mardi 28 février 2006


Pile et face
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

J’ai vu, à deux semaines d’intervalles, deux films aux exacts opposés de la production cinématographique actuelle : Fauteuils d’Orchestre et Walk The Line. Pas de suspense inutile : deux échecs !

Mais deux échecs intéressants comme dirait Luc Besson, qui prétendaient à l’époque du Grand Bleu ne voir que des mauvais films, pour « apprendre ». La méthode ne me semble pas mauvaise et je vous incite donc à aller voir ces deux films, pour les raisons opposées ci-dessous.

Il y a de chaque côté les travers habituels de ces cinémas nationaux : le film français a un scénario mais c’est filmé en amateur. Le film américain est parfait techniquement, mais n’a pas de scénario.

Regardons cela en détail : dans Fauteuils d’orchestre, une jeune femme provinciale (Cécile de France, toujours aussi bien) va découvrir le petit milieu de l’avenue Montaigne. Coup de chapeau à Danielle Thompson : ce traitement d’un quartier au travers d’une galerie de personnages (le riche collectionneur, le pianiste dépressif, l’ouvreuse) comme celui-là aurait vite pu tourner à la farce UMP, ou à la caricature épaisse. Il n’en est rien. C’est un film choral, comme on dit, mais n’est pas Robert Altman qui veut. Si le propos est relativement subtil, la mise en scène ne l’est pas. C’est pas compliqué : y’en a pas ! Les acteurs ne sont pas dirigés (à cet égard, la contre performance de Dupontel est à mettre au débit de Mme Thompson ; il aurait pu faire des merveilles, si on l’avait dirigé). Mais ce n’est pas tout : ce n’est pas cadré, ce n’est pas monté, pour reprendre le mot de Tomer Sisley, c’est le cinéma français : « Coupez ! Coupez ! c’est de la merde , on la garde ! » Les acteurs font leur numéros : quand c’est bien casté (Brasseur, Rollin, de France), ça passe. Ils font leur show et ça correspond au personnage. Mais quand c’est le fils Thompson en jeune prof amoureux, ouille ouille ouille…

A l’exact opposé se trouve Walk the Line : filmé à la perfection par James Mangold (qu’on a connu plus inspiré sur Copland), l’objectif est d’enterrer avec les honneurs le Johnny Halliday ricain, à savoir Johnny Cash. Pour ceux, qui comme le professeur, goûtent les paroles salées de ce chanteur country, il y avait de quoi faire : cocaïnomane, dépressif, taulard, l’idéal. C’était sans compter le marketing et la légende qui entoure Cash depuis sa mort l’an dernier. Dès le générique, l’affaire est pliée : produit par son fils, basé sur son autobiographie, ça va pas casser des pattes à un canard déprimé par la grippe aviaire… On enfile donc les perles pendant deux heures, le tout n’étant que prétexte à lancer les chansons du maître : une scène résume le propos. Les acteurs sont très beaux, jouent très bien, l’Amérique des années 50-60 est rendu à la perfection, mais, malédiction du biopic, il n’y a rien pour nous faire frémir : on sait ce qui va se passer…

A quand Danièle Thompson sur la bio de Johnny ?


5 commentaires à “Pile et face”

  1. FrameKeeper écrit :

    Nel’écoutez pas, c’est rien que de la jalousie, c’est parce que le fils Thompson est très beau… bon il est surtout beau mais personnellement je n’ai pas été épaté par Cécile de F. en bécassine.. Bref dans l’ensemble on passe un bon moment avec un produit daté, qui recycle correctement des bonnes idées exploitées par les séries US depuis 7 à 10 ans, certes avec la French touch de l’avenue Montaigne mais franchement, CLASH c’était autre chose.. Allez encore un petit effort et nos films ne seront plus très loin des bonnes séries TV US.. pour le reste, on ne joue plus dans la même catégorie.. quoique SHEITAN ça décoiffe…allez-y ça vous changera

  2. CineFast » Paris écrit :

    […] Moralité, n’est pas Shorts Cuts qui veut ! On a déjà vu mieux (Code Inconnu, de Haneke, Chacun Cherche son Chat, de Klaspisch, ou même, plus à droite mais mieux tenu : Fauteuils d’Orchestre. […]

  3. CineFast » Le Code A Changé écrit :

    […] jetée dans le bain de la réalisation (La Bûche, 1999), elle n’a signé que quatre films (Fauteuils d’Orchestre, Décalage Horaire Le Code A […]

  4. CineFast » La Première Étoile / Panique Hollywood écrit :

    […] Les mêmes causes produisant les mêmes effets, voil coup sur coup deux films qui illustrent les paradoxes franco-américains. D’un côté Panique Hollywood, le travail de qualité made in Sunset Boulevard : casting d’enfer, comédiens magnifiques, musique splendide, et montage aux petits oignons, pour un résultat finalement décevant. En face, La Première Étoile, le prototype du film franchouillard, écrit, mais pas suffisamment réécrit, mal joué, mal casté, mal filmé, mais dont on ressort le sourire aux lèvres, ne serait-ce parce qu’il a lui, quelque chose offrir. […]

  5. CineFast » Hello, I’m Johnny Cash… écrit :

    […] ratez pas ce soir le documentaire sur la légende noire de la Country. Oubliez le dispensable Walk The Line. Oubliez Johnny Halliday, ses Harley et ses vestes à franges… Oubliez tout ce que vous croyez […]

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