[ Les films ]



lundi 24 avril 2023


Grand Paris
posté par Professor Ludovico

Ce sont les mystères de la cinéphilie. La bonne surprise du mois. Une recommandation à la fin du Masque et la Plume. Un film court (80mn), qui colle parfaitement à une manifestation empêchant momentanément de rentrer à la maison…  Nous voilà donc au MK2 Bibliothèque à regarder Grand Paris. Grand Paris, le film de Martin Jauvat. Et le Grand Paris, la région où se déroule le film.

Et où se développe un pitch minimaliste, qui va pourtant aller très loin… Deux jeunes désœuvrés de Pantin, Momo (Sébastien Chassagne) et Renard (Martin Jauvat lui-même), acceptent la proposition mirifique (20 €) d’aller chercher un sac de beuh à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Mais sur place, leur rendez-vous ne se présente pas. Il faut rentrer et justement, plus de train !

Commence alors une épopée homérique : la banlieue parisienne comme Méditerranée et le métro, le RER, le Noctambus, comme Calypso. Nos deux héros (les Ulis ?) vont trouver sur le chantier du Grand Paris un objet couvert d’étranges hiéroglyphes (preuve – selon Renard – de la présence des Egyptiens au cœur de la Beauce), d’un Initié (par ailleurs contrôleur RATP), d’un livreur de burgers et de quelques sirènes…  

Le film est à la fois l’occasion de découvrir cette banlieue sous un regard nouveau, empli de poésie. Et aussi deux personnages de comédie, filmés tendrement, qui vont révéler bien plus que leurs stéréotypes.

Quant à l’intrigue – anecdotique, à l’instar du film – ne va faire que se déployer pour aller très haut.

Tout en haut, au plus près des étoiles…




vendredi 7 avril 2023


In the Mood for Love
posté par Professor Ludovico

Une pièce. Puis une autre, une chambre, un bureau plein de robes, des costumes, des cravates : In the Mood for Love tient à cela : des bouts de décor, des robes qui changent à chaque scène. On pourrait croire, à lire ce début de critique, que le Ludovico va se lancer dans une de ses diatribes dont il a le secret, contre l’esthétisme qui tient lieu de cinéma.

In the Mood for Love fait la démonstration inverse. Mettre l’esthétisme au service de l’histoire ; si ces costumes changent, c’est qu’ils ont un sens dans l’intrigue*. Ces décors petits mais magnifiques qui soulignent la promiscuité géographique et sociale du Hong Kong des années 50, qui ressemble à une prison plus qu’à autre chose.

Faut-il encore pitcher le sujet ? Vous avez dejà vu ItMfL, contrairement à ce snob de Professore, non ? Un homme et une femme emménagent en même temps. Pas ensemble, ils sont en couple chacun de leur côté. Mais on ne verra jamais le mari de Madame ou la chérie de Monsieur. Est-ce pour cela qu’ils vont tomber amoureux ? C’est que ce que suggère la musique-fatum qui ponctue le film et ramène le spectateur à chaque fois sur le chemin de la destinée.

Il y aura aussi un panoramique vertical sur une fumée de cigarette, des faux ralentis**. Au service d’un film court, qui semble aller très vite alors qu’il va très lentement.  

Du cinéma à tous les étages, vous dis-je.

* Qui vont par exemple déterminer qui trompe qui.
** L’image ralentit, mais pas le son
.




vendredi 3 mars 2023


La Nuit du 12
posté par Professor Ludovico

On devrait toujours faire confiance à son instinct de CineFaster. Quand La Nuit du 12 est sorti, ça faisait pas envie. Et puis voilà, quelques mois plus tard, on est pris par la hype. Le film gagne tout aux Césars, il est élu Meilleur Film Français de l’Année par les auditeurs de France Inter. Comme le dit le Rupélien, « malgré ses récompenses officielles, c’est un très bon film ».  

Dominique Moll intervient d’ailleurs très justement au Masque et la Plume, et invoque les deux David : Fincher (Zodiac) et de Lynch (Twin Peaks). En réalité, il faut se méfier des gars qui parlent bien de cinéma, les conseilleurs ne sont pas toujours les payeurs. Et on est payés pour le savoir, ici, à CineFast.

Mais on se fait prendre comme un bleu, on a soudain envie de cette Nuit du 12. Ça tombe bien, ça passe sur Canal. Et ça commence, en effet, comme dans Twin Peaks : une jeune femme assassinée, les flics qui débarquent, qui doivent annoncer la nouvelle aux parents effondrés, tandis que la communauté apprend la nouvelle. Mais le début de La Nuit est plat, ennuyeux, irréaliste…

Qu’on soit clair, on a bien compris l’intention : Moll ne veut pas faire un thriller à la Fincher, ni un mélo à la Lynch. Le réalisateur d’Harry, un Ami qui vous veut du Bien est dans une veine naturaliste, qui vise la sobriété. Mais la sobriété n’est pas l’ennemi de la subtilité. Pourquoi ces dialogues à l’emporte-pièce ? Pourquoi ces personnages taillés à la serpe ?

Moll a un message à faire passer, très bien… Les femmes sont tuées par les hommes et ce sont majoritairement des hommes qui enquêtent sur ces hommes qui tuent des femmes. C’est un message intéressant, et légitime, sur les féminicides. Mais est-ce que ça ne peut pas être dit plus subtilement que par un personnage qui débarque et prononce exactement ces mots ?    

Tout est possible au cinéma, mais il faut travailler. Si ces personnages sont servis par d’excellents comédiens (Bastien Bouillon, Bouli Lanners…), ils sont seulement esquissés (le vieux flic en colère, parce que sa femme le trompe, le jeune flic solitaire, qui prend cette enquête particulièrement à cœur, etc. Tout cela existe probablement dans la réalité ; mais Dominique Moll n’arrive pas à incarner ces idées. Pour cela, il lui faudrait développer ces personnages, en faire autre chose que des figurines de plomb qu’on dépose dans ce décor. Leur donner des dialogues vivants, pas des slogans…

C’est tout le talent des vingt premières minutes de Twin Peaks où, en quelques gestes, une réplique, une paire de chaussures, la série installe son univers et ses personnages.

Il ne suffit pas d’invoquer Lynch et Fincher. Il faut un peu s’en inspirer.




samedi 25 février 2023


Babylon
posté par Professor Ludovico

On le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions. On ne fera aucun procès à Damien Chazelle. C’est un fou de cinéma, de musique, et son dernier film déborde de cet amour…

Mais pourtant, il manque un producteur à Babylon, quelqu’un capable de dire à Chazelle que cette scène est trop longue, que celle-ci est en trop, que ce jeu hystérique chez tous les comédiens, le pipi, le caca, les prouts, ça ne va pas être supportable trois heures !

Babylon fait partie de ces films américains sous coke, où tout est hystérie : acteurs, musique, décors, mouvements de caméra… Mais ce n’est pas ça, le cinéma. Ce n’est pas un rock’n’roll de 2’30. C’est un récit, en deux heures.

Cette histoire a existé, tout est vrai. C’était Hollywood Babylon, l’Hollywood de l’Age d’Or des années 20, raconté par Kenneth Anger. Les tournages qui finissent en orgies, les filles qu’on viole puis qui disparaissent, la folie mégalomane des tournages. Tout est vrai dans Babylon, mais rien n’est crédible ; les personnages sont en carton. Même Margot Robbie, même Brad Pitt…

Pas une seule seconde, Damien Chazelle n’atteint le niveau de réussite de La La Land, qui raconte pourtant la même histoire : un couple qui veut réussir dans l’Usine à Rêves.  

Il aurait fallu producteur à Babylon. Quelqu’un qui dise stop.




jeudi 9 février 2023


Titanic : Homecoming
posté par Professor Ludovico

Je ne sais pas si vous avez vu, mais les Croisières Cameron viennent de rétablir leur liaison Southampton-New York pour la modique somme de 15,90 €. Leur paquebot flambant neuf (4K, 3D, etc.), est à nouveau disponible dans les meilleures salles.

Pour ceux qui ont déjà fait la croisière, vous y retrouverez tous les ingrédients d’une croisière réussie : dîner aux chandelles avec le Capitaine, soirée dansante irlandaise, et baignade nocturne au large de Terre-Neuve.

Pour les rares qui n’ont pas encore essayé cette magnifique croisière, rappelons que les gilets de sauvetage ne sont pas fournis.




samedi 31 décembre 2022


Falcon Lake
posté par Professor Ludovico

À vrai dire, on a jamais vu ça.

Falcon Lake nous avait jusque-là énormément séduit, en nous serrant lentement et tendrement dans ses bras, avec son histoire de coming of age pleine de charme. Tiré du déjà excellent roman graphique Une Sœur de Bastien Vivès, le film déroulait à la perfection l’histoire de Bastien, 13 ans, « bientôt 14 » en vacances au Québec, qui rencontre une fille bien plus âgée que lui (17 ans !), rencontre qui le transformera pour toujours…

Ce n’est pas l’originalité du propos qui vous emmènera voir Falcon Lake. Ce genre de film existe par douzaines. Mais Le Bon joue avec les clichés de la chronique du passage à l’âge adulte, en y ajoutant ses propres variations (histoires de fantômes, défis, lac mystérieux…)  

Mais pour ce genre rabâché, il faut des bons comédiens. Le Bon a ici deux comédiens tout simplement fabuleux, en absolu état de grâce. Débutants, forcément débutants, Joseph Engel et Sara Montpetit amènent toute leur innocence et leur sincérité. Et transforment le très bon film en chef d’œuvre instantané…

À la fin du film, personne n’a bougé. Silence absolu dans la salle… Pas de téléphone qui se rallume, pas de spectateur qui rassemble ses vêtements… Certains spectateurs sont en larmes, dont le Professore. D’autres se tiennent la main. Personne ne se lèvera avant la toute fin du générique… Charlotte Le Bon vient de nous poignarder en plein cœur.

Là où ça fait du bien.




samedi 24 décembre 2022


Jackie Brown
posté par Professor Ludovico

On sait ce qu’on pense ici de la filmographie de Quentin Tarantino. On peut néanmoins la résumer en quelques mots, pour les newbies. Quentin Tarantino refait, pour des millions de dollars, des films qui en ont couté quelques centaines de milliers. QT est probablement le plus grand cinéphile de tous les temps, mais il ne fait que recopier, avec un immense talent, les films de série B. qu’il a aimés. Par ailleurs, son cinéma n’a rien à dire. Combien de fois faudra-t-il le répéter : une œuvre d’art est là pour dire quelque chose : même Flashdance, même Doctor Strange in the Multiverse of Madness, même La Grande Vadrouille… Au contraire, le cinéma de QT est creux, il ne dit rien d’autre que les rêves de gamin de Tarantino, Quentin : un cinéma fait par un enfant, avec ses jouets fétiches : voitures, Cowboys et Indiens, Gendarmes et Voleurs.

Mais de cette filmographie minimaliste émerge, un film, un seul : Jackie Brown. Comme par hasard, le seul film qui n’est pas un scénario original de QT. Le seul film tiré d’un livre (Punch Creole, d’Elmore Leonard). Un livre. Un livre, ce jouet des adultes.

La période des fêtes est souvent l’occasion de revoir les vieux films. Jackie Brown n’a pas vieilli, il a même embelli. D’abord, on a rarement vu autant d’amour projeté sur une actrice à l’écran. Quentin Tarantino est fou de Pam Grier, et ça se voit. Il colle littéralement à son visage, et ne se lasse jamais de la filmer. Cela pourrait être une embarrassante démarche voyeuriste à la Hitchcock, une pure pulsion sexuelle, mais Jackie Brown est beaucoup plus. C’est George Cukor qui filme Audrey Hepburn dans Sylvia Scarlett, Vadim qui filme Bardot, Carax qui filme Binoche. Pour la première – et la dernière – fois de sa carrière, Tarantino a de l’empathie pour son personnage, et évidemment, ça en crée pour le spectateur. Pas pour n’importe qui, pas pour une blonde aux jambes de 2,50 m qu’il affectionne (Uma Thurman, Margot Robbie …) Non, pour une femme fatiguée, humiliée, qui sait que le meilleur est derrière elle. Cette femme c’est Jackie Brown, mais c’est aussi Pam Grier. En 1997, Grier a quarante-huit ans, elle sort d’un cancer, et n’a tourné que des navets mettant en avant sa poitrine. Elle est au bout de sa – toute petite – carrière. Ça tombe bien, Jackie Brown aussi. Elle a déjà fait de la prison pour son ex-mari et travaille comme hôtesse de l’air sur une compagnie merdique. Elle est harcelée par deux flics débiles (dont Michael Keaton, génial) qui se servent d’elle pour faire tomber un marchand d’armes minable, Ordell Robbie (Samuel L. Jackson). Ordell est un idiot, mais un idiot dangereux ; il vient de tuer de sang-froid un type qui pouvait le balancer. Comment va-t-elle sortir ? Comment va-t-elle embobiner tout le monde, flics et voyous ?

Arrive l’autre personnage attachant du film, interprété par Robert Forster dans son plus grand rôle : Max Cherry, chargé de caution quinqua à la ramasse, mais avec un sens inné de la décence et de la justice. Max tombe instantanément fou d’elle, comme le spectateur : au cinéma, ça s’appelle un point de vue.

C’est dans Jackie Brown qu’on voit à quel point le talent de Quentin Tarantino est gâché dans ses autres films. Il a ici un personnage de femme forte. Et c’est ce qu’il filme, précisément. Il ne filmera jamais la plastique, pourtant spectaculaire, de Grier, mais uniquement son visage, son sourire mystérieux, son profil de pharaonne. Il filme le cerveau d’une reine…

Il a un propos : qu’est-ce que la vie nous fait ? Et en particulier, qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que les hommes, font aux femmes ? Et Tarantino va tenir ça pendant 2h27 dans un polar crispé, alors que trois malheureux coups de feu seront tirés, on ne verra même pas de sang. La tension dramatique est uniquement transmise par ses fantastiques acteurs, ses dialogues brillants, ce qui, reconnaissons-le, est toujours formidable chez Tarantino. Samuel L. Jackson, tendu comme jamais, De Niro à contre-emploi en nounours pataud, Bridget Fonda en surfeuse blonde énervante dans tous les sens du terme…

Et Tarantino se permet même un fin douce-amère, une rareté chez lui. Une histoire d’amour qui finit mal entre Jackie et Max, dans une dernière scène sublime.

Il faut voir Pam Grier, au bord des larmes, chantonnant du bout des lèvres Across 110th street…. Puis esquissant, quand même, parce que la vie continue, ce léger sourire en coin… 

Been down so long, getting up didn’t cross my mind
But I knew there was a better way of life, and I was just trying to find…




mercredi 21 décembre 2022


Indiscrétions (The Philadelphia Story)
posté par Professor Ludovico

Indiscrétions était l’un des derniers chefs-d’œuvre de George Cukor qui manquait à la collection du Professore, donc merci OCS ! Réputé être LE parangon de la comédie de remariage (où un couple séparé finit par se remarier) on se jette doublement dessus. Evidemment, chef d’œuvre en vue : Cukor et sa muse Katharine Hepburn, Cary Grant, James Stewart, et des seconds rôles pas mauvais non plus (Ruth Hussey (la photographe) et Virginia Weidler (la petite sœur))…

Indiscrétions, c’est Hollywood 1940, c’est à dire à son sommet : dialogues en dentelle, méchants et plein de sous-entendus pour se jouer du code Hays, rythme effréné mais totalement maitrisé, casting parfait, et en état de grâce…

L’intrigue elle-même est raffinée, elle suit une pièce de 1938 qui relança la carrière de Katherien Hepburn. Tracy Lord, riche heritière de la Phildadelphia Main Line, la haute bourgeoise locale, s’est séparée il y a deux ans déjà de C. K., son playboy de mari (Cary Grant). Nous sommes à la veille de son remariage avec George Kittredge, un homme du peuple qui a réussi et veut briller en politique. Mais ce mariage haut de gamme intéresse au plus haut point Spy (le Closer local) qui dépêche un couple de journalistes mal assorti : l’écrivain raté Macaulay Connor (James Stewart) et Liz Imbrie, une photographe sarcastique et fataliste (Ruth Hussey).  

Car l’ex-mari a décidé de se venger en donnant accès à ce mariage au magazine Spy. Il a en effet un moyen de pression sur son ex-belle famille : la preuve que le père s’amuse avec une danseuse, en Europe.   

Voilà toute une meute de chiens dans un jeu de quilles pas tout à fait stable : Tracy veut-elle vraiment épouser Kittredge ? C. K. était-il un si horrible mari ? Et Tracy, une épouse exemplaire ? Se marie-t-elle pour donner une leçon au père défaillant ?

Cela va donner lieu à de nombreux quiproquos et surtout à d’innombrables combinaisons amoureuses entre les protagonistes… Mais surtout, et c’est toute la profondeur – et la force – du film, à une prise de conscience de chacun.  Pourquoi est-on réellement aimé ? Pour notre argent ? Notre beauté ? Notre statut social, et les opportunités, le confort qui en découlent ? Existe-t-il d’ailleurs un amour véritable ? C’est la question que pose Indiscrétions, tout à la fois comédie romantique et charge féroce, portée par les meilleurs acteurs, et l’un des plus grands réalisateurs, de cette génération…




mardi 20 décembre 2022


Le 7ème continent
posté par Professor Ludovico

Bienvenue – si l’on peut dire – dans l’univers glacial de Michael Haneke, l’homme qui a hérité de la Chaire d’Entomologie Stanley Kubrick.  Dans ce premier film, qui fut à l’origine un téléfilm refusé par la télévision autrichienne, tout le talent clinique de Haneke est déjà là.

Description robotique de la vie quotidienne en Occident – métro-boulot-nettoyage auto – on suit la vie d’un jeune couple qui a l’air normal et heureux… Le mari en pleine ascension professionnelle, la femme ophtalmologiste qui travaille avec son frère et une petite fille charmante, mais qui un jour, simule l’aveuglement en classe.

Une fille d’ophtalmologiste ? L’aveuglement ? Les Hanekiens savent à quoi s’en tenir : la catastrophe est en route. On ne déflorera pas la suite (atroce, comme d’habitude) parce que le talent de l’autrichien est toujours de filmer ce que William Burroughs aurait appelé le festin nu, c’est à dire la réalité toute crue. Ici, l’implosion, l’effondrement, est rendu d’autant plus abominable qu’il est lent, inexpliqué, et calculé. Aucune explication psychologique ne viendra sauver le spectateur, lui fournir un quelconque exutoire. Haneke filme tout, de manière répétitive. Cela pourrait être gênant, pénible ou tout simplement chiant. C’est justement pour cela que l’autrichien insiste. Là où les cinéastes traditionnels caressent les spectateurs, Haneke les prend par le col, leur brise les cotes, et leur plonge la tête dans la boue glacée en les obligeant à rester les yeux ouverts.

On peut vouloir ne pas être brutalisé au cinéma, mais c’est rater quelque chose, car seul Haneke a cette franchise-là…  




lundi 19 décembre 2022


Titanic au Qatar, Hamlet à Doha
posté par Professor Ludovico

Tandis qu’Avatar : La Voie de l’Eau est en ce moment sur les écrans, le seul chef d’œuvre de James Cameron se jouait hier au Stade de Lusail : la finale de la Coupe du Monde 2022. Après que le boa constrictor argentin ait étouffé nos Bleus pendant tout le match, la magie de la dramaturgie footballistique prenait enfin son envol. Le football n’est pas une science exacte, domination et possession ne valent pas score.

Après quatre-vingt minutes de dictature, les argentins faisaient une erreur, une seule ! et offrait un penalty à Mbappé qui n’en demandait pas tant… Et qui, selon la logique vicieuse du football, entraînait un deuxième but, car la panique s’était installée dans la pampa… C’était la remontada.

La France aurait pu (du) tuer le match ce moment-là, elle serait aujourd’hui championne du monde, mais le football est un trop beau spectacle pour se contenir dans ces clichés étroits. Prolongation, nouveau but de Messi. Nouveau penalty de Mbappé. Qui écrit un tel scénario, à part les James Cameron du football ?

Mbappé et Messi étaient sur la même planche, mais il n’y a pas de place pour deux : le plus grand drame sportif du XXIe siècle était en place, tout serait décidé au hasard, ou plutôt dans cet incroyable rendez-vous avec soi-même que sont les tirs au but. La fin fut sublime. Le roi Messi gagna. L’héritier Kylian perdit.

Commença alors une autre pièce, un autre blockbuster, signé Shakespeare. Le jeune Hamlet Mbappé ne veut plus vivre. Devant une telle malignité de fortune (perdre en inscrivant un triplé), être ou ne pas être : telle est la question. A l’aube de de son vingt-quatrième anniversaire, le futur Roi du Monde ne peut comprendre que cette défaite le rendra beaucoup plus fort. Il ne peut, à lui seul, être le sauveur de la Nation. Mais la leçon est amère. Pour le moment, il n’est que douleur… Il y a quelque chose de pourri dans l’émirat du Qatar… On veut mourir, dormir, rêver peut-être…

Mais le football est cruel ; il honore les gagnants mais veut aussi humilier les perdants. Médailles en chocolat, discours interminables… Survient Claudius-Macron, le roi des Francs… Pour la première fois, le Président réussit à nous attendrir. Peut-être parce que son masque de porcelaine est exceptionnellement tombé, et que l’on voit enfin un amour authentique du football, et une sincère déception. Macron relève le Petit Prince du football, le réconforte, et l’encourage à aller chercher son horrible trophée (un soulier doré Adidas de meilleur buteur), en passant, sublime image, devant cette coupe qu’il désirait tant. Un simple regard, l’œil vide, une photo de groupe…

Bonne nuit, doux prince…




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