Garde à Vue, c’est le chef-d’œuvre imputrescible pour le Ludovico et Notre Dame de Nazareth. Depuis 1981, le Professore a usé sa VHS jusqu’à la corde. Mais en conséquence, ne l’avait pas revu, puisque VHS, y’a pus… Dans son étable de de Nazareth, Notre Dame avait miraculeusement une copie DVD, donc on regarde à la Noël, et voilà que ça repasse enfin sur Arte. L’occasion de le voir deux fois en quelques mois : la bête n’a pas vieilli.
Rappelons l’argument : Maître Martinaud, notable à Cherbourg, est convoqué le soir de la Saint-Sylvestre par l’inspecteur Gallien. Il veut quelques précisions. Quelques semaines plus tôt, le notaire a découvert le cadavre d’une petite fille… Martinaud passe rapidement de témoin à suspect numéro un : le voilà désormais en garde à vue.
Commence alors un jeu de chat et de souris entre le flic et son suspect, un affrontement littéraire signé par un Michel Audiard sobre mais ultra-efficace. Le flic est carré, c’est Lino Ventura. Le notaire est tortueux, c’est Michel Serrault, qui n’arrange pas son cas en jouant au plus malin, sans avoir d’alibi clair.
C’est aussi l’affrontement de deux gigastars, l’acteur Ventura qui ne joue que lui-même, flic conservateur, désabusé et accroché à ses valeurs. En face, un comédien ultra doué, Michel Serrault, capable de tout jouer, Zaza Napoli ou Maître Martinaud.
Les deux acteurs ne s’aimaient pas trop et ça se sent, mais cela sert le film, rendant l’affrontement incroyablement tendu jusqu’au bout. A cela vient s’ajouter un Guy Marchand impeccable en grand con et flic à la ramasse.
Le film se déroule dans un seul décor, un modeste bureau de Police Judiciaire. Des chaises, un portemanteau, des paquets de cigarettes… Claude Miller, qui ne fera jamais mieux, sort sa caméra à l’extérieur en de rares occasions : un corps sans vie, un phare, la devanture du bistrot-alibi du notaire…
De cette simple architecture, Miller obtient le maximum. En jouant sur les basiques du cinéma : plan large, champ/contrechamp, léger zoom, fondu au noir. Avec en contrepoint, la musique foraine douce-amère de Georges Delerue. Tout est misé, à raison, sur les acteurs et ces fabuleux dialogues.
Et sur leur qualité toute littéraire : nous renseigner sur les tréfonds de l’âme humaine…
posté par Professor Ludovico
Ce qui est bien avec la Coupe du Monde c’est qu’on peut retourner sa veste, ou plutôt son maillot. En dehors de l’équipe nationale, on peut choisir de soutenir l’Angleterre, le Brésil, ou le Costa Rica… Tout le contraire du Club, où selon l’adage, on peut changer de job, on peut changer de femme, mais on ne peut pas changer de club…
Il y a deux jours, le Professore Ludovico vous expliquait qu’il fallait soutenir cette courageuse équipe d’Argentine qui avait retourné la table contre l’ennemi héréditaire anglais, et donner une dernière danse à Lionel Messi. Son cœur serait argentin contre ces espagnols qui avait humilié notre Equipe de France. Mais Footix varie, bien fol qui s’y fie.
Au bout d’une demi-heure, les Argentins avaient perdu tout soutien. Les mauvais gestes, le non-jeu avaient eu raison de notre récente tocade…
On a beau apprécier le jeu sale, les provocations de voyou, le catenaccio sordide, ou même le défi physique qui font partie de l’Art de la Guerre footballistique, au bout d’un moment, ça suffit… On ne peut pas faire autant de fautes (sans se faire siffler par l’arbitre, très coupable dans le pourrissement du match). On ne peut pas ne rien proposer, à commencer par la Pulga. Triste record : zéro tir au but en 90 min (ce qui n’est arrivé que trois fois en finale de Coupe du Monde).
Ludovico s’est alors plu à souhaiter la victoire de l’Espagne, une équipe sereine, oublieuse des provocations car sûre de son jeu. Comme contre la France, la défense allait finir par payer. Ferran Torres, sur une tête miraculeuse de Nico Williams, crucifia les Argentins dans les dernières minutes de la prolongation. Mauvais joueurs, les albicélestes poursuivirent le combat après le coup de sifflet final, forçant – enfin ! – l’arbitre à mettre un carton rouge à Paredes.
Au milieu de cette scandaleuse Coupe du Monde, la justice avait prévalu.
Une fois de plus.
vendredi 17 juillet 2026
Noblesse Oblige
posté par Professor Ludovico
C’est le genre de film dont tout cinéphile à entendu parler, Noblesse Oblige : « Mais oui, c’est quoi ce truc ? Eh ben c’est le film avec Alec Guiness qui joue 8 rôles ». Alors évidemment le Cinefaster se sent obligé de cocher la case ; on regarde quand ça passe sur Arte.
Bon c’est pas terrible, Noblesse Oblige. Guiness n’est pas le rôle principal, mais incarne – ce qui devait faire beaucoup rire à l’époque (1949) – les huit victimes : un amiral, un révérend, une lady, etc.
Le tueur, bâtard parvenu qui veut venger sa mère et récupérer le titre de Lord d’Ascoyne, est joué par le ni drôle ni charismatique Dennis Price.*
Sinon le film est plutôt mauvais esprit ; l’ascension amorale d’un petit via l’élimination de toute une grappe de la Haute, tous insupportables. Pas un pour rattraper l’autre, ni le tueur, ni sa chérie, ni l’époux de celle-ci… ni, encore moins, les victimes. Le final est assez plaisant, mais, sous la main d’un Mankiewicz ou d’un Preminger, cela aurait fait des étincelles.
Là, c’est quand même très vieillot…
*Il a d’ailleurs fini dans des nanars, genre La Griffe de Frankenstein…
vendredi 17 juillet 2026
Une dernière danse de Messi
posté par Professor Ludovico
On aimait plus trop le joueur, depuis qu’il était passé au distributeur automatique de billets Qatari et n’avait pas démontré grand-chose, sinon ramasser sa paye. On se réjouissait à l’avance d’une revanche France-Argentine où Emiliano Martínez et ses petits copains rendraient gorge.
Entre temps, la France a pris une leçon de FIFA 12 dans une soirée à oublier… La pause estivale footballistique était donc décrétée, jusqu’à PSG-Rennes.
Et puis voilà Angleterre-Argentine à la télé. On arrive au bord de la deuxième mi-temps, 0-0, les commentateurs dans les bras de Morphée. Sauf que c’est là que le match commence, les joueurs attendant, en toute modestie, l’arrivée du Professore. But de Gordon à la 55ème, et padlock de Tuchel (le nom anglais du catenaccio.)
Mais serrer les boulons, ça ne marche pas de contre une équipe aussi folle, aussi courageuse, aussi déterminée, aussi déchainée que l’Argentine de Messi. La Pulga régale une fois de plus de ses entrechats et de ses centres millimétrés. Et le miracle se produit, on se plait à changer d’avis, à vouloir voir gagner ces courageux sud-américains.
Magie du football, magie du spectacle … Si le prestidigitateur est bon, il retourne le public. Et on est saisi par l’émotion. Les dernières minutes de ce magicien de génie qu’a été Lionel Andrés Messi pendant vingt ans, ça ne peut pas finir comme ça. 1-0, en demi-finale, même si elle a été obtenue ric-rac.
Et les dieux du foot exaucent le spectateur… Boum ! Boum ! Le HMS Sheffield est touché par deux exocets. Deux buts dans les dernières minutes, totalement mérités, le beau football qui punit le cynisme stratégique…
Parfois, le foot est un sport juste.