[ Brèves de bobines ]

Petites réactions et conseils de sortie de salle



vendredi 14 novembre 2008


The Visitor
posté par Professor Ludovico

Joli film, un peu dépressif, et donc déprimant.

Sur un thème d’actualité – les sans-papiers -, Thomas McCarthy réussit un film honnête et droit. Pourtant, il manque quelque chose. Le personnage principal (Richard Jenkins, le père dans Six Feet Under), est un prof neurasthénique qui accueille, un peu involontairement au début, des sans-papiers chez lui. Mais le personnage est tellement triste, replié à l’intérieur de lui-même, qu’on a du mal à s’identifier à lui. On comprend que le réalisateur veuille jouer de ce contraste (ce renfermement puritain, si profondément WASP, opposé à la volubilité, et aux excès méditerranéens du jeune percussionniste syrien qu’il abrite chez lui. Mais, en contrepartie, le film met une bonne heure à décoller, au moment où, enfin, le jeune homme se fait arrêter. Là, un enjeu est enfin posé, et un deuxième film commence, plus musclé, moins consensuel.

C’est ce film-là qu’il faut aller voir.




lundi 3 novembre 2008


Il Était Une Fois
posté par Professor Ludovico

Sur le conseil de Madame Framekeeper (eh oui, il existe une madame Framekeeper), j’ai regardé aujourd’hui Il Était Une Fois, malgré ma détestation bien connue de l’oeuvre de Walt Disney (et de tous les Pixar de la terre, bien sûr). Mais là, c’est forcément bien, c’est Disney qui se moque de Disney. Pas l’escroquerie vulgaire de Shrek, non, mais une véritable mise en abîme du conte de fées as we know it. Bon, je vous rassure, ca ne va pas très loin et c’est gentillet, mais ça le fait quand même.

Le pitch : une princesse de dessin animé va se marier au Prince Charmant, quand la méchante belle-mère décide de l’envoyer ad patres, euh… plutôt en chair et en os, à New York City. Comment survivre dans la Babylone négativiste, l’enfer de l’Amérique (selon les critères Americana) ? Eh bien, elle s’en tire pas mal la princesse, en trouvant une autre sorte de prince charmant, un Patrick Dempsey avocat à la ramasse. Tout l’intérêt de Il Était Une Fois est là : dans la moquerie des clichés du conte de fées, mais aussi dans un certain désenchantement du monde, synthétisé dans une réplique : « Mais qu’est-ce que vous avez tous ici ? Vous dites tout le temps « Non ! » ».

Eh oui, si on disait un peu « Oui » ? La boucle est bouclée, la morale est sauve… Assez logiquement, Il Était Une Fois jouera de cette inversion des valeurs jusqu’au bout, où une princesse charmante devra, au fil de l’épée, sauver le prince en danger. A conseiller, et pas seulement aux enfants…




lundi 3 novembre 2008


W.
posté par Professor Ludovico

Y’a pas à dire, quand il s’agit de faire un biopic -genre casse-gueule par excellence -, Monsieur Stone, c’est le plus fort. Nixon, Larry Flint, et maintenant deubleiou, Oliver « Platoon » Stone ne recule pas, il saute sur l’objectif.

Pourtant ça marche pas, le biopic, on l’a maintes fois expliqué ici : Piaf, Cash, même combat. Pourquoi ça marche chez Stone, alors ? D’abord, parce que Stone est avant tout un scénariste : même quand il n’écrit pas de scénario, comme ici, il reste avant tout un grand raconteur d’histoires*.

Il a aussi un propos, une thèse à défendre : Nixon, le pauvre type envoyé au carton par les puissances occultes de l’argent, George Bush le vilain petit canard, la mal aimé d’une famille à qui tout réussit. On peut trouver cette thèse pitoyable, contestable, mais ça donne au spectateur quelque chose à suivre, un fil rouge, et même deux, puisqu’on suit en parallèle la prise de décision de la guerre en Irak.

Bref ce n’est pas un chef d’oeuvre, mais c’est plaisant à voir.

* Le monsieur a seulement écrit Midnight Express, Conan, L’année du Dragon, Scarface, avant d’écrire ses propres films…




dimanche 2 novembre 2008


Demonlover
posté par Professor Ludovico

Assayas, c’est une sorte de caricature Inrocks : musique de Sonic Youth, narration cyberpunk, mise en scène lysergique, et casting beautiful people (Connie Nielsen, Chloe Sevigny, Gina Gershon).

Eh bien bizarrement, la premier moitié du film est séduisante, dans sa description glacée du capitalisme moderne : business class, Evian, et amphétamines. On finit par trouver crédible (et terrifiant) le golden boy Charles Berling, et ces histoires de rachat de sites pornos japonais.

Mais la deuxième partie enfonce inexorablement le film : rebondissements incompréhensibles, violence injustifiée, et conclusion moralisatrice à deux balles (qui vit de l’épée périt par l’épée). Pire, on découvre l’incroyable naïveté d’Assayas sur son sujet (le porno SM, c’est pas bien !)

Ce film n’a que 6 ans, et il est déjà vieux…




dimanche 2 novembre 2008


Coluche, l’Histoire d’un Mec
posté par Professor Ludovico

Antoine de Caunes est un garçon sympathique, mais ce n’est pas un cinéaste. Son film est sympathique lui aussi, mais ce n’est pas du cinéma. C’est plutôt une suite d’images, au demeurant bien faites, une « illustration » de cette période particulière de notre histoire où un seul comique fit peur à toute notre classe politique. Est-ce la fonction du cinéma que d’ « illustrer » ? Sûrement pas.

On a l’impression, parce que le film est bien fait, bien joué, que de Caunes n’est pas allé assez loin, qu’il aurait pu creuser les thèmes qu’il aborde (Coluche manipulé par le PS, Coluche abandonné par sa femme pour ses excès, Coluche le comique face au sérieux de la politique). Il y avait là des potentialités, mais elles ne sont pas exploitées. Dommage.




dimanche 19 octobre 2008


Mensonges et Trahisons… Et Plus Si Affinités
posté par Professor Ludovico

Ca date, mais je viens de le voir… Petit film sympathique, sans plus, sur un aquoiboniste, procrastinateur de première (Edouard Baer). Autant Baer est drôle à la télé quand il improvise, autant il peine à jouer. Surtout qu’en face, l’immense Cornillac, les excellentes Marie-José Croze et Alice Taglioni n’ont pas de mal à lui voler ses scènes, pourtant visiblement écrites pour lui. Ce qui donne des moments parfois excellents et drôles, parfois des scènes plus faiblardes. On aurait pu, comme d’habitude, aller plus loin, plus fort.




dimanche 19 octobre 2008


La Famille Suricate
posté par Professor Ludovico

Erreur sur la marchandise, ce n’est pas un conte disneyien, c’est un documentaire produit par les frères Weinstein. Ne vous emballez pas, pas de gros gun ici, c’est de la BBC pur jus.

Bon. Malgré Guillaume Canet qui, à la voix off, s’ennuie à cent sous de l’heure (et nous avec), malgré le commentaire lénifiant (« Kolo a peur »… « La famille est en danger ») pontifiant (le méchant serpent contre le gentil suricate, comme s’ils ne partageaient pas la même sauvagerie), les éternels lieux communs (le réchauffement de la planète, l’Afrique où il ne pleut jamais), la musique pourrie (je croyais qu’il était mort, Johnny Clegg) eh bien les images sont splendides… Donc, emmenez vos enfants et votre iPod, mettez Berlioz ou Motörhead à fond, et regardez…




lundi 13 octobre 2008


The Wicker Man
posté par Professor Ludovico

Neil Labute est un excellent dramaturge (Bash, The Mercy Seat, au théâtre), et un de ces cinéastes américains qui justifie la théorie, CineFastienne, d’un cinéma US proteiforme et non reductible aux seuls disneyeries.

Neil Labute est aussi un grand misogyne et ça donne souvent des chefs-d’oeuvre (Nurse Betty, Entre Amis et Voisins). Mais ca peut aussi donner des nanars, comme ce terrifiant Wicker Man, avec le pauvre Nicolas Cage, dont on se demande où pourra-t-il tomber plus bas.

The Wicker Man est un thriller, pas vraiment le genre de beauté de Monsieur Labute. Nick Cage est un flic, qui, suite à un accident qui le met en disponibilité, part enquêter sur la disparition de la fille de son ex. Celle-ci fait désormais partie d’une secte recluse sur une íle, entièrement féminine, et dédiée au culte de la fertilité (vu la moumoute Cagienne, on la comprend). Mais sur cette íle bien mystérieuse, rien n’est vraiment ce qu’il paraît être.

Honnêtement, la fin est pas mal, et dans les mains d’un technicien (Jon Avnet, Jon Turteltaub), c’aurait été un excellent film de genre. Mais là, on voit bien que tout le monde cachetonne, réalisateur compris.

On peut donc s’interroger sur l’intransigeant Neil Labute, qui sort également un thriller sur les écrans (Harcelés, avec Samuel L. Jackson) : vérification le week end prochain.




jeudi 9 octobre 2008


Bobby
posté par Professor Ludovico

L’enfer est pavé de bonnes intentions, et Bobby en est la démonstration.

Bobby, c’est d’abord la réunion de tous les acteurs hystériquement démocrates d’Hollywood : Sharon Stone, Demi Moore, Martin Sheen, et Emilio Estevez, le fils de Martin Sheen, qui réalise. Objectif (louable) : réaliser un film choral sur ce 5 juin 68 où le Bob se fit descendre. « Où étiez vous ce jour-là ? » semble demander le film. Et d’aligner numéros d’acteurs sur numéros d’acteurs, ce qui fait le sel du film : Sharon Stone en coiffeuse trompée, Demi Moore en starlette alcoolique, Shia Lebeouf en drogué débutant, le tout étant censé fournir une fresque représentative des sixties.

Mais le film, justement, pêche par là ; trop lourdement démonstratif, trop appuyé, pas assez subtil sur le racisme, la libération sexuelle, le consumérisme.

Et aussi, a-t-on a rarement vu film aussi hagiographique sur son sujet, démontrant par là-même, l’espoir fantastique qu’avait suscité sa candidature, et la fascination tenace des américains pour la famille Kennedy, même 40 ans après. « Notre Famille Royale », disait fort justement Jamais Ellroy. Rien dans Bobby sur le côté obscur des Kennedy : les liens avec la mafia, le père nazi, les deux frères queutards, non, rien de rien : Saint Bobby meurt dans les bras de son épouse, comme le précise le très respectueux générique de fin, illustré de photos de la Sainte Famille. S’il n’était pas mort, il aurait évité le Vietnam, résolu les conflits raciaux et amélioré la situation économique, rien de moins…

Malheureusement, comme disait Kubrick, « la vie n’est pas comme dans les films de Frank Capra »…




dimanche 24 août 2008


Gomorra
posté par Professor Ludovico

Les vacances sont finies. Il faut donc passer aux choses sérieuses. Gomorra, Majestic Bastille, 19h.

L’argument ? Un film choral sur la camorra : portraits croisés de deux branleurs wannabee Tony Montana, d’un gamin en voie d’être recruté par la pieuvre, du businessman qui enfouit les déchets toxiques, etc.

Derrière cette volonté très pédago (la mafia infiltre toute l’activité du pays), un film pas pédago du tout : narration déstructurée très tendance et caméra portée, tant et si bien qu’on met une bonne demi-heure à comprendre qui est qui et qu’une guerre des gangs ravage la cité. Dommage, car si les histoires ne sont pas passionnantes, les acteurs sont excellents. Il faut donc aller voir Gomorra pour son réalisme terrifiant, mais pas pour ses histoires de mafia déjà vues -en mieux – ailleurs.




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