

Là où sur le même canevas, Michael Bay tisse The Rock ou Simon West Con Air, Zack Snyder arrive à tout foirer. Il n’a même pas l’air de savoir que son film est une comédie, puisqu’il termine ça en tragédie parfaitement ridicule.

Une fois de plus, Netflix gâche son argent en donnant carte blanche à des cinéastes… qui mériteraient d’avoir un vrai producteur à leurs côtés…  




mercredi 8 novembre 2023


Seuls les Anges ont des Ailes… sur Arte
posté par Professor Ludovico

Le chef-d’œuvre de de Howard Hawks passe sur Arte, ne le manquez pas !

Arte
Prochaine diffusion : 27 novembre à 13h30




mardi 31 octobre 2023


Tel-Aviv on Fire
posté par Professor Ludovico

Sur le conseil de Notre-Dame de Nazareth, nous regardons Tel-Aviv on Fire. Ça détend de BFM TV/France Info que nous regardons en ce moment, ou de Fauda, que nous binge-watchons également. Autant Fauda est sombre, une sorte de 24/Bureau des Légendes/Homeland ultra violent et pas toujours réussi, autant Tel-Aviv on Fire est léger et drôle, mais beaucoup plus profond peut-être.

L’argument pourrait sortir d’une comédie italienne des meilleures années, ou d’un Roberto Benigni bonne période : Salam est un proto-scénariste palestinien qui travaille à Ramallah, mais qui vit à Jérusalem. Il passe donc le checkpoint tous les jours. Mais quand Asi, son capitaine israélien, croit comprendre que Salam est le scénariste attitré du soap opéra préféré de sa femme, « Tel-Aviv on Fire », voilà Salam embrigadé dans un chantage sans fin. Soit il modifie le scénario selon les desiderata du capitaine, soit il ne passe plus, et reste coincé à Jérusalem.

De cette situation, Sameh Zoabi tire l’essentiel comique. A sa disposition, un très bon acteur, Kais Nashe. Bafouilleur, hésitant, gaffeur, indécis, il semble n’avoir aucune présence, mais de fait occupe l’écran.

Car au-delà de la comédie gentiment entrelacée de love story, d’oncle et de cousins encombrants, et de scénaristes patauds, Tel-Aviv on Fire travaille quelque chose de puissant sur les Israéliens et les Palestiniens. Ces deux-là sont pareils, écoutent la même musique, mangent la même nourriture, aiment les mêmes femmes, mais n’écoute pas le même dieu, qui leur dit pourtant grosso modo la même chose…

De leur inévitable mariage – métaphorique – naîtra  quelque chose, mais quoi ?




vendredi 27 octobre 2023


24 Hour Party People
posté par Professor Ludovico

Le temps passe, on regarde 24 Hour Party People, le film de Michael Winterbottom pour la troisième fois. Le film a vingt ans, mais il ne vieillit pas, pas plus que son sujet.  Cette chronique ultra ciblée de la scène de Manchester aux tournants des années 80, Joy Division, New Order, Factory est une tragi-comédie qui ne cesse de faire rire et d’émouvoir.

À la base, l’histoire est extraordinaire. Tony Wilson, présentateur télé local, assiste au fameux concert mancunien des Sex Pistols au Lesser Free Trade Hall.  Nous sommes en 1976, les Pistols débutent, et, selon la légende, ils ne sont que 42 dans la salle. Pourtant, ils vont tous – ou presque – devenir célèbres. Ian Curtis, Peter Jook (Joy Division), Morrissey (The Smiths), Howard Devoto, Pete Shelley (Buzzcoks) assistent à ce concert*.  Tony Wilson, lui, ne montera pas de groupe, mais ouvrira un lieu pour les accueillir, puis un label pour les produire (Factory Records), puis une boîte pour les faire danser (The Hacienda), tous devenus légendaire, engendrant une scène qui révolutionnera plusieurs fois la musique populaire : Joy Division, New Order, Happy Mondays…

Au lieu d’emprunter aux codes classiques du Biopic, Michael Winterbottom invente l’autobiopic. Pour cela, il a un véhicule idéal : le toujours génial, toujours ultrabritish Steve Coogan. Tony Wilson brise le quatrième mur, commente l’action (la sienne comme celles des autres), fait intervenir les vrais protagonistes en cameo, qui eux-mêmes commentent l’action ou corrigent le propos. Tout cela foisonne, comme la réalisation : images d’époque, vidéo, 35mm… Quand la forme est en symbiose avec le fond, on ne s’ennuie pas.

Un montage épique, pour une épopée.




jeudi 26 octobre 2023


Les Grandes Familles
posté par Professor Ludovico

En 1958, Jean Gabin est dans sa seconde carrière. Après avoir joué le beau gosse rebelle des années 30 dans sa pentalogie magnifique (Pépé le Moko, La Grande Illusion, Le Quai des Brumes, Le jour se Lève, Remorques) il revient fatigué dans les années 50. Le Gabin d’après-guerre se spécialise dans les rôles de vieux con paternaliste. Ça donne des merveilles comme Le Président ou les Maigret, ou des coups de moins bien comme ces Grandes Familles

Le film commence comme une comédie où une voix off, sarcastique, énumère ce qui fait une Grande Famille : un général, un académicien, un mandarin… Au milieu de tout ça, Noël Schoudler, le patriarche, Jean Gabin himself, le seul comme d’habitude à avoir les pieds sur terre. Mais de fait, cela devient rapidement irritant. Schoudler fait la leçon à tout le monde, à son fils qui veut moderniser son journal, à une gamine enceinte dont on ne connaît pas le père, à son cousin, le dilettante qui dépense l’argent qu’il ne gagne pas (Pierre Brasseur, génial comme toujours…)

On imagine bien ce que pense le grand public à cette époque, celle de la  France d’OSS 117 et de René Coty : qu’est-ce qu’il leur met, le père Gabin ! Heureusement qu’il est là pour tenir la baraque, pour incarner les valeurs familiales !! On imagine également, exaspérés, les jeunes de 1958, du rock ‘n’ roll naissant et de la Nouvelle Vague…

Mais voilà, c’est à ce moment précis, où l’on commence vraiment à se lasser du show Gabin, que le film prend une drôle de tournure… Schoudler, dont on a pas vu une seule trace d’amour pour son fils (Jean Desailly), décide de lui donner une leçon financière. Il lui confie la gestion des sucrières Schoudler, le joyau familial, pour mieux démontrer son inaptitude, tout en confondant le dilettante. Il croit faire d’une pierre deux coups, ou, comme on dit en anglais, tuer deux oiseaux avec la même pierre. Il va en tuer un.

On comprend alors le piège tendu au spectateur par Denys de La Patellière : vous aimez bien Gabin ? Et bien voilà ce que ça donne, en réalité…

Comme dans un film américain, néanmoins, le film n’ose pas conclure aussi frontalement, ce serait trop noir pour la star Gabin. Un final un peu tiré par les cheveux va l’exempter d’une partie de la responsabilité, dans une pirouette qui ne trompe personne. Mais le ver est dans le fruit, la Nouvelle Vague arrive…




mardi 24 octobre 2023


Cash
posté par Professor Ludovico

Sur la recommandation du Rupélien, le Ludovico a regardé ce petit film sympathique sur Netflix… Cash commence fort puisque ça se passe à Chartres, le Midwest du Professore. Cette partie-là (ambiance prolos au service des notables) est pour le coup plutôt bien vue.

Ensuite il y a l’excellent Raphaël Quenard, excellent en arcandier de la Beauce, une intrigue de braquage très bien foutue, emboîtée comme des poupées russes. C’est brillamment rythmé, les prolos sont réussis : on se croirait dans un film américain.

Petits bémols : la bourgeoisie, le monde des cadres sup, est caricaturale et ratée. Et Agathe Rousselle, terrifiante dans Titane, n’est pas excellente. Comme quoi la comédie, c’est un métier plus dur que la tragédie…




vendredi 15 septembre 2023


Starfighter
posté par Professor Ludovico

Voilà une bonne incarnation du Théorème de Rabillon : la passion de l’aviation fait faire bien des bêtises au CineFaster. Par exemple, regarder Starfighter, un téléfilm merdique de 2015, disponible sur Prime Video. Oui, le F-104 Starfighter de chez Lockheed, le Cercueil Volant, le Faiseur de Veuves, l’avion maudit de la Luftwaffe*. On se rappelle qu’un article de Paris-Match, dans les années 70, avait profondément marqué le jeune CineFaster : le poids de mots, le choc des photos.

Comment résister à un film sur le sujet, avec des zolis navions qui font des loopings et allument la postcombustion ? Le CineFaster est faible, il regarde, même s’il a compris avec la VF et la réalisation France 3 Bade-Wurtemberg, que ça n’allait pas voler très haut. Un sous-Top Gun avec virilisme, love story macho et reconstitution de la RFA sixties. N’est pas Tony Scott qui veut. 

Là, on est plutôt dans le film à dossier façon Bildschirmordner**. Sic Wikipedia : « Le Spiegel salue l’exactitude du film, qui lui confère une qualité de documentaire. » Tout est dit : c’est chiant comme la mort mais il y a de zolis navions…

*Entre 1961 et 1989, 292 des 916 F-104 allemands s’écrasent, occasionnant la mort de 115 pilotes (Wikipedia)
**On vous laisse chercher sur Google Trad.




mardi 5 septembre 2023


Blonde
posté par Professor Ludovico

L’Art, et particulièrement le septième d’entre eux, est une affaire de prototype. Il y a des méthodes pour faire un film, mais jamais aucune recette pour faire un succès.

Blonde est l’incarnation absolue de ce principe. Le projet a tout ce qu’il faut : un sujet ambitieux et fédérateur (Marylin Monroe, star parmi les stars, à jamais au firmament), un roman à succès de Joyce Carol Oates, unanimement salué par des millions de lecteurs, un authentique génie du cinéma à la réalisation (Andrew Dominik, Monsieur L’Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford et Cogan: Killing Them Softly), un producteur plutôt doué (Brad Pitt), de très grand musiciens à la BO (Nick Cave et Warren Ellis), des acteurs talentueux (dont une Ana de Armas époustouflante). Le film n’est pas putassier, il est au contraire plutôt indie, mêlant les obsessions formelles de Dominik à une narration ambitieuse et littéraire.

Pourtant, Blonde ne décollera jamais. Andrew Dominik n’arrive jamais à nous intéresser – c’est un comble ! – au sort de Marilyn. Ses malheurs nous sont consciencieusement exposés : mère psychotique, père abandonneur, producteurs profiteurs, amants manipulateurs, mari cogneur ou distant… Ana de Armas pleure beaucoup, mais on s’en fiche ! Et ça, c’est le pire crime en matière de fiction. Si on ne s’intéresse pas au personnage, il est totalement impossible de s’intéresser au film. Pourquoi Dominik n’y arrive pas, le mystère reste entier.

Hollywood n’a pas de recettes, et c’est très bien comme ça.




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