[ Les films ]



vendredi 3 juillet 2020


3000
posté par Professor Ludovico

Il y a 35 ans, un samedi, dans ma chambre de Saint-Arnoult-en-Yvelines, je me suis mis à noter sur un vieux classeur de mon père (trois trous, petits carreaux), tous les films que j’avais vus, dans l’ordre alphabétique. Le premier fut, je pense, Alien.

Il y a 25 ans, mon entreprise a souhaité me former à Excel, sans que je comprenne vraiment à quoi ça allait me servir. Le formateur, malin, m’a alors proposé « de, par exemple, gérer ma cave » ; il ne pouvait pas savoir que je ne faisais pas partie de cette grande tradition vinicole française. Mais j’ai instantanément traduit : ma cave = mes films. Une intuition, qui m’a permis, vingt ans plus tard, de formuler la théorie dite de l’Etiquette de la Bouteille de Vin.  

J’ai ainsi saisi le millier de films du vieux classeur, et exploitant les fonctionnalités du tableur, j’ai enrichi ma base de données avec une note, la date de sortie, le casting etc.

Ce fichier a longtemps servi de bible à la bande de copains. Grâce à mon regretté Palm Pilot, je promenais partout ma connaissance encyclopédique du cinéma. Et puis ce salopard d’IMDb est arrivé…

Aujourd’hui, sur le conseil du Rupélien, je regarde Le Septième Juré, très beau polar pré-Chabrol sur la bourgeoisie provinciale signé Georges Lautner, et avec dans le rôle-titre l’immense Bernard Blier. Et là, le chiffre tombe : 3000. 3000 films. 3000 films dans une vie…

La Règle de Trois entame sa danse folle. Grosso modo, ça fait 60 films par an. Sauf qu’on n’est pas vraiment allé au cinéma avant dix-huit ans, alors ça fait 83 films par an. Pas mal.

3000 tickets de cinéma ? mais on n’a pas tout vu au cinéma : 1789 films dans une salle, et 1211 découverts à la télé.

Sauf qu’il y a des films qu’on a vu plusieurs fois. Ah bon, combien de fois ? 3704 fois… Ce qui fait qu’on a vu chaque film 1,23 fois en moyenne, auquel on a mis (toujours en moyenne) 12,6/20… Le Professore est dur, mais il est juste…  

Mais dans le tas, il y a les marottes à Ludovico , la Sainte Trinité « Kubrick – Rocky Horror Picture Show – Alien » et tous ses autres films cultes ?  Et bien si on fait un Top Ten : 23 fois le Rocky Horror (jamais à la télé, évidemment !), Apocalypse Now (13 fois), Les Aventuriers de l’Arche Perdue, Alien, Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion ? (9 fois), Blade Runner, 2001, Dune, Mad Max, Scarface, Titanic (8 fois) et derrière, les Kubrick, 6 ou 7 fois chacun… Premiers films français ? Papy fait de la Résistance, Coup de Tête, Garde à Vue et Les Tontons Flingueurs (de Georges Lautner, également, 5 fois)…

La vérité, en réalité, n’est pas dans les chiffres. Ils essaient juste, modestement, de raisonner le cœur qui bat.

Ça ne tient pas à grand-chose, la cinéphilie.




dimanche 5 janvier 2020


Unstoppable
posté par Professor Ludovico

Unstoppable, c’est, en 2010, le dernier sommet de l’œuvre Simpsono-Bruckheimerienne, alors que Don Simpson est mort depuis quinze ans et que Jerry Bruckheimer, qui travaille avec Disney, sort Prince of Persia.

C’est en tout cas le dernier film de Tony Scott, et un film en tout point remarquable. Basé sur une histoire vraie, Unstoppable raconte comment la fausse manœuvre d’un cheminot (obèse, forcement obèse) lance un train fou sans pilote à travers la Pennsylvanie. A l’autre bout de la voie, le couple éternel vieux con-jeune con qui a fait les beaux jours du high concept (Armageddon/The Rock/Jours de Tonnerre) est en train de manœuvrer un autre convoi. Évidemment, ils vont se retrouver sur la trajectoire du convoi en folie, s’opposer à une bureaucratie éloigné de réalités, etc. Seul les hard working people pourront, une fois de plus, tirer l’Amérique de ce merdier.

Au service de cela, le style de Scott, inimitable. La caméra tournoyant autour de la cabine, nouvelle façon de traiter ce huis clos en deux dimensions (l’avant de la voie, l’arrière de la voie). L’image aux couleurs saturées. Les longues focales semblant écraser le train, qui alternent avec des plans latéraux magnifiant au contraire sa vitesse. Et toujours, Denzel Wasington, impérial, qui trouve un rookie très complémentaire en la personne de Chris Pine. Avec cela, et malgré un scénario couru d’avance, Tony Scott crée de l’émotion. Le film fut un succès en France comme aux Etats-Unis.

Mais Tony Scott se tuera deux ans plus tard, en se jetant d’un pont. Il est inhumé à Hollywood Forever, le cimetière des stars, mitoyen aux studios de la Paramount. Sa tombe est une simple pierre, érigée comme une montagne miniature, avec un petit alpiniste en laiton en train de l’escalader.

Inarrêtable.




samedi 4 janvier 2020


High Rise
posté par Professor Ludovico

J-G. Ballard fait partie des plus grands écrivains de science-fiction. D’abord parce que c’est un écrivain avec du style, et ensuite parce que Ballard a eu un certain nombre de prémonitions qui se sont vérifiées.

Avec Crash, il dénonçait l’invasion de la voiture et la fascination pour les accidents de star. La mort de Lady Di en fut un brillant exemple. Dans Sécheresse, il décrit un futur apocalyptique caniculaire. Ou ici, dans High Rise, il prédit l’effondrement de la civilisation au travers de la métaphore d’une tour gigantesque.

En haut, les classes royales, les architectes, qui pensent régler les problèmes de l’humanité par l’urbanisme, en dessous la classe dirigeante de dilettantes friqués, présentateurs de télé et autres financiers, et en dessous, le populo, qui sert notamment de femmes de chambre aux étages supérieurs.

On a rarement aussi bien rendu le style d’un écrivain dans un film. Dans un autre genre, L’Empire du Soleil, adapté par Spielberg, était outrancier. Mais ici grâce à l’acteur (Tom Hiddleston) et la mise en scène de Ben Wheatley, le conte philosophique tient de bout en bout.

On reprochera simplement quelques longueurs vers la fin, mais voilà un film où il y a matière à réflexion, et où il y a du cinéma.




samedi 4 janvier 2020


Joker
posté par Professor Ludovico

Nous avions écrit à l’époque de la tragédie d’Aurora, que le Joker, c’était la mauvaise conscience de l’Amérique. Arthur Fleck est en effet schizophrène, pauvre, sociopathe, tout le contraire des valeurs américaines : réussite financière, amabilité et hypocrisie sociale…

Et dans tous les Batman, le Joker est celui qui dénonce cela. Sourire éternel figé parodiquement dans un bain d’acide, sourire américain mécanique, dont il fait une arme. Et qui prend l’argent des riches et les tue…

Todd Philips essaie de faire ça à nouveau, et son début est assez réussi. Son portrait de schizophrène, qu’on rencontre tous les jours dans le métro, qui vous sourit mais ne rêve que de vous étrangler, est parfaitement réussi.

Mais la deuxième partie sombre dans un film politique plus que douteux … Car finalement, tout accable ce Joker ; mythomane, fils de mythomane, il n’a raison nulle part mais le film semble plaider sa cause quand il se met à tuer. Et pour cause, il tue des traders, des harceleur, des flics ! « Si ça ne tenait qu’à moi, j’en tuerais d’autres » dit même un autre personnage.

Ces crimes sont filmés avec complaisance, dans le but évident de faire plaisir au spectateur. Mais comme par hasard, quand deux personnages noirs sont tués, ce n’est pas montré. On voudrait donner une bonne image de notre héros qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Joker entre donc dans cette catégorie de films sans conscience qui hantent Hollywood. Coincés entre leur mode de vie (ultra capitaliste) et leur conscience (souvent très à gauche), les réalisateurs/acteurs/producteurs Hollywoodiens produisent souvent de genre de film schizophrènes*.

On sort de ce Joker non seulement consterné, mais aussi très en colère.

*Les Batman de Nolan sont un exemple parmi d’autres, avec leurs messages marxistes dignes d’Occupy Wall Street… mais proférés par des terroristes.




samedi 4 janvier 2020


Tirez sur le Pianiste
posté par Professor Ludovico

Quand on a l’esprit mal tourné comme le Professore, on peut penser que Tirez sur le Pianiste, le deuxième film de François Truffaut avec Charles Aznavour, est l’annonce de tout le mal que va faire la Nouvelle Vague au cinéma français.

En effet, voilà un film entièrement tourné vers ce qu’il veut raconter, sans se préoccuper de comment il veut le raconter. Un méli-mélo de leçons mal comprises d’Hitchcock, la volonté de choquer le bourgeois (les seins de Michel Mercier, les gros mots), et quelques expérimentations visuelles…

Mais rien ne tient debout dans cette histoire adaptée de David Goodis : chaque scène est ridicule, les plans sont flous, et les acteurs, mal doublés (car évidemment on veut tourner en son direct et on se retrouve à refaire les prises son), ânonnent des dialogues littéraires peu crédibles.

On est loin des Quatre Cent Coups, et de la future maîtrise du grand François Truffaut.




vendredi 3 janvier 2020


Star Wars 9 – L’ascension de Skywalker
posté par Professor Ludovico

Je suis un rebelle. Pas un rebelle de la rébellion, mais un rebelle à Star Wars. Je crache dessus depuis 1977, mais pour des raisons diverses, notamment celle d’être emmené contre mon gré (mon gré ne se battait pas beaucoup), j’ai vu les 8 premiers épisodes de la saga. Pour être franc, il y en un a que j’ai aimé ; comme tout le monde : l’Empire Contre-attaque.

Mais depuis 1977, j’ai dit que cette science-fiction en pyjama avait été une connerie, from day one. Un hommage second degré au space opera des serials des années 30 (Flash Gordon, par exemple), devenu une saga qui se prend au sérieux, au premier degré

Mais je les ai tous vus, le Retour de la Revanche des Jedi Perdus de l’Empire Républicain. Et j’ai vu mes amis mourir d’ennui devant le Seul-et-Unique-Scénario: un jeune homme (ou une jeune fille) de la campagne, qui rêvé de Chevalier Jedi, combat une-terrible-arme-qui-peut-détruire-une-planète-entière.

Mais aujourd’hui, 3 janvier 2020, pour la première fois, j’ai résisté à la Force. Merci Frank Herbert, je suis sauvé. Je n’aurais plus peur, car la peur tue l’esprit.




mardi 31 décembre 2019


Bilan 2010-2019
posté par Professor Ludovico

C’est heure des bilans, des Topten, et surtout du Topten des Topten !! Quels ont été les meilleurs films de la décennie ? On a regardé les Topten  2010-2019 sans filtre, pour faire le point :

2010 – The Social Network
2011 – Une Séparation
2012 – Les Enfants de Belle Ville
2013 – Ma Meilleure Amie, Sa Sœur Et Moi
2014 – Mommy 
2015 – Pulp – a Film about Life, Death & Supermarkets
2016 – Midnight Special
2017 – Certaines Femmes
2018 – El Presidente

Et scoop, le Topten 2019 : Roubaix Une Lumière

Evidemment, ce Topten des années 10 est réducteur, car il manque pléthore de très grands films, notamment du début de la décennie : Margin Call, Cogan : Killing Them Softly, John Carter, Inside Llewyn Lewis, Prisoners, Zero Dark Thirty, 12 Years a Slave, Gone Girl, Dunkerque, La La Land…

Quant aux Bottom, pas de scoop :

2010 Skyline
2011 Les Tuche
2012 Prometheus
2013 Man Of Steel
2014 Le Hobbit – La Bataille Des 5 Armées
2015 Il Est Difficile D’être Un Dieu
2016 Suicide Squad
2017 Nocturnal Animals
2018 Ready Player One 
2019 Once Upon A Time In Hollywood

Les Bottom ne font que révéler l’intrusion progressive des films peplum (le hobbit, les super héros) et la disparition d’un certain cinéma du milieu qui faisait la richesse du cinéma US, de The Faculty à Rencontres à Elisabethtown…

Il va être dur de faire le Topten 2019…




lundi 30 décembre 2019


The Lighthouse
posté par Professor Ludovico

The Lighthouse n’est pas le pensum cinématographique que l’on vilipende ici ou là (consensus négatif au Masque et la Plume, pour ne pas les nommer). Ce Phare n’est pas non plus d’une inutile prétention. Mais comme le dit NiKo le DoKu, en France, on n’aime pas l’esthétisme. Et évidemment, The Lighthouse est tourné en noir et blanc, format carré, et invoque par ailleurs Herman Melville, donc ça ne rigole pas.

Deux hommes sont coincés sur un phare dont ils viennent assurer la relève. Le vieux expérimenté (Willem Dafoe) bizute le jeune (Robert Pattinson). Peu à peu, les choses s’enveniment entre eux, dans la solitude de ce petit bout de terre au milieu de l’Atlantique.

Certes, le film n’est pas sans défaut ; il est trop long à certains moments, et il a sa dose (inutile) de pipi caca qui fait toujours le bonheur des Américains. Mais le film appelle discrètement les ressorts du fantastique. Situé en plein Lovecraft country, Salem, le Massachussetts, il invoque bientôt les vieilles histoires de baleinier, et ces choses qui rôdent au fond de l’océan. Mais The Lighthouse a l’intelligence de rester assez subtil sur ce sujet, un peu à la façon de Shining : est-ce la folie qui assaille nos personnages, ou plutôt autre chose ?

Franchement on n’a pas vu aussi bien depuis longtemps.




samedi 23 novembre 2019


Midway
posté par Professor Ludovico

Il y a deux lectures à la Grosse Connerie Américaine signée Roland « 2012 – Independance Day – The Patriot – Le Jour d’Après » Emmerich qui s’opposent et se complètent. Si on écoute A.G. Beresford, il faut saluer les efforts de Roland Emmerich en matière de réalisme ; Midway, sur le plan historique, tient la route. Si on écoute le Professore (et qu’est-ce qu’on vous apprend en classe, sinon d’écouter le Professore ?), il n’y a pas de cinéma dans Midway. Pas de personnages, pas de dramaturgie, pas de dialogues : pas de film.

On dira quand même qu’on est un peu d’accord l’un et l’autre. On ne s’est pas vraiment ennuyé (il faut dire qu’il y avait plein d’avion, de porte-avions (et même des sous-marins !) Pour le reste, Midway est une sorte de film pédagogique pour RMC découverte qui aurait dégoté 100 millions de budget. Un film où tout le monde tire la gueule consciencieusement parce que, attention, c’est du sérieux, c’est très grave, c’est la guerre ! Pearl Harbour !! L’Empereur !!! Avec des majuscules hautes comme l’Empire State Building ou le mont Fuji. Et des acteurs qui jouent tous comme des pieds, même le chouchou Woody Harrelson.

Mais les Dauntless, eux, jouent très bien.




dimanche 20 octobre 2019


High Life
posté par Professor Ludovico

« Hélas, les idées ne font pas les bons films. Il faut des idées dans les bons films, mais cela demande beaucoup de créativité artistique pour incarner fortement une idée… »

C’est toujours le vieux Stanley qui parle, et on jurerai qu’il a vu le High Life de Claire Denis. High Life ferait un très bon film de science-fiction : des criminels déportés dans l’espace espèrent y bâtir un nouvel éden… Bon point de départ.

Et on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’histoire parce qu’il y en a une : un jeune homme seul dans une station spatiale, avec seulement un bébé, une petite fille. Par flash-back, et par la tache de sang qu’on aperçoit dans le premier plan, on comprend qu’il n’était pas seul au départ ; on découvre cet équipage de condamnés à mort qui ont accepté de partir explorer un trou noir en échange de leur punition. Pourquoi se sont-ils battus, pourquoi il n’en reste qu’un ? Qui est le père de cette petite fille, forcement conçue pendant le trajet ? Il y a tout ce qu’il faut pour raconter quelque chose…

Voilà une histoire intéressante, des personnages, et Claire Denis a le métier pour mettre ça en place. Mais elle expose ses idées sans les travailler ni les nourrir. Et que dire de ce décor volontairement ridicule (un simple couloir) qui sent le cinéma amateur ? On ferait pareil avec une caméra Super 8 et l’entrepôt d’un ami. Mais on est assez cinéphile pour savoir qu’il y a assez de budget pour faire beaucoup mieux que cela. Pourquoi Claire Denis fait ce choix ? On ne saura jamais. Pourquoi ses personnages sonnent creux, pourquoi agissent-ils n’importe comment ?

Comme d’habitude, on a le sentiment d’un immense gâchis et d’une énorme fainéantise…




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