[ A votre VOD ]

Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mardi 9 juin 2026


La Taupe, retour au Cirque
posté par Professor Ludovico

On avait pris un peu de haut La Taupe à l’époque. Ça arrive, que le Professore prenne les films de haut… C’est devenu depuis un film chéri. On ne se lasse pas de le revoir, soit par bouts (chacune des scènes est culte), soit intégralement, comme hier.

Ce qu’on prenait pour de la complexité était de l’art. Oui, l’art de l’artisan qui polit avec amour le merisier dont il fera une belle table. L’histoire de La Taupe n’est pas simple ? Mais Ludovico, on est chez John le Carré, pas chez Ian Fleming ! Ce n’est pas clairement raconté ? Mais il a rien compris le Ludovico, ou quoi ? C’est justement ce que veut Tomas Alfredson : une ambiance paranoïaque, comme celle des sixties Cold War.

Les personnages et leurs acteurs sont tous fantastiques, émouvants de bout en bout. On frissonne au début de chaque scène – c’est le plaisir de la revoyure que d’anticiper les émotions à venir ! Le Jour de Noël, où le MI-6 entonnent l’hymne soviétique, la cuisine où Guillam révèle à la fois sa vie intime et comment s’en débrasser, cet aérodrome où un avion menaçant fait craquer Esterhase. La Taupe fait partie de ces films impossibles à lâcher… Tout est parfait, l’image (signé par Hoyte van Hoytema*), le son, la déco, la musique (Julio Iglesias !)

Frissonner à chaque fois qu’on s’approche de l’être aimé, n’est-ce pas la définition même de l’amour?

* révélé par Tomas Alfredson dans Morse mais qui a enchainé les master class de chef’op chez Christopher Nolan, James Gray, Jordan Peele : Interstellar, Spectre, Dunkerque, Ad Astra, Tenet , Nope, Oppenheimer et bientôt L’Odyssée !




vendredi 22 mai 2026


Soleil Levant
posté par Professor Ludovico

C’était une époque de panique. En 1990, Sony avait racheté la Columbia, et c’était une tragédie. La revanche des Japs, Pearl Harbor : Renaissance, les faces de citron allaient manger tout cru l’Amérique post-reaganienne à coup de jeux vidéo, de téléphones portables, et de CD-Rom.

Evidemment ça n’est pas arrivé, car Hollywood, telle la Baleine, avale ses acheteurs et les recrache sans changer d’un iota, comme ce fut le cas plus tard avec Vivendi et Pierre Lescure.     

C’est tout l’intérêt de Soleil Levant, adaptation du livre parano de Michael Crichton par Philip Kaufman, surtout connu pour L’Etoffe des Héros.

Depuis 1993, ce film traîne dans la tête du Ludovico depuis que le Prince d’Avalon, en pleine nippophobie, avait adoré le film en salle. Aujourd’hui, c’est avec le plaisir du 14ème degré qu’on regarde Soleil Levant.

Le film est extraordinaire, aussi bien dans sa forme eighties, sa scénarisation bancale, que dans son propos ouvertement raciste. Ce qui réévalue évidemment à la hausse – le dira-t-on jamais assez – les films Michael Bay de la même époque avec les mêmes acteurs (The Rock et Armageddon), qui eux, n’ont pas pris une ride, sont autrement plus beaux, et autrement plus intéressants…

Donc si vous voulez une bonne dose de clichés racistes et sexistes sur les Japonais, des Américains bienveillants qui cherchent à comprendre la culture nippone tandis que des conglomérats sournois veulent mettre la mains sur les semiconducteurs made in america*, des ascenseurs qui parlent et des yakuzas rigolos, si vous voulez voir un noir (Wesley Snipes) sidekick comique d’un blanc qui sait tout (Sean Connery), si vous voulez voir 90% de Tatjana Patitz, ou retrouver Ray Wise sans Laura Palmer, courez acheter des popcorns…

Et lancez le laserdisc !

*Les très justement nommés MicroCon…




vendredi 22 mai 2026


Herbes Flottantes
posté par Professor Ludovico

Après avoir été converti au cinéma carré et immobile du grand Yasujir? Ozu (par le Framekeeper lui-même en personne !), puis l’avoir apprécié seul (Gosses de Tokyo, Le Goût du Saké, Fleurs d’Equinoxe (ah ! L’enthousiasme du jeune converti !), voilà qu’Herbes Flottantes nous est proposé par Lady Turenne. Herbes Flottantes, comme chacun sait, est le remake couleur de son film de 1934.

Bon.

Avouons que, même pour un Ozu, c’est diablement lent.

Une troupe de théâtre à la ramasse débarque sur une île, et on découvre que Komajuro, le maître kabuki, n’est pas l’oncle du jeune Kiyoshi, mais bien son père. Jalouse, la maîtresse actuelle de Komajuro envoie une jeune actrice le séduire. Deux intrigues, quelques blagues, voilà l’essentiel, et ça ne tient pas bien 119 minutes…

Personne n’est parfait.   




mercredi 13 mai 2026


Conclave
posté par Professor Ludovico

Ralph finesse. On oublie – parce qu’il est discret – que Ralph Fiennes est un très grand acteur. On sait qu’il a commencé comme la pire ordure au monde, le terrible Amon Göth dans La Liste Schindler, un rôle qui aurait tué bien des carrières. Mais depuis, il a tout fait, ou presque : Le Patient Anglais, John Steed dans le très mauvais remake de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, un tueur en série dans Dragon Rouge, Voldemort ou Hadès, bossé chez James Bond ou Wes Anderson, joué un réalisateur très affecté chez les Coen dans Ave César

Ici, il campe un cardinal compassé dans Conclave. Un « administrateur », selon ses propres termes, chargé, à la mort du souverain pontife, d’assurer le conclave qui va désigner son successeur.

Le film reconstitue avec réalisme cette opération. Edward Berger, qu’on a connu moins fin dans le remake de A l’Ouest Rien de Nouveau, pilote dans un classicisme de bon aloi cette adaptation du livre de Richard Harris. Il suit les méandres de cette élection si mystérieuse, ces 103 cardinaux servis par quelques bonnes sœurs qui doivent élire le nouveau pape en restant confinés pendant des jours dans la Chapelle Sixtine. Chacun prétend ne pas vouloir accéder à la candidature suprême et pourtant rêve de devenir le nouveau vicaire de Christ.

Fiennes incarne parfaitement ce cadre sup du catholicisme, tiraillé entre sa foi vacillante et ses compétences de diplomate, assurant avec un rare sens moral la mission qui lui a été confiée.

Le thriller monte lentement, car même confinés, l’extérieur, le monde est là, et il intervient dans les débats : sexualité, islamisme, progressisme et traditionalisme…

Tout cela est assez passionnant, jusqu’à la surprise finale, qui gâche un peu le plaisir en violant la Loi d’Olivier. La fameuse loi qui dit que l’auteur ne peut pas être le Dieu omniscient de son univers. En effet, aucun indice n’est laissé au spectateur qui permette de deviner le final. D’où l’impression (même si moralement, c’est une belle fin) de s’être fait un peu escroquer…




lundi 4 mai 2026


Un Ours dans le Jura
posté par Professor Ludovico

C’est donc ça, le fameux César qu’a (enfin) eu Franck Dubosc ? Ici, on n’en a rien à foutre de la Palme des Alpes Maritimes, du César Compressé, des Oscars « indie » à 18 millions de dollars*… Mais avouons-le, notre cœur de midinette avait craqué devant le « Césario » 2025 de Frank Dubosc. Et encore plus touché par son vrai César et son discours de cette année.

Car ce qui manque aux César, c’est tout simplement une récompense comique. S’il y avait un César de la Comédie, un César du Meilleur Acteur Comique, du Meilleur Second Rôle Comique, ce genre serait plus méprisé. On ne comparerait pas la performance extra de Delphine Baril dans Les Pistolets en Plastique avec Nina Meurisse, la gagnante des César 2025 pour L’Histoire de Souleymane ! Plus fondamentalement, on pourrait distinguer la bonne comédie de la mauvaise, ce qui, avouons-le, ne ferait pas de mal au cinéma français !

Eh bien, en voilà une de bonne comédie. Un Ours dans le Jura se place clairement dans les traces ursidées des Frères Coen. Un dérapage incontrôlé, des migrants qui font plus que migrer, des gangsters pas fut-fut et des gendarmes pas si neuneu. Dubosc tient parfaitement son sujet, n’en fait pas trop (on l’attendait au tournant – verglacé -), Poelvoorde non plus. Calamy est très bonne, comme d’habitude.

Que demande donc le peuple, sinon une bonne comédie française ?

*coût de la promo d’Anora, soit 3 fois le coût du film lui-même…




mercredi 15 avril 2026


Madame de…
posté par Professor Ludovico

C’est donc ça le chef-d’œuvre de Max Ophuls ? Pourtant au début ça semble mal parti, sur une simple comédie Belle Epoque : général d’artillerie, ambassadeurs, et épouses légères.

Dans cette ambiance Mitteleuropa, un couple moderne :  Madame de… (Danielle Darrieux) vend ses bijoux, pour rembourser une dette de jeu. Monsieur de… (Charles Boyer) les rachète pour les offrir à sa maitresse.

Dans ce milieu aristocrato-diplomatique, les couples libres vont de bras et bras. Madame de… a de nombreux soupirants, Monsieur n’est pas en reste. De gentilles piques sont échangées lors de fêtes en tout genre, mais tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Cette intrigue, on la suit visuellement à travers un McGuffin, les fameuses boucles d’oreilles. Rendues, revendues, achetées, rachetées, dans ce cercle vicieux qui semble obséder Ophuls puisqu’il y a même consacré un film, La Ronde. Cette forme, métaphoriquement signifiée par la valse, l’éternelle symphonie de la vie qui retombe effroyablement sur ses pieds.

La valse, c’est aussi le symbole de la vanité des personnages. S’aiment-ils vraiment ? Se détestent-ils un peu ? Sont-ils vexés, ou humiliés ? Ophuls tisse sa toile, basculant son film lentement vers la tragédie.

La mise en scène, discrète, est exceptionnelle. Des plans séquences qui paraissent gratuits, comme la scène de l’escalier du bijoutier que l’on monte ou que l’on descend, singeant l’ascension ou le déclin social des personnages. Ou le traveling qui termine sur l’ombre de l’amant. Sans parler du final ambigu, qui laisse au spectateur faire sa conclusion.

Oui, Madame de… est un grand film.




mardi 27 janvier 2026


John Wick
posté par Professor Ludovico

On cherchait un successeur à Michael Bay, et on l’a peut-être trouvé dans la personne de Chad Stahelski, ancien cascadeur de Matrix reconverti cinéaste fluorescent par la grâce de Keanu Reeves.  

On a fini par se résoudre, sous le doux lobbying des Hellogeekettes, à regarder premier épisode de la franchise. Question de crédibilité cinématographique pour le Professore Ludovico.

On n’est pas déçu : John Wick est magnifique, beau et con à la fois, comme un bon Michael Bay. Le pitch à lui seul est digne de Pétrarque : le pauvre John vient de perdre sa femme, elle lui avait offert un chien avant de mourir. Un voyou russe lui vole sa bagnole et tue le chien. Deux bonnes raisons de se venger, et c’est parti pour une heure trente-sept minutes de bastons chorégraphiés, fusillades dantesques et cascades de bagnole. Ça sent pas le Bourdieu, ni la morale à deux balles…

Tout cela est éclairé comme la Sainte Chapelle par Jonathan Sela, avec une DA de toute beauté ; ambiance vertes, bleues, violettes, parsemées ici et là de taches de couleur. Tout simplement magnifique.

Mais le vrai génie de John Wick, c’est de savoir où il habite ; sa force, d’être pile au niveau où il prétend être : pas un film prétentieux, mais bien un pur divertissement totalement assumé.

Ça donne immédiatement envie de voir la suite.




mercredi 21 janvier 2026


La Bataille du Rail
posté par Professor Ludovico

Mais quel film ! Documentaire, film de guerre, thriller, film d’action, propagande Eisensteinienne : les qualificatifs manquent pour genrer le film de René Clément.

La Bataille du Rail, cette exaltation à sens unique de la résistance SNCF (pas un seul collabo à l’horizon*), fut réalisé immédiatement après la guerre (en 1946) avec peu de moyens, sauf ceux de la SNCF. Celle-ci ne lésine pas devant ce film d’entreprise avant l’heure : on y jette un vrai train dans le talus pour une séquence d’anthologie.  

Le film suit une myriade de personnages, à tous les échelons de la compagnie ferroviaire : cheminots, gardes-barrières, cadres administratifs, qui œuvrent tous à ralentir voire détruire les convois de ravitaillement allemands pendant le Débarquement de Normandie.

Pas d’acteur connus, des images un peu floues, parfois accélérées pour donner de l’intensité aux cascades (George Miller fera pareil pour Mad Max), des dialogues doublés à l’arrache, mais aussi des séquences inoubliables. Le train qui déraille, la bataille finale qu’aurait pu signer Michael Bay s’il était né plus tôt, et des scènes poétiques que n’aurait pas reniées le cinéaste du Cuirassé Potemkine (les cheminots attendant leur exécution).

Le film oscille toujours entre le documentaire, le film d’action, et la poésie quasi expérimentale. Ainsi, pas un personnage allemand ne parlera français, ni ne sera sous-titré. Ce qu’on appelle au cinéma le transfert, c’est à dire la mise in situ du spectateur dans l’angoisse des protagonistes de ces heures sombres.

Un must, on vous dit.

* En fait, un seul : « Parle pas devant ce gars-là, il est pas sûr… »




mardi 13 janvier 2026


Des Hommes d’Honneur
posté par Professor Ludovico

Incroyable mais vrai : on a oublié de chroniquer Des Hommes d’Honneur, un des films fétiches du Professore Ludovico, déjà vu et revu. Fétiche parce que Tom Cruise et Demi Moore au sommet de leur talent, fétiche parce que séquence-culte de Nicholson, fétiche parce que beaucoup de petits jeunes qui vont devenir grands y font un passage : Kevin Bacon, Kiefer Sutherland, Kevin Pollak (Usual Suspects), James Marshall (Twin Peaks), Matt Craven (un habitué des Michael Bay), Xander Berkeley (second rôle un peu partout), Noah Wyle (Urgences), Cuba Gooding Jr., Joshua Malina (The West Wing)…

C’est aussi les débuts de notre idole : Aaron Sorkin y écrit son premier scénario tiré de sa pièce ; il fait même un cameo en avocat.

On ne vous fera pas l’injure de raconter l’intrigue, mais simplement rappeler un des adages de CineFast : on peut critiquer ce que l’on aime, ici l’armée, le patriotisme, ce dont Sorkin ne s’est jamais privé.

Des Hommes d’Honneur a plus de trente ans et se déguste toujours comme un bon cheesecake.




mercredi 31 décembre 2025


Sabrina
posté par Professor Ludovico

Les grands films meurent aussi. Qu’est-ce qu’il reste de Sabrina, soixante-dix ans après ? Pas grand-chose. Un Billy Wilder feignant, avec pourtant la crème de l’époque : Bogart, Holden et bien sûr Audrey Hepburn.

L’intrigue déjà ne tient pas la route, trop mollement traitée par Wilder. En gros, une histoire de Cendrillon 50s. Audrey Hepburn est la fille du chauffeur d’une grande famille de richards de Long Island. Elle est amoureuse du cadet (Holden), un playboy qui enchaîne les mariages et ne la regarde même pas. La jeune ingénue tente de se suicider, mais finit par aller à Paris pour (sic) apprendre la cuisine. Elle revient transformée en icone de l’élégance parisienne. Le bon vieux temps où la France rayonnait !!

Le playboy tombe immédiatement amoureux d’elle. Pas de chance, on est à l’aube d’un mariage qui arrange les affaires de la famille :  en gros, le roi du vitrage épouse l’héritière du roi du plastique.  

L’ainé, que rien n’intéresse à part diriger l’entreprise familiale (Bogart), prend l’affaire en mains. Il se dévoue pour sortir la belle et la réexpédier manu militari à Paris. Evidemment, in the process, il tombe amoureux d’elle.

Comédie amère ? Tragi comédie sociale ? Billy Wilder ne sait pas trop où il habite (c’est son dernier film à la Paramount, ceci expliquant peut-être cela) et les acteurs mâles cachetonnent, tandis qu’ Audrey Hepburn tente de jouer. Nous tenons cette information de Notre Dame de Nazareth : a-t-elle jamais interprété un grand rôle ? A part My FairLady, dans le panthéon personnel du Professore Ludovico, on ne voit pas. Elle tient sa place, mais uniquement grâce son incroyable beauté, son charme discret, et le modernisme de son look (entourée de grands couturiers et bijoutiers) qui l’érige en icône de la mode.

Elle l’est encore aujourd’hui. Il y a pire comme destin.




juin 2026
L M M J V S D
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930