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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



dimanche 5 janvier 2020


Unstoppable
posté par Professor Ludovico

Unstoppable, c’est, en 2010, le dernier sommet de l’œuvre Simpsono-Bruckheimerienne, alors que Don Simpson est mort depuis quinze ans et que Jerry Bruckheimer, qui travaille avec Disney, sort Prince of Persia.

C’est en tout cas le dernier film de Tony Scott, et un film en tout point remarquable. Basé sur une histoire vraie, Unstoppable raconte comment la fausse manœuvre d’un cheminot (obèse, forcement obèse) lance un train fou sans pilote à travers la Pennsylvanie. A l’autre bout de la voie, le couple éternel vieux con-jeune con qui a fait les beaux jours du high concept (Armageddon/The Rock/Jours de Tonnerre) est en train de manœuvrer un autre convoi. Évidemment, ils vont se retrouver sur la trajectoire du convoi en folie, s’opposer à une bureaucratie éloigné de réalités, etc. Seul les hard working people pourront, une fois de plus, tirer l’Amérique de ce merdier.

Au service de cela, le style de Scott, inimitable. La caméra tournoyant autour de la cabine, nouvelle façon de traiter ce huis clos en deux dimensions (l’avant de la voie, l’arrière de la voie). L’image aux couleurs saturées. Les longues focales semblant écraser le train, qui alternent avec des plans latéraux magnifiant au contraire sa vitesse. Et toujours, Denzel Wasington, impérial, qui trouve un rookie très complémentaire en la personne de Chris Pine. Avec cela, et malgré un scénario couru d’avance, Tony Scott crée de l’émotion. Le film fut un succès en France comme aux Etats-Unis.

Mais Tony Scott se tuera deux ans plus tard, en se jetant d’un pont. Il est inhumé à Hollywood Forever, le cimetière des stars, mitoyen aux studios de la Paramount. Sa tombe est une simple pierre, érigée comme une montagne miniature, avec un petit alpiniste en laiton en train de l’escalader.

Inarrêtable.




samedi 4 janvier 2020


High Rise
posté par Professor Ludovico

J-G. Ballard fait partie des plus grands écrivains de science-fiction. D’abord parce que c’est un écrivain avec du style, et ensuite parce que Ballard a eu un certain nombre de prémonitions qui se sont vérifiées.

Avec Crash, il dénonçait l’invasion de la voiture et la fascination pour les accidents de star. La mort de Lady Di en fut un brillant exemple. Dans Sécheresse, il décrit un futur apocalyptique caniculaire. Ou ici, dans High Rise, il prédit l’effondrement de la civilisation au travers de la métaphore d’une tour gigantesque.

En haut, les classes royales, les architectes, qui pensent régler les problèmes de l’humanité par l’urbanisme, en dessous la classe dirigeante de dilettantes friqués, présentateurs de télé et autres financiers, et en dessous, le populo, qui sert notamment de femmes de chambre aux étages supérieurs.

On a rarement aussi bien rendu le style d’un écrivain dans un film. Dans un autre genre, L’Empire du Soleil, adapté par Spielberg, était outrancier. Mais ici grâce à l’acteur (Tom Hiddleston) et la mise en scène de Ben Wheatley, le conte philosophique tient de bout en bout.

On reprochera simplement quelques longueurs vers la fin, mais voilà un film où il y a matière à réflexion, et où il y a du cinéma.




samedi 4 janvier 2020


Tirez sur le Pianiste
posté par Professor Ludovico

Quand on a l’esprit mal tourné comme le Professore, on peut penser que Tirez sur le Pianiste, le deuxième film de François Truffaut avec Charles Aznavour, est l’annonce de tout le mal que va faire la Nouvelle Vague au cinéma français.

En effet, voilà un film entièrement tourné vers ce qu’il veut raconter, sans se préoccuper de comment il veut le raconter. Un méli-mélo de leçons mal comprises d’Hitchcock, la volonté de choquer le bourgeois (les seins de Michel Mercier, les gros mots), et quelques expérimentations visuelles…

Mais rien ne tient debout dans cette histoire adaptée de David Goodis : chaque scène est ridicule, les plans sont flous, et les acteurs, mal doublés (car évidemment on veut tourner en son direct et on se retrouve à refaire les prises son), ânonnent des dialogues littéraires peu crédibles.

On est loin des Quatre Cent Coups, et de la future maîtrise du grand François Truffaut.




dimanche 20 octobre 2019


High Life
posté par Professor Ludovico

« Hélas, les idées ne font pas les bons films. Il faut des idées dans les bons films, mais cela demande beaucoup de créativité artistique pour incarner fortement une idée… »

C’est toujours le vieux Stanley qui parle, et on jurerai qu’il a vu le High Life de Claire Denis. High Life ferait un très bon film de science-fiction : des criminels déportés dans l’espace espèrent y bâtir un nouvel éden… Bon point de départ.

Et on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’histoire parce qu’il y en a une : un jeune homme seul dans une station spatiale, avec seulement un bébé, une petite fille. Par flash-back, et par la tache de sang qu’on aperçoit dans le premier plan, on comprend qu’il n’était pas seul au départ ; on découvre cet équipage de condamnés à mort qui ont accepté de partir explorer un trou noir en échange de leur punition. Pourquoi se sont-ils battus, pourquoi il n’en reste qu’un ? Qui est le père de cette petite fille, forcement conçue pendant le trajet ? Il y a tout ce qu’il faut pour raconter quelque chose…

Voilà une histoire intéressante, des personnages, et Claire Denis a le métier pour mettre ça en place. Mais elle expose ses idées sans les travailler ni les nourrir. Et que dire de ce décor volontairement ridicule (un simple couloir) qui sent le cinéma amateur ? On ferait pareil avec une caméra Super 8 et l’entrepôt d’un ami. Mais on est assez cinéphile pour savoir qu’il y a assez de budget pour faire beaucoup mieux que cela. Pourquoi Claire Denis fait ce choix ? On ne saura jamais. Pourquoi ses personnages sonnent creux, pourquoi agissent-ils n’importe comment ?

Comme d’habitude, on a le sentiment d’un immense gâchis et d’une énorme fainéantise…




vendredi 4 octobre 2019


Le Vol de l’Intruder
posté par Professor Ludovico

Encore un film qui traîne quelque part dans le cerveau du Professore, et dont on ne sait pas vraiment pourquoi il est sur sa To Do list. Peut-être, si : dans les crédits de Hot Shots, la fabuleuse parodie de Top Gun de Jim Abrams, il était dit que certaines des images venait de ce fameux Intruder.

Mais cela étant dit, ce n’est pas du tout la même chose, ou au contraire, c’est tout à fait pareil. Une immense parodie involontaire de film de guerre, des films comme on n’en fait plus, en tout cas depuis 1960. Et c’est signé John « Conan » Milius.

Pilote de l’aéronavale, Jake Grafton perd son coéquipier lors d’une mission au-dessus du Vietnam. Rien que ça vaut le déplacement : l’appontage nocturne d’une seule main, en tenant l’aorte giclant le sang de son pote, vaut tous les Y a-t-il un pilote dans l’avion de la terre.

Mais voilà Jake très en colère : les missions qu’ils effectuent ne servent à rien, car on bombarde des objectifs sans intérêt et son avion (l’A6-Intruder, vous aurez compris) est uniquement défensif (sic !) : il n’a pas d’armes (hormis 8 petites tonnes de bombes) contre les missiles anti-aérien.

Arrive alors Willem Dafoe, et là, on se dit que ça va chauffer parce que notre ami, il a joué les pires fils de pute de toute la terre. Pas de chance : Le Vol de l’Intruder c’est son seul rôle de gentil. Jake convainc Dafoe de tenter le coup, et de bombarder Hanoi, ce qui est formellement interdit. Le problème, c’est de trouver des cibles. Pour cela, il faut une carte mais c’est Top Secret. (Non pas le film, mais l’expression). Comment faire quand on n’a pas de carte sur un porte-avions ? On va à la bibliothèque (où il y a, entre parenthèses, Les Hérétiques de Dune, ce qui en dit long sur la qualité du film). Grâce au Guide Michelin de Hanoi (resic !), on peut aller bombarder le Viêt-minh.

Les voilà en Cour Martiale, mais ils ne sont pas punis car, incroyable mais vrai, Nixon vient justement de décider qu’on peut bombarder Hanoi (reresic)! Les Intruders repartent, l’amiral en tête (qui a l’air méchant mais qui en fait a bon fond), et patatras Danny Glover se crashe et va être fait prisonnier des Viêts. Et ça, c’est grave.

Nos deux héros décollent pour chercher leur amiral (ils sont interdits de vol) et se font eux aussi abattre. Mais putain, comment on va faire ??? Willem Defoe se sacrifie : oui, oui, vous avez bien lu, comme dans les Battler Britton de notre enfance «  Putain Joe, non, tu vas pas mourir !!??! Si, les gars ! Je crois que c’est terminé pour moi ! Balancez la sauce !!! ».

À ce niveau-là, on s’incline.




dimanche 25 août 2019


Un Peuple et son Roi
posté par Professor Ludovico

Avec Un Peuple et son Roi, on assiste à un spectacle assez étonnant : un réalisateur doué, Pierre Schoeler, aux convictions républicaines assumées, admiré ici pour L’Exercice de l’État, et qui dirige ici la moitié de l’élite actuelle du cinéma français (Gaspard Ulliel, Louis Garrel, Adèle Haenel, Laurent Lafitte, Denis Lavant, Izïa Higelin, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky…) sur un thème porteur : la révolution de 1789, la république, le peuple.

Et au final, un OVNI. Moitié film scolaire pour collégiens, moitié film expérimental d’une incroyable vanité, le tout ne ressemble à rien, et ce n’est pas un compliment. C’est comme si le on n’avait pas su par quel bout prendre cette affaire, et tout est raté : les éclairages, les dialogues, les comédiens : rien ne marche. On aimerait avoir les tenants et les aboutissants de cette histoire pour comprendre cette incroyable ratage.




dimanche 30 juin 2019


Les Goonies
posté par Professor Ludovico

Les Goonies, c’est l’apogée d’un certain cinéma américain, le Richard Donner de L’Arme Fatale et le Steven Spielberg d’Indiana Jones et le Temple Maudit, en un mot : 1985.

Autour d’une intrigue qui rappelle Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang et ses tavernes de pirates, une bande de gamins archétypale (le petit gros gourmand et gaffeur, le chinois geek, la grande gueule, le frère aîné sportif, et le héros au grand cœur*), va partir à la recherche d’un trésor de pirate sur les côtes venteuses de l’Oregon. 

Le film est un immense toboggan qui ne s’arrêtera jamais, enchainant comme des rafales de mitraillette les répliques cultes (« Goonies never say die! »), des gags screwball comedy,  des passages secrets en veux-tu en voilà, et des planches qu’on se prend dans la figure…

Cette frénésie très talentueuse, du point de vue cinématographique, finit par lasser, comme celle du Temple Maudit, sorti un an plus tôt.

On en vient à regretter le début, où perçait une douce mélancolie spielbergienne sur le temps qui passe… Car il s’agit, une fois de plus (mais il faut le souligner à chaque fois), de riches contre pauvres, de méchants magnats de l’immobilier expropriant la middle class pour créer un golf, et séparant pour toujours les goonies. Cette introduction justificative est vite jetée à la poubelle par Richard Donner et elle sera (mal) réutilisée à la fin, pour conclure en happy end, sur un ultime rebondissement. Mais il y a un peu avant un très beau monologue du héros** (Sean Astin, qui prépare sa performance, quinze ans plus tard, dans le Seigneur des Anneaux…) au milieu…

Trop tard, trop vite.

* Autant dire la matrice de Super8 et de Stranger Things …

** « Don’t you realize? The next time you see sky, it’ll be over another town. The next time you take a test, it’ll be in some other school. Our parents, they want the best of stuff for us. But right now, they got to do what’s right for them. Because it’s their time. Their time! Up there! Down here, it’s our time. It’s our time down here. That’s all over the second we ride up Troy’s bucket. »




vendredi 21 juin 2019


Spring Breakers
posté par Professor Ludovico

Depuis ses débuts, Harmony Korine ne filme qu’une chose : la décadence de l’empire américain. D’abord chez les pauvres white trash de l’Ohio (Gummo), ici chez les riches born again christians s’encanaillant au Spring Break. Pour qui connaît l’Amérique, son puritanisme foncier, cette randonnée annuelle vers le Mexique ou la Floride n’est qu’un gigantesque oxymore. Un volcan qui crache sa lave lubrique tous les ans, pour éviter d’exploser.

Ici, quatre jeunes filles, riches, chrétiennes, mais paumées, veulent absolument en être *. Sans argent, elles braquent un restaurant pour financer leur road trip. De charybde en scylla, elles vont tomber dans les griffes d’un dealer de pacotille, Alien, une grande gueule interprétée magnifiquement par James Franco. Rattrapées par un peu de réalisme, deux filles s’échappent et rentrent à la maison. Les deux autres iront jusqu’au bout de cette dérive.

Comme le disait à l’époque Jean-Marc Lalanne, du Masque et la Plume Harmony Korine, sait filmer ces orgies « de façon élégiaque tout en les critiquant très sévèrement ». Seul point faible du film, la longueur et les répétitions. Korine ne sait pas faire court ; hypnotisé par la musique de Cliff Martinez, il n’arrive pas à s’en extraire. Mais pour le reste, on est tout autant fascinés par cette description politique de la décadence américaine, qui est aussi celle de l’occident. Ce qui peut sembler naturel (faire la fête, sombrer dans l’excès) devient ici obscène. C’est la force du pinceau extrêmement réaliste d’Harmony Korine, qui n’oublie pourtant pas de faire l’artiste…

* Castées évidemment dans la fine fleur Disney et Girly : Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine




jeudi 6 juin 2019


N’allez pas voir Shining !
posté par Professor Ludovico

Oui vous avez bien lu, le Professore Ludovico, Commandeur des Croyants, vous déconseille d’aller voir un Kubrick. Mais c’est simple, la version présentée à Cannes, la version longue, 4K, remasterisée, n’est pas la bonne ! C’est la version US, coupée par Kubrick lui-même pour l’Europe, car jugée trop longue.

Une version, qui, de plus, affaiblit le chef d’œuvre – coup de poing qu’est Shining.

Une scène chez le psy, qui amollit l’explication œdipienne en la signalant trop tôt, et des squelettes poussiéreux à la fin, qui ne dépareraient pas dans le train fantôme de la Foire du Trône. Enfin, vous l’avez peut-être déjà vue… sur TCM.

On comprend qu’il faille faire vivre la famille Kubrick, mais le bon Stanley n’aurait jamais voulu de ce pseudo final cut…




dimanche 26 mai 2019


N’allez pas voir Shining !
posté par Professor Ludovico

Oui vous avez bien lu, le Professore, Commandeur des Croyants, vous déconseille un Kubrick. Mais c’est simple, la version présentée à Cannes, la version longue, 4K, remasterisée, n’est pas la bonne ! C’est la version US, trop longue, coupée par Kubrick pour l’Europe et qui affaiblit évidemment le chef d’œuvre qu’est Shining.

Une scène chez le psy, qui amollit l’explication œdipienne en la signalant trop tôt, et surtout des squelettes poussiéreux à la fin, qui ne dépareraient pas dans le train fantôme de la Foire du Trône.

Pire, vous l’avez peut-être déjà vue… sur TCM.

On comprend qu’il faille faire vivre la famille Kubrick, mais le bon Stanley n’aurait jamais voulu de ce pseudo final cut…




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