Rien de changé sous le soleil de Tarantino : à nouveau, un
film moralement répugnant, et une quantité inimaginable de talent gâché à tous
les étages.
Rien de changé non plus à la critique française : Quentin Tarantino, comme Woody Allen ou Clint Eastwood, a la Carte : il beau défendre dans ses films des positions que Trump ne désavouerait pas (par exemple, quiconque entre chez moi par effraction mérite la mort), il passe entre les mailles du filet de la critique bien-pensante. Des mailles pourtant assez fines pour faire la moue devant patriotisme Spielbergien du Soldat Ryan, l’enthousiasme fifties de Zemeckis (voir ici) ou le fascisme supposé de Jerry Bruckheimer.
Non seulement Tarantino se repait de la violence sans la moindre distance, mais il a, depuis quelques films, une fâcheuse tendance à réécrire histoire : sauver l’Europe du nazisme (Inglorious Basterds), venger les noirs de l’esclavage (Django), ou ici, réécrire le meurtre abominable de Sharon Tate. Bizarrement, c’est plus choquant cette fois-ci. Peut-être parce qu’ils sont encore vivants, peut-être parce qu’ils sont directement incarnés ; on n’aimerait pas être à la place de Polanski et de la famille.
Pour autant Once Upon a Time in Hollywood ressemble à tous les autres Tarantino ; depuis Réservoir Dogs, on sait que c’est un cinéphile ; Tarantino aime authentiquement le cinéma, c’est indiscutable. Mais son cinéma s’arrête à cette cinéphilie.
Tarantino ne fait que découper des morceaux de ses films préférés, et, comme un scrap-book, les coller ensemble pour en faire d’autres sur ce modèle. Ce cinéma de copier-coller est fait avec beaucoup de talent, mais que de talent(s) gâché(s) ! Le génie de Di Caprio, la coolitude absolu de Brad Pitt, mais aussi des chefs déco, des éclairagistes, des cameramen et bien sûr, de Tarantino lui-même. Il sait raconter une histoire, il sait monter une scène (la ferme). On comprend qu’il attire les acteurs, car il ne leur donne que du caviar à jouer, comme la scène où Di Caprio joue un acteur qui joue un cowboy qui rate sa scène puis la recommence, le tout en plan séquence.
Tout cela est magnifique et passionnant mais malheureusement cela tourne à vide : Tarantino n’a rien à dire. En visite sur les lieux du crime, le Professore a vu le film au Cinerama Dome, 6360 Sunset Boulevard… Mais le soir, repassait sur une obscure chaîne du câble, entrelardé de pubs, le Boogie Nights de Paul Thomas Anderson.
Toute la différence entre un auteur et un faiseur.
posté par Professor Ludovico
Les stats, c’est rigolo. Le Professore Ludovico est allé
voir les films auxquels il a mis la note maximale, dans son tableur de
maniaco-dépressif où il consigne les films, livres, concerts qui font sa vie.
9 films ont 20/20 et, le moins qu’on puisse dire, c’est
que c’est éclectique :
- Apocalypse Now
- 2001: a Space Odyssey
- Alien
- Citizen Kane
- Monty Python and the Holy Grail
- Y’a-t-il un pilote dans l’Avion!
- Le Chagrin et la Pitié
- The Rocky Horror Picture Show
- Shoah
Il y a d’abord des évidences (le chef d’œuvre de Monsieur Coppola – final cut ou pas final cut – élu au panthéon du Professore « Plus Grand Film de Tous les Temps » ; 2001, Citizen Kane, chefs d’œuvres pour le coup plus unanimement reconnus, ou encore Alien, chef d’œuvre de la génération « nouvelle cinéphilie eighties », i.e. Starfix ou Rockyrama …)
Suivent deux films idiosyncratiques : Le Rocky, Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion. Même après 22 (et 9) revoyures, ils restent intacts, gravés dans le panthéon du cœur. Idem pour Shoah : revu par bouts, il n’a jamais déçu. C’est le genre d’examen que devrait repasser le Chagrin et la Pitié, ou même Citizen Kane dont on n’a pas vraiment réévalué l’usure du temps.
Au contraire de Sacré Graal, revu récemment, dont la note va être revue à la baisse. Le comique des Monty Python, qu’on croyait imputrescible, a fini par vieillir…
mardi 27 août 2019
Au Poste !
posté par Professor Ludovico
Il y a toujours quelque chose d’intéressant chez Quentin Dupieux. Si on cherche vainement l’intérêt d’ Au Poste ! pendant 45 minutes (le film dure 1h20 !), tout d’un coup, le charme arrive. Un sens inné de l’absurde, du pas de côté, qui fait la marque de ce cinéaste.
Le début fera rire une autre génération, celle du Palmashow dont vient Grégoire Ludig, le héros, mais ce n’est pas la came du Professore Ludovico. Et on est loin de Rubber (bizarrement pas chroniqué dans CineFast)…
Mais la fin y ressemble, dans la capacité qu’a Dupieux de passer poétiquement, et comiquement, du coq à l’âne.
dimanche 25 août 2019
Un Peuple et son Roi
posté par Professor Ludovico
Avec Un Peuple et son Roi, on assiste à un spectacle assez étonnant : un réalisateur doué, Pierre Schoeler, aux convictions républicaines assumées, admiré ici pour L’Exercice de l’État, et qui dirige ici la moitié de l’élite actuelle du cinéma français (Gaspard Ulliel, Louis Garrel, Adèle Haenel, Laurent Lafitte, Denis Lavant, Izïa Higelin, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky…) sur un thème porteur : la révolution de 1789, la république, le peuple.
Et au final, un OVNI. Moitié film scolaire pour collégiens, moitié film expérimental d’une incroyable vanité, le tout ne ressemble à rien, et ce n’est pas un compliment. C’est comme si le on n’avait pas su par quel bout prendre cette affaire, et tout est raté : les éclairages, les dialogues, les comédiens : rien ne marche. On aimerait avoir les tenants et les aboutissants de cette histoire pour comprendre cette incroyable ratage.
mardi 30 juillet 2019
One Heat Minute
posté par Professor Ludovico
Encore un podcast, mais celui-là est incroyable. One Heat Minute a en effet pour ambition de disséquer le chef d’œuvre de Michael Mann… minute par minute ! C’est-à-dire consacrer 171 épisodes d’une heure à la tragédie angeleno-grecque de McCauley (De Niro) et de sa nemesis LAPD, Vincent Hanna (Pacino).
On l’avoue, on n’écoutera pas tout. Mais pour autant, n’est-ce pas l’image même de la cinéphilie ? N’avez-vous pas déjà passé 121 heures de parler de Star Wars ? Le Professore Ludovico n’a-t-il pas dépensé bien plus de 149 heures de son précieux temps à défendre 2001 ?
Si vous aimez Heat, allez au moins y jeter un coup d’oreille.
vendredi 26 juillet 2019
Rutger Hauer, time to die
posté par Professor Ludovico
« I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.
Time to die. »
On peut être l’homme d’un seul film, et même d’une seule réplique. La cinéphilie n’est faite que de cela, de ces petits bouts de film qu’on se transmet comme les mots de passe d’une secte secrète, d’ « Atmosphère, atmosphère ??! Est ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?? » à « Je suis ton père ! »
Le monologue final de Blade Runner, improvisé par Rutger Hauer pour son rôle de Roy Batty, l’androïde humain, finalement très humain, a ainsi marqué des générations de cinéphiles.
Comment transformer un robot-tueur nazi blond en humain mourant sous la pluie, colombe à la main ? Il fallait le génie de Ridley Scott pour réussir cela, mais aussi celui de Rutger Hauer, immense acteur, qu’on a rêvé, pendant trente ans, de le voir tenir un rôle enfin à sa mesure. Malgré Ladyhawke, Batmans Begins, Hitcher, La Chair et le Sang et tant d’autres, Rutger Hauer n’a jamais eu la reconnaissance qu’il mérite, en tout cas au-delà du cercle de la cinéphilie.
Par sa faute, probablement. Hauer s’est beaucoup dispersé (172 films !) et par son physique (le moins qu’on puisse dire, pas vraiment passe-partout) qui occultait son immense talent.
Rutger Hauer est mort la même année que son personnage, en 2019, mais chez lui, aux Pays-Bas, à Beetsterzwaag.
L’androïde rêve désormais de moutons électriques.
dimanche 30 juin 2019
Les Goonies
posté par Professor Ludovico
Les Goonies, c’est l’apogée d’un certain cinéma américain, le Richard Donner de L’Arme Fatale et le Steven Spielberg d’Indiana Jones et le Temple Maudit, en un mot : 1985.
Autour d’une intrigue qui rappelle Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang et ses tavernes de pirates, une bande de gamins archétypale (le petit gros gourmand et gaffeur, le chinois geek, la grande gueule, le frère aîné sportif, et le héros au grand cœur*), va partir à la recherche d’un trésor de pirate sur les côtes venteuses de l’Oregon.
Le film est un immense toboggan qui ne s’arrêtera jamais, enchainant comme des rafales de mitraillette les répliques cultes (« Goonies never say die! »), des gags screwball comedy, des passages secrets en veux-tu en voilà, et des planches qu’on se prend dans la figure…
Cette frénésie très talentueuse, du point de vue cinématographique, finit par lasser, comme celle du Temple Maudit, sorti un an plus tôt.
On en vient à regretter le début, où perçait une douce mélancolie spielbergienne sur le temps qui passe… Car il s’agit, une fois de plus (mais il faut le souligner à chaque fois), de riches contre pauvres, de méchants magnats de l’immobilier expropriant la middle class pour créer un golf, et séparant pour toujours les goonies. Cette introduction justificative est vite jetée à la poubelle par Richard Donner et elle sera (mal) réutilisée à la fin, pour conclure en happy end, sur un ultime rebondissement. Mais il y a un peu avant un très beau monologue du héros** (Sean Astin, qui prépare sa performance, quinze ans plus tard, dans le Seigneur des Anneaux…) au milieu…
Trop tard, trop vite.
* Autant dire la matrice de Super8 et de Stranger Things …
** « Don’t you realize? The next time you see sky, it’ll be over another town. The next time you take a test, it’ll be in some other school. Our parents, they want the best of stuff for us. But right now, they got to do what’s right for them. Because it’s their time. Their time! Up there! Down here, it’s our time. It’s our time down here. That’s all over the second we ride up Troy’s bucket. »
vendredi 21 juin 2019
Spring Breakers
posté par Professor Ludovico
Depuis ses débuts, Harmony Korine ne filme qu’une chose : la décadence de l’empire américain. D’abord chez les pauvres white trash de l’Ohio (Gummo), ici chez les riches born again christians s’encanaillant au Spring Break. Pour qui connaît l’Amérique, son puritanisme foncier, cette randonnée annuelle vers le Mexique ou la Floride n’est qu’un gigantesque oxymore. Un volcan qui crache sa lave lubrique tous les ans, pour éviter d’exploser.
Ici, quatre jeunes filles, riches, chrétiennes, mais paumées, veulent absolument en être *. Sans argent, elles braquent un restaurant pour financer leur road trip. De charybde en scylla, elles vont tomber dans les griffes d’un dealer de pacotille, Alien, une grande gueule interprétée magnifiquement par James Franco. Rattrapées par un peu de réalisme, deux filles s’échappent et rentrent à la maison. Les deux autres iront jusqu’au bout de cette dérive.
Comme le disait à l’époque Jean-Marc Lalanne, du Masque et la Plume Harmony Korine, sait filmer ces orgies « de façon élégiaque tout en les critiquant très sévèrement ». Seul point faible du film, la longueur et les répétitions. Korine ne sait pas faire court ; hypnotisé par la musique de Cliff Martinez, il n’arrive pas à s’en extraire. Mais pour le reste, on est tout autant fascinés par cette description politique de la décadence américaine, qui est aussi celle de l’occident. Ce qui peut sembler naturel (faire la fête, sombrer dans l’excès) devient ici obscène. C’est la force du pinceau extrêmement réaliste d’Harmony Korine, qui n’oublie pourtant pas de faire l’artiste…
* Castées évidemment dans la fine fleur Disney et Girly : Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine
samedi 8 juin 2019
Love, Death and Robots
posté par Professor Ludovico
L’amour à mort avec les robots. Cette petite série
d’animation est à la fois anecdotique et intéressante. Anecdotique car il s’agit
de (très) courts-métrages plus ou moins réussis. Intéressant parce qu’il y a
des perles narrative ou graphique à découvrir…
jeudi 6 juin 2019
N’allez pas voir Shining !
posté par Professor Ludovico
Oui vous avez bien lu, le Professore Ludovico, Commandeur des Croyants, vous déconseille d’aller voir un Kubrick. Mais c’est simple, la version présentée à Cannes, la version longue, 4K, remasterisée, n’est pas la bonne ! C’est la version US, coupée par Kubrick lui-même pour l’Europe, car jugée trop longue.
Une version, qui, de plus, affaiblit le chef d’œuvre – coup de poing qu’est Shining.
Une scène chez le psy, qui amollit l’explication œdipienne en la signalant trop tôt, et des squelettes poussiéreux à la fin, qui ne dépareraient pas dans le train fantôme de la Foire du Trône. Enfin, vous l’avez peut-être déjà vue… sur TCM.
On comprend qu’il faille faire vivre la famille Kubrick,
mais le bon Stanley n’aurait jamais voulu de ce pseudo final cut…