[ Les films ]



samedi 13 septembre 2008


Annie Leibovitz
posté par Professor Ludovico

J’ai un problème : je vais toujours voir les expos à la dernière minute ; il y a donc peu de chances que vous ayez le temps d’aller voir Annie Leibovitz, A photographer’s Life 1990-2005, à la Maison Européenne de la photo.

Ce n’est pas grave, car les photos de Leibovitz sont partout (Vogue, Rolling Stone, Vanity Fair) ou dans un très beau (et très coûteux) catalogue de l’expo.

En quoi cela intéresse le CineFaster de base ? Eh bien Annie Leibovitz, c’est un peu la portraitiste de ces quarante dernières années, la Gainsborough, la Poussin, ou la David, de la noblesse d’aujourd’hui : plus de Madame de Maintenon, plus de Général Murat, mais plutôt les petits marquis d’hollywood, la noblesse rock, et les vaniteux people. Aussi peint-elle un Daniel Day-Lewis sur son trône hamletien, la détermination mafieuse de l’équipe Bush (qui fait un écho troublant à un autre cliché : la série publicitaire pour Les Sopranos), la folie foutraque de Nicholson, le charme Vegas de Scarlet Johansson…

Annie Leibovitz n’est pas la plus grande, ses photos sont classiques et elle n’est pas un tournant de la photographie ; mais ses photos sont l’époque.




mardi 9 septembre 2008


Philip K. Dick est vivant, et vous êtes tous morts
posté par Professor Ludovico

Philip K. Dick écrit vite (et mal), mais c’est aussi une sorte de Nostradamus, qui a « vu », avec une acuité troublante, notre monde d’aujourd’hui. Ce qui rend ses livres passionnants : (Ubik, Substance Mort, La Vérité Avant Dernière)

Ainsi, ce matin, sur Europe1, un invité de Marc-Olivier Fogiel affirmait sans rire, dans le but de défendre le fichier EDVIGE, qui fichera notre orientation sexuelle, nos préférences politiques, et ce à partir de 13 ans : « La Police n’a pas seulement pour mission d’arrêter les gens qui ont commis des crimes, mais aussi de les anticiper, avant qu’ils ne soient commis. » Sic.

Ca ne vous rappelle rien ? Grâce à une machine prédictive, les policiers interceptaient les criminels juste avant qu’il ne commettent un crime. C’était la mission d’un certain Tom Cruise, dans Minority Report.

PS Vous pouvez aussi lire la biographie de Dick écrite par le français Emmanuel carrière « Je suis vivant, et vous êtes tous morts » : la vie de Dick, c’est sûrement son meilleur roman.




lundi 1 septembre 2008


Il y a Longtemps que Je t’Aime
posté par Professor Ludovico

Il y a longtemps, en fait, que je n’aime pas Kristin Scott Thomas, car je n’ai jamais compris ce qu’on trouvait à cette actrice : autant de sex appeal qu’une olive morte, et un jeu d’actrice assez plat.

Pourtant, force est de constater qu’ Il y a Longtemps que Je t’Aime est le chef d’œuvre de Scott-Thomas : elle y délivre une performance exceptionnelle. Le film, lui même, est excellent, jusqu’à un désolant virage scénaristique. Mais pour expliquer cela, il faut en dévoiler la fin. Que ceux qui veulent aller voir le film (ce que je recommande, malgré tout), arrêtent donc leur lecture ici.

Il y a Longtemps que Je t’Aime traite d’un sujet difficile : la réinsertion après la prison. D’autant plus difficile que Juliette sort d’une lourde peine : quinze ans ferme, donc forcément un délit très grave (meurtre ? terrorisme ?), on ne sait pas, et c’est évidemment ce qui accroche le spectateur ? Et pourquoi sa gentille sœur Léa (Elsa Zylberstein) fait tant d’efforts pour l’accueillir, malgré la réticence de son mari (Serge Hazanavicius) ? On l’apprend au premier tiers du film : Juliette a tué son fils.

Et c’est là que le film devient formidable en organisant ce duel à fleuret moucheté entre la cadette hyper-gentille, mère super sympa, entourée de copains, en manque de grande sœur depuis quinze ans, opposée, en face, à la gorgone infanticide, statue de pierre figée dans l’indicible, qui n’attend plus rien du monde.

Le film oscille formidablement entre les deux comédiennes, tout en alternant sur la réinsertion (conversations de café, entretiens d’embauche), qui mettent (et c’est suffisamment rare pour être noté), le spectateur devant ses propres dilemmes moraux. Kristin Scott-Thomas n’est pas castée là au hasard : c’est une star, et elle est là pour inspirer la sympathie du spectateur*, et le mettre dans cette position ambivalente : « J’aime cette actrice/ce personnage, pourtant elle a commis le pire crime qui soit. Comment dois-je réagir ? Dois-je la détester ou essayer de la comprendre ? » : formidable moteur scénaristique…

Le réalisateur, Philippe Claudel, pose le débat avec beaucoup de finesse, en évitant les blablas explicatifs. Claudel est typiquement un réalisateur qui a confiance dans son cinéma ; pas besoin de parlotte, donc, tout est dans l’intrigue et notamment dans les mini-épisodes de la réinsertion de Juliette (trouver un job, un appart, un amant).

Pour asseoir cela, Claudel crée ses personnages avec beaucoup de subtilité et d’ambivalence, alternant fascination et répulsion. Face à « La Meurtrière », il déploie ainsi son antithèse, un papillon nommé Léa. D’abord un peu falote, trop sympa pour être honnête, Léa va progressivement révéler ses blessures et ses contradictions.

Mais alors, qu’est-ce qui cloche ? Eh bien, dans les dix dernières minutes, Philippe Claudel effectue un virage à 180° et sape son chef d’œuvre en le dotant d’une happy end des plus stupides, digne d’un mauvais film américain.

Comment ? Simplement en expliquant le geste de Juliette, geste qui ne réclame pourtant aucune explication : non, Juliette n’est pas une mère indigne, mais elle a abrégé les souffrances de son fils, qui souffrait d’une maladie incurable.

En changeant aussi radicalement de pied, Claudel commet en fait trois crimes contre le spectateur.

D’abord, un crime contre la vraisemblance. Comment Juliette a-t-elle pu cacher la maladie de son fils à son mari, à ses parents, à sa sœur? Comment cet aspect a-t-il pu être ignoré lors du procès** ? Et pourquoi aurait-elle, comme elle le prétend, voulut être condamnée ? Comment une mère aimante peut-elle laisser croire au monde entier qu’elle a assassiné son propre enfant, alors qu’elle avait une « bonne » raison de le faire ?

Ensuite, Claudel change de thème au milieu de son film : on croit parler de réinsertion, mais en fait, en fait, on parle d’euthanasie ! C’est un autre film qui aurait pu être fait, mais qui ne peut survenir comme un cheveu sur la soupe à 10 mn de la fin. En outre, comme on a pu le constater dans l’actualité récente, les mères euthanasistes revendiquent leur action plutôt que de se murer dans le silence.

Enfin, et c’est le pire, Il y a Longtemps que Je t’Aime ne nous donne aucune piste pour prévoir cette issue. Rien ne permet a priori au spectateur d’imaginer que Juliette a une excuse ; au contraire – et c’est toute la force du film – on croit qu’elle n’en a pas. C’est ce qui donne tout le poids du thème « réinsertion ».

Quelque part, c’est trop facile : finalement, le réalisateur peut faire ce qu’il veut, puisque le spectateur n’a aucune clef pour imaginer la suite***.

Au contraire, le cinéma repose sur la complicité entre le réalisateur et le spectateur, qui en sait toujours plus que le personnage principal. Ici, cette complicité existe (on espère la réinsertion de Juliette et la restauration de l’amitié entre les deux soeurs), mais elle est basée sur un mensonge, d’où la déception finale.

Bref, Il y a Longtemps que Je t’Aime subit un sabotage dans les grandes largeurs, et l’on peine à comprendre les motivations de la production, sinon à rendre le film plus consensuel et plus familial. Etonnant de voir un film français de cette qualité tomber dans le pire travers des films américains. Pourtant, répétons-le, il faut aller voir Il y a Longtemps que Je t’Aime, ne serait-ce que pour élucider ce mystère, ou simplement pour ses 105 premières minutes…

*Ce ne serait pas du tout le même film avec Sylvie Testud, par exemple.

** C’est même dit par l’assistante sociale : « Pourquoi n’avez-vous rien dit de ce qui est dans le dossier ? » Et pourquoi n’a-t’elle rien dit ? On l’apprend au cours de la scène finale, digne de la parodie des Inconnus : « Tu ne peux pas comprendre !!! » A tel point que c’est la même scène que le sketch (sans les vases fracassés au sol) : les deux femmes échangent des répliques théâtrales et définitives en regardant la pluie tambouriner la vitre.

*** Comme l’avait théorisé devant mes yeux ébahis mon ami olivier, c’est tout le défaut d’un film comme Les Neufs Reines. Le film est formidable, mais la fin totalement imprévisible. C’est pas du jeu !




dimanche 24 août 2008


Gomorra
posté par Professor Ludovico

Les vacances sont finies. Il faut donc passer aux choses sérieuses. Gomorra, Majestic Bastille, 19h.

L’argument ? Un film choral sur la camorra : portraits croisés de deux branleurs wannabee Tony Montana, d’un gamin en voie d’être recruté par la pieuvre, du businessman qui enfouit les déchets toxiques, etc.

Derrière cette volonté très pédago (la mafia infiltre toute l’activité du pays), un film pas pédago du tout : narration déstructurée très tendance et caméra portée, tant et si bien qu’on met une bonne demi-heure à comprendre qui est qui et qu’une guerre des gangs ravage la cité. Dommage, car si les histoires ne sont pas passionnantes, les acteurs sont excellents. Il faut donc aller voir Gomorra pour son réalisme terrifiant, mais pas pour ses histoires de mafia déjà vues -en mieux – ailleurs.




dimanche 24 août 2008


Cinéma insulaire
posté par Professor Ludovico

Les vacances, c’est le grand chambardement : grasse mat’, sieste, apéro. C’est aussi le break avec la routine cinéphilique : UGC CinéCité, places bien au milieu de la rangée, et séance VO du samedi matin sinon rien !

Les vacances, c’est donc le grand n’importe quoi cinéphilique : séance de 20h30 au Rex en VF et on fait la queue ! Pire, on va voir tout ce qui passe : Bienvenue chez les Ch’tis, par exemple, ou un film palestinien, et bien sûr les films avec les enfants (Wallratatoystory).

Sièges en ruine, drap de bain en guise d’écran, gens qui parlent… Mais oserais-je l’avouer ? C’est rafraîchissant ! Quoi de mieux pour un rite que d’être bousculé ?

C’est déjà la rentrée, du travail nous attend (Le Jour où la Terre s’Arrêta>, Miracle à Santa Anna), et on va reprendre les bonnes habitudes (Les Halles à 9h ou Bercy à 22h), avec le plus grand plaisir…




dimanche 24 août 2008


S’incliner devant la multitude
posté par Professor Ludovico

C’est l’un des inconvénients de la démocratie : on y pose que la majorité a toujours raison : « 50 000 000 Elvis fans can’t be wrong* », comme le proclamait une pochette célèbre du King.

Eh bien moi je pose le contraire : l’Art est le domaine où l’extrémisme doit être toléré, pire : encouragé. Libre à chacun de ne pas aimer Elvis et d’y préférer la Sainte Trinité (Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis), libre de ne pas aimer les Ch’tis malgré 21 millions de Français, et libre d’adorer Titanic, même si 21 millions de Français pensent la même chose.

Libre à chacun, donc, d’être son propre ayatollah artistique, de vouer aux gémonies ses propres ennemis jurés (Woody Allen, JP Jeunet, les Beatles, rayez les mentions inutiles), et d’édifier ses propres cathédrales (Pink Floyd ou Sonic Youth, Spielberg ou Kubrick, Simpson et Bruckheimer)…

* Si c’était le cas, les livres Harlequin seraient de la littérature, avec leurs 10 millions de lectrices annuelles en France.




dimanche 24 août 2008


Voyage au Centre de la Terre
posté par Professor Ludovico

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le cinéma n’est pas une science exacte, et encore moins un livre de recette (« Le Cinéma Américain en 10 Leçons ») dans lequel il suffirait de puiser. Non, au contraire, c’est une industrie de prototypes, qu’il faut à chaque fois réinventer.

Le hasard veut que nous soyons allés, Madame la Professore et moi-même, à deux heures d’intervalle, voir deux films surfant sur cette fausse bonne idée : Voyage au Centre de la Terre et Mes Amis, Mes Amours (je vous laisse deviner qui est allé voir quoi).

Dans tous les cas, voilà deux films qui appliquent une recette : film d’aventures familial (Voyage au Centre de la Terre) ou comédie romantique (Mes Amis, Mes Amours). On a mis les moyens, des producteurs de talent sont derrière (Emmerich, Farrugia), il y a de bons comédiens, et même un scénario.

Dans la cas de Voyage au Centre de la Terre, on procède même d’une mise en abîme originale : plutôt que d’adapter une fois de plus le livre de Jules Verne, on déplace le propos : Trevor, le héros, ne se remet pas de la mort tragique de son frère, spécialiste de la tectonique des plaques, parti trouver un passage jusqu’au centre de la terre. Il part donc à sa recherche, accompagné du fils de son frère, et d’une guide islandaise, qui a aussi perdu son père dans cette quête. Nous voila en terrain connu, un aventurier entouré de ses sidekicks traditionnels, la blonde sexy et l’emmerdeur ado, et dotés de conflits potentiellement riches pour le scénario. Autre idée rigolote : Trevor n’a qu’un guide sur lui : Voyage au Centre de la Terre, le livre ! Le film procède alors de cette ironie dramatique permanente : tout le monde connaît le livre, et on a le film avec James Mason vaguement en tête (mais si, les dinosaures, les champignons géants, ça y est, ça vous revient ?), et c’est parti pour deux heures de cinéma pop corn.

Sauf que.

Il ne suffit pas d’appliquer cette recette éprouvée et d’avoir mis 45M$ dans le bouzin. Il faudrait y mettre un peu de cœur, de talent, d’inspiration. Ainsi une scène a priori culte : nos héros trouvent une mine abandonnée au cœur du volcan : le héros, la blonde et le gosse montent à bord de chariots rouillés pour y descendre, ça vous rappelle quelque chose ? Normal, c’est décalqué plan pour plan d’Indiana Jones et le Temple Maudit.
Alors pourquoi ça marche chez Tonton Spielberg et pas ici ?

Déjà il manque le trio Harrison Ford – Cate Capshaw – Jonathan Ke Quan, autrement plus sexy que les olives en boîte Brendan Fraser – Josh Hutcherson – Anita Briem. Ensuite, il manque une dose de mauvais esprit : ici les dialogues sont raplaplas. Donc y’a des sous, des moyens, mais pas d’âme. Pas un grand gamin derrière qui a envie de construire son petit roller coaster personnel.

Il semble (je nai pas vu le film), que Mes Amis, Mes Amours soit affligé du même syndrome. Des romans qui marchent (Marc Levy), une adaptation qui ne fonctionne pas (La sœur Levy) ; je n’ai pas beaucoup de considération pour l’œuvre littéraire de Levy, mais il me semble que si ça marche, c’est qu’il y a quelque chose, au moins du charme, dans ses romans de gare. Si le film ne marche pas, malgré Lindon, malgré Forresti, c’est qu’il manque aussi ce supplément d’âme.

NB une autre explication potentielle pour Voyage au Centre de la Terre, c’est que c’est avant tout une démo pour les films en 3D. On sent pendant tout le film, par l’utilisation de certaines focales bizarres (le plan sur le mètre dépliable), qu’on veut nous en mettre plein la vue avec ce nouvel effet…




dimanche 24 août 2008


Bienvenue chez les Ch’tis
posté par Professor Ludovico

Jerry Seinfeld l’annonçait au début de sa carrière : « je veux faire rire en évitant les clichés habituels, le sexe, les gros mots, c’est un peu trop facile, en fait ! Je veux faire un show à partir des petits riens du quotidien, a show about nothing. »

Dany Boon est lui aussi humoriste, plutôt doué, et il sait rire aussi du quotidien. Son sketch sur La Poste était bien vu, son spectacle en Ch’timi était une bonne idée. Mais les adapter au cinéma sans les retravailler n’en est pas une.

Bienvenue chez les Ch’tis est en effet une succession de sketches, certains drôles, d’autre pas. En tout cas, ce n’est jamais un film. Pas de personnages, et des acteurs catastrophiques (sauf Boon), qui surjouent (Zoe Felix), se font péniblement passer pour des Ch’tis (Anne Marivin, Line Renaud), ont raté les cours d’élocution du Cours Florent (Stephane Freiss) ou, tout simplement, ne sont pas là (Kad Merad).

Si l’argument tient debout (un directeur d’agence de La Poste ment pour plaire à sa femme et se retrouve, au final, muté de la Provence dans le Nord-Pas de Calais), le film n’est tout simplement pas écrit. Les sketches s’enchaînent sans liaison ; ainsi découvre-t-on le problème de boisson de Dany Boon, et plus tard, on apprend, un peu par hasard (un personnage nous le dit), que ce problème est lié à un amour contrarié pour une jolie postière. Puis, toujours de manière aussi peu travaillée (un personnage nous le dit, encore), on apprend que la postière en pince aussi pour lui, mais que tout ça est de la faute de la belle mère (Line Renaud). On nous le dit, parce que Dany Boon ne sait pas écrire une scène qui nous le dirait. Il se croit encore seul en scène, oblige d’interpréter tous ses personnages à la fois. Problème récurrent des cinéastes en herbe, qui n’ont pas confiance dans le cinéma. Un geste, une expression, un bon montage est souvent plus signifiant qu’un long discours.

Bienvenue chez les Ch’tis donne, dès le début d’ailleurs*, l’impression de regarder une comédie française des années 60, mais de seconde zone (genre Le Petit Baigneur). Et il ne s’agit pas là de la qualité de ces comédies (il suffit de revoir un épisode des Gendarmes pour voir le boulot qui est derrière, quoiqu’on pense de ces films), non, Bienvenue chez les Ch’tis baigne dans l’ambiance des années 60 : bons sentiments téléphonés, relations de couple gnan-gnan, ambiance de travail complètement irréaliste…

On rit certes, devant certains gags : la reconstitution d’un Bergues sinistré, plus conforme au fantasme de la femme du héros. Mais l’ensemble laisse une telle impression d’amateurisme que le film, tel quel, est irregardable.


* étonnant générique qui commence par un survol des calanques de Cassis avec générique en surimpression, très Gérard Oury, et qui devient soudainement une animation en 3D, on ne sait pas pourquoi…




lundi 11 août 2008


Jeux de Dupes/15 ans et Demi
posté par Professor Ludovico

Dans l’avion, on est obligés de regarder des films. Mon ami Philippe dirait – sous le fallacieux prétexte que les films d’avion sont censurés et remontés – que ca ne compte pas pour notre Topten annuel. En tout cas, ca oblige à les voir, ces films.

Au programme aujourd’hui : Jeux de Dupes, de George Clooney et 15 ans et Demi, de François Desagnat et Thomas Sorriaux. Dans les deux cas, ça sent la recette de grand mère, dans les deux cas, c’est pas mal sans être transcendant, et dans les deux cas, heureusement qu’il y a des avions pour voir ce genre de films.

Jeux de Dupes, d’abord. Un film qui s’inscrit dans une double tradition : le film de football, et le film Twenties nostalgique. Le pitch : un capitaine de football américain en fin de carrière (George) entrevoit comme seule solution pour sauver son équipe de payer un jeune joueur très doué pour jouer avec eux. Il invente du même coup le foot moderne et professionnel. Il y perdra quelques illusions et arrêtera le foot, mais trouvera une compagne. Sur ce canevas archi-classique, le George nous la joue comédie légère, dialogues cinglants façon Dorothy Parker et petite morale finale sur la nécessité des héros. Mais n’est pas les Coen (O’Brothers) qui veut : si le soufflé est mangeable, il ne monte pas haut.

15 ans et Demi souffre du même problème : sur un canevas tout aussi classique (un père ne comprend plus sa fille ado), le film nous refait La Boum, consciencieusement modernisée par Vincent Ravalec, inspirateur et scénariste du film. Exit My Reality, place à la techno. Le film tient surtout grâce aux seconds rôles (Chabat, et surtout le toujours génial François Damiens (OSS, Dikkenek), et le gentil décalage avec le propos (les hallucinations Barry Lindon/Gore du père). On aurait pu aller beaucoup plus loin dans ce délire, et le film y aurait beaucoup gagné. On apprécie les comédiens (sauf Berléand, ridicule en Einstein/Gimini Cricket), la description réaliste et chaleureuse des ados d’aujourd’hui.

C’est agréable, et ca passera correctement la soirée.




dimanche 3 août 2008


Valse avec Bachir
posté par Professor Ludovico

Ari Folman a bien retenu les leçons de Coppola : la guerre doit être belle, la guerre doit être drôle, sinon, comme disait le barbu, « On ne trouverait pas autant de monde pour la faire ».

Ici, c’est un documentaire en dessin animé. En utilisant cette technique, Ari Folman a peut être enfin trouvé la seule façon de la parler de sa guerre : la Guerre du Liban. Car Ari a un problème : impossible de se rappeler quoique ce soit de son séjour sous les drapeaux, il y a 25 ans de cela. Sur le conseil d’un ami psy, il décide de mener l’enquête auprès de ses copains d’armée. Car les autres se rappellent, et même trop bien, le massacre de Sabra et Chatila, ghetto palestinien « nettoyé » par les phalangistes chrétiens, le 16 et 17 septembre 1982, sous la bénédiction passive de Tsahal.

Petit à petit, les souvenirs remontent, et le spectateur apprend, lui aussi, en même temps que le narrateur…

Certes Valse avec Bachir n’est pas très bien fait, le choix du dessin animé est contestable (pas assez cinématographique pour une fiction, ou trop réducteur pour un documentaire (par empathie, on préférerait voir les vrais témoignages)), mais reste un choc. Il nous rappelle qu’à l’âge où nous dansions sur Enola Gay, d’autres types du même âge, Uzi ou Kalach en main, se battaient dans les rues de Beyrouth. Graphiquement très réussi, musicalement fort bien illustré, Valse avec Bachir doit être vu…




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