[ Brèves de bobines ]

Petites réactions et conseils de sortie de salle



lundi 5 janvier 2009


Brokeback Mountain/Appaloosa
posté par Professor Ludovico

Brokeback Mountain et Appaloosa, finalement, c’est la même nostalgie du Western qui est à l’œuvre, tout en se situant aux deux extrêmes de la production : l’un déconstruit, (deux cowboys qui s’enculent), l’autre remythifie (deux cowboys qui s’aiment).

Brokeback Mountain fait paradoxalement plus dans le chromo, la reconstitution soignée de son époque (les années 60-70). Comme obligé de respecter l’univers pour mieux raconter une histoire entièrement neuve.

Appaloosa, au contraire, se fiche un peu de la reconstitution, des zolies images de l’Ouest, parce que lui, il raconte l’histoire immémoriale du western : un brigand (Irons), deux copains shérif (Mortensen, Harris), la Loi, l’Honneur, et la conception toute particulière qu’ont les gens de l’Ouest de ces deux mots dans l’Amérique de 1870. Et à la fin (splendide), on est retombés sur ses pieds. Appaloosa vaut surtout pour cela, et son duo d’acteurs plutôt comiques.

On rigole pas beaucoup dans Brokeback Mountain, on est dans le mélo, c’est superbement bien joué, avec la fine fleur de cette génération (Heath Ledger, récemment décédé, et surtout le génial Jake Gyllenhaal). Ang Lee arrive même à gérer avec talent le passage des ans (l’histoire se déroule sur une vingtaine d’années), mais au final, il peine à faire décoller son film, trop scotché sur ces paysages du Wyoming.




samedi 3 janvier 2009


La Vengeance dans la Peau
posté par Professor Ludovico

L’opus final de la trilogie Jason Bourne est excellent, mais il faiblit sur la fin, ne fournissant qu’une conclusion rapide et baclée sur les motifs et modi operandi de l’organisation Treadstone.

Mais surtout, c’est un saut qualitatif que fait effectuer Paul Greengrass à la franchise et à tout le cinéma d’action en général. Après avoir vu La Vengeance dans la Peau, difficile de voir les autres films d’actions du même œil.

Greengrass, connu pour ses excellents films à la limite du documentaire (Bloody Sunday, United 93) apporte ce regard « réaliste » à un scénario qui, dans le fond, l’est très peu. Greengrass n’est pas le premier à se la jouer « camera portée », mais dans La Vengeance dans la Peau, il porte cet effet de style à son paroxysme. On est juste derrière Jason Bourne, on est Jason Bourne à Madrid, à Paris, à Tanger. Tout le dispositif est cohérent : tourné en décors naturels, cascades réalistes, le film d’action est passé dans une nouvelle ère.

A voir, rien que pour ça.




jeudi 1 janvier 2009


Shaolin Soccer
posté par Professor Ludovico

La nuit du 31, je fais tout pour ne rien faire. C’est dès 20h30 que je me suis glissé sous la couette pour regarder Shaolin Soccer. J’ai donc raté le Gui, « la Bonne Année tout le monde ! », mais aussi Sebastien, qui apporte la Culture aux Masses Populaires sur France Télévisions.

Bon ben Shaolin Soccer, c’est pas terrible, ça donne même envie de dormir. Intrigue minable, personnage grimaçant à tout bout de champ, happy end attendue, il faut être très fan de cinéma asiatique pour trouver ça intéressant. A réserver uniquement le 31.




mercredi 31 décembre 2008


Mesrine, l’Instinct de Mort
posté par Professor Ludovico

Que dire du premier Mesrine ? Qu’il est très réussi, d’abord. Casting parfait, qui arrive même à faire jouer Cassel et Depardieu correctement, c’est dire ! (Cassel, qui n’est jamais mieux que dans ces rôles de petites frappes à la ramasse (La Haine, Sur Mes Lèvres)).

Reconstitution impec’, également, et pas seulement dans la déco : l’esprit des années 60 est là.

Enfin, on ne s’ennuie pas, (action, love(s) story(ies), etc.) mais rappelons que ce film n’a pas de fin : il se termine dans une sorte de coïtus interruptus feuilletonnant, au cœur d’une forêt canadienne. « Retrouvez la suite des aventures de Jacques Mesrine dans… »

Comme nous sommes Fordiens, à CineFast, nous attendrons donc la fin, dans L’Ennemi Public numéro 1, dès demain…




dimanche 28 décembre 2008


I Feel Good
posté par Professor Ludovico

Le meilleur film de cette fin d’année est un documentaire, et il s’appelle I Feel Good. On peut y préférer le titre original, Young at Heart, tiré du nom de la chorale dont il est l’objet.

Jeune de coeur, quoi de plus plus approprié en effet, pour cette chorale de retraités (moyenne d’âge : 80 ans !) Étrange chorale en vérité, dont le répertoire n’est pas composé du répertoire de My Fair Lady ou de Dean Martin, mais plutôt d’hymnes punk (Ramones, Clash, Sonic Youth), et autres James Brown, Bowie et Coldplay !

La premiere réussite de Young at Heart – la chorale – et Young at Heart – le film -, c’est ce contraste entre jeunes chansons et vieilles gens. C’est évidemment l’astuce marketing qui fait affluer le public en masse aux concerts de Young at Heart (tournées aux USA et en Europe, quand même !) Mais une fois esquissé le premier sourire narquois, on comprend le génie de l’entreprise : ces chansons, ils ne veulent pas les chanter, les vieux ! Ils doivent se forcer, faire un effort, s’accrocher. Et puis, par un effet de perspective saisissant, ces chansons deviennent l’évidence même, le contrepoint absolu de ce que vivent ces vieillards, détruits par l’âge, la tristesse, la maladie. Et l’émotion surgit, les larmes coulent dans la salle quand, au coin d’une chanson connue, les paroles prennent subitement un autre sens: « Should I stay or should I go? » « I wanna be sedated » « We’re on the road to nowhere »…

Mais la vraie réussite de ce projet, c’est surtout dans le regard qu’il pose sur ces octogénaires, un regard sans pitié mal placée, un regard sans fard, et sans condescendance. On regarde des êtres humains.

Courrez voir Young at Heart, et, comme le dit une spectatrice, ne vous plaignez plus jamais d’être trop vieux, ou trop fatigué… pour aller au cinéma.




samedi 20 décembre 2008


La Bande à Baader
posté par Professor Ludovico

Un petit malin que ce Bernd Eichinger. Non content de réussir dans le business (de Moi, Christiane F. à Resident Evil et Les 4 Fantastiques), il a décidé de s’attaquer aux grands mythes allemands, et prétend apporter enfin un éclairage nouveau, dépassionné, sur ces sujets tabous. Après l’ambitieux La Chute (les nazis sont au départ des gens comme les autres), qui ratait sa cible par excès de naïveté et d’amoralité, même constat d’échec pour La Bande à Baader.

Échec paisible pourrait-on dire, car les deux possèdent les mêmes qualités et les mêmes défauts. Ils sont plaisants à voir, mais on ressort avec un sentiment de vide philosophique à la fin. Ici, c’est toujours le problème du biopic : où est le point de vue ? On commence par Ulrike Meinhof, l’intello du groupe, qui peine à s’intégrer. Il y avait quelque chose à faire, là. Ou ailleurs, avec les jeunes qui reprennent le flambeau après l’arrestation des leaders, et qui semblent combattre pour des raisons très floues.

Mais non, le film s’enlise dans les reconstitutions des « Grandes Heures de la RAF » : l’attentat contre Bild, l’enlèvement de Hans-Martin Schleyer, la prise d’otages à Stockholm. Même si c’est très bien joué, même si c’est pédagogique et intéressant, même s’il faut le voir pour son éducation personnelle, c’est au final un peu vide.

N.B. Option renforcée peut-être par les conditions de projections : dans un MK2 Parnasse au trois-quart vide, il a fallu supporter un détestable trio de quinquagénaires : assis devant nous, ils nous ont suggéré de nous pousser s’ils dérangeaient (sic), et ont parlé pendant tout le film. Ils n’ont pas de télé ? (Mon irrésolution à leur dire en face faisant évidemment partie de la frustration)




samedi 22 novembre 2008


Star Trek 11 – Deuxième bande annonce
posté par Professor Ludovico

Je sais qu’on nous prend pour des geeks, de grands enfants à qui on n’offrirait même pas un sabre laser, craignant que l’on ne se blesse. Mais pourtant, ce message vous est destiné : vous n’avez jamais vu Star Trek, ou même, vous détestez ça : allez donc voir la bande-annonce du prochain opus qui traîne sur le web, ici, par exemple.

Et découvrez ce que le petit génie de la télé américaine, Mr Alias, Dr Lost, a effectué comme lifting à la franchise. Évidemment, ce n’est qu’une bande-annonce, c’est peut-être mensonger, mais on a hâte de vérifier ça soi-même, non ?




vendredi 14 novembre 2008


The Visitor
posté par Professor Ludovico

Joli film, un peu dépressif, et donc déprimant.

Sur un thème d’actualité – les sans-papiers -, Thomas McCarthy réussit un film honnête et droit. Pourtant, il manque quelque chose. Le personnage principal (Richard Jenkins, le père dans Six Feet Under), est un prof neurasthénique qui accueille, un peu involontairement au début, des sans-papiers chez lui. Mais le personnage est tellement triste, replié à l’intérieur de lui-même, qu’on a du mal à s’identifier à lui. On comprend que le réalisateur veuille jouer de ce contraste (ce renfermement puritain, si profondément WASP, opposé à la volubilité, et aux excès méditerranéens du jeune percussionniste syrien qu’il abrite chez lui. Mais, en contrepartie, le film met une bonne heure à décoller, au moment où, enfin, le jeune homme se fait arrêter. Là, un enjeu est enfin posé, et un deuxième film commence, plus musclé, moins consensuel.

C’est ce film-là qu’il faut aller voir.




lundi 3 novembre 2008


Il Était Une Fois
posté par Professor Ludovico

Sur le conseil de Madame Framekeeper (eh oui, il existe une madame Framekeeper), j’ai regardé aujourd’hui Il Était Une Fois, malgré ma détestation bien connue de l’oeuvre de Walt Disney (et de tous les Pixar de la terre, bien sûr). Mais là, c’est forcément bien, c’est Disney qui se moque de Disney. Pas l’escroquerie vulgaire de Shrek, non, mais une véritable mise en abîme du conte de fées as we know it. Bon, je vous rassure, ca ne va pas très loin et c’est gentillet, mais ça le fait quand même.

Le pitch : une princesse de dessin animé va se marier au Prince Charmant, quand la méchante belle-mère décide de l’envoyer ad patres, euh… plutôt en chair et en os, à New York City. Comment survivre dans la Babylone négativiste, l’enfer de l’Amérique (selon les critères Americana) ? Eh bien, elle s’en tire pas mal la princesse, en trouvant une autre sorte de prince charmant, un Patrick Dempsey avocat à la ramasse. Tout l’intérêt de Il Était Une Fois est là : dans la moquerie des clichés du conte de fées, mais aussi dans un certain désenchantement du monde, synthétisé dans une réplique : « Mais qu’est-ce que vous avez tous ici ? Vous dites tout le temps « Non ! » ».

Eh oui, si on disait un peu « Oui » ? La boucle est bouclée, la morale est sauve… Assez logiquement, Il Était Une Fois jouera de cette inversion des valeurs jusqu’au bout, où une princesse charmante devra, au fil de l’épée, sauver le prince en danger. A conseiller, et pas seulement aux enfants…




lundi 3 novembre 2008


W.
posté par Professor Ludovico

Y’a pas à dire, quand il s’agit de faire un biopic -genre casse-gueule par excellence -, Monsieur Stone, c’est le plus fort. Nixon, Larry Flint, et maintenant deubleiou, Oliver « Platoon » Stone ne recule pas, il saute sur l’objectif.

Pourtant ça marche pas, le biopic, on l’a maintes fois expliqué ici : Piaf, Cash, même combat. Pourquoi ça marche chez Stone, alors ? D’abord, parce que Stone est avant tout un scénariste : même quand il n’écrit pas de scénario, comme ici, il reste avant tout un grand raconteur d’histoires*.

Il a aussi un propos, une thèse à défendre : Nixon, le pauvre type envoyé au carton par les puissances occultes de l’argent, George Bush le vilain petit canard, la mal aimé d’une famille à qui tout réussit. On peut trouver cette thèse pitoyable, contestable, mais ça donne au spectateur quelque chose à suivre, un fil rouge, et même deux, puisqu’on suit en parallèle la prise de décision de la guerre en Irak.

Bref ce n’est pas un chef d’oeuvre, mais c’est plaisant à voir.

* Le monsieur a seulement écrit Midnight Express, Conan, L’année du Dragon, Scarface, avant d’écrire ses propres films…




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