[ A vos DVD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mardi 4 septembre 2018


El Clan
posté par Professor Ludovico

Perdu sur une île au milieu de l’Atlantique, surprise ! le Professore Ludovico tombe sur Dans Ses Yeux et force immédiatement la Professora à découvrir le chef d’œuvre de Juan José Campanella. Mission accomplie, on s’apprête à se coucher quand soudain Arte nous prévient que, dans le cadre de sa soirée « cinéma argentin », on va nous passer El Clan, recommandé de longue date par un cinefaster dont on a oublié le nom (écrire à la rédaction, qui transmettra). Comme quoi le dieu des cinéphiles fait parfois bien les choses.

Nous voilà donc obligé d’aligner deux films de suite, ce qui ne se fait pas, vous en conviendrez. Mais ce Clan est pourtant très bien. Passionnant de bout en bout, El Clan est un BOATS proprement hallucinant sur la famille Puccio, dans l’Argentine post-dictatoriale. Ou comment le patriarche, Arquímedes Puccio, un ancien barbouze du régime, aidé de sa femme et ses cinq enfants, a séquestré, puis rançonné quatre personnes avant de les assassiner froidement.

Les personnages sont bien esquissés, du fils joueur de rugby des Pumas sous la domination du père, de la mère, discrète mais semant la terreur, des frères et des sœurs qui n’en peuvent mais. Pablo Trapero tisse avec dextérité la toile d’araignée de sentiments contradictoires qui obligent chaque Puccio à commettre l’irréparable ; l’intérêt, la fidélité, la peur…

Bien évidemment, c’est le genre de BOATS qui marche particulièrement ici, puisqu’on ne connait rien, nous, de cette lamentable histoire. A voir, donc.




mercredi 8 août 2018


Le Grand Cirque
posté par Professor Ludovico

C’est l’exemple même de l’exploitation commerciale, qui ne date pas d’hier. Quand le livre de souvenirs du plus grand chasseur Français de la seconde guerre mondiale Pierre Clostermann sort en 1948, c’est un immense succès. Près de 3 millions d’exemplaires seront vendus. Il y a des raisons à cela, c’est non seulement un livre héroïque, mais c’est avant tout un très grand livre. Immédiatement germe l’idée d’en faire un film, qui sort, dirigé (si l’on peut dire) par Georges Peclet en 1950.

En l’occurrence, le film est pire que baclé. Vulgaire bout-à-bout d’images d’archives (à côté, Les Têtes Brulées, c’est Top Gun)*, le tout vaguement entrelardée de quelques scènes au mess et une histoire d’amour (avec Pamela Skiff) qui n’est pas du tout dans le livre. Tout cela incroyablement mal filmé, coupes apparentes, raccords à la mords-moi-le nœud et dialogues sans sous-titres en anglais, en allemand, et en français !

Seul point positif ; Peclet tente de mettre en scène la grande scène du livre, c’est à dire la fin du « cirque », et le paradoxal désespoir qui étreint ces soldats la guerre finie.

Bref Le Grand Cirque reste donc à adapter ; il serait possible de le faire aujourd’hui il faudra un Christopher Nolan français pour le faire.

*Plus quelques images tournées à Villacoublay avec des avions d’origines et d’époques qui consternent l’amateur d’aviation, mais c’est une autre histoire…




mardi 7 août 2018


Peau d’Ane
posté par Professor Ludovico

Au risque de me brouiller avec la Professora, posons la question qui fâche : « Que trouve-t-on exactement à Peau d’Ane ? » Ce film est en bonne place dans le patrimoine cinématographique français et pourtant, les décors sont nuls, les chansons sont nulles et tout le monde joue – et chante – comme un pied.

Probablement, ce qui s’appelle enfance, c’était dire découvrir pour la première fois la féerie du cinéma : le manteau magique, les personnages du roi en bleu, le Prince charmant en rouge et le chat blanc. Et oui, Catherine Deneuve est d’une beauté à couper le souffle, tout comme Jacques Perrrin. Et comme tout conte de fées, il apprend aux filles à ne pas être trop proche de leur papa.

Mais si on n’a pas eu cette enfance-là, c’est trop loin et c’est trop long.




dimanche 22 juillet 2018


Le Point de Non-Retour
posté par Professor Ludovico

Si le deuxième film de John Boorman (1967) a pris un coup de vieux, on peut y voir, comme archéologue de la cinéphilie, les intentions d’hier et les fautes d’aujourd’hui. C’est avant tout l’œuvre d’un grand formaliste, et on voit que ça ne suffit pas.

Qu’est-ce que ça veut dire, formaliste ? Quelqu’un qui s’attache avant tout à la forme à la forme de l’image, à la beauté du plan, c’est-à-dire un photographe plus qu’un cinéaste. Mais si l’on se considère cinéaste, c’est à dire comme Hitchcock / Kubrick / Spielberg, on défend dès lors le cinéma comme mode d’expression.

On ne sent pas beaucoup de propos dans Le Point de Non-Retour, mais l’envie de dynamiter la mise en scène traditionnelle du polar. Car l’histoire est bateau : on a doublé Lee Marvin, et il est pas content. Il remontera toutes les strates de l’Organisation (la Mafia ?) pour retrouver son pognon.

Boorman transcende tout cela à coup d’expérimentations pop : visuelles, sonores, et scénaristiques : une narration éclatée, un Los Angeles dont on magnifie l’architecture sixties, et des idées, toujours des idées, rien que des idées : jouer sur le flou/net, sur les reflets dans une vitre, sur le son étouffé par un chanteur qui beugle dans un night-club. Le polar tourne à la farce macabre et c’est fini. Intéressant, comme une borne sur l’histoire de la cinéphilie, et plutôt distrayant, mais pas plus.




jeudi 19 juillet 2018


Persona
posté par Professor Ludovico

On continue de profiter de l’été pour visiter les cathédrales de la cinéphilie. Après Théorème, Persona. Ingmar Bergman. Là où Théorème est un immonde verbiage marxisto-catholique, Persona, qui charrie pourtant des obsessions semblables et est filmé à la même époque, se présente au contraire comme un diamant noir, un linceul blanc. Et c’est un noir intense à l’encre de Chine, c’est un blanc immaculé comme la mort. Au milieu, tout le reste est gris, c’est-à-dire nous, nos âmes troublées, nos imperfections d’insectoides humains.

Au-delà de la perfection graphique de chaque plan, Bergman ose tout ce qui est interdit au cinéma : le contrechamp sauvage, le zoom impromptu, la scène jouée deux fois d’affilée, les plans inserts abscons : une araignée, un cadavre, une bite…

Tout cet exercice expérimental serait assez vain, s’il n’était au service d’un propos. En l’occurrence, la crise existentielle que traversent la (ou les) protagonistes. A savoir, une actrice devenue subitement muette (Liv Ullmann) et son infirmière (Bibi Andersson), qui, forcément, parle pour deux.

Petit à petit, se noue une relation pour le moins ambiguë entre la patiente et l’infirmière. Une affection, une admiration, qui va tourner au quiproquo lesbien. Puis, au mitan du film, surgit une incroyable confession, qui fait basculer le film.

Tout le dispositif cinématographique bergmanien sert à exprimer cette intention ; l’ambiguïté des images questionne ce que le spectateur est réellement en train de regarder, et met littéralement le spectateur au centre de la folie rampante des personnages.

Le film se conclut également de manière abrupte, laissant le public à ses interrogations et à ses doutes.

L’impact de Persona fut immense ; on retrouve ses traces chez Altman (3 Femmes), Lynch (Mulholland Drive) et bien sûr, Woody Allen, qui vénèrait Bergman. Mais on peut aussi repérer des traces tardives, trente ans plus tard, dans le Kubrick d’Eyes Wide Shut : une confession semblable, celle de Kidman, fait basculer Cruise dans la folie.




vendredi 13 juillet 2018


Tygra, la Glace et le Feu
posté par Professor Ludovico

Après avoir consciencieusement raté Tygra, la Glace et le Feu pendant toutes les années 80, ça y est, j’ai enfin vu le film héroïco-érotique de notre adolescence. Évidemment, il ne faut pas faire ça : le film paraît incroyablement pauvre, et l’intrigue aussi. Pour autant le film est de Ralph Bashki, c’est-à-dire l’assurance de quelque chose de clivant, qu’on ne verra nulle part ailleurs. C’est l’un des rares dessins animés mais qui soit authentiquement érotique, avec une princesse qu’on ne risque pas de croiser dans un Walt Disney.

L’autre intérêt, c’est l’incroyable qualité de l’animation grâce à la Rotoscopie : on filme des comédiens et on redessine par-dessus, ce qui donne une qualité inégalée de réalisme des mouvements et des corps.

Le documentaire, assez faiblard, qui accompagne le DVD, permet de valider l’idée qu’il ne fait pas bon, quand on est dans un genre populaire comme le fantastique, d’y rester. Malgré son immense talent, Frazetta sera condamné à être l’artiste-qui-dessine-des-Conan-le-barbare…




mardi 10 juillet 2018


Angélique Marquise des Anges
posté par Professor Ludovico

Il a fallu s’y reprendre en six fois, mais que ne ferait-on pas pour vous, les CineFasters ? Nous avons fini par achever Angélique Marquise des Anges, l’immense chef d’œuvre de Bernard Borderie, malgré ses décors ridicules, son duo d’acteurs Mercier-Hossein complètement nuls (heureusement il y a Jean Rochefort), et son intrigue de bric et de broc.

Il est difficile d’imaginer l’énorme succès que connut la série Angélique* à partir de 1964, et comment ça a pu rester à ce point une Madeleine de Proust. C’est beaucoup moins bien que Sissi Impératrice, déjà très cruche. Certes la Mercier est très belle, mais ça ne suffit pas. La seule théorie que l’on peut échafauder, c’est le trouble érotique. Pour l’époque, c’était le grand frisson au Pathé Louxor. Un peu de torse nu pour madame, des nuisettes mouillées pour monsieur, un bout de relation SM et tout le temps, les lèvres purpurines de Miss Mercier. De quoi faire frémir de désirs inavoués des générations de Roberts et d’Odettes.

Mais on n’est pas obligés de répéter les erreurs de ses parents.

*5 films en quatre ans, ce qui tua la carrière Michelle Mercier :
1964 : Angélique, Marquise des anges
1965 : Merveilleuse Angélique
1966 : Angélique et le Roy
1967 : Indomptable Angélique
1968 : Angélique et le Sultan




dimanche 10 juin 2018


Corpus Christi
posté par Professor Ludovico

27 intervenants. 7 ans de travail. 2 ans de montage. Tout ça pour étudier le texte plus connu du monde occidental, le récit de la crucifixion dans l’Evangile selon Saint-Jean*. C’est le projet fou de Corpus Christi, le documentaire en douze parties réalisé par Jérôme Prieur et Gérard Mordillat** et diffusé sur Arte en 1997. A CineFast, (dont personne n’ignore les origines finchero-chrétiennes, depuis l’AG fondatrice des quatre apôtres dans la crypte de Colombes), nous sommes depuis toujours sous la pression du Framekeeper: « T’as vu Corpus Christi ? T’as fini le Girard ? Quand est-ce que tu commences Les Origines du Christianisme ? »

Aussi, quand le Rupelien s’est mis à nous harceler sur le même ton, nous nous sommes sentis obligés de nous y atteler.

L’an dernier.

Car il faut bien un an de travail pour regarder attentivement ces 12 heures, à vrai dire assez ardues, pour ne pas dire monastiques. Des témoignages sur fond noir (que viennent égayer des chemises Desigual et des pull à motifs plutôt inventifs), tout cela pendant douze heures, il faut s’accrocher. On peut passer par exemple une heure sur le mot Judas. Est-ce un prénom ? une origine (« de Judée ») ? une métaphore : Judas, le double noir de Jésus ? En face, c’est pas moins de 27 chercheurs, théologiens ou laïcs, juifs, chrétiens, français, allemands, anglais… qui s’escriment sur un mot.

Si l’on a affaire à des spécialistes, chacun est capable de mettre sa foi de côté pour reconnaître qu’on en sait peu sur la vie de Jésus. Le sujet de Corpus Christi n’est pas là. Le documentaire vise plutôt à reconstituer la période, entre la mort de Jésus (30, 31, 32, 33 après JC ?) et la rédaction probable de ces textes (40 ans plus tard). Pourquoi par exemple, accuser les juifs sous domination Romaine de la condamnation de Jésus ? Ponce Pilate gouvernait la Judée, nous explique Corpus Christi. Il est donc peu probable qu’il ait laissé la décision à des juifs qu’il tenait sous son joug. Mais quarante ans plus tard, quand le christianisme commence à se répandre en Grèce et dans l’empire romain, il semble difficile d’accuser ceux que l’on veut convertir de la mort du prophète. Corpus Christi foisonne de ces débats, de ces contradictions, et son génie est de ne pas essayer de les résoudre, mais bien d’amener le spectateur à y réfléchir.

Une grande œuvre.

* « Ils prirent donc Jésus. Et il sortit portant sa croix, et vint au lieu-dit du Crâne – ce qui se dit en hébreu Golgotha – où ils le crucifièrent, et avec lui deux autres : un de chaque côté, et au milieu Jésus. »
** Tous deux absolus athées.




mercredi 6 juin 2018


Le Dossier Odessa
posté par Professor Ludovico

Le film sur le papier a tout pour plaire : la chasse aux nazis, une ambiance sixties, un film d’espionnage sérieux comme le Professore Ludovico les aime… Malheureusement c’est très mauvais, ça pris un énorme coup de vieux. Tout est irréaliste ; ça commence comme John la Carré et ça tourne James Bond, John Voight est pas très bon, et on a du mal à imaginer les gars du Mossad engager un journaliste aussi nul.

A fuir.




lundi 4 juin 2018


Baywatch
posté par Professor Ludovico

C’est la surprise du chef : ce film est très drôle. C’est l’un des plaisirs de la cinéphilie que de tomber complètement par hasard sur une petite perle. On se fiche depuis toujours d’Alerte à Malibu, même pour les seins de Pamela Anderson. Mais il faut confesser une trouble passion pour The Rock depuis Le Roi Scorpion.

Dwayne Johnson a toujours joué avec intelligence de la dichotomie physique hors norme / talent dramatique faiblard. Il n’a jamais cherché à interpréter un personnage qui ne lui ressemblait pas, alignant au contraire des rôles de gars musclé au grand cœur. De sorte que The Rock joue toujours plus ou moins la même chose : un grand benêt plein de valeur(s) qui essaie d’aider les autres, le plus souvent maladroitement. Mais il le joue aussi bien chez des gars arty (le Richard Kelly de Southland Tales), que chez les blockbusters (Fast and Furious) ou même dans l’incroyable autoparodie Bayenne de la gonflette qu’est No Pain No Gain.

Ici The Rock est chef maître-nageur de la Baywatch qui doit résoudre une enquête qui ne serait pas ridicule dans L’Amour du Risque. Une très belle (mais très méchante) entrepreneure immobilier / trafiquante de drogue veut s’emparer de la baie pour en faire une zone résidentielle privée*. Mais nos héros vont arrêter les méchants, dans un feu d’artifice tout aussi métaphorique qu’irréel. On allait oublier la love story improbable entre un petit canon en monokini rouge et le geek en surpoids, et la rédemption inévitable du beau gosse / petit con de service, qui n’a pas l’esprit d’équipe. On le voit, on n’est pas chez Kiekergaard.

Mais pour autant, c’est l’incroyable sincérité du film qui fait son succès. Baywatch est pile au niveau de son ambition, c’est-à-dire le pur divertissement familial, et se moque de lui-même, de ses acteurs, de la nullité de son scénario**. Tout cela rend Baywatch éminemment sympathique.

* Paradoxe habituel du cinéma américain, cette entreprise typiquement capitaliste est présentée comme l’empire du mal.

** « Tout ce que vous racontez, on dirait une série télé sympa, mais peu crédible » dit un des personnages…




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