[ Les films ]



vendredi 13 septembre 2019


Apocalypse Now Final Cut
posté par Professor Ludovico

Saïgon. Merde. Le Professore est toujours à Saïgon. À chaque fois, je crois que je vais me réveiller dans la jungle. Mais non, je suis dans une salle de cinéma, à revoir, pour la treizième fois, Apocalypse Now, le chef d’œuvre des chefs d’œuvres. Cette fois-ci, c’est pour la quatrième version de l’opéra Coppolien, imprudemment baptisée Final Cut.

Récapitulons . Première version, dite « Cannes » : sans générique de fin, fondu au noir au final (la meilleure), version 2 ramboesque : générique avec bombardement final, exterminons-toute-cette-racaille (la plus connue) ; Version Redux : 3h22 dont une heure de bavardages (version honnie) ; et cette version, paraît-il finale (Redux raccourcie)…

Ludovico est un bon client mais il n’est pas dupe, il sait très bien que cette opération marketing cherche à renflouer les caisses des vignobles Coppola, que ce Final Cut n’a de final que le nom, et qu’il y aura un jour un nouveau montage final director’s cut Redux lorsque l’ogre du Parrain aura besoin d’une nouvelle Lamborghini. Peu importe. Quand on a l’occasion de voir la bête en salle, on ne s’en prive pas.

Evidemment, c’est raté. Final Cut est une sorte de Redux réduit de vingt minutes dont on aurait enlevé les plus grosses bêtises (l’interview de Brando obèse à l’extérieur du temple, les scènes avec les playmates…) Mais on a gardé le pire : la pénible et inutile scène de la plantation française avec une Aurore Clément qu’on a connu meilleure…* Et surtout la stupide extension de la scène de surf. Dans la version originale, la scène se termine sur une note dramatique : « Un jour, cette guerre sera terminée », dit le Colonel Kilgore, des trémolos dans la voix. Que faire ensuite, semble-t-il penser, dans une vie pacifique et ennuyeuse, alors que nous vivons aujourd’hui des moments si excitants. Ce message, c’est le cœur d’Apocalypse Now, le message que martèlera Coppola à sa conférence de presse à Cannes, tel un Genevoix ou un Jünger de la Guerre du Vietnam : « La guerre fait partie de l’homme. Il n’y aurait pas de guerre s’il n’y a avait pas d’hommes prêts à la faire ».

Mais c’est le même Coppola qui massacre ici son message en transformant cette scène en gag : Willard et l’équipage du bateau volent la planche de surf de Kilgore, et celui-ci, pathétique, les pourchasse pour la retrouver. La scène, clownesque, détonne dans l’ambiance générale du film, et transforme Willard en gars sympa et humain. Tout le contraire du tueur marmoréen et nietzschéen qui hante le film.

Pour le reste, Apocalypse Now reste ce chef-d’œuvre imputrescible, qui démontre à chaque visionnage le génie du cinéaste Coppola, la force et la richesse de son propos, à la fois charge antimilitariste et war-opera au LSD. Aujourd’hui, les scènes qui fascinaient il y a quarante ans (hélico, explosions, Chevauchée des walkyries et tutti quanti) sont plutôt pâles selon les standards actuels.  Mais ce sont les scènes intimistes qui éblouissent. En particulier  l’incroyable briefing initial, duel verbal opposant Willard (Martin Sheen) à ses supérieurs, le Colonel Lucas (Harrison Ford) et le général Corman** (G.D. Spradlin) qui ne lui demandent rien de moins que d’assassiner froidement un colonel américain. Tout est dit dans cette scène, sur le Vietnam, la guerre, la hiérarchie, et tout est dit par le cinéma. Show, don’t tell. Un plateau de crevettes que refuse de manger les blancs mais que mange Jerry, le seul métis de la pièce (Jerry Ziesmer). Le magnétophone japonais Sony qui tourne alors que les asiatiques sont pris de haut (« these natives »), le pacte démoniaque que l’on fait signer à Willard sous forme d’un euphémisme « terminer le colonel Kurtz », et qu’on habille de discours philosophiques « il y un conflit en chaque cœur humain » ou de considérations pratiques « votre mission est de remonter la Nung jusqu’à Nu Mung Ba »… Le tout filmé de manière très classique, champ/contrechamp, panoramiques majestueux, et gros plans d’insert sur la nourriture que viennent seulement interrompre – tabou absolu du cinéma – des regards caméra. Ils viendront hanter les spectateurs pendant tout le film. De Willard au Général Corman, du Chef Phillips au Colonel Kurtz, les personnages d’Apocalypse now interrogent le spectateur du regard : que regardes-tu ? Que vois-tu ?

L’horreur, tout simplement. L’horreur. L’horreur.

* « There are two of you, don’t you see? One that kills… and one that loves ».
** A l’époque Coppola était en froid avec George Lucas. Roger Corman avait été son mentor.  




dimanche 8 septembre 2019


Et Moi, et Moix, Emois…
posté par Professor Ludovico

L’« affaire » Yann Moix est intéressante à plus d’un titre, en tout cas pour ce qui nous concerne ici. Le piège diabolique de l’autofiction, notre douteux rapport avec la « vérité », le consensus qui tue toute forme de pensée, le point Godwin, le fonctionnement de l’industrie show-business, oui, toute cette affaire est passionnante…

Car disons-le tout net : si Yann Moix avait écrit Orléans à la troisième personne, il n’y aurait pas d’affaire. Le roman serait un vrai roman, pas un simple disclaimer sur la couverture jaune de Grasset. Il raconterait l’enfance d’un petit garçon subissant les sévices de parents maltraitants (fessées à coups de fils électriques, assiette de caca à ingurgiter, abandon dans la forêt, etc.) ; une histoire que l’on serait libre de trouver exagérée ou tragique. Point final.

Si c’est un roman, tout est possible, même de s’inspirer de la vie de l’auteur. Mais si c’est la vérité, on est en droit de l’examiner.

C’est là que les mâchoires d’acier de l’autofiction, du Biopic, du Based on a True Story se referment sur le lecteur/spectateur. En écrivant ce récit à la première personne, et en exerçant lors de la promo le chantage de l’autofiction, Yann Moix oblige le lecteur à adhérer à son histoire et lui interdit de la trouver exagérée. C’est la vérité, c’est ma vie ! clame-t-il dans ses premiers interviews.

Mais patatras, une semaine après la sortie du livre, la famille conteste ces événements dans la presse. Voilà le lecteur pris entre sa vérité et celle de son frère, qui raconte une histoire contraire. Yann Moix serait le bourreau, Alexandre Moix, la victime. C’est lui aurait fini la tête dans les cabinets, etc., etc.

Pas de problème, la mécanique marketing de l’autofiction a tout prévu : en apposant la douteuse mention de « roman » sur la couverture, on gagne sur tous les tableaux… quand la famille de Yann Moix se manifeste, Grasset rappelle qu’avant tout, Orléans est « romancé » Et Moix d’ajouter, sibyllin : « C’est un roman, pas un récit, car j’ai enlevé mon frère ». Sic ! … *

Mais pourquoi avons-nous cru au début à l’histoire de Yann Moix? Au Masque et la Plume, émission favorite du Professore Ludovico, personne n’a trouvé à redire à Orléans. « Chef-d’œuvre de Yann Moix », « Son meilleur livre », « L’histoire tragique et vraie des enfants battus », … Un unanimisme rare : au Masque, il y toujours quelqu’un qui n’aime pas…**

Pourquoi un tel consensus ? D’abord parce que l’émission, enregistrée avant la contre-attaque de la famille, a été diffusée après. Ensuite (et surtout) parce que personne ne peut oser émettre le moindre doute sur un sujet aussi sensible, et risquer de mettre en brèche le consensus général sur la tragédie des enfants battus.*** C’est là le deuxième chantage : il est impossible d’émettre une critique, même littéraire ou stylistique, parce que le livre parle d’un sujet consensuel.

Mais voilà que la vérité de la semaine dernière est soudain devenue inaudible. Ce qui nous amène au deuxième point. Pourquoi est-elle devenue une inaudible ? Par le même mécanisme qu’elle était incontestable la semaine précédente.

Car voilà que surgit un autre sujet consensuel. Yann Moix est accusé d’avoir écrit des articles antisémites, lorsqu’il était en Ecole de Commerce. Taratata, point Godwin atteint ! La victime est soudain devenue bourreau. Il n’y a aucun rapport (un livre de victime d’une part, une connerie de jeunesse d’autre part). Rien n’indique que Moix soit toujours antisémite. On pourrait même dire le contraire. Mais on est passé d’un consensus national (les enfants battus) à un autre consensus (la lutte contre l’antisémitisme).

Les vannes s’ouvrent. On peut désormais, inexplicablement, parler du livre Orléans, et en questionner la véracité : s’il a caché sur son passé antisémite, il a peut-être menti sur son enfance meurtrie. De sorte que l’on assiste à ce spectacle ahurissant : voir ces questions traitées par… Touche pas à Mon Poste, dont on ne peut pas dire que ses chroniqueurs aient été jusque-là des spécialistes de la littérature française. Pourtant leurs questions, ce jour-là, ne sont ni stupides ni illégitimes.

Autre intérêt de cette affaire, voir affleurer le fonctionnement du showbizness. Contrairement à ce que raconte en général le monde de l’art – l’artiste solitaire, Prométhée créant contre le monde de l’argent -, le secteur fonctionne comme un autre, l’automobile ou les assurances. Avec des grosses boites et des PME. Des clients et des fournisseurs. Des patrons et des employés. Tout un réseau de connexions. Après tout, rien d’étonnant si on regarde ça avec suffisamment de distance…

Mais là, soudain, le spectateur lambda peut voir ce fonctionnement, à nu. Au Masque, Frédéric Beigbeder aime le livre de Yann Moix ; c’est normal, c’est un ami. Ce n’est pas interdit, mais Beigbeder est aussi édité chez Grasset. Laurent Ruquier invite Yann Moix à s’expliquer dans On n’est Pas Couché. Pourquoi pas ? Mais Moix est son ancien chroniqueur, et personne ne lui apportera, durant cinquante minutes, la moindre contradiction (on aurait pu inviter les journalistes de L’Express qui ont sorti l’affaire…) Catherine Barma, qui produit l’émission de Ruquier, produit aussi Chez Moix, l’émission de l’écrivain sur Paris Première. Dans Touche Pas à mon Poste, qui prend la défense de Yann Moix ? Éric Naulleau, ancien chroniqueur d’On n’est Pas Couché. Qui prend aussi sa défense ? Bernard-Henri Lévy, injurié par le jeune Moix antisémite qui mais lui aussi est édité chez Grasset…

Oui décidément, cette affaire est passionnante…

* Un mode de défense que l’on a pu voir à l’œuvre pour sauver des films sous le feu de la critique : Hoover, Sully, Imitation Game, Mesrine

**Pendant toute l’émission, les chroniqueurs s’effarent de ce que subit le petit Moix, en s’étonnant que ce soit possible de nos jours. Peut-être que tout simplement, ça ne l’était pas …

***Imaginons un instant l’inverse. Yann Moix écrit à la première personne son expérience de père tortionnaire, en justifiant les châtiments corporels comme la meilleure forme d’éducation. La réaction du Masque aurait été évidemment toute autre. Déplaçons maintenant notre affaire en 1850, c’est encore l’inverse qui se serait produit : on défendrait Yann Moix, père autoritaire mais garant de l’éducation de ses enfants, et on rirait au contraire d’Orléans, sensiblerie ridicule d’un enfant devenu adulte.




jeudi 5 septembre 2019


Roubaix : Une Lumière
posté par Professor Ludovico

Il est rare que le Professore Ludovico ne soit pas d’accord avec Notre Agent au Kremlin, mais ça arrive. Elle n’a pas aimé Roubaix : Une Lumière, on a adoré. Desplechin, qui avait faiblit un peu sur Les Fantômes d’Ismael, revient ici en force, pourtant à l’écart de son parcours habituel. Un polar sur Roubaix, ville fétiche, mais filmé comme un Whitechapel chti ; corons de briques rouge, misère et petits larcins, flics débordés.

Contrairement au regard condescendant des frères Dardenne, Desplechin filme ça à hauteur d’homme (ou plutôt de femme, les excellentes Léa Seydoux et Sara Forestier)…. et comme d’habitude, il mêle stars et acteurs amateurs, ce que le spectateur accepte sans barguigner.

L’histoire est un classique du polar : une ville, la nuit (de Noël), les petites affaires qui s’enchaînent : vol de voiture, braquage, incendie, et soudain, le drame. Qui dit la vérité ? Qui ment ? Les victimes et les voyous se mélangent, sous l’œil consterné du rookie (Antoine Reinartz, personnage totalement Desplechinesque, en flic catho lecteur de Levinas), et celui, madré, du commissaire Daoud, l’impressionnant Roschdy Zem…

Car c’est là le talent de l’araignée Desplechin : elle tisse très vite sa toile d’araignée psychologique, son commissaire algérien impassible, entouré de ses inspecteurs hystériques, sa fugueuse marrante, son voyou flamboyant et son duo de jeunes femmes paumées… En deux heures, il aura creusé au fond des êtres, comme dans un Simenon.

Desplechin : cinéaste lumière.




vendredi 30 août 2019


Once Upon a Time in Hollywood
posté par Professor Ludovico

Rien de changé sous le soleil de Tarantino : à nouveau, un film moralement répugnant, et une quantité inimaginable de talent gâché à tous les étages.

Rien de changé non plus à la critique française : Quentin Tarantino, comme Woody Allen ou Clint Eastwood, a la Carte : il beau défendre dans ses films des positions que Trump ne désavouerait pas (par exemple, quiconque entre chez moi par effraction mérite la mort), il passe entre les mailles du filet de la critique bien-pensante. Des mailles pourtant assez fines pour faire la moue devant patriotisme Spielbergien du Soldat Ryan, l’enthousiasme fifties de Zemeckis (voir ici) ou le fascisme supposé de Jerry Bruckheimer.

Non seulement Tarantino se repait de la violence sans la moindre distance, mais il a, depuis quelques films, une fâcheuse tendance à réécrire histoire : sauver l’Europe du nazisme (Inglorious Basterds), venger les noirs de l’esclavage (Django), ou ici, réécrire le meurtre abominable de Sharon Tate. Bizarrement, c’est plus choquant cette fois-ci. Peut-être parce qu’ils sont encore vivants, peut-être parce qu’ils sont directement incarnés ; on n’aimerait pas être à la place de Polanski et de la famille.

Pour autant Once Upon a Time in Hollywood ressemble à tous les autres Tarantino ; depuis Réservoir Dogs, on sait que c’est un cinéphile ; Tarantino aime authentiquement le cinéma, c’est indiscutable. Mais son cinéma s’arrête à cette cinéphilie.

Tarantino ne fait que découper des morceaux de ses films préférés, et, comme un scrap-book, les coller ensemble pour en faire d’autres sur ce modèle. Ce cinéma de copier-coller est fait avec beaucoup de talent, mais que de talent(s) gâché(s) ! Le génie de dire Di Caprio, la coolitude absolu de Brad Pitt, mais aussi des chefs déco, des éclairagistes, des cameramen et bien sûr, de Tarantino lui-même. Il sait raconter une histoire, il sait monter une scène (la ferme). On comprend qu’il attire les acteurs, car il ne leur donne que du caviar à jouer, comme la scène où Di Caprio joue un acteur qui joue un cowboy qui rate sa scène puis la recommence, le tout en plan séquence.

Tout cela est magnifique et passionnant mais malheureusement cela tourne à vide : Tarantino n’a rien à dire. En visite sur les lieux du crime, le Professore a vu le film au Cinerama Dome, 6360 Sunset Boulevard… Mais le soir, repassait sur une obscure chaîne du câble, entrelardé de pubs, le Boogie Nights de Paul Thomas Anderson.

Toute la différence entre un auteur et un faiseur.




mercredi 28 août 2019


20/20
posté par Professor Ludovico

Les stats, c’est rigolo. Le Professore Ludovico est allé voir les films auxquels il a mis la note maximale, dans son tableur de maniaco-dépressif où il consigne les films, livres, concerts qui font sa vie.

9 films ont 20/20 et, le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est éclectique :

  • Apocalypse Now
  • 2001: a Space Odyssey
  • Alien
  • Citizen Kane
  • Monty Python and the Holy Grail
  • Y’a-t-il un pilote dans l’Avion!
  • Le Chagrin et la Pitié
  • The Rocky Horror Picture Show
  • Shoah

Il y a d’abord des évidences (le chef d’œuvre de Monsieur Coppola – final cut ou pas final cut – élu au panthéon du Professore « Plus Grand Film de Tous les Temps » ; 2001, Citizen Kane, chefs d’œuvres pour le coup plus unanimement reconnus, ou encore Alien, chef d’œuvre de la génération « nouvelle cinéphilie eighties », i.e. Starfix ou Rockyrama …)

Suivent deux films idiosyncratiques : Le Rocky, Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion.  Même après 22 (et 9) revoyures, ils restent intacts, gravés dans le panthéon du cœur. Idem pour Shoah : revu par bouts, il n’a jamais déçu. C’est le genre d’examen que devrait repasser le Chagrin et la Pitié, ou même Citizen Kane dont on n’a pas vraiment réévalué l’usure du temps.

Au contraire de Sacré Graal, revu récemment, dont la note va être revue à la baisse. Le comique des Monty Python, qu’on croyait imputrescible, a fini par vieillir…




mardi 27 août 2019


Au Poste !
posté par Professor Ludovico

Il y a toujours quelque chose d’intéressant chez Quentin Dupieux. Si on cherche vainement l’intérêt d’ Au Poste ! pendant 45 minutes (le film dure 1h20 !), tout d’un coup, le charme arrive. Un sens inné de l’absurde, du pas de côté, qui fait la marque de ce cinéaste.

Le début fera rire une autre génération, celle du Palmashow dont vient Grégoire Ludig, le héros, mais ce n’est pas la came du Professore Ludovico. Et on est loin de Rubber (bizarrement pas chroniqué dans CineFast)…

Mais la fin y ressemble, dans la capacité qu’a Dupieux de passer poétiquement, et comiquement, du coq à l’âne.




dimanche 25 août 2019


Un Peuple et son Roi
posté par Professor Ludovico

Avec Un Peuple et son Roi, on assiste à un spectacle assez étonnant : un réalisateur doué, Pierre Schoeler, aux convictions républicaines assumées, admiré ici pour L’Exercice de l’État, et qui dirige ici la moitié de l’élite actuelle du cinéma français (Gaspard Ulliel, Louis Garrel, Adèle Haenel, Laurent Lafitte, Denis Lavant, Izïa Higelin, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky…) sur un thème porteur : la révolution de 1789, la république, le peuple.

Et au final, un OVNI. Moitié film scolaire pour collégiens, moitié film expérimental d’une incroyable vanité, le tout ne ressemble à rien, et ce n’est pas un compliment. C’est comme si le on n’avait pas su par quel bout prendre cette affaire, et tout est raté : les éclairages, les dialogues, les comédiens : rien ne marche. On aimerait avoir les tenants et les aboutissants de cette histoire pour comprendre cette incroyable ratage.




mardi 30 juillet 2019


One Heat Minute
posté par Professor Ludovico

Encore un podcast, mais celui-là est incroyable. One Heat Minute a en effet pour ambition de disséquer le chef d’œuvre de Michael Mann… minute par minute ! C’est-à-dire consacrer 171 épisodes d’une heure à la tragédie angeleno-grecque de McCauley (De Niro) et de sa nemesis LAPD, Vincent Hanna (Pacino).

On l’avoue, on n’écoutera pas tout. Mais pour autant, n’est-ce pas l’image même de la cinéphilie ? N’avez-vous pas déjà passé 121 heures de parler de Star Wars ? Le Professore Ludovico n’a-t-il pas dépensé bien plus de 149 heures de son précieux temps à défendre 2001 ?

Si vous aimez Heat, allez au moins y jeter un coup d’oreille.




vendredi 26 juillet 2019


Rutger Hauer, time to die
posté par Professor Ludovico

« I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.
Time to die. »

On peut être l’homme d’un seul film, et même d’une seule réplique. La cinéphilie n’est faite que de cela, de ces petits bouts de film qu’on se transmet comme les mots de passe d’une secte secrète, d’ « Atmosphère, atmosphère ??! Est ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?? » à « Je suis ton père ! »

Le monologue final de Blade Runner, improvisé par Rutger Hauer pour son rôle de Roy Batty, l’androïde humain, finalement très humain, a ainsi marqué des générations de cinéphiles.

Comment transformer un robot-tueur nazi blond en humain mourant sous la pluie, colombe à la main ? Il fallait le génie de Ridley Scott pour réussir cela, mais aussi celui de Rutger Hauer, immense acteur, qu’on a rêvé, pendant trente ans, de le voir tenir un rôle enfin à sa mesure. Malgré Ladyhawke, Batmans Begins, Hitcher, La Chair et le Sang et tant d’autres, Rutger Hauer n’a jamais eu la reconnaissance qu’il mérite, en tout cas au-delà du cercle de la cinéphilie.

Par sa faute, probablement. Hauer s’est beaucoup dispersé (172 films !) et par son physique (le moins qu’on puisse dire, pas vraiment passe-partout) qui occultait son immense talent.

Rutger Hauer est mort la même année que son personnage, en 2019, mais chez lui, aux Pays-Bas, à Beetsterzwaag.

L’androïde rêve désormais de moutons électriques. 




dimanche 30 juin 2019


Les Goonies
posté par Professor Ludovico

Les Goonies, c’est l’apogée d’un certain cinéma américain, le Richard Donner de L’Arme Fatale et le Steven Spielberg d’Indiana Jones et le Temple Maudit, en un mot : 1985.

Autour d’une intrigue qui rappelle Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang et ses tavernes de pirates, une bande de gamins archétypale (le petit gros gourmand et gaffeur, le chinois geek, la grande gueule, le frère aîné sportif, et le héros au grand cœur*), va partir à la recherche d’un trésor de pirate sur les côtes venteuses de l’Oregon. 

Le film est un immense toboggan qui ne s’arrêtera jamais, enchainant comme des rafales de mitraillette les répliques cultes (« Goonies never say die! »), des gags screwball comedy,  des passages secrets en veux-tu en voilà, et des planches qu’on se prend dans la figure…

Cette frénésie très talentueuse, du point de vue cinématographique, finit par lasser, comme celle du Temple Maudit, sorti un an plus tôt.

On en vient à regretter le début, où perçait une douce mélancolie spielbergienne sur le temps qui passe… Car il s’agit, une fois de plus (mais il faut le souligner à chaque fois), de riches contre pauvres, de méchants magnats de l’immobilier expropriant la middle class pour créer un golf, et séparant pour toujours les goonies. Cette introduction justificative est vite jetée à la poubelle par Richard Donner et elle sera (mal) réutilisée à la fin, pour conclure en happy end, sur un ultime rebondissement. Mais il y a un peu avant un très beau monologue du héros** (Sean Astin, qui prépare sa performance, quinze ans plus tard, dans le Seigneur des Anneaux…) au milieu…

Trop tard, trop vite.

* Autant dire la matrice de Super8 et de Stranger Things …

** « Don’t you realize? The next time you see sky, it’ll be over another town. The next time you take a test, it’ll be in some other school. Our parents, they want the best of stuff for us. But right now, they got to do what’s right for them. Because it’s their time. Their time! Up there! Down here, it’s our time. It’s our time down here. That’s all over the second we ride up Troy’s bucket. »




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