[ Pour en finir avec … ]

On peut pas aimer tous les gens…



jeudi 21 mai 2026


Back to the future?
posté par Professor Ludovico

On s’était déjà interrogés, avec Marvel, sur la péplumisation du cinéma américain, mais un autre indice de cette régression 50s – cette fois-ci française – vient d’être donné avec la déclaration de Maxime Saada. Après la pétition des artistes contre la « fascisation » de Canal+, le retour smashé de son DG vaut son pesant de cacahouètes. Certes, nos amis artistes « professionnels de la profession » n’ont pas fait dans le subtil, mais ils ne le font jamais.

Mais qu’un Directeur Général réagisse ainsi, on ne s’y attendait pas. Faire une Liste Noire façon McCarthy est non seulement dangereux, mais inutile. Que cette réplique soit sur ordre ou pas, elle est stupide. Canal+ a besoin du cinéma (il y est même obligé par la loi), et le cinéma a besoin de Canal+.

Et les artistes ont le droit de dire des bêtises, ils sont même payés pour. L’art n’est pas une entreprise, même si le cinéma est une industrie. Ses travailleurs sont particulièrement doués à quelque chose (faire une lumière, prendre un son, dire un texte), et on les paie très chers pour ça. Ils n’appartiennent pas, ne sont pas salariés de l’entreprise Canal+. Ce ne sont pas des collaborateurs qui dénigrent leur entreprise, mais des indépendants, libres de dire ce qui leur chante. C’est la prérogative même de l’Artiste.

Dans le même temps, on est tombé sur deux films américains, aux antipodes l’un de l’autre. Jurassic World : Renaissance de Gareth Edwards (définitivement perdu pour la science) et Apocalypse Now : final cut de Coppola, perdu, lui en 1979.

Ces quelques minutes de Renaissance (pas celle des Medicis, mais plutôt un bateau chassant un mega-dino marin) font penser aux vieux films de Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, 1963) où tout sonne faux, malgré les millions de dollars de CGI. Dans les vieux films d’Harryhausen, la poésie était là, au moins… Sans minimiser le travail de titan des milliers de compositeurs CGI, esthétiquement c’est horrible. La mer est en plastique, le bateau en carton-pâte, et quand il se fracasse sur un rocher, on n’y croit pas une seconde…

Quelques jours plus tard, CanalBolloré+ diffuse le méprisable Final Cut d’Apocalypse Now. On sait tout le mal que le Professore pense de cette extorsion marketing, mais c’était justement la pénible scène de la plantation française. La très bonne Aurore Clément y joue exceptionnellement comme un pied ; quant à la séquence, elle dé-subtilise le propos du chef-d’œuvre originel.

Mais voilà, une fois passé ce mauvais moment, on retombe dans la brume, le bateau file vers le Laos, les flèches volent et sur la terrifiante musique de Carmine Coppola, on arrive au camp de Kurtz… « Etes-vous un assassin, Willard ? Non, vous êtes un garçon de courses, envoyé par des épiciers encaisser la facture ».

A nouveau, un film parle à notre cerveau…




vendredi 15 mai 2026


Le Bus
posté par Professor Ludovico

Enfin.

Seize ans après, Netflix remet l’église au centre du village. Nous n’étions pas nombreux en 2010 à soutenir Patrice Evra, Nicolas Anelka, et Frank Ribéry contre Raymond Domenech, Jean-Pierre Escalettes et Roselyne Bachelot. Pas nombreux à défendre ces « caïds de banlieue », cette « racaille millionnaire » qui osait faire grève. Et perdre cette Coupe du Monde qui nous était due.

Car ces joueurs étaient des champions. Evra, meilleur arrière gauche au monde, capitaine de Manchester United, vainqueur de la Ligue des Champions. Anelka, gros buteur de Chelsea, Ribery, star du Bayern etc. Comment se fait-il, dans un sport collectif, que des joueurs géniaux deviennent nuls ? Qu’ils enchaînent les contre-performances, perdent l’Euro ? La raison est toujours la même, quel que soit le sport : l’entraîneur n’a pas réussi à créer un groupe.

Et dans les faits, Domenech était alors un sélectionneur haï, comme il avait été un joueur haï pour sa brutalité. Vilipendé pour son manque de résultats, pour ses déclarations à l’emporte-pièce « J’ai vu des belles choses », pour son indécente demande en mariage à l’issue de la défaite à l’Euro

Pourtant, ce n’est pas ce qu’on va reprocher à Domenech dans ces fameuses heures de Knysna. Car tout se renverse après France-Mexique. Anelka ne rentre pas à la deuxième-mi-temps, la France perd et le lendemain, la Une de l’Equipe titre « Va te faire enculer, sale fils de pute » attribué à Nicolas Anelka. Voilà le joueur exclu de la Sélection, il rentre en France. Les joueurs menés par Evra font la fameuse grève de l’entrainement, tout cela inverse les rôles et transforme le coach et la FFF en victime de voyous immatures.

Le Bus de Netflix fait enfin la lumière sur tout cela, et les acteurs parlent. Les joueurs (Evra, Gallas, Sagna), la presse (Vincent Duluc, Sébastien Tarrago) mais surtout les institutionnels (Domenech, Bachelot et François Manardo, l’attaché de presse de la FFF…)

Ces mensonges, ces manipulations étaient suspectées, mais en voici la preuve. Anelka n’a jamais prononcé ces mots (c’est Domenech lui-même qui le dit, face caméra « Il m’a tutoyé , ça m’a énervé… » sic !) Il n’y a pas eu de traître au sein de l’Equipe de France : la presse s’est enflammée sur une ambiguïté de Ribery (sur un terrain déjà bien inflammable, il est vrai.)

Et surtout, la récupération politique a commencé. Le football, mouchoir habituel des passions mauvaises, comme le dit Eduardo Galleanao*, est sorti de la poche des politiques…

Le témoignage de Roselyne Bachelot est tout à fait éclairant sur le sujet. Après la grève, elle se rend en urgence en Afrique du Sud et tient un discours très émouvant de fermeté, selon les mots mêmes des joueurs. Une maman, aimante, qui vient les gronder : « Quelle trace voulez-vous laisser ? », conclut-elle. Et ça fait son effet : « Enfin un discours d’entraineur ! », commente Evra aujourd’hui. Mais deux jours après, la même Bachelot à l’Assemblée Nationale les traite de « caïds immatures » ; opportunisme crasse du politique**, et stupéfaction des intéressés. Le cliché est en réalité trop beau pour ne pas être instrumentalisé : quelques pauvres blancs pur sucre (Gourcuff, Domenech…) harcelés par des voyous issus de l’immigration (Anelka, Evra, et… Ribery, le musulman converti). Le cirque peut commencer.

Pourtant rien de tout cela n’est vrai, rien de tout cela n’est arrivé. En confiant imprudemment son journal intime à Netflix, Domenech montre son vrai visage d’égocentrique, paranoïaque obsédé qui aime la provocation permanente : « Gourcuff est un autiste complètement con », « Anelka est un gros con », ses joueurs « des abrutis, de vrais connards ». Manipulation de Netflix ? Même face caméra, Domenech continue : « Si Gallas est capitaine, moi je suis général » « La lettre ? Je ne pouvais pas croire qu’ils l’avaient écrite, il n’y avait pas de fautes d’orthographe ! »…

Domenech a toujours été en roue libre, et il aurait dû être viré bien avant. Si l’Equipe de France était en finale de la Coupe du Monde 2006, c’était grâce au retour de Zidane. Si elle l’a perdu, c’était à cause du coup de boule de Zidane. Tout cela avait caché l’impréparation, la bêtise manipulatoire de son Sélectionneur. Mais la FFF s’est entêtée pendant quatre ans, sans voir que l’iceberg Knysna pointait à l’horizon.

Il y a aussi des beaux moments dans ce Bus : la larme d’Evra pendant la Marseillaise, celles de Deverne, le préparateur sportif, seize ans après, qui montre ces vies abimées (et celles de leurs familles) par le scandale. Ces gens gagnent certes des millions mais personne, absolument personne, ne mérite l’injustice. Le football, une fois de plus, révèle les fractures de notre pays qui rêve de trouver des boucs émissaires aux malheurs qu’elle s’est elle-même créés.

Le mouchoir, les larmes, encore et toujours.

* Le Football : Ombre et lumière, Eduardo Galleanao
**Comme par hasard, la très télégénique Roselyne 2026 refuse dans le documentaire de commenter cette dernière déclaration. 




jeudi 23 avril 2026


Les Rayons et les Ombres, pas si innocent que cela…
posté par Professor Ludovico

C’est le dernier clou sur le cercueil des Rayons et des Ombres : Laurent Joly, qu’on avait trouvé un peu trop discret sur le plateau de C ce soir, se rattrape sur Tenoua, magazine de réflexion web. Il y dénonce, non pas les erreurs cinématographiques du film de Giannoli, mais ses incohérences historiques.

On l’a souvent dit ici, les incohérences historiques, on s’en fout. Mais là, pas de chance. Monsieur Joly vient détruire le jemenfoutsime du Professore car ces oublis, ces erreurs, viennent indubitablement renforcer la sympathie du spectateur pour Jean Luchaire et éviter de l’accabler, ce qui n’est pas innocent.

Et comme Giannoli, outré qu’on lui reproche ces erreurs, prétend connaitre par cœur la vie de Luchaire. Il prétend s’être entouré des meilleurs historiens, pour, sic, « lui éviter de faire des bêtises ». On finit par se demander si tout cela n’est pas volontaire…

Florilège :

  • La lettre du père de Luchaire qui critique l’engagement de son fils aux côtés des allemands n’a pas paru pendant Vichy (c’était impossible) mais en… 1933. Luchaire est devenu pronazi très tôt, et fut tout aussi vite déconsidéré par ses amis de gauche.
  • Otto Abetz, dont le film laisse accroire qu’il a été contraint, sous la menace, d’adhérer au parti National-Socialiste, était lui aussi nazi avant l’arrivée de Hitler au pouvoir…
  • La scène de la conférence de rédaction en 1940 où Luchaire refuse de signer un article soutenant la loi antijuive de Vichy est fictive. Le journal Les Nouveaux Temps n’existe pas encore… Là aussi Giannoli fait croire que Luchaire n’est pas vraiment antisémite. Une fois créé, le journal soutiendra pourtant ardemment la politique antijuive de Vichy. Il relaiera les menaces terribles de Hitler : « ce ne sera pas l’humanité aryenne qui sera anéantie, mais les juifs qui seront exterminés. » Luchaire écrira lui?même que tout collaborationniste doit vouloir « avec tous les moyens appropriés, même les plus rudes, l’élimination totale des juifs du vieux continent. »

Ne pas montrer tout ça montre a minima la volonté de ne pas noircir Luchaire, et donc de générer de la compassion.

D’idiot de cinéma, Giannoli devient le complice d’une manipulation.




mardi 14 avril 2026


Xavier Giannoli, l’idiot utile
posté par Professor Ludovico

Le réalisateur des Rayons et des Ombres est sur tous les plateaux pour défendre son film, à la fois un succès public et l’objet de quelques polémiques. Les éditos et contre-éditos se succèdent : en montrant que des gens de gauche comme Luchaire avaient aidé les nazis, Giannoli a-t-il voulu exonérer l’extrême droite d’une partie de la Collaboration? Si CNews biche à cette simple idée, ce n’est un scoop pour personne : Mussolini, Laval étaient d’anciens socialistes, Hitler a créé un part Na-Zi, c’est à dire National-Socialiste.

Les historiens ont le droit de contester certains faits, mais ici on parle de cinéma, et on a toujours défendu les narrateurs contre les reconstitueurs. Mais Giannoli, comme tous les rois du biopic et de l’autofiction, joue sur les deux tableaux. A) je me suis entouré d’experts qui m’ont évité de dire des bêtises. B) j’ai ma liberté de narrateur, je raconte une histoire, pas un cours d’Histoire.

Il est bien le seul à ne pas voir la contradiction dans les termes. Mais ce n’est pas le problème, en vérité, des Rayons et des Ombres.

Xavier Giannoli est, comme le Denis Villeneuve de Dune, comme le Gareth Ewards de The Creator, comme le James Gray d’Ad Astra, un Idiot de Cinéma. C’est à dire quelqu’un qui réfléchit à la belle image, au beau costume, au décor exact, mais pas à ce que dit son film. Bien sûr, il a travaillé pendant sept ans, comme il l’a souligné hier sur Quotidien, qui lui servait généreusement la soupe. Outré qu’on lui reproche des erreurs, il s’érigeait, plein de fausse modestie, comme le seul spécialiste de Jean Luchaire, tout en prétendant le contraire.

Mais le problème n’est pas là. Le cinéma ce n’est pas ça. Le cinéma, ce sont les émotions que ressentent le spectateur, et ce sont ces émotions qui posent problème. Quand Giannoli dit ne pas défendre ses personnages, il se trompe. Car caster le gars qui a probablement le plus grand capital de sympathie du cinéma français (Jean Dujardin), ce n’est pas innocent. Faites l’exercice : imaginez Gérard Depardieu dans le même rôle, ce n’est plus du tout le même film. Il n’y a plus cette ambiguïté gars sympa/collabo, que le film charrie pendant 3h17. Quand il fait dire à la jeune Corinne Luchaire, dans une voix off compassée et absolument exaspérante, « Devient-on collaborationniste en allant à des cocktails ? », il ne sous-entend pas qu’elle se trompe. Au contraire, il met le spectateur à sa place : et toi, aurais-tu fait mieux ? Le scandale est là, pendant tout le film, collé sur le père et la fille. Il suffit de voir le même débat posé dans Un Village Français, pourtant artistiquement bien plus faible, pour voir la différence.

En ignorant cela, Giannoli devient l’idiot utile de Vichy. Pas par méchanceté ou conviction idéologique, mais par bêtise…  




mercredi 31 décembre 2025


Sabrina
posté par Professor Ludovico

Les grands films meurent aussi. Qu’est-ce qu’il reste de Sabrina, soixante-dix ans après ? Pas grand-chose. Un Billy Wilder feignant, avec pourtant la crème de l’époque : Bogart, Holden et bien sûr Audrey Hepburn.

L’intrigue déjà ne tient pas la route, trop mollement traitée par Wilder. En gros, une histoire de Cendrillon 50s. Audrey Hepburn est la fille du chauffeur d’une grande famille de richards de Long Island. Elle est amoureuse du cadet (Holden), un playboy qui enchaîne les mariages et ne la regarde même pas. La jeune ingénue tente de se suicider, mais finit par aller à Paris pour (sic) apprendre la cuisine. Elle revient transformée en icone de l’élégance parisienne. Le bon vieux temps où la France rayonnait !!

Le playboy tombe immédiatement amoureux d’elle. Pas de chance, on est à l’aube d’un mariage qui arrange les affaires de la famille :  en gros, le roi du vitrage épouse l’héritière du roi du plastique.  

L’ainé, que rien n’intéresse à part diriger l’entreprise familiale (Bogart), prend l’affaire en mains. Il se dévoue pour sortir la belle et la réexpédier manu militari à Paris. Evidemment, in the process, il tombe amoureux d’elle.

Comédie amère ? Tragi comédie sociale ? Billy Wilder ne sait pas trop où il habite (c’est son dernier film à la Paramount, ceci expliquant peut-être cela) et les acteurs mâles cachetonnent, tandis qu’ Audrey Hepburn tente de jouer. Nous tenons cette information de Notre Dame de Nazareth : a-t-elle jamais interprété un grand rôle ? A part My FairLady, dans le panthéon personnel du Professore Ludovico, on ne voit pas. Elle tient sa place, mais uniquement grâce son incroyable beauté, son charme discret, et le modernisme de son look (entourée de grands couturiers et bijoutiers) qui l’érige en icône de la mode.

Elle l’est encore aujourd’hui. Il y a pire comme destin.




mardi 30 décembre 2025


Brigitte Bardot, le paradoxe à trois corps
posté par Professor Ludovico

L’icône nationale est morte. Brigitte Bardot fut un paradoxe vivant, incarnant trois corps successifs. Bombe de sexualité libératrice dans les fifties (et le si bien nommé Dieu Créa la Femme). Fière Marianne, Bardot devint ensuite une pionnière de la protection animale, puis une boule de haine raciste et homophobe : on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est lié.

Bardot fut utilisée, malmenée, maltraitée par le monde du cinéma et les médias. Elle fait partie de la longue liste de victimes de la machine à broyer qu’est l’Usine à Rêves. Abimée par les hommes, elle se retira en compagnie des animaux qui n’ont que leur fidélité à offrir. La haine des hommes avec un petit H devint la haine de l’Humanité, corsetée de déclarations à l’emporte-pièce…

Victime de star system ? Pas uniquement. Bardot n’a pas rencontré les bons réalisateurs, ou n’a tout simplement pas eu l’ambition de le faire.

Pour vérifier cette hypothèse, il suffit de revoir La Vérité. On comprend ce que Clouzot peut tirer de Bardot. Au-delà de plans putassiers sur ses seins ou sur ses fesses (« Tu les aimes, mes fesses ?* »), perce l’actrice, pendant un instant.  

* À ce sujet on peut se reporter à la vidéo édifiante où Godard explique, narquois, comment il a marché sur les mains pour obliger « Bribri » à mettre des jupes plus longues et des cheveux plus courts. Le Mépris, assurément.




mercredi 10 décembre 2025


Fade to Gray
posté par Professor Ludovico

Et si James Gray avait raison ? C’est vrai, les mauvais cinéastes (Tarantino, Woody Allen, Godard) font souvent de très bons critiques…

Tourne en ce moment sur Instagram une courte interview du réalisateur de Little Odessa et de The Yards, que nous avons perdu depuis La Nuit Nous Appartient. Gray y ébauche une analyse très pénétrante de la situation actuelle, intuitant que la stratégie « tentpole » des majors est suicidaire. S’il ne critique pas la nécessité pour l’industrie de faire du profit, il en dénonce l’avidité. En ne se concentrant que sur les films les plus coûteux qui rapporte le plus d’argent, l’Usine à Rêves ne fait rien d’autre que saper sa base et assécher les terres fertiles de la cinéphilie…

Il y avait avant, dit-il en substance, un cinéma pour tous les publics, les enfants (Walt Disney & Co), les teenagers (La Fureur de Vivre ou Twilight), les adultes (Rom Com, film d’action ou Art&Essai). Un art pour les riches comme les pauvres, pour les gens de droite ou les gens de gauche. Il y avait toujours un film pour vous dans la programmation.

Mais aujourd’hui, l’offre se réduit. Les studios mettent tout dans le même panier des Franchises (Avatar, Marvel, Star Wars…) et négligent les films difficiles (façon Dardenne ou Sundance) ou les films du dit du milieu, (Desplechin et consorts).

L’effet ne se verra qu’à long terme, mais il est sûr et certain : de moins en moins de gens iront au cinéma. Seuls ceux qui veulent du Justice League iront encore manger du popcorn. 

En réduisant la cible, poursuit James Gray, on réduit d’autant l’impact culturel du cinéma, sa place dans la psyché mondiale : « Je vais lui faire une offre qu’il ne peut pas refuser » ; tout le monde identifie aujourd’hui cette citation du Parrain, passée dans la culture populaire, conclut James Gray. Mais qui est capable de citer une réplique d’Aquaman ?  




mercredi 5 novembre 2025


Le mystère Dylan
posté par Professor Ludovico

Qui peut comprendre Bob Dylan ? Après avoir vu Un Parfait Inconnu, nous avons emmené le Professorino voir la bête sur scène, sans trop d’illusions. C’était pas mal en 1995, mais déjà pas terrible en 2003.  

Le Palais des Congrès était plein à craquer de septuagénaires. L’octogénaire sur scène, lui, n’a pas offert grand-chose. Ni bonjour ni merci, on a l’habitude. Ce qu’on demande en revanche, c’est a minima un groupe qui joue juste, quelques paroles qu’on arrive à capter et peut-être, s’il vous plait, une ou deux vieilles chansons…

Monsieur Dylan ne nous donnera pas ce plaisir.

Le Professore a eu la chance de voir plein de concerts. Des gens qui venaient ramasser le pognon (ZZ Top), des gens qui n’en avaient rien à foutre (Pink Floyd, Happy Mondays), des machines ultratechniques sans âme (Madonna), ou des génies bourrés qui ne pouvaient plus jouer (Amy Winehouse). Mais tout ça ne s’applique pas à Dylan. Ça reste un mystère…

Donc voilà une liste de suggestions : Robert Zimmermann, I wrote a list for you

  1. Tu aimes profondément la musique…
    Alors, joue juste (ou laisse ton groupe jouer), comme les bluesmen que tu vénères…
  2. Tu n’es pas un junkie, tu n’es pas alcoolique…
    Alors, fais un effort pour chanter mieux que ça…
  3. Tu en as marre de jouer tes vieilles chansons…
    Alors, propose alors des beaux écrins pour qu’on découvre les nouvelles…
  4. Tu n’es pas fainéant (une centaine de concerts par an, et deux heures sur scène)…
    Alors, fais moins, mais mieux !



mardi 15 juillet 2025


Memories of Murder
posté par Professor Ludovico

S’agit-il d’un gouffre culturel ? Car on ne comprend rien au cinéma de Bong Joon Ho. Mickey 17 nous avait déjà assommé par sa bouffonnerie, nous n’avions pas été estomaqués par Parasite et ces Souvenirs de Meurtre ne sont pas impérissables. Problème de l’acting coréen ? Squid Game laissait aussi cette impression de surjeu. Mais on cherche aussi à comprendre dans quel film se trouve Bong Joon Ho.

Ça commence comme Seven, sauf que les deux flics se comportent comme dans Y’a-t-il Un Flic pour Sauver la Reine… Dès qu’on a un suspect, retardé mental, il faut en faire un coupable. Taloches, coups de pied, reconstitution à l’arrache, et flics incompétents qui bousillent la scène de crime : serait-on dans une comédie ? Et puis un jeune flic arrive de Séoul, avec des méthodes plus sérieuses, mais la bouffonnerie continue. Puis, dans un brusque changement du genre, on se tourne vers la folie et la tragédie. Les pistes ne mènent à rien, au grand désespoir du trio…

Arrive alors le final, tendu et désenchanté, qui donne une idée du grand film qu’aurait pu être Memories of Murder.

Si quelqu’un a une explication, on prend.




mercredi 4 juin 2025


Madame Doubtfire
posté par Professor Ludovico

Le problème chez CineFast, c’est qu’il y a les jours où il faut bosser. En un mot, voir les films du répertoire sous peine de perdre sa crédibilité.

C’est donc empli de courage, à deux mains, que le Professore Ludovico lance Madame Doubtfire, le feelgood movie de Robin Williams, énorme succès de 1993, 441M$ au box-office.

Mais un coup d’œil préalable à IMdB aurait évité deux heures de perdues : Robin Williams n’a jamais fait de bon film ! Bon on est méchants, (et payés pour), mais à part Will Hunting et Photo Obsession, que retenir de sa carrière ? Un paradoxe, pour le moins : Mr Robin était un gars éminemment drôle en impro, où son sens acéré de la transgression faisait merveille dans les late shows, mais le Dr Williams se métamorphosait en nounours inoffensif dans ses films. L’exemple parfait étant Good Morning Vietnam, où ses impros radio sont à mourir dans rire, anesthésiées dans un film béni oui-oui qui n’a rien à voir.  On aurait voulu voir un Robin Williams plus troublant, comme le Walter Finch de l’Insomnia de Nolan, mais Robin Williams n’a fait que des navets à la guimauve où son sourire de clown triste toujours au bord des larmes apitoyait le chaland… Ce coup-là ne marche plus : la performance de Mrs Doubtfire, (jouer un homme grimé en femme) tient aujourd’hui du théâtre de boulevard*. Les gags sont répétitifs et pas drôles, et la Trâââgédie du Divooorce ne fait plus pleurer dans les chaumières**.

Donc Madame Doubtfire, dans le doute, abstiens toi !

* Le film a été repris au théâtre par Michel Leeb
** Dans un genre tragique, Kramer contre Kramer ne fonctionne plus non plus
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