mardi 14 avril 2026


Xavier Giannoli, l’idiot utile
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films -Les gens -Pour en finir avec ... ]

Le réalisateur des Rayons et des Ombres est sur tous les plateaux pour défendre son film, à la fois un succès public et l’objet de quelques polémiques. Les éditos et contre-éditos se succèdent : en montrant que des gens de gauche comme Luchaire avaient aidé les nazis, Giannoli a-t-il voulu exonérer l’extrême droite d’une partie de la Collaboration? Si CNews biche à cette simple idée, ce n’est un scoop pour personne : Mussolini, Laval étaient d’anciens socialistes, Hitler a créé un part Na-Zi, c’est à dire National-Socialiste.

Les historiens ont le droit de contester certains faits, mais ici on parle de cinéma, et on a toujours défendu les narrateurs contre les reconstitueurs. Mais Giannoli, comme tous les rois du biopic et de l’autofiction, joue sur les deux tableaux. A) je me suis entouré d’experts qui m’ont évité de dire des bêtises. B) j’ai ma liberté de narrateur, je raconte une histoire, pas un cours d’Histoire.

Il est bien le seul à ne pas voir la contradiction dans les termes. Mais ce n’est pas le problème, en vérité, des Rayons et des Ombres.

Xavier Giannoli est, comme le Denis Villeneuve de Dune, comme le Gareth Ewards de The Creator, comme le James Gray d’Ad Astra, un Idiot de Cinéma. C’est à dire quelqu’un qui réfléchit à la belle image, au beau costume, au décor exact, mais pas à ce que dit son film. Bien sûr, il a travaillé pendant sept ans, comme il l’a souligné hier sur Quotidien, qui lui servait généreusement la soupe. Outré qu’on lui reproche des erreurs, il s’érigeait, plein de fausse modestie, comme le seul spécialiste de Jean Luchaire, tout en prétendant le contraire.

Mais le problème n’est pas là. Le cinéma ce n’est pas ça. Le cinéma, ce sont les émotions que ressentent le spectateur, et ce sont ces émotions qui posent problème. Quand Giannoli dit ne pas défendre ses personnages, il se trompe. Car caster le gars qui a probablement le plus grand capital de sympathie du cinéma français (Jean Dujardin), ce n’est pas innocent. Faites l’exercice : imaginez Gérard Depardieu dans le même rôle, ce n’est plus du tout le même film. Il n’y a plus cette ambiguïté gars sympa/collabo, que le film charrie pendant 3h17. Quand il fait dire à la jeune Corinne Luchaire, dans une voix off compassée et absolument exaspérante, « Devient-on collaborationniste en allant à des cocktails ? », il ne sous-entend pas qu’elle se trompe. Au contraire, il met le spectateur à sa place : et toi, aurais-tu fait mieux ? Le scandale est là, pendant tout le film, collé sur le père et la fille. Il suffit de voir le même débat posé dans Un Village Français, pourtant artistiquement bien plus faible, pour voir la différence.

En ignorant cela, Giannoli devient l’idiot utile de Vichy. Pas par méchanceté ou conviction idéologique, mais par bêtise…  


Votre réponse