lundi 30 avril 2018


Rome
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Séries TV ]

Quand on regarde une série, il ne faut jamais laisser trop de temps entre deux saisons. Normalement on patiente un an, et c’est déjà beaucoup.
J’ai vu Rome quand elle est sortie en 2005, et je regarde la deuxième et dernière saison cette année, 12 ans après.

Grave erreur !

Rome est-elle mauvaise parce que le temps a passé, et qu’on a vu beaucoup mieux depuis ? Ou était-ce mauvais tout court dès le début ? On sait que cette deuxième saison fut torpillée par la destruction totale des décors, suite à un incendie des studios de Cinecitta. La série coutait déjà fort cher, et comme il était hors de question de les reconstruire, Rome fut annulée.

La saison deux condense donc tout ce qu’il ne faut pas faire : des arcs narratifs tirés par les cheveux, et des personnages en carton qui changent d’avis comme de toge. On ne s’intéresse plus qu’à la grande Histoire, version Mankiewicz : Marc-Antoine, Octave, Cléopâtre…

Rome engendra en tout cas de beaux bébés ; HBO découvrit potentiel de la formule péplum + sexe ; elle devait faire florès quatre ans plus tard, sous une autre forme, celle du Trône de Fer.




dimanche 29 avril 2018


Godless
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Séries TV ]

Le big sky. Ce n’est pas seulement le titre original de La Captive aux Yeux Clairs d’Howard Hawks, c’est la meilleure définition que l’on pourrait donner de la Terre des Fantasmes, quelques secondes après y avoir posé pour la première fois le pied. Quand on arrive aux États-Unis d’Amérique, c’est ce qui vous frappe en premier : le ciel. Un immense et bleu, devant, derrière, sur les côtés, sans limite. Un ciel de paradis, blanc comme les nuages qui y paressent… Un pays de géants, incroyablement beau.

C’est aussi ce qui frappe de prime abord dans Godless : la magnifique représentation – renouvelée – de cette immensité. Pourtant, elle n’a pas manqué de glorieux représentants dans le western classique, de la Monument Valley de John Ford, aux étendues neigeuses immaculées de Jeremiah Johnson. Mais c’est comme si Scott Frank avait su trouver pour Godless de nouveaux pinceaux, une nouvelle palette, pour filmer l’ouest, ses grandes plaines, ses déserts et ses forêts.

Pour une fois nous allons faire chronique commune avec Planet Arrakis, le blog de jeu de rôle du Professore. Car par un effet de synchronicité typiquement Jungien, ce qui se passe dans la vie se passe dans la série, et inversement. Le Professore Ludovico anime depuis quelques mois une partie de jeux de rôle western baptisé La Nuit des Chasseurs*. L’un de ses joueurs, l’auguste Beresford, nous signale Godless, « une série qui va vous plaire », tant elle ressemble aux aventures qui nous occupent autour de la table de jeu. On regarde donc. Et on est fasciné par les ressemblances : la vieille mine, la ville du Wild West, son saloon et ses putes, les indiens qui rôdent, les soldats perdus de la Guerre de Sécession… Normal, dira-t-on : dans les deux cas, on fait appel aux clichés du western, mais cela va bien au-delà. Dans le jeu, Karl Ferenc (il y a beaucoup de Cinefasters, à commencer par Le Snake, autour de la table), tire dans le genou d’un journaliste pour lui apprendre la vie. Dans le film, la peintre tire dans le genou pour apprendre la vie à un Agent Pinkerton. Il y a un cercueil, bourré de dollars, qui traîne quelque part dans La Nuit des Chasseurs. Idem dans Godless. Et une ambiance fantastico-biblique pèse sur le fatum des deux fictions.

Les clichés, malgré leur mauvaise réputation, font le genre, au cinéma, en jeu de rôle, en littérature. Ils sont les piliers sur lesquels le public s’appuie pour s’aventurer en terrain connu, et connivent, avec l’auteur. Pas de film de zombie sans blonde hurlante, pas de film de guerre sans soldat héroïque, pas d’heroic fantasy sans princesse à sauver… Sans, vraiment ? Pourtant, pas de blonde hurlante dans Walking Dead, pas de soldat héroïque dans La Ligne Rouge, et pas de princesse à sauver (c’est plutôt le contraire !) dans Game of thrones

Car pour faire œuvre, il faut transcender les limites du genre, les respecter, les violer, bref, jouer avec. C’est exactement ce que fait Scott Frank dans Godless : plutôt que d’aligner ces clichés, il les transcende**, démontrant qu’avec du travail et du talent, on peut passer du produit commun de série B au pur chef d’œuvre. Car ce n’est pas un western normal, même si sa forme et son propos restent étonnamment classiques.

Godless est d’abord extraordinairement esthétique (ne ratez pas les vingt premières minutes, jamais on a filmé comme cela les grandes plaines sous l’orage). Mais ses histoires sont toutes simples, pour ne pas dire éternelles. Un outlaw sur la voie de la rédemption, un shérif veuf, inconsolable, et à la ramasse, une fermière mère courage, et un vieux gangster revenu de tout, godless, qui veut récupérer un magot et se venger.

Mais dans cette soupe de légumes classique, Scott Frank, scénariste averti d’Hollywood pour pointures 90’s (Branagh, Spielberg, Sonnenfeld, Soderbergh***) ajoute des épices tout à fait étonnantes. La ville est spéciale, peuplée quasi uniquement de femmes depuis l’effondrement de la mine qui a tué leurs maris. De cet événement quasi biblique, Scott Frank tire parti pour lancer l’idée d’une utopie féministe anachronique, à l’aube du XX° siècle. Et fait de ces femmes des personnages qui ont les clefs en mains : au-delà de la tragédie, voilà une incroyable opportunité de devenir maîtresse de son propre destin. On verra ainsi s’esquisser un personnage lesbien absolument pas ridicule (ce qu’il craignait fort d’être), des femmes fortes et de faibles femmes, des hommes forts qui se révèle faibles et vice versa…

De Titanic, on disait ici que c’était un film con, car les films cons osent tout, et c’est à ça qu’on les reconnaît. On pourrait dire la même chose de Godless, une série conne qui ose tout et réussit tout. Un film féminin et féministe, un western d’action et contemplatif, une histoire de rédemption et l’impossibilité de la rédemption, des histoires d’amour (qui finissent mal en général…) Tout en maintenant une tension érotique pendant six épisodes sans jamais succomber à la tentation d’en montrer plus…

Et ce n’est rien dire des grands acteurs qui transforment ces clichés en personnages de chair de et de sang, où même les pires ordures auront leur moment de gloire. Car Godless est peuplé de ces acteurs « B » dont personne (sauf les cinefasters) connaissent le nom : Jack O’Connell (Skins, ’71, HHhH), Michelle Dockery (Downtown Abbey), Scoot McNairy (Halt&Catch Fire, Monsters, Twelve years a Slave, Fargo), Merritt Wever (The Walking Dead), Thomas Brodie-Sangster (Le Labyrinthe, Game of Thrones), Sam Waterston (La Déchirure, The Newsroom), Jeff Daniels (Speed, The Newsroom, The Looming Tower) …

Si une série est capable de vous donner envie de dresser des étalons, que vous dire de plus ?

* La Nuit des Chasseurs, par Yno, disponible ici
** La Nuit des Chasseurs, aussi, même si cette transcendance reste entièrement aux mains des joueurs et du Maitre de Jeu
*** qui coproduit Godless




lundi 23 avril 2018


Jusqu’à la garde
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le cerveau du Cinefaster est son propre ennemi. Après avoir admiré en 2012 le court-métrage de Xavier Legrand, Avant que de tout Perdre, on s’est abstenu de lire un quelconque commentaire avant de se délecter de son premier long métrage Jusqu’à la Garde.

Mais quelque part, on a dû saisir un indice qui laissait entendre une autre fin que celle du film. Le mot « ambigu » flottait dans l’air. Et donc pendant toute la projection, le cerveau se délectait de cette « ambiguïté », et la cherchait partout, même là où il n’y en avait pas. Tirer des fils ; regrouper des indices qui mèneraient à cette fin « ambiguë », évidemment cela pollue considérablement l’appréciation du film, surtout qu’à la fin, on ne trouve pas « l’autre fin ».

On vous laissera donc la découvrir vous-même car les qualités du film sont indéniables. Autour de ce qui se faisait déjà le sujet de son court-métrage (à savoir les violences familiales, et dont on n’avait pas compris qu’il était évidemment le prequel de Jusqu’à la garde), Xavier Legrand tisse le réseau de la maltraitance psychologique. Ça commence chez le juge, ça se poursuit sur les parents, les enfants, et les grands-parents. Où cette histoire nous mènera ? On ne fera pas la même erreur : vous raconter quelque chose qui pourrait vous intriguer. Puissamment écrit et interprété, il monte jusqu’à son apex avec un moteur de V8. Voilà du bon cinéma français…




samedi 21 avril 2018


Steven Bochco
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens -Séries TV ]

Quelque part tout a commencé là. Quand Madame Dolly nous a conseillé, au mitan des années quatre-vingt dix, de regarder NYPD Blues sur Canal Jimmy. La série avait déjà sa petite réputation aux États-Unis parce qu’elle était faite par Monsieur Steven Bochco et qu’il avait déjà lui-même sa petite réputation (Capitaine Furillo, L.A. Law, des épisodes de Colombo, entre autres).

Mais en France nous étions quelques centaines de milliers à regarder les aventures de Sipowicz, Simone, et Medavoy le dimanche soir. Et tout de suite, nous avons compris que quelque chose avait changé ; les héros été méchants, tristes, racistes, malades, mais terriblement émouvants. Les bons allaient mourir. Certains méchants allaient s’en tirer. On n’était plus dans Walker Texas Ranger ou Hooker. Et surtout les cop show ne seraient plus jamais les mêmes. Toute la télé ne serait plus jamais la même…

Bochco, avec son collègue David Milch, étaient les pionniers de cette révolution. Il vient de mourir, à 74 ans.




samedi 21 avril 2018


Retour vers le futur, le livre
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -Playlist -Pour en finir avec ... ]

Dans cette collection du British Film Institute, nous avions déjà une monographie sur Alien qui était très bien, une étude sur Shining ,achetée mais non lue, mais celui-ci, signé d’Andrew Shail et Robin Soate est très mauvais, malgré sa jolie couverture DeLorean.

Mal traduit – le nom du tracteur n’apparait même pas – le livre fait trois contresens majeurs : Retour vers le Futur serait l’apologie toute reaganienne des magnifiques Fifties, le parangon de l’anti-féminisme, et la promotion (sic) du nucléaire.

CineFast vous prouvera tout le contraire prochainement. La meilleure adaptation de Sophocle par la bande à Spielberg vaut mieux que ça.




lundi 16 avril 2018


RIP R. Lee Ermey
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films -Les gens ]

« If you ladies leave my island, if you survive recruit training, you will be a weapon. You will be a minister of death praying for war. But until that day you are pukes. You are the lowest form of life on Earth. You are not even human fucking beings. You are nothing but unorganized grabastic pieces of amphibian shit! Because I am hard, you will not like me. But the more you hate me, the more you will learn. I am hard but I am fair. There is no racial bigotry here. I do not look down on niggers, kikes, wops or greasers. Here you are all equally worthless. And my orders are to weed out all non-hackers who do not pack the gear to serve in my beloved Corps. Do you maggots understand that? »

Le Sergent instructeur Hartmann est au paradis des Marines, maintenant, parce que Dieu bande pour les Marines, tout simplement : « He plays His games, we play ours! To show our appreciation for so much power, we keep heaven packed with fresh souls! »




dimanche 8 avril 2018


Champagne !
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

La nuit promet d’être belle
Car voici qu’au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d’une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires
Ouvrez mon sarcophage
Et vous pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir nous sommes attendus dans les marécages
Voici mon message
Cauchemars, fantômes et squelettes
Laissez flotter vos idées noires
Près de la mare aux oubliettes
Tenue du suaire obligatoire
Lutins, lucioles, feux-follets,
Elfes, faunes et farfadets
S’effraient d’mes grands carnassiers
Une muse un peu dodue
Me dit d’un air entendu
Vous auriez pu vous raser
Comme je lui fais remarquer
Deux, trois pendus attablés
Qui sont venus sans cravate
Elle me lance un ?il hagard
Et vomit sans crier gare
Quelques vipères écarlates
Vampires éblouis
Par de lubriques vestales
Egéries insatiables
Chevauchant des Walkyries
Infernales appétits de frénésies bacchanales
Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie
Envoi !
Satyres joufflus, boucs émissaires
Gargouilles émues, fières gorgones
Laissez ma couronne aux sorcières
Et mes chimères à la licorne
Soudain les arbres frissonnent
Car Lucifer en personne
Fait une courte apparition
L’air tellement accablé
Qu’on lui donnerait volontiers
Le bon Dieu sans confession
S’il ne laissait malicieux
Courir le bout de sa queue
Devant ses yeux maléfiques
Et ne se dressait d’un bond
Dans un concert de jurons
Disant d’un ton pathétique
Que les damnés obscènes cyniques et corrompus
Fassent griefs de leur peine à ceux qu’ils ont élus
Car devant tant de problèmes
Et de malentendus
Les dieux et les diables en sont venus à douter d’eux-mêmes
Dédain suprême
Mais déjà le ciel blanchit
Esprits je vous remercie
De m’avoir si bien reçu
Cocher lugubre et bossu, déposez-moi au manoir
Et lâchez le crucifix
Décrochez-moi ces gousses d’ail
Qui déshonorent mon portail
Et me chercher sans retard
L’ami qui soigne et guérit
La folie qui m’accompagne
Et jamais ne m’a trahi

Champagne !




mardi 3 avril 2018


Ready Player One
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Steven Spielberg déclarait autrefois que pour juger de la qualité d’un film, il fallait pouvoir le regarder en entier sans le son. C’est à dire sans dialogue pour en dévoiler l’intrigue, et sans musique pour y indiquer les émotions à ressentir. Il serait intéressant de passer Ready Player One à l’aune de ce filtre-là : il est clair que le dernier opus Spielbergien retournerait à la table de montage, voire au stade précoce du développement.

Car Ready Player One est totalement incompréhensible. Cette avalanche de poursuites, bagarres, et fusillades virtuelles sur fond d’épopée technico-fantastique (« Retrouvez les 3 clefs, LA SURVIE DE L’OASIS EN DEPEND !!! ») n’est que le clone 2010 (boostée aux amphétamines CGI-3D) de Tron, premier du nom : des gamers s’introduisent dans la matrice pour affronter un grand méchant capitaliste dirigeant la grande méchante Corporation. Mais le film maudit de Disney avait l’avantage de la nouveauté, et celui d’engendrer un immense sentiment poétique*. Poésie dont est totalement dépourvu le Spielberg, entièrement perdu à son rythme frénétique insoutenable.

Car même si le talent du « Spielberg de l’enfance » (E.T., I.A., Hook) transparait parfois (dans le regard des personnages 3D plus que dans les acteurs, d’ailleurs) il n’est pas suffisant pour insuffler des émotions à ses personnages, leurs enjeux étant inexistants. Pourquoi ces enfants se battent-ils dans une lutte à la vie, à la mort ? Pour gagner une partie d’un immense jeu vidéo qui leur permettra d’hériter d’une entreprise qui vaut des milliards de dollars… Quel sorte d’enjeux spielbergien est-ce là ? Quelle sorte de morale ? Le film hésite en permanence entre un futur dystopique à la Minority report où le jeu vidéo est devenu le nouvel opium du peuple, et une éloge-hommage du gaming, sa culture, et ses geeks. A la fin, on conclut mi-chèvre mi-chou que le jeu vidéo c’est vraiment bien, mais pas le mardi et le jeudi, où l’on devra se déconnecter, car « la réalité, c’est le seul endroit où les choses sont (SIC)… réelles**… »

Ready Player One est donc triplement incompréhensible. On ne comprend pas l’intrigue, on ne comprend pas la morale de cette histoire, mais surtout, on ne comprend pas le projet : à qui s’adresse ce film ? Soit c’est l’adaptation d’une œuvre de littérature adolescente et dans ce cas, à quoi servent les références, pour la plupart inaudibles, aux années 80*** ? Soit c’est l’hommage à cette culture pop des quadras/quinquas, à laquelle Spielberg a tant participé et tant bénéficié, et dans ce cas, pourquoi autant de simplicité, pour ne pas dire de bêtise ?

* Notamment grâce à une fabuleuse direction artistique, qui manque totalement ici, vu que ce n’est que l’empilement des tous les jeux vidéos (et de leur direction artistique afférente) depuis trente ans
** « Because reality is real »
** On voit ce que peuvent en faire les frères Duffer, les nouveaux Spielberg de Stranger Things




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