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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



mardi 27 janvier 2026


John Wick
posté par Professor Ludovico

On cherchait un successeur à Michael Bay, et on l’a peut-être trouvé dans la personne de Chad Stahelski, ancien cascadeur de Matrix reconverti cinéaste fluorescent par la grâce de Keanu Reeves.  

On a fini par se résoudre, sous le doux lobbying des Hellogeekettes, à regarder premier épisode de la franchise. Question de crédibilité cinématographique pour le Professore Ludovico.

On n’est pas déçu : John Wick est magnifique, beau et con à la fois, comme un bon Michael Bay. Le pitch à lui seul est digne de Pétrarque : le pauvre John vient de perdre sa femme, elle lui avait offert un chien avant de mourir. Un voyou russe lui vole sa bagnole et tue le chien. Deux bonnes raisons de se venger, et c’est parti pour une heure trente-sept minutes de bastons chorégraphiés, fusillades dantesques et cascades de bagnole. Ça sent pas le Bourdieu, ni la morale à deux balles…

Tout cela est éclairé comme la Sainte Chapelle par Jonathan Sela, avec une DA de toute beauté ; ambiance vertes, bleues, violettes, parsemées ici et là de taches de couleur. Tout simplement magnifique.

Mais le vrai génie de John Wick, c’est de savoir où il habite ; sa force, d’être pile au niveau où il prétend être : pas un film prétentieux, mais bien un pur divertissement totalement assumé.

Ça donne immédiatement envie de voir la suite.




mercredi 21 janvier 2026


La Bataille du Rail
posté par Professor Ludovico

Mais quel film ! Documentaire, film de guerre, thriller, film d’action, propagande Eisensteinienne : les qualificatifs manquent pour genrer le film de René Clément.

La Bataille du Rail, cette exaltation à sens unique de la résistance SNCF (pas un seul collabo à l’horizon*), fut réalisé immédiatement après la guerre (en 1946) avec peu de moyens, sauf ceux de la SNCF. Celle-ci ne lésine pas devant ce film d’entreprise avant l’heure : on y jette un vrai train dans le talus pour une séquence d’anthologie.  

Le film suit une myriade de personnages, à tous les échelons de la compagnie ferroviaire : cheminots, gardes-barrières, cadres administratifs, qui œuvrent tous à ralentir voire détruire les convois de ravitaillement allemands pendant le Débarquement de Normandie.

Pas d’acteur connus, des images un peu floues, parfois accélérées pour donner de l’intensité aux cascades (George Miller fera pareil pour Mad Max), des dialogues doublés à l’arrache, mais aussi des séquences inoubliables. Le train qui déraille, la bataille finale qu’aurait pu signer Michael Bay s’il était né plus tôt, et des scènes poétiques que n’aurait pas reniées le cinéaste du Cuirassé Potemkine (les cheminots attendant leur exécution).

Le film oscille toujours entre le documentaire, le film d’action, et la poésie quasi expérimentale. Ainsi, pas un personnage allemand ne parlera français, ni ne sera sous-titré. Ce qu’on appelle au cinéma le transfert, c’est à dire la mise in situ du spectateur dans l’angoisse des protagonistes de ces heures sombres.

Un must, on vous dit.

* En fait, un seul : « Parle pas devant ce gars-là, il est pas sûr… »




mardi 13 janvier 2026


Des Hommes d’Honneur
posté par Professor Ludovico

Incroyable mais vrai : on a oublié de chroniquer Des Hommes d’Honneur, un des films fétiches du Professore Ludovico, déjà vu et revu. Fétiche parce que Tom Cruise et Demi Moore au sommet de leur talent, fétiche parce que séquence-culte de Nicholson, fétiche parce que beaucoup de petits jeunes qui vont devenir grands y font un passage : Kevin Bacon, Kiefer Sutherland, Kevin Pollak (Usual Suspects), James Marshall (Twin Peaks), Matt Craven (un habitué des Michael Bay), Xander Berkeley (second rôle un peu partout), Noah Wyle (Urgences), Cuba Gooding Jr., Joshua Malina (The West Wing)…

C’est aussi les débuts de notre idole : Aaron Sorkin y écrit son premier scénario tiré de sa pièce ; il fait même un cameo en avocat.

On ne vous fera pas l’injure de raconter l’intrigue, mais simplement rappeler un des adages de CineFast : on peut critiquer ce que l’on aime, ici l’armée, le patriotisme, ce dont Sorkin ne s’est jamais privé.

Des Hommes d’Honneur a plus de trente ans et se déguste toujours comme un bon cheesecake.




mercredi 31 décembre 2025


Sabrina
posté par Professor Ludovico

Les grands films meurent aussi. Qu’est-ce qu’il reste de Sabrina, soixante-dix ans après ? Pas grand-chose. Un Billy Wilder feignant, avec pourtant la crème de l’époque : Bogart, Holden et bien sûr Audrey Hepburn.

L’intrigue déjà ne tient pas la route, trop mollement traitée par Wilder. En gros, une histoire de Cendrillon 50s. Audrey Hepburn est la fille du chauffeur d’une grande famille de richards de Long Island. Elle est amoureuse du cadet (Holden), un playboy qui enchaîne les mariages et ne la regarde même pas. La jeune ingénue tente de se suicider, mais finit par aller à Paris pour (sic) apprendre la cuisine. Elle revient transformée en icone de l’élégance parisienne. Le bon vieux temps où la France rayonnait !!

Le playboy tombe immédiatement amoureux d’elle. Pas de chance, on est à l’aube d’un mariage qui arrange les affaires de la famille :  en gros, le roi du vitrage épouse l’héritière du roi du plastique.  

L’ainé, que rien n’intéresse à part diriger l’entreprise familiale (Bogart), prend l’affaire en mains. Il se dévoue pour sortir la belle et la réexpédier manu militari à Paris. Evidemment, in the process, il tombe amoureux d’elle.

Comédie amère ? Tragi comédie sociale ? Billy Wilder ne sait pas trop où il habite (c’est son dernier film à la Paramount, ceci expliquant peut-être cela) et les acteurs mâles cachetonnent, tandis qu’ Audrey Hepburn tente de jouer. Nous tenons cette information de Notre Dame de Nazareth : a-t-elle jamais interprété un grand rôle ? A part My FairLady, dans le panthéon personnel du Professore Ludovico, on ne voit pas. Elle tient sa place, mais uniquement grâce son incroyable beauté, son charme discret, et le modernisme de son look (entourée de grands couturiers et bijoutiers) qui l’érige en icône de la mode.

Elle l’est encore aujourd’hui. Il y a pire comme destin.




vendredi 5 décembre 2025


The Apprentice
posté par Professor Ludovico

Sujet difficile. S’attaquer au biopic de l’homme le plus haï, vilipendé, moqué, du moment, et en même temps le plus craint, aka le Président des États-Unis, est une gageure…

Mais Ali Abbasi n’a pas peur, s’étant déjà frotté aux mollahs avec ses excellentes Nuits de Mashhad, et il a des atouts dans sa manche. D’abord un très bon scénario qui file la reconstitution minutieuse et délicate de l’éclosion du papillon Trump dans le New York en perdition des années 70. Faire sortir la chenille de son cocon familial – une bande de dégénérés obsédés par le fric – en ne chargeant pas trop le personnage, et même en l’excusant, fait de Donald J. Trump un véritable personnage de roman.

Cela ne serait rien sans deux grands comédiens. L’un inconnu de nos services, Sebastian Stan, parait-il Soldat de l’Hiver*, qui peint un tableau impressionniste du magnat en devenir. Un peu timide, mais volontaire, en recherche d’un père qui pourrait l’admirer, S. Stan sous-joue le futur Trump, car là était le piège : caricaturer ce qui est déjà une caricature. Non, le comédien déterre les racines trumpiennes, ses expressions fétiches, ses embryons de gestuelles, le début d’un look, et ce sourire de moineau qui se prend pour un aigle…

En face, une connaissance, Jeremy Strong, joue l’antithèse de son personnage précédent : Kendall Roy est devenu Roy Cohn, monolithe de pierre grise, rongé par la colère et la frustration, mentor bientôt jeté comme une vieille chaussette par son apprenti…

Ali Abbasi a l’intelligence de ne pas jouer le film politique, mais plutôt la vie d’un homme, la naissance de ses tourments, et des nôtres.

*Mais aussi figurant pour Haneke – à 12 ans ! – dans 71 Fragments d’une Chronologie du Hasard




vendredi 28 novembre 2025


Retour à Cold Mountain
posté par Professor Ludovico

Quelle bonne idée ont les plates-formes de streaming de signaler que leurs films vont disparaître bientôt ! Y a-t-il meilleur coup de pied au cul pour le cinéphile ? C’est à chaque fois l’occasion de cocher une case sur sa Todo list, une case qui traîne quelque part dans ses neurones depuis trente ans. Non, on n’a pas vu Retour à Cold Mountain et on avait pas bien compris de quoi il s’agissait à l’époque… Aujourd’hui on découvre que ça parle de la Guerre de Sécession, damned !

Et ça commence bien : la Bataille du Cratère, une des pires absurdités de cette guerre qui en compte beaucoup. Les Nordistes creusent à Petersburg une énorme sape, la font sauter, se ruent dans le cratère ainsi formé… et ne peuvent en sortir. Les Confédérés n’ont plus qu’à les tirer comme des lapins.

Il y a déjà du lourd au fond du cratère : Inman, beau comme un cœur (c’est Jude Law) tient dans sa main une photo d’Ada, sa bien aimée (Nicole Kidman au summum de sa beauté) : flashback, et donc retour à Cold Mountain

Quelques mois plus tôt, la belle du Sud arrive et chauffe dur le beau charpentier. Mais voilà, à peine le temps de faire un petit bisou, et, Bing ! c’est la guerre…

On est en terrain connu, l’histoire d’amour contrariée, on va suivre les deux parcours en parallèle, plus celui d’un sidekick de luxe (la Zellweger, version irritante), Kidman harcelée par des prétendants qui en veulent plus à sa terre qu’à ses fesses, et Jude Law qui déserte pour retrouver la femme de sa vie. Bon ça commence fort.

Il y a quand quelques moments croquignolesques : la sorcière dans les bois, le méchant confédéré, blond aux yeux bleus, l’histoire d’amour de Zellweger, et tout ce beau monde qui forcent sur l’accent des Appalaches….

Mais au final, le tout est assez plaisant. Une forme d’ode à l’Amérique des grands espaces, à la beauté de sa nature sauvage, ce sentiment d’Éden qui vous parcourt quand vous êtes là-bas… C’est bon à prendre, dans un moment où, le moins qu’on puisse dire, il est difficile de s’extasier sur l’Amérique…




mercredi 19 novembre 2025


5 septembre
posté par Professor Ludovico

On a une aversion particulière ici pour les films qui ne réfléchissent pas. C’est le cas de Cédric Jimenez, qui filmait en 2017 Reinhard Heydrich, l’un des pires bourreaux nazis, comme le héros de son histoire HHhH, et finissait par inquiéter le spectateur sur le sort du pauvre Gruppenführer, qui, mon dieu, allait peut-être mourir de ses blessures !

C’est aussi le problème de 5 septembre, réalisé par Tim Fehlbaum, un gars qu’on ne connaît pas, mais qui filme sans réfléchir le massacre de Septembre Noir, une organisation terroriste palestinienne qui tua 11 athlètes Israéliens aux JO de Munich. En l’occurrence, Fehlbaum s’intéresse à autre chose : les journalistes sportifs d’ABC qui se retrouvent à couvrir – en direct et par hasard – l’un des pires évènements des années 70…

A l’école du scénario, on explique qu’il faut poser des enjeux au début et les résoudre pendant le film… Les enjeux de 5 septembre sont simples : les journalistes d’ABC arriveront ils à couvrir cet évènement ? Pourront ils négocier suffisamment de temps satellite pour assurer le direct ? Récupéreront ils à temps les bandes ?  Y aura-t-il assez de câble pour leurs cameras ? C’est évidemment ridicule face à la vraie tragédie qui s’annonce… Cette dramaturgie futile en devient obscène. Un documentaire aurait été parfait.

Oui, il y a des films à ne pas faire…




vendredi 14 novembre 2025


Capitaine Philips
posté par Professor Ludovico

Pendant longtemps, on a renâclé à l’idée de regarder Capitaine Phillips, le film de Paul Greengrass, parce que nous étions presque trop impressionnés par son Vol 93. Son film 9/11 repasse régulièrement, et reste si hypnotique qu’on n’arrive jamais à le lâcher avant la fin. Eblouis par son réalisme, fascinés par le sujet, en admiration devant la perfection scénaristique qui colle au siège, sans jamais pouvoir enlever la ceinture de sécurité…

Il paraissait donc difficile de s’infliger le même supplice, à savoir une prise d’otage ultra violente sur un cargo dans l’Océan Indien.

On finit par pointer au chef-d’œuvre. C’est la même technique, Greengrassienne, qui est à l’œuvre : mise en scène ultra réaliste. Caméra à l’épaule. Personnages vrais et dialogues parfois improvisés, comme la formidable scène entre Tom Hanks et une véritable médecin des Navy Seals.

Le film fonctionne à l’identique, avec l’intelligence de présenter les deux points de vue. D’un côté, le cargo de la « mondialisation heureuse », de l’autre des Somaliens condamnés à la piraterie…

Le film est un petit peu plus faible que Vol 93. D’abord, par son final Michael Bay, put-that-gun-down sur fond de néons bleutés.

Mais il tient néanmoins sa promesse, décrire le monde tel qu’il va…




samedi 8 novembre 2025


Le Mécano de la « General »
posté par Professor Ludovico

Regarder Le Mécano, c’est assister à l’enfance de l’art. C’est visiter la grotte de Lascaux du cinéma, c’est admirer la naissance d’Hollywood… 

Jusque-là, Buster Keaton était surtout connu pour faire des slapsticks, ces petits films d’une bobine où on tombe d’une échelle, on glisse sur une peau de banane, et on est poursuivi par les flics…

Mais là, c’est le grand projet : un film d’une heure et demie sur la Guerre de Sécession. Une comédie, mais pas que. L’histoire de Johnnie Gray, un petit gars du Sud amoureux d’une jeune fille. Et qui veut absolument s’engager, car la guerre est déclarée. Malheureusement, Johnnie est réformé, à la consternation de son amoureuse : trop chétif, trop utile (il est cheminot). Evidemment, Johnnie va devenir un véritable héros en démasquant les plans machiavéliques des espions du Nord, et en les déjouant avec la « General », sa fidèle locomotive.

Au-delà de l’émotion, on est fasciné par les cascades (entièrement réalisées par Buster Keaton qui saute, descend, remonte sur une vraie loco en marche !) et par des scènes de bataille assez imposantes, dont une chute de loco d’un pont. A l’époque, rien de moins que la scène la plus onéreuse du cinéma muet…

Même si le propos pique un peu les yeux (les gentils sudistes contre les vicieux nordistes), Le Mécano de la « General » est un must see.




vendredi 7 novembre 2025


Le Meurtre était Presque Parfait
posté par Professor Ludovico

Dans Hitchcock/Truffaut, le Maître explique que c’est un projet run for cover, c’est-à-dire un projet qu’il avait accepté parce qu’il il ramait sur son projet inachevé Bramble Bush. Hitch, en contrat avec la Warner, a donc convenu d’adapter cette pièce à succès sachant, comme il le dit, que c’était un truc pour lui.

Et c’est vrai que Hitchcock est à son affaire dans cette histoire de bourgeois cocu. Tony Wendice (Ray Milland), un tennisman désargenté veut hériter de Margot, sa belle et jeune épouse (Grace Kelly), en délégant son meurtre à quelqu’un d’autre. Le Hitchcockien averti retrouvera évidemment les prémisses de L’Inconnu du Nord Express, un film en noir et blanc sorti trois ans plus tôt, et bien mieux réussi*…

Dans une des premières scènes en tout cas, Wendice expose son plan à l’assassin qu’il a sélectionné. Cette longue scène se passe entièrement dans le salon et Hitch ne fait qu’alterner simplement les plans, et pourtant ce n’est jamais ennuyeux.  

L’erreur commune, quand on adapte du théâtre, c’est de vouloir sortir à l’extérieur pour faire cinéma, dit le Hitch en substance à son padawan français.

De fait, Hitch ne sortira pas de l’appartement, et cette unité de lieu créé une ambiance angoissante, anxiogène, qui va culminer jusqu’au meurtre lui-même…

Après, il est vrai que le film faiblit un peu quand on passe à la résolution façon Cluedo / Colombo.

Mais tout de même, c’est le haut du panier…

* Hitch avait-il une dent contre les tennismen, on ne sait…




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