mardi 6 janvier 2026


Pluribus
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Il reste encore un peu de temps de cerveau disponible à Hollywood. Vince Gilligan, dont nous avions peu goûté le macabre Breaking Bad, fait avec Pluribus un retour tonitruant.

E pluribus unum, « un parmi plusieurs », n’est pas un choix innocent pour une série. Référence à la devise du sceau des Etats-Unis (en souvenir de l’intégration des 13 colonies fondatrices), elle sous-entend que l’union fait la force…

Sans dévoiler l’intrigue, qui tourne autour de la fin du monde, la série décale dans les grandes largeurs le cliché en partant, comme il se doit, d’un formidable personnage principal. Carol Sturka (Rhea Seehorn, explosive) est une écrivaine spécialisée dans la chick-lit. Plutôt insatisfaite malgré son succès, plutôt en pétard quand arrive la catastrophe.

A partir d’un principe qui, s’il était dévoilé ici, gâcherait tout, Vince Gilligan inverse tous les tropes de l’invasion et dénoue ce personnage-pelote en prenant tout son temps. C’est à dire en allant contre tous les principes narratifs (aller vite, rebondir, changer de pied…) Au contraire, le showrunner installe toutes ses scènes dans la durée. Ainsi, on verra une femme charger un avion, s’installer aux commandes, faire la check-list, démarrer le moteur 1, puis le moteur 2, puis le moteur 3, avant de finalement décoller.

Pourquoi perdre tout ce temps ? C’est en réalité un vrai parti-pris d’artiste : ce temps n’est pas perdu pour le spectateur : il réfléchit, et les questions (et donc les enjeux ) surgissent : le malaise s’installe. Pourquoi cette femme qui ne ressemble pas à un pilote se retrouve aux commandes d’un quadrimoteur ? Pourquoi ne parle-t-elle pas à la tour de contrôle ? Et où va-t-elle ?

Ce sentiment d’étrangeté, de gêne, nous met exactement au même endroit que Carol face à l’invasion. Vince Gilligan, lui, fait confiance à l’intelligence et à la créativité de ses spectateurs pour inventer la suite.

L’autre intérêt du show, c’est l’amas de sous-textes possibles. Derrière ses airs de ne pas y toucher, Pluribus est une série éminemment politique sur la normalité, l’unité, et ce que veut dire vivre ensemble.

Et il y apporte une réponse plutôt ambiguë. Faut-il vraiment être parfaitement unis ? Et avec qui, avec quoi au juste, sommes-nous d’accord ?