On s’était déjà interrogés, avec Marvel, sur la péplumisation du cinéma américain, mais un autre indice de cette régression 50s – cette fois-ci française – vient d’être donné avec la déclaration de Maxime Saada. Après la pétition des artistes contre la « fascisation » de Canal+, le retour smashé de son DG vaut son pesant de cacahouètes. Certes, nos amis artistes « professionnels de la profession » n’ont pas fait dans le subtil, mais ils ne le font jamais.
Mais qu’un Directeur Général réagisse ainsi, on ne s’y attendait pas. Faire une Liste Noire façon McCarthy est non seulement dangereux, mais inutile. Que cette réplique soit sur ordre ou pas, elle est stupide. Canal+ a besoin du cinéma (il y est même obligé par la loi), et le cinéma a besoin de Canal+.
Et les artistes ont le droit de dire des bêtises, ils sont même payés pour. L’art n’est pas une entreprise, même si le cinéma est une industrie. Ses travailleurs sont particulièrement doués à quelque chose (faire une lumière, prendre un son, dire un texte), et on les paie très chers pour ça. Ils n’appartiennent pas, ne sont pas salariés de l’entreprise Canal+. Ce ne sont pas des collaborateurs qui dénigrent leur entreprise, mais des indépendants, libres de dire ce qui leur chante. C’est la prérogative même de l’Artiste.
Dans le même temps, on est tombé sur deux films américains, aux antipodes l’un de l’autre. Jurassic World : Renaissance de Gareth Edwards (définitivement perdu pour la science) et Apocalypse Now : final cut de Coppola, perdu, lui en 1979.
Ces quelques minutes de Renaissance (pas celle des Medicis, mais plutôt un bateau chassant un mega-dino marin) font penser aux vieux films de Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, 1963) où tout sonne faux, malgré les millions de dollars de CGI. Dans les vieux films d’Harryhausen, la poésie était là, au moins… Sans minimiser le travail de titan des milliers de compositeurs CGI, esthétiquement c’est horrible. La mer est en plastique, le bateau en carton-pâte, et quand il se fracasse sur un rocher, on n’y croit pas une seconde…
Quelques jours plus tard, CanalBolloré+ diffuse le méprisable Final Cut d’Apocalypse Now. On sait tout le mal que le Professore pense de cette extorsion marketing, mais c’était justement la pénible scène de la plantation française. La très bonne Aurore Clément y joue exceptionnellement comme un pied ; quant à la séquence, elle dé-subtilise le propos du chef-d’œuvre originel.
Mais voilà, une fois passé ce mauvais moment, on retombe dans la brume, le bateau file vers le Laos, les flèches volent et sur la terrifiante musique de Carmine Coppola, on arrive au camp de Kurtz… « Etes-vous un assassin, Willard ? Non, vous êtes un garçon de courses, envoyé par des épiciers encaisser la facture ».
A nouveau, un film parle à notre cerveau…
