[ Les films ]



dimanche 26 décembre 2021


Retour à Dillon
posté par Professor Ludovico

À l’heure où Canal+ a la bonne idée de combler cet immense vide culturel qu’était l’absence de Friday Night Lights sur les écrans français, et qu’on attribuera évidemment l’anti-américanisme et au mépris le plus crasse pour le Pays de la Démocratie, de la Libre Entreprise et de la Lutte contre le Communisme, il était temps de retourner à Dillon, Texas.

Pour voir la bête, au-delà de ce qui a déjà été dit, c’est-à-dire l’incroyable ambition de Peter Berg de traiter, dans le cadre étroit d’une petite série sur le football, rien de moins que Tout et Son Contraire : l’Amérique, terre de contrastes.

Ce point de vue holistique – traité comme une symphonie de caractères -, et un sens inné du mélodrame ont fait de FNL LE Drama définitif des années 2000. Et si à la relecture les péripéties sportives des Dillon Panthers, l’équipe high school football deviennent secondaires (on connait la fin du match), revoir Friday Night Lights, c’est aussi l’occasion de lui trouver d’autres qualités, d’autres thématiques.

Revue d’effectifs…

Un film féministe au pays des cagoles

Dans l’environnement de FNL, la femme moderne n’est pas vraiment représentée : pom-pom girl, fêtarde imbécile, ou mère courage, les role-models sont limités. Mais comme le reste de FNL, cette description hâtive est une illusion. Nourrie de clichés qu’elle va très vite entreprendre de démolir consciensieusement, FNL affirme en fait que les rôles féminins sont les personnages les plus forts de la série.

Lila Garrity, la très jolie Cheerleader nunuche, fille du garagiste local et président des Panthers, amoureuse guimauve du Quarterback Jason Street en est l’exemple principal. Ce cliché sur pattes va rapidement se métamorphoser en papillon Drama.  Effondrée par l’accident de ce qu’elle envisageait comme son futur mari, Lila fait l’erreur de tomber dans les bras de son meilleur ami. Elle devient alors moins que rien, harcelée sur Internet (là où se déroule La Lettre Ecarlate de nos jours). Mais plutôt que se repentir, Lila Garrity se révolte (« I made ONE mistake !! ») contre ses amants, contre sa la famille, contre l’hypocrisie de la communauté toute entière…

Tyra Collette semble être son opposée : dropout absolue, entouré d’une mère battue et d’une sœur stripteaseuse, la white trash refuse de jouer le jeu de la vénération obligée pour l’équipe de foot, comme la moitié de la ville qui tourne autour. Mais dès la première saison, Peter Berg met en place un schéma binaire qui permettra à Tyra de montrer beaucoup mieux dans la suite de la série. Dans une scène culte de la saison un, Peter Berg file la métaphore mécanique. Tyra et sa mère tombent en panne : pneu crevé. Que faire dans la steppe texane, sans homme en vue ? Sa mère s’est toujours reposé sur les hommes justement, c’est ce qu’elle vient de raconter. Tyra explose alors « If we don’t change this tyre by ourselves right here, right now, we’re both doomed!* »

Quant à Tami Taylor, la femme du Coach, elle est d’abord présentée comme l’exemple à suivre, la femme parfaite : belle, intelligente, courageuse, bonne mère et bonne épouse. Mais vers la fin de la saison un, elle montrera ses fêlures. Si elle a consenti à de nombreux sacrifices personnels et professionnels, elle n’entend pas se contenter de vivre aux côtés de son gentil et parfois borné entraîneur de mari…  

Macho men ?

Car si, là aussi, si Friday Night Lights semble faire l’éloge de la virilité NFL poussé à son paroxysme**, la série se révèle en fait extrêmement critique de cette macho attitude. On y trouvera le premier personnage gay dans cet univers (ce qui déclenchera un scandale ridicule ; la NFL osant affirmer qu’il n’y aucun gay dans les millions de licenciés du foot américain(!)) Mais surtout, une critique de la violence endémique de ce sport, sur et au-delà du terrain, le hooliganisme, les privilèges sans fin laissés aux joueurs (notamment en matière de filles), le dopage de ces soi-disant surhommes, et les dégâts que tout cela engendre. Mais peut-être que Dillon est le pays…

… des pères déficients

Coach Taylor serait-il le père parfait que nous venons de voir ? Le mari aimant de Tami, le père attentionné de Julie ? On le verra assez vite, Eric Taylor aussi un homme borné, obsédé par le football, engoncé dans des principes qui laissent peu de place à la compassion et à l’analyse***. Mais c’est aussi le père de substitution de tous ces fils de Dillon, sans véritable père. Car il semble qu’il n’y ait que ça dans ce coin perdu du Texas : le père de Tim Riggins tente de profiter de lui, celui de Smash Williams est mort dans le ghetto, et celui de Jason Street entend profiter de l’accident de son fils. Quant au père de Matt Saracen, seul héros potentiel (il est en Irak, Support our Troops!), c’est probablement le pire d’entre eux. Faux héros au cœur de pierre, il est prêt à envoyer sa mère à l’hospice, n’encourage pas son fils qui gère seul la baraque depuis des mois, et se permet même de lui faire la leçon….

On le voit, dès la première saison, FNL est loin de l’Amérique triomphante que semble annoncer son packaging…

* « Si on ne change pas ce pneu nous-mêmes, ici et maintenant, alors c’en est fini de nous ! Nous serons maudites pour toujours… »

**Aux Etats-Unis, l’expression « Welcome to NFL » peut se traduire par « Bienvenue chez les hommes ! »

***C’est devenu proverbial là-bas : « Don’t coachtaylor me ! »




samedi 25 décembre 2021


Les Amants Sacrifiés
posté par Professor Ludovico

Mystère du cinéma, mystère de la critique.  

Comment un cinéaste réputé (Kiyoshi Kurosawa), et un coscénariste, dont nous avions adoré Drive My Car (Ry?suke Hamaguchi), ont-ils pu pondre une telle bouse ?

Le Masque et la Plume – pour une fois unie – dit le plus grand bien des ces Amants Sacrifiés. Libé, souvent acerbe, n’a pas l’air d’avoir trop aimé, mais cache les énormes défauts du film par des allusions en demi-teinte.

Mystère, mystère…

Le pitch de ces Amants Sacrifiés ? Un couple de Japonais riches et cosmopolites, occidentalisés et modernes, voient le Japon sombrer dans le fascisme à l’aube de la seconde guerre mondiale. Témoin des exactions de l’armée nipponne en Mandchourie, le mari décide de prévenir la communauté internationale. Sa femme, qui lui est très fidèle, est tout simplement terrorisée à cette idée… Que va-t-elle faire ? C’est l’enjeu de ce film, avec des rebondissements assez malins, que ne renierait pas Alfred Hitchcock. Mais c’est justement tout le problème ! Le film semble tourné en 1940, avec Cary Grant et Joan Fontaine.  Mêmes dialogues, même jeu d’acteur empesé et théâtral. La reconstitution ultra proprette et pasteurisée du Japon, est essentiellement filmée en studio. Et les situations n’ont aucun sens. Un exemple parmi d’autres : un proche du couple est sauvagement torturé, mais dans la scène suivante, nos héros continuent tranquillement leurs préparatifs en rigolant.

Devant ce naufrage, la critique semble aveugle, invoquant la grande qualité technique*, l’espionnage comme métaphore de la crise du couple, Patrick Modiano et Alfred Hitchcock…

Mais c’est chercher bien loin. Le film est tout simplement ridicule.

*La belle affaire : du numérique 8K refloutée en post production pour faire vrai…




samedi 25 décembre 2021


On n’arrête pas l’Eco(nneries)
posté par Professor Ludovico

« Il va falloir sortir de cette économie de l’attention. Cette addiction, il faut nous dire comment on s’arrête. » C’était sur France Inter ce matin, dans On n’arrête pas l’Eco, l’émission a priori sérieuse d’Alexandra Bensaid.

On avait pris la phrase en cours ; on se disait donc qu’on parlait encore des effets désastreux des réseaux sociaux sur la jeunesse*.

Point du tout. On parlait de séries télévisées. Valérie Martin, qui a écrit un livre sur le sujet**, venait nous expliquer combien les séries étaient formatées par le marketing : on cocha donc toutes les cases habituelles du Bingo Bullshit : Addiction, Neuro Marketing, Showrunners dictatoriaux et scénaristes esclaves***…

On s’apprêtait à pleurer devant le niveau pathétique du débat, imaginant les mêmes, en 1844, vilipender Alexandre Dumas et son Monte Cristo trop addictif.

C’est alors qu’un grand éclat de rire nous sauva. La spécialiste des séries nous offrait une solution pour éviter cette terrible addiction : arrêter la lecture au milieu de l’épisode (sic), pour éviter le terrible Gliffhanger. (Resic)

Après le MEUPORG, le Gliffhanger est le nouveau symbole du niveau journalistique. AEn anglais, et, en l’occurrence, de la Dramaturgie.

Voilà nous rassura immédiatement sur le sérieux de l’émission.

C’était en direct de l’Esprit de Noël, Live sur CineFast.

* Il est d’ailleurs toujours plaisant de voir ces boomers s’inquiéter de ce sujet, eux-mêmes rivés sur leur compte Twitter ou Instagram…

** Valérie Martin Le charme discret des séries

*** Valérie Martin expliqua ainsi que Orange is the New Black était une idée sortie d’un focus group. Elle oublia que c’était avant tout l’adaptation de l’autobiographie de Piper Kerman.




mardi 21 décembre 2021


Les Magnétiques
posté par Professor Ludovico

Le visage de François Mitterrand s’affiche sur l’écran, à la consternation de Jean-Pierre Elkabbach. Tout le monde saute de joie dans le petit bar, sauf celui qui avait voté Giscard, et qui s’apprête à pénétrer dans les Neuf Cercles de l’Enfer, à savoir les Trois Jours, le Styx qui vous envoie faire votre Service National ou vous en dispense.

Quiconque de la génération du Professore ne peut qu’être titillé par ce pitch de départ, qui signe le début des Magnétiques, le premier film de Vincent Maël Cardona.

Petit film plutôt passé inaperçu – mais signalé par le Prince d’Avalon – il nous a fallu courir jusqu’à Saint-Cloud, au-delà de l’Enceinte Philippe Auguste, pour voir le film aux Trois Frérots. Pas grave : la salle était extrêmement confortable, on y retournera.

Quant au film – puisque c’est ce qui vous intéresse – il est magnifique ; c’est tout ce que le cinéma devrait être. Une histoire simple, mais terriblement humaine : un jeune homme aime la femme de son frère, lui-même au bord de l’autodestruction. Histoire éternelle, qui dépend uniquement du talent de conteur. Mais celui-ci, débutant (trois courts-métrages à son actif), a déjà tout compris.  

Alors que nous sommes habitués aux rebondissements rapides, aux dénouements obligatoires, aux astuces mélodramatiques toutes faites, Cardona dévide très lentement son cocon. Prenant le temps d’installer son décor (la campagne paumée de l’Orne, le garage du père), son époque (Talbot et cabines téléphoniques), et ses personnages, Vincent Maël Cardona déroule son plan, beau comme une ligne droite. Une bande d’amis qui fait de la radio libre, avec la musique de Joy Division et de Marquis de Sade comme chambre d’écho de ce désespoir rural.

Here are the young men, the weight on their shoulders
Here are the young men, well where have they been?

Ces émotions ne sont pas artificielles ; elles remontent doucement à la surface, au fil du récit, portés par de jeunes comédiens formidables (Thimotée Robart, Joseph Olivennes, Marie Colomb Antoine Pelletier).

Mais la tragédie, intense, est en approche. Et elle ne vous lâchera plus…




lundi 20 décembre 2021


Un Héros
posté par Professor Ludovico

Bienvenue au pays des mensonges, le royaume d’Asghar Farhadi. Rahim est en prison, et, selon la loi iranienne, ne peut pas sortir tant qu’il n’aura pas payé sa dette*. Il doit cet argent son beau-frère. Celui-ci, en apparence assez buté, ne veut pas qu’on lui rembourse un simple acompte.

Rahim doit alors se débrouiller, accumulant petits mensonges sur petits mensonges, qui mènent, comme on le sait, à la catastrophe. L’enfer chez Farhadi est pavé de bonnes intentions, de La Séparation jusqu’A propos d’Elly.

Mais c’est sur un nouveau terrain de chasse que le cinéaste iranien sort ses griffes : la médiatisation des bonnes actions par les organes de pouvoir (ici l’administration d’une prison, ou une association d’aide à la réinsertion), et le rôle dévastateur des réseaux sociaux, qui soufflent le chaud et le froid. Chacun se trouve bientôt piégé par les mensonges de l’autre, dans une surenchère de volonté affichée de bien faire, et de calculs politiques plus souterrains. La prison veut cacher ses problèmes, l’association s’est engagée un peu vite…

Mais comme d’habitude chez Farhadi, la vérité est ailleurs… Car comme d’habitude, chacun a ses raisons. Et comme d’habitude, Asghar Farhadi est le roi de cette horlogerie suisse qui marche à plein régime jusqu’à son dénouement tragique, car la tragédie – on le sait d’Eschyle à Hitchcock – c’est bien que le Héros fasse le contraire de ce qui lui serait le plus profitable.

Ici, justement, le héros au sourire si doux (Amir Jadidi, remarquable) laisse une drôle d’impression. Victime, forcément victime, d’un système qui l’entraine dans les abysses, Rahim affiche en permanence ce visage sympathique dont on finit par se demander s’il n’est pas une façade. Une métaphore de l’Iran Farhadien, qui révèle à chaque film plus d’ambiguïtés.

* Une mécanique déjà à l’œuvre dans Les Enfants de Belle Ville




samedi 18 décembre 2021


Le Critère Caviar
posté par Professor Ludovico

S’il y a bien un proverbe qui ne s’applique pas à la cinéphilie, c’est bien « à défaut de grive, on mange des merles ». À défaut de grive, un cinéphile ne mange pas ! Comme dans toutes les passions, qu’il s’agisse de cinéma coréen, de football, d’œnologie ou de Heavy Metal, le connaisseur ne peut apprécier rien d’autre que la qualité.

De sorte que l’on pourrait – après la Loi d’Olivier, le Théorème de Rabillon, de la Théorie de l’Etiquette de Bouteille -, énoncer un nouveau théorème, à savoir le Critère Caviar, que l’on pourrait exprimer ainsi : plus on voit de films, plus nos critères de choix deviennent élitistes…

Il suffit pour cela d’observer n’importe quel loisir. Quand encore jeune Footix, Ludovico s’extasiait sur un PSG-St Etienne d’anthologie, Christophe le Shogun me fit judicieusement remarquer que ce 5-0 était dû à l’absence du goal stéphanois habituel. Moi, j’avais vu un très beau match, et lui un très mauvais. Je regardais le foot depuis cinq ans, lui depuis quarante.

Il m’arrive la même chose quand des amis abonnés à Canal+ (et seulement Canal+), me conseillent « d’excellentes séries » comme Le Bureau des Légendes ou Engrenages. Me voilà traité de snob insupportable, car je réponds par une moue dubitative. Comme disent les Anglais : « Been there, done that ». Déjà vu, déjà fait. Je n’ai pas vu ces séries ou alors un peu, mais le problème, c’est que j’ai déjà vu tellement mieux*. Et que je n’ai pas envie de perdre mon temps sur quelque chose qui n’est pas exceptionnel…

Vous ne croyez pas le Professore Ludovico ? Prenez le temps d’examiner votre propre passion, vos propres loisirs, et osez dire que c’est faux. Si vous êtes un gros lecteur, voulez-vous vraiment lire ce Katherine Pancol que je vous recommande chaudement ? Si vous connaissez par cœur les impressionnistes, irez-vous voir cette expo de peintres régionaux ? Si vous jouez depuis quinze ans de la guitare, voulez-vous jouer sur cette Paul Beuscher?  Si vous êtes gastronome, est-ce que ça vous dit d’aller à La Taverne de Maître Kanter ? Puisque vous aimez le théâtre, est-ce que ça vous dit de regarder cette pièce à la télé ? Si vous jouez souvent au Poker, est-ce que ça vous dit de miser seulement des allumettes ?

Non. Vous êtes passés du côté des amateurs de caviar. Vous ne mangerez plus jamais des œufs de lump.

*Concernant spécifiquement ces séries, La Petite Fille au Tambour ou Sur Ecoute.




vendredi 10 décembre 2021


Les Olympiades
posté par Professor Ludovico

Depuis Regarde les Hommes Tomber, on n’a jamais raté un film de Jacques Audiard. Parce qu’on n’a jamais cessé d’être émerveillé devant ce cinéma rigoureux, inventif dans la forme et respectueux du fond. Là où le cinéma s’égare le plus souvent dans les bons sentiments du Film de Festival, Jacques Audiard privilégie la documentation et la préparation ; en un mot, il travaille.

De sorte que ses films ont toujours cette rigueur et cette justesse. Son œuvre est l’une des rares capable de représenter la banlieue, les immigrés, les migrants, comme des personnages normaux, sans les étiquetter des clichés habituels : victimes de l’injustice ou trafiquants de drogue.

C’est le cas de ces Olympiades, qui suit quatre Français normaux. En l’occurrence un professeur noir, une serveuse asiatique, et deux autres « française de souche » agent immobilier et camgirl. A aucun moment, ces personnages ne seront définis par leurs origines. Ce qui est si rare dans le cinéma français ou américain.

Pourquoi alors cette petite déception à la sortie du film ? Peut-être que pour la première fois, Audiard semble un peu à côté de son sujet. Co-écrit avec Céline Sciamma et Léa Mysius, le scénario ne semble pas toujours juste* : un défaut inédit chez Audiard. Certains dialogues sont pontifiants, sur l’école, sur le handicap… Quant à la sexualité de cette génération de trentenaires qui semble être le sujet principal, (et donc l’intérêt du metteur en scène), on ne peut s’empêcher d’y voir le regard d’un sexagénaire  qui ne comprend pas bien les us et coutumes (Tinder/Youporn) de cette nouvelle génération.

Néanmoins le film reste graphiquement magnifique et tout à fait visible. Il est juste un peu en-deçà de nos attentes…

* Et le pompage d’une vanne de Seinfeld, au passage…




jeudi 9 décembre 2021


Us
posté par Professor Ludovico

Après Get out, Jordan Peele enchaîne un nouveau grand film, dans son style si particulier d’horreur sociale. Le cinéma d’horreur a toujours porté en lui une petite part de critique de la société, de la folie de la consommation chez les zombies de Romero, aux teenagers bourgeois 80’s punis dans d’innombrables slashers

Mais on pourrait dire aujourd’hui, comme le fait Michel Ciment, que la part est inversée*. En effet, ce sont les films de genre qui tiennent le haut de l’affiche, même dans les festivals : Titane (Cannes), Parasite (Oscars), etc.

Le cinéma de genre n’est plus contraint dans de petites productions cheap, mais au contraire réalisé avec qualité, et des budgets afférents**. Personne ne va s’en plaindre.

Dans Us, Jordan Peele tisse à nouveau sa toile autour de personnages noirs projetés dans l’horreur pure. Une famille aisée se trouve soudain confrontée à ses doubles, qui lui ressemble trait pour trait. Pourquoi sont-ils là ? Que veulent-ils ? Le film passe alors au slasher, avec beaucoup de talent et d’humour.

La seule faiblesse du film réside dans la scène d’explication sur l’origine des doppelgangers, pas très claire et, pour tout dire, un peu inutile. Pour paraphraser Hitchcock, on aurait aimé que rien ne soit dit.

Mais hormis cela, c’est la perfection.

* Ciment se plaignait plutôt de la primauté donnée désormais aux films de genre (Titane Palme d’Or), versus des films plus conventionnels.

** Us a couté 20M$, La Nuit des Morts Vivants avait couté 114 000$ en 1968.




mardi 7 décembre 2021


House of Gucci
posté par Professor Ludovico

D’où l’intérêt de ne pas spoiler : quand on ne connaît pas une histoire, elle est toujours intéressante. On déteste les biopics, ici, mais comme on ne connaît pas cette affaire Gucci, il suffit de ne pas s’intéresser au film pour arriver frais comme un gardon au MK2 Bibliothèque.

Et on se passionne pour cette histoire de mariage entre une pauvre petite secrétaire (Stefani Germanotta, aka Lady Gaga) et un riche héritier Gucci (Adam Driver). Car ces deux-là font vraiment la différence, deux énormes performances d’acteur. Lady Gaga est épatante en Patrizia Reggiani, épouse possessive et/ou amoureuse arriviste, et reste suffisamment subtile pour qu’on n’arrive pas à choisir entre ces deux options. Le talent d’Adam Driver n’est pas une surprise, mais on suit avec intérêt l’évolution de Maurizio Gucci. Héritier gauche, amoureux coinçouille, employé débutant chez Gucci coaché par son épouse, jusqu’à l’homme d’affaires carnassier et insensible. Ces deux-là volent le film, et c’est tant mieux.

Le reste malheureusement est très faible. Al Pacino n’a pas grand’ chose à jouer, Jared Leto en fait des tonnes dans une prestation totalement ridicule, Salma Hayek n’est pas bonne non plus. Seul Camille Cottin, à qui on donne peu de choses, mais qui en fait beaucoup, sauve la fin du film.

Mais encore une fois House of Gucci est intéressant, distrayant, et donne envie de lire le livre de Sara Gay Forden.

On a connu pire au cinéma.




jeudi 2 décembre 2021


Old Joy
posté par Professor Ludovico

Old Joy est peut-être le moins intéressant de la filmographie de Kelly Reichardt. Partant une nouvelle fois d’un argument minuscule, elle en extrait cette fois-ci très peu.

Deux copains décident de partir en balade dans les Cascade Mountains. La petite rando de trentenaires va virer à l’épiphanie coming of age. Mark (Daniel London) a un job, et va bientôt de venir papa. Kurt (Will Oldham) est plutôt bohème, et se laisse porter par le vent. Leur balade – et le film donc – sont le constat de leur routes désormais divergentes.

A l’instar des personnages qui perdent un moment leur itinéraire, il semble que Kelly Reichardt ne sache pas quoi faire de cette situation. La cinéaste laisse ses personnages en suspension, mais aussi le spectateur. Pas désagréable mais pas passionnant non plus.




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