lundi 7 septembre 2026


L’Odyssée
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il n’y a plus de star à Hollywood.

Ou plutôt si : il reste Tom Cruise, Christopher Nolan et Denis Villeneuve : des gens qui font venir des gens en salle, quel que soit le film, sur la base de leur simple nom. Si Nolan adaptait l’annuaire, les gens courrait à la plus proche salle Imax.

Et si L’Odyssée était un jeu de rôle, on dirait que c’est un PMT, un Porte-Monstre-Trésor. Pas de personnage, pas d’histoire, mais juste des points d’expérience à gagner en visitant des pièces et en tuant des bestioles. L’enfance de l’art de Donjons&Dragons.

Ici, c’est Ile, Monstre, et pas de Trésor ! L’équipage d’Ulysse débarque sur une île, affronte un cyclope/une sorcière/des géants, fuit en courant, laisse quelques grecs sur le sable… Quand il n’y a plus d’équipage, c’est que le film est fini. Presque.

De personnage, il n’y a point. Ulysse est-il un soldat loyal et courageux ? Un époux infidèle ? Un père peu attentif ? On ne sait… Pas trop la faute de Matt Damon qui n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent, car aucun enjeu n’est posé, sauf pour les trois personnages secondaires : son épouse Penelope (Anne Hathaway), leur fils Télémaque (Tom Holland) et le prétendant numéro un, Antinoos (Pattinson abonné aux rôles de méchant, l’acteur vaut mieux que ça…)

On n’attendait pas grand-chose de cette Odyssée, et pourtant, c’est quand même spectaculairement raté pour un Nolan. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais c’est a minima un storyteller et un enlumineur de talent. Talents qui s’avèrent avoir disparu de L’Odyssée, comme si le film n’était qu’une ébauche attendant d’être polie. On est loin des narrations virtuoses (parfois un peu trop chantournées) d’Oppenheimer ou de Dunkerque. Et on reste bien en peine que trouver une belle réplique ou une image inoubliable à graver sur notre disque dur cinéphile.

Le film condense au contraire les défauts du réalisateur : intrigue bancale, musique belle mais omniprésente qui signalant quand avoir peur et quand pleurer, dialogues faiblards et descriptifs. Signe, comme le constate le Professorino, de sa faible confiance dans sa mise en scène*.

On l’a dit, on reregarde en ce moment sur Instagram des extraits de Game of Thrones, de Justified, de The Wire. La comparaison est cruelle – genre CP versus 6ème , le mot brut contre l’abstraction de la métaphore…  

On retiendra quand même la fin, qui propose une critique morale de la guerre ; l’humanité ne faisant que multiplier les erreurs et oublier qu’il les a faites. 

« La civilisation va renaître. Et l’aube se lèvera sur le monde obscur. Et nos erreurs seront une fois de plus oubliées. »

Et bien si, il y avait une réplique à retenir.

*D’où les gagesque « Envoyez les épées ! » « Envoyez les lances ! »  « Envoyez les boucliers ! » suivi d’un plan éponyme, au cas où ça ne serait pas suffisament clair.