vendredi 14 novembre 2008


Mensonges d’état
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Quand on s’ennuie au cinéma, c’est toujours le moment de théoriser, ça fait passer le temps.

Incorrigible que je suis, et malgré les tombereaux d’insultes que je déverse sur lui, je suis allé voir le Ridley Scott, Mensonges d’état. Car il a un don, Papy Ridley, c’est de s’attaquer à des sujets toujours très excitants sur le papier : un film de gladiateurs ? J’y vais ! Un duo Russel-Denzel ? J’y vais ! Un duo Crowe-Di Caprio, j’y retourne ! C’est lui qui me fait lever à 8h du mat’ pour aller au cinéma, et sûrement ce qui le rend bankable aux yeux de la Warner, qui lui confie l’adaptation de ce thriller post-11 septembre de David Ignatius.

Alors c’est quoi la théorie ? Eh bien, quand on parle abusivement de « scénario », c’est en fait un ensemble qui fait ce scenario ; un film, c’est la somme d’une intention, d’une histoire, d’une caractérisation, et… d’un scénario !

L’intention, c’est ce qu’on veut faire passer à travers le film, montrer un contexte, dénoncer une situation, etc. L’histoire, c’est en quelques pages, la trame de ce qui va se passer pendant deux heures. Le perso, il va là, il découvre ça, et là, il tombe amoureux de l’infirmière. A ne pas confondre avec le scénario, qui lui comprend toutes l’histoire mais avec les dialogues*. Enfin, il y a la caractérisation, c’est à dire ce que les personnages sont, comment ils parlent, comment ils sont habillés, leurs tics, etc.

Pour en revenir à Mensonges d’Etat, tout est bon, sauf le scénario lui-même !

L’intention est bonne : montrer que les USA, avec toute leur technologie, leurs satellites, leurs drones, leur système Echelon, ont tout faux dans la Guerre contre le Terrorisme. Rien ne remplace la compréhension des problématiques locales, l’infiltration et le retournement des hommes eux-mêmes. Une opposition incarnée par le ventripotent et cynique Russel Crowe, et le jeune et ambitieux Di Caprio, épris du moyen-orient.

L’histoire, aussi, bien vue : Di Caprio est à la recherche d’un terroriste islamiste. Pour cela, il décide – contrairement aux ordres reçus – de collaborer avec les services secrets jordaniens. Une histoire d’amour avec une jeune jordanienne va compliquer les choses. C’est basique, mais ça permet de tisser quelques enjeux dramatiques : solidarité avec le patron bourru et cynique ? Ou avec l’ambigu mais efficace Hani, chef des services secrets jordaniens ? Choisir la voie du coeur (je vivrais bien ici, finit par dire Di Caprio), ou celle de la patrie ?

Mais là où ça se gâte, c’est dans le scénario lui-même, et dans la caractérisation des personnages. Si les deux personnages centraux sont formidables, le reste n’est pas terrible : les terroristes portent le turban, le chef des services secrets jordaniens ressemble à un Andy Garcia classieux, tout cela est très caricatural. Le scénario est à l’avenant : pour indiquer une cible, les terroristes cachent un mot dans une poubelle, écrit en arabe… Et en hollandais ! Lorsque l’amie de Di Caprio est enlevée, celui-ci se propose en échange, et non seulement elle n’est pas libérée, mais ils vont le tuer, lui ! Ces terroristes arabes sont vraiment fourbes !

Non, tout cela est bien dommage, car il y avait matière. Il reste deux belles prestations d’acteurs, un message politique fort, et une belle love story interculturelle…

* Donc à ne pas confondre : Star Wars, scénario de George Lucas, L’Empire Contre Attaque, story de George Lucas, scénario de Lawrence Kasdan. C’était donc ça…


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