[ Brèves de bobines ]

Petites réactions et conseils de sortie de salle



vendredi 22 mai 2026


Herbes Flottantes
posté par Professor Ludovico

Après avoir été converti au cinéma carré et immobile du grand Yasujir? Ozu (par le Framekeeper lui-même en personne !), puis l’avoir apprécié seul (Gosses de Tokyo, Le Goût du Saké, Fleurs d’Equinoxe (ah ! L’enthousiasme du jeune converti !), voilà qu’Herbes Flottantes nous est proposé par Lady Turenne. Herbes Flottantes, comme chacun sait, est le remake couleur de son film de 1934.

Bon.

Avouons que, même pour un Ozu, c’est diablement lent.

Une troupe de théâtre à la ramasse débarque sur une île, et on découvre que Komajuro, le maître kabuki, n’est pas l’oncle du jeune Kiyoshi, mais bien son père. Jalouse, la maîtresse actuelle de Komajuro envoie une jeune actrice le séduire. Deux intrigues, quelques blagues, voilà l’essentiel, et ça ne tient pas bien 119 minutes…

Personne n’est parfait.   




jeudi 21 mai 2026


Back to the future?
posté par Professor Ludovico

On s’était déjà interrogés, avec Marvel, sur la péplumisation du cinéma américain, mais un autre indice de cette régression 50s – cette fois-ci française – vient d’être donné avec la déclaration de Maxime Saada. Après la pétition des artistes contre la « fascisation » de Canal+, le retour smashé de son DG vaut son pesant de cacahouètes. Certes, nos amis artistes « professionnels de la profession » n’ont pas fait dans le subtil, mais ils ne le font jamais.

Mais qu’un Directeur Général réagisse ainsi, on ne s’y attendait pas. Faire une Liste Noire façon McCarthy est non seulement dangereux, mais inutile. Que cette réplique soit sur ordre ou pas, elle est stupide. Canal+ a besoin du cinéma (il y est même obligé par la loi), et le cinéma a besoin de Canal+.

Et les artistes ont le droit de dire des bêtises, ils sont même payés pour. L’art n’est pas une entreprise, même si le cinéma est une industrie. Ses travailleurs sont particulièrement doués à quelque chose (faire une lumière, prendre un son, dire un texte), et on les paie très chers pour ça. Ils n’appartiennent pas, ne sont pas salariés de l’entreprise Canal+. Ce ne sont pas des collaborateurs qui dénigrent leur entreprise, mais des indépendants, libres de dire ce qui leur chante. C’est la prérogative même de l’Artiste.

Dans le même temps, on est tombé sur deux films américains, aux antipodes l’un de l’autre. Jurassic World : Renaissance de Gareth Edwards (définitivement perdu pour la science) et Apocalypse Now : final cut de Coppola, perdu, lui en 1979.

Ces quelques minutes de Renaissance (pas celle des Medicis, mais plutôt un bateau chassant un mega-dino marin) font penser aux vieux films de Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, 1963) où tout sonne faux, malgré les millions de dollars de CGI. Dans les vieux films d’Harryhausen, la poésie était là, au moins… Sans minimiser le travail de titan des milliers de compositeurs CGI, esthétiquement c’est horrible. La mer est en plastique, le bateau en carton-pâte, et quand il se fracasse sur un rocher, on n’y croit pas une seconde…

Quelques jours plus tard, CanalBolloré+ diffuse le méprisable Final Cut d’Apocalypse Now. On sait tout le mal que le Professore pense de cette extorsion marketing, mais c’était justement la pénible scène de la plantation française. La très bonne Aurore Clément y joue exceptionnellement comme un pied ; quant à la séquence, elle dé-subtilise le propos du chef-d’œuvre originel.

Mais voilà, une fois passé ce mauvais moment, on retombe dans la brume, le bateau file vers le Laos, les flèches volent et sur la terrifiante musique de Carmine Coppola, on arrive au camp de Kurtz… « Etes-vous un assassin, Willard ? Non, vous êtes un garçon de courses, envoyé par des épiciers encaisser la facture ».

A nouveau, un film parle à notre cerveau…




mardi 13 janvier 2026


Des Hommes d’Honneur
posté par Professor Ludovico

Incroyable mais vrai : on a oublié de chroniquer Des Hommes d’Honneur, un des films fétiches du Professore Ludovico, déjà vu et revu. Fétiche parce que Tom Cruise et Demi Moore au sommet de leur talent, fétiche parce que séquence-culte de Nicholson, fétiche parce que beaucoup de petits jeunes qui vont devenir grands y font un passage : Kevin Bacon, Kiefer Sutherland, Kevin Pollak (Usual Suspects), James Marshall (Twin Peaks), Matt Craven (un habitué des Michael Bay), Xander Berkeley (second rôle un peu partout), Noah Wyle (Urgences), Cuba Gooding Jr., Joshua Malina (The West Wing)…

C’est aussi les débuts de notre idole : Aaron Sorkin y écrit son premier scénario tiré de sa pièce ; il fait même un cameo en avocat.

On ne vous fera pas l’injure de raconter l’intrigue, mais simplement rappeler un des adages de CineFast : on peut critiquer ce que l’on aime, ici l’armée, le patriotisme, ce dont Sorkin ne s’est jamais privé.

Des Hommes d’Honneur a plus de trente ans et se déguste toujours comme un bon cheesecake.




mercredi 19 novembre 2025


5 septembre
posté par Professor Ludovico

On a une aversion particulière ici pour les films qui ne réfléchissent pas. C’est le cas de Cédric Jimenez, qui filmait en 2017 Reinhard Heydrich, l’un des pires bourreaux nazis, comme le héros de son histoire HHhH, et finissait par inquiéter le spectateur sur le sort du pauvre Gruppenführer, qui, mon dieu, allait peut-être mourir de ses blessures !

C’est aussi le problème de 5 septembre, réalisé par Tim Fehlbaum, un gars qu’on ne connaît pas, mais qui filme sans réfléchir le massacre de Septembre Noir, une organisation terroriste palestinienne qui tua 11 athlètes Israéliens aux JO de Munich. En l’occurrence, Fehlbaum s’intéresse à autre chose : les journalistes sportifs d’ABC qui se retrouvent à couvrir – en direct et par hasard – l’un des pires évènements des années 70…

A l’école du scénario, on explique qu’il faut poser des enjeux au début et les résoudre pendant le film… Les enjeux de 5 septembre sont simples : les journalistes d’ABC arriveront ils à couvrir cet évènement ? Pourront ils négocier suffisamment de temps satellite pour assurer le direct ? Récupéreront ils à temps les bandes ?  Y aura-t-il assez de câble pour leurs cameras ? C’est évidemment ridicule face à la vraie tragédie qui s’annonce… Cette dramaturgie futile en devient obscène. Un documentaire aurait été parfait.

Oui, il y a des films à ne pas faire…




jeudi 24 juillet 2025


La Poursuite Infernale
posté par Professor Ludovico

Des éleveurs volés, une chanteuse mexicaine, une ingénue qui débarque, un médecin alcoolique ? On n’est pas chez Howard Hawks, mais chez John Ford, dans La Poursuite Infernale, My Darling Clementine pour être précis, un des plus beaux westerns qui soit.

Certes ce n’est pas très clairement mené, on a du mal à comprendre qui veut quoi, ce que Shakespeare vient faire dans cette galère, mais le sujet n’est pas là. C’est, comme d’habitude chez John Ford, rédemption, vengeance, amour impossible et émerveillement devant l’Ouest sauvage.

Et c’est par sa forme que La Poursuite Infernale éblouit. Enième relecture du règlement de compte à OK Corral (qui s’est déroulé 400 km plus bas), My Darling Clementine fascine par sa beauté sublime, dans un noir et blanc ahurissant de netteté. Le chef op’ Joseph MacDonald tire le maximum des ciels bleus, des nuages, des contre-jours. Il n’y a quasiment pas de mouvement de caméra – Ford les réserve aux scènes d’action.

Un pur moment de cinéma.




mardi 15 juillet 2025


Memories of Murder
posté par Professor Ludovico

S’agit-il d’un gouffre culturel ? Car on ne comprend rien au cinéma de Bong Joon Ho. Mickey 17 nous avait déjà assommé par sa bouffonnerie, nous n’avions pas été estomaqués par Parasite et ces Souvenirs de Meurtre ne sont pas impérissables. Problème de l’acting coréen ? Squid Game laissait aussi cette impression de surjeu. Mais on cherche aussi à comprendre dans quel film se trouve Bong Joon Ho.

Ça commence comme Seven, sauf que les deux flics se comportent comme dans Y’a-t-il Un Flic pour Sauver la Reine… Dès qu’on a un suspect, retardé mental, il faut en faire un coupable. Taloches, coups de pied, reconstitution à l’arrache, et flics incompétents qui bousillent la scène de crime : serait-on dans une comédie ? Et puis un jeune flic arrive de Séoul, avec des méthodes plus sérieuses, mais la bouffonnerie continue. Puis, dans un brusque changement du genre, on se tourne vers la folie et la tragédie. Les pistes ne mènent à rien, au grand désespoir du trio…

Arrive alors le final, tendu et désenchanté, qui donne une idée du grand film qu’aurait pu être Memories of Murder.

Si quelqu’un a une explication, on prend.




vendredi 4 juillet 2025


Le Roman de Jim
posté par Professor Ludovico

Au bout de cinq minutes du Roman de Jim, un amateur de littérature sait qu’il est face à un grand livre, profond et généreux. Au bout de cinq minutes du Roman de Jim, l’adaptation des frères Larrieux, on sait qu’on est face à une bouse.

Les acteurs jouent à plat. Le maquillage est raté. La déco est nulle. Les dialogues, purement descriptifs ; la mise en scène, inexistante. Ce niveau de fainéantise dans un certain cinéma français est tellement insupportable. Les 3,8M€, où sont-ils passés ? Avec 800 000 € de moins, Antoine Chevrollier fait La Pampa.

Au bout de ces cinq minutes, nous avons arrêté le massacre, et nous ne saurons donc jamais pourquoi Karim Leklou a eu le César du Meilleur Acteur.

Nous avions mieux à faire : dormir.




dimanche 29 juin 2025


Le Talentueux Monsieur Ripley
posté par Professor Ludovico

Le roman de Patricia Highsmith doit être très bon pour produire à chaque fois d’excellents produits cinématographiques. On ne se rappelle plus très bien de Plein Soleil (1960), mais la vision concomitante du magnifique Ripley de Netflix (2024) et le rattrapage du Talentueux Monsieur Ripley, d’Anthony Minghella (1999) rappellent ce talent.

Paradoxalement, le cinéaste du Patient Anglais arrive à gérer en deux heures plus de personnages que la série en huit, avec l’aide d’un gros casting (Matt Damon, Gwyneth Paltrow, Jude Law, Cate Blanchett).

Mais le film est daté, hollywoodien, et tient moins la rampe que l’équivalent sériel de Steven Zaillian, qui se concentre seulement sur le trio Ripley/Marge/Dickie, et est glacé d’un noir et blanc somptueux signé Robert Elswit, le chef op’ de quelques broutilles*…

* Boogie Nights, Demain ne meurt jamais, Magnolia, Syriana, There Will Be Blood, Loin de la terre brûlée, The Town, Mission impossible : Protocole Fantôme…




samedi 28 juin 2025


Making of
posté par Professor Ludovico

S’il y a une chose que le cinéma sait faire, c’est parler de lui. Sunset Boulevard, Singin’ in the Rain, Maestro, Tournage dans un Jardin Anglais, Swimming with Sharks, Mulholland Drive, The Artist… Ça donne toujours d’excellents films.

Preuve en est, encore une fois, avec le Making of de Cédric Kahn, une comédie qui utilise un procédé vieux comme Shakespeare, le film dans le film.

Simon (Denis Podalydès) est en plein tournage social (façon Dardenne brothers) : des ouvriers se proposent de reprendre en autogestion leur usine qui ferme. Mais enferré dans les mensonges initiaux de son producteur (qui avait promis une happy end aux financiers), le film de Simon devient lui aussi une petite usine au bord de la banqueroute.

Très écrit, avec des enjeux en veux-tu, en voilà, le film passionne : Simon est au bord du divorce, la directrice de prod s’escrime à faire bosser tout le monde, une jeune actrice veut percer, un figurant ambitionne à devenir scénariste… Au milieu de tout ça, une star hypocrite à l’égo hypertrophié (Jonathan Cohen) aspire toute la lumière…

Tout cela est excellement interprété par des comédiens qui connaissent parfaitement le business et ses avanies, car ils sont eux-mêmes producteurs, scénaristes ou réalisateurs : Emmanuelle Bercot, Xavier Beauvois, Valérie Donzelli…

À part le final un peu convenu, le film accomplit la gageure d’être drôle jusqu’au bout, tout en restant extrêmement réaliste.




vendredi 27 juin 2025


Deux Hommes dans la Ville
posté par Professor Ludovico

Vous voulez voir un film de gauche avec Delon et Gabin ? Un film qui promeut l’éducation des criminels, le pardon, la compassion ? Ce film existe : c’est Deux Hommes dans la Ville de José Giovanni, produit par Delon lui-même. Ce polar social, inspiré de la vie de José Giovanni, tourne autour de Gino (Alain Delon), petit truand condamné à douze ans de prison mais qui sort plus tôt grâce à la bienveillance de Germain Cazeneuve (Jean Gabin), un ancien flic devenu éducateur social pour délinquants. Gabin fait tout pour son protégé, tandis que celui-ci est relancé par ses anciens complices et persécuté par un flic pervers, l’inspecteur Goitreau, (Michel Bouquet) qui ne rêve que de le remettre en prison.

Évidemment, ça pique un peu les yeux. On a rarement vu – pour ne pas dire jamais –ces deux-là marteler un tel discours de gauche. 100 minutes de plaidoyer pour la réinsertion, idéaliste et naïf aux yeux aujourd’hui.

Une curiosité, donc.




juin 2026
L M M J V S D
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930