[ Les films ]



lundi 18 novembre 2013


The Gospel According to Saint Alfred#4: The Lack of Clarification
posté par Professor Ludovico

« I find these errors all the time… »

Des erreurs furent commises, comme le dit un chapitre fameux du Freedom de Jonathan Franzen. En fait, c’est Maître Hitch qui s’insurge devant le nombre incroyable d’approximations, d’erreurs, de fausses pistes, que laissent passer ses collègues réalisateurs.

« On découvre soudain qu’on a changé de lieu, sans explication, ou deux personnages portent le même costume, et de fait, on ne sait plus qui est le méchant… »

Et ça c’est très grave nous dit l’homme de L’Homme qui en Savait Trop. Pendant que le spectateur s’interroge, il ne pense plus à autre chose. Je croyais que nous étions dans la chambre de Claire ? L’homme au complet gris, c’est lui l’agent russe ? L’esprit est accaparé à recoller les morceaux. « Alors qu’il devrait être envahi par les émotions » nous dit Hitchcock.

« Il faut avoir un esprit de simplification » ajoute Truffaut. « Il faut styliser » Ce qu’Hitchcock nie plus tard, voir chronique à venir…

Ce manque de clarification, c’est arrivé pas plus tard que lundi, dans le 11ème arrondissement de Paris. Tandis que le Professore et le Professorino tentaient d’initier madame la Professora aux arcanes d’Un Village Français saison 1 (sur France 5, faut-il le répéter ?) ; la tragédie de juin 40, l’exode, les allemands qui débarquent et abattent des français dans la rue tandis que l’armée française se débande… Celle-ci décrocha au bout de dix minutes. Motif : Tequiero, le bébé qui venait de naître n’était pas alimenté depuis 24 heures.

On avait perdu la Professora, amateure du naturalisme de Zola et de Maupassant, dans les limbes de la fiction… Les vagues de l’émotion s’étaient brisées sur un petit rocher de réalisme*…

*Réalisme ou crédibilité, un sujet déjà abordé là




dimanche 17 novembre 2013


Dramaturgie du football
posté par Professor Ludovico

Et voilà, la France l’a, son grand drame du football. En s’inclinant à Kiev, l’Equipe de France de Football écrit une des plus grandes pages de sa dramatique histoire.

Car évidemment, ils l’ont fait exprès. Perdre, a fortiori 2-0, un score qu’aucune équipe n’a jamais remonté en barrage, c’est le script d’un scénariste de génie (Didier Deschamps) qui écrit le blockbuster de l’année. Les médias, qui s’acharnaient sur les à-côtés des bleus (putes, insultes, et défis divers) sont revenus à l’essentiel : le sport. Il faut gagner mardi.

Et en utilisant les plus grosses ficelles de la GCA : le tic-tac de la bombe prête à exploser, réglé sur 90:00, comme dans Speed ou Die Hard.

Et en sortant sa bande de Douze Salopards gritty : Ribery, Evra, l’énigmatique Benzema, et la petite frappe Koscielny.

S’ils gagnent, c’est un film américain. S’ils perdent, c’est la tragédie grecque.




jeudi 14 novembre 2013


Inside Llewyn Davies
posté par Professor Ludovico

Les frères Coen aiment la musique. Ils aiment aussi les losers. Un jour, il faudra faire un film sur les perdants magnifiques du rock ; c’est chose faite avec Inside Llewyn Davies, le biopic inversé d’un folksinger qui ne réussira pas.

Inversé parce que quand on dit folk, on pense Dylan. C’est ce que n’importe quel studio aurait demandé aux Coen : la geste dylanienne, les Débuts au Gaslight, la Love Story Avec Joan Baez, l’Accident de Moto, la Rédemption Christique, et, bien sûr, le Trauma Familial Originel (à inventer, parce que Dylan n’en a pas). Mais les Coen sont des croyants du cinéma, et ils adorent le Dieu Fiction. Plutôt que de faire le biopic de Dave Van Ronk (un vrai raté du folk), ils s’en inspirent. Et racontent ce qu’ils veulent…

Inversé parce qu’il ne s’agit pas d’une histoire épique (comme dans bio-pic), mais bien d’un ratage, celui de Llewyn Davies. Inside Llewyn Davies, donc… Qu’y’a-t-il à l’intérieur d’un poète folk trentenaire, qui chante bien, joue gracieusement de la guitare, compose de très belles chansons, mais peine à réussir dans le boom folk de cette année 61 ? Inside Llewyn Davies, c’est A Serious Man version tragique. Le Livre de Job revu par les Coen. La tragédie d’un homme que Dieu abandonne, et sur qui tout tombe dessus. L’ex-copine qui est enceinte, le partenaire qui se suicide, le manager qui le vole…

Ça pourrait être drôle, comme dans A Serious Man. Ici c’est tragique, et c’est probablement le tour de force des frères Coen. Arriver à nous faire toucher du doigt le moment où l’on réalise qu’on ne sera pas un artiste. Malgré les efforts, les galères, les canapés pour dormir quelque part, la Déesse de la Musique ne s’est pas penchée sur vous. Le folk explose, mais sans vous.

Là aussi, les Coen sont brillants. Ils auraient pu choisir un Llewyn Davies pathétique, pas doué, pas diplomatique : donner au spectateur une raison qui explique l’insuccès. Ça aurait été une Comédie des Idiots qui veulent réussir, comme dans Burn After Reading. Non, au contraire, Davies a tout pour lui. Il est beau, il chante bien, ses chansons sont émouvantes. Mais pour réussir dans le showbiz, il faut de la chance. Être là au bon moment. Au début de 1961, il faut être poli et un peu lisse pour réussir dans le revival folk (le film propose de formidables imitations de Peter Paul and Mary en la personne de Justin Timberlake et de Carey Mulligan). Mais Llewyn Davies ne colle pas dans le tableau : trop libertaire, trop en colère, trop en rébellion contre la société. A la fin de l’année 61 (et à la fin du film) c’est pourtant ce qu’il faudra être, comme ce jeune chanteur qui débute au Gaslight, les cheveux fous et une voix pas terrible.

Bob Dylan. Mais c’est trop tard.




mardi 12 novembre 2013


Magic Mike
posté par Professor Ludovico

Steven Soderbergh est parfois traité de faiseur ; un cinéaste qui ferait des films sans chercher l’homogénéité d’une œuvre.

C’est tout le contraire : Soderbergh est quelqu’un qui tente, un expérimentateur : capable du classicisme télé le plus ennuyeux dans Ma Vie avec Liberace, grand expérimentateur dans Solaris ou Girlfriend Experience.

Ici, pas d’innovation extraordinaire, juste quelques bonnes idées de cadrage, et un joli travail sur les couleurs : jaune-rouge-bleu. On est à Tampa, en Floride, et il fait chaud : ceci expliquant cela. Mais plutôt une originalité globale qui donne un coup de frais dans le cinéma US actuel.

Depuis toujours, Soderbergh est un cinéaste engagé, du style qu’apprécie le plus le Professore : discret. La lutte contre la drogue (Traffic), la montée du Terrorisme (Syriana, qu’il a seulement produit mais dont la patte est toute soderberghienne), le capitalisme pollueur (Erin Brockovich) : chacun de ces thèmes a toujours été traité avec beaucoup de finesse et de distance.

Ici, l’auteur de Sexe Mensonges et Vidéo ne s’attaque à rien de moins que la crise de l’Amérique, habilement camouflée, mesdames, sous un film de chippendale. Oui, vous avez bien lu. Karl Marx meets The Full Monty. Habituellement, on reproche au cinéma d’action, au jeu vidéo, aux clips, une utilisation dégradante du corps de la femme. Magic Mike propose un pendant féminin : des corps de beaux mecs musclés, et c’est tout aussi dégradant, tout aussi putassier, et ça marche évidemment. Qui n’a pas envie de voir Channing Tatum à poil ? tapez dans Google, vous comprendrez pourquoi. Ou même Alex Pettyfer, l’acteur qui joue le Kid, un gamin qui cherche du travail, et qui en trouve, au black, dans le bâtiment. Première indication : on n’avait pas filmé des ouvriers exploités et des patrons tricheurs comme ça depuis les années 70, Cinq Pièces Faciles par exemple, de Bob Rafelson. Dans cette Amérique qui se délite, on triche sur les impôts, on paie les gens au noir, et on menace de les virer à la moindre incartade. Et pour grimper dans l’échelle sociale, on fait trois boulots à la fois : couvreur, décorateur d’intérieur et… Chippendale. C’est là que le Kid rencontre un autre ouvrier, beau, fort, musclé et sûr de lui : Magic Mike (Channing Tatum). Mike est chippendale la nuit dans le club de Dallas (extraordinaire performance de Matthew McConaughey) et lui propose d’arrondir ses fins de mois en participant au spectacle.

L’originalité de Magic Mike, le film, c’est de magnifier ces danses érotiques tout en suscitant un léger dégoût : au début c’est sympathique, mais paradoxalement, c’est à l’arrivée, après la première demi-heure du film, du personnage féminin (Brooke, la sœur du Kid) que le film bascule. Brooke est inquiète pour son frère, elle ne veut pas qu’il fasse ce job, il a déjà lâché un boulot prometteur. Magic Mike promet de le protéger, mais…

La moue boudeuse de Brooke (Cody Horn, à qui le Professore promet une belle carrière dans le cinéma) nous fait brusquement changer d’avis : ces danses, même dans le regard d’une femme ne sont que l’exploitation des corps, et ces chippendales ne valent pas mieux que des stripteaseuses. Ce n’est pas moins glauque qu’un peep show, et c’est la performance du film, de les présenter comme on présente habituellement le striptease féminin. Face à l’attendrissement ou l’amusement Full Monty, nous ressentons de la pitié, du rejet, du dégoût, comme pour les filles du Bada Bing, le strip club de Tony Soprano.

Dans le même souci d’inversion, Soderbergh filme l’histoire d’amour qui nait entre Brooke, cette fille toute simple, jolie, sans plus, et Magic Mike, bombasse mâle apparemment inaccessible, objet sexuel à qui pas grand monde ne résiste. C’est pourtant Mike qui va ramer, avec un réalisme et une légèreté qui fait beaucoup de bien dans le cinéma américain.

Du cinéma de faiseur comme celui-là, Ludovico veut bien en manger tous les jours…




dimanche 10 novembre 2013


Fétichisme
posté par Professor Ludovico

Nous sommes tous des fétichistes, et les cinéphiles font partie des pires, mais là n’est pas le propos.

Le fétichisme, c’est croire doté de pouvoirs magiques ce qui ne l’est pas, et Télérama, dans son édition du 9 novembre, tombe dans le panneau.

Michael Ardnt, annonce le magazine, a quitté le navire Star Wars VII. Ce n’est donc pas le scénariste du surévalué Little Miss Sunshine qui écrira la suite des aventures de Luke Skywalker. Qui donc, alors ?

Et Télérama de s’enthousiasmer : JJ Abrams et… Lawrence « L’Empire Contre Attaque » Kasdan. Magie de la marque. Kasdan a fait le meilleur Star Wars, il va bien nous pondre un bon épisode 7.

C’est oublier que Kasdan, cinéaste adulé du Professore (Les Copains d’abord, Grand Canyon, La Fièvre au Corps), est à la ramasse depuis 1991. Avoir été bon dans les années 1980 ne veut pas dire être bon aujourd’hui. Kasdan a changé (il a 64 ans aujourd’hui), le public de la saga a changé, et nous avons changé, nous aussi.

Mais bon, voilà les fétichistes de Star Wars rassurés…




samedi 9 novembre 2013


« J’ai de la peine pour mes personnages »
posté par Professor Ludovico

Picoré ce matin dans le podcast conseillé par le Professor Mortimer de Mantes-La-Ville « Pendant les travaux le cinéma reste ouvert », sur France Inter, cette petite citation de Martin Scorsese.

L’auteur des Affranchis vient de voir Reservoir Dogs et on lui demande son avis.

– « Moi, J’ai de la peine pour mes personnages, et je crois que Quentin n’a pas de peine… »

Quelle meilleure définition du cinéma vide de QT ? A part l’excellent Jackie Brown (qui démontre en creux cette théorie), Tarantino n’a pas de personnages, il a des jouets et il les filme. Gangsters, grosses voitures, esclaves noirs ou soldats US, Barbie Mariée et Barbie Karateka : ses personnages ne sont pas de personnages, mais des poupées GI Joe qu’il met en scène avec un talent certain.

Mais sans âme.

A contrario, le cinéma de Scorsese, tout aussi violent, propose systématiquement un point de vue. A l’époque de Casino, le réalisateur expliquait que les scènes de violence inouïes du film étaient nécessaires parce qu’elles correspondaient à la réalité de la mafia, mais qu’elles devaient aussi provoquer le dégoût du spectateur, sans quoi son film serait raté.

Tout le contraire d’un film de Tarantino, en somme.




jeudi 7 novembre 2013


Rush
posté par Professor Ludovico

Et c’est reparti pour le biopic, version Formule 1, le grand duel 1976 Nikki Lauda-James Hunt.

Sincèrement, j’avais 11 ans, et je ne me rappelle plus. Mais je me rappelle de Lauda, son visage brûlé à la télé, et je me rappelle la F1, cette corrida à essence où l’on espère voir les toreros se faire encorner par leurs McLaren.

Évidemment, le biopic, ça ne marche pas. On a beau ne pas se souvenir, Ron Howard (qu’on a connu plus inspiré) est obligé de faire ce cinéma pédagogique inhérent au genre. Les courses auto, c’est chiant, même bien filmé. Donc on rajoute par exemple une voix off (cette défaire du cinéma) censée faire le boulot de la dramaturgie : « Hunt double Jacques Laffitte, il est cinquième ! Encore une place et il sera sacré CHAMPIOOOOON DU MONDE !! »

Pareil pour les à-côtés : Hunt devient un sale con avec sa femme top model ? Une scène suffit : Hunt boit, Hunt fume, Hunt fait la gueule, elle fait la moue, elle a compris.

On se met à regretter les scènes de courses de Michel Vaillant, sur l’élégiaque musique de Archive.

Bref, regardez plutôt Senna : en matière de biopic, rien ne vaut la vraie vie.




lundi 4 novembre 2013


Prisoners
posté par Professor Ludovico

Prisoners, c’est un rêve de cinéma, ce que le 7ème art devrait être tous les jours : la perfection scénaristique, le talent des comédiens, la mise en scène au service l’histoire, mais qui n’oublie pas toute ambition graphique.

Prisoners est d’autant plus fort qu’il met ce talent non pas au service d’une œuvre à visée intellectuelle, comme peut l’être Cogan, mais bien d’un pur produit de divertissement, le thriller.

2 petites filles ont disparu. Un père fou de douleur (Hugh Jackman), va s’opposer à un flic taciturne (Jake Gyllenhaal, extraordinaire comme d’habitude) pour retrouver les enfants.

Voilà pour l’argument « Silence des Agneaux ». Mais Denis Villeneuve propose une expérience radicalement différente du thriller US habituel : un film d’auteur maquillé en thriller. Le réalisateur canadien assèche littéralement le genre, en en enlevant toute la moelle qui en fait d’habitude les délices mais aussi les clichés. Pas de courses-poursuites échevelées, pas de portes fracassées, pas de patrouilles d’hélicoptère et de mère en larmes… Non, l’horrible réalité. L’espoir qui disparaît. Le désir de vengeance qui occulte tout. Les conflits internes, minuscules, de la police, qui ralentissent l’enquête. Et surtout, le caractère de chacun, notre âme, le principal obstacle de nos vies.

Car – c’est le titre – nous sommes tous des prisonniers. Prisonniers de la douleur, prisonniers de la vengeance, prisonniers de notre passé. Policier, serial killer, pédophile, père de famille ou mère éplorée, nous sommes les prisonniers des valeurs que nous nous sommes données, des conduites que nous nous sommes dictées.

C’est tout à l’honneur de Denis Villeneuve de décrire cette Amérique survivaliste, fondamentaliste chrétienne, sans tomber dans le piège de Seven/Le Silence des Agneaux. Le traitement clinique qu’applique Prisoners ne juge pas, il montre.




samedi 2 novembre 2013


Gatsby le Magnifique
posté par Professor Ludovico

Baz Luhrman a toutes les cartes en main pour tenter, après 4 tentatives (dont une avec Robert Redford dans le rôle-titre), d’adapter l’inadaptable, à savoir le chef d’œuvre maudit de Scott Fitzgerald : The Great Gatsby. 100M$ de budget, 3 super-acteurs (Di Caprio, Maguire, Mulligan), une chef déco qui a dû vivre dans les années 20 (Catherine Martin, aka Mme Baz Luhrman), un producteur plein aux as et teen credible (JayZ), et Sim City 1925 pour récréer le Long Island des Années Folles.

Dès le départ, Baz Luhrman marque déjà un point : son Gatsby est compréhensible. Après avoir lu le livre, et vu le film de Redford, il m’a fallu enfin celui-là pour comprendre l’intrigue de Gatsby le Magnifique. Certes, celle-ci est écrite au crayon gras et surligné au stabilo rose par le cinéaste australien ; c’est lourdement pédagogique, signifiant et sursignifiant. Au cas où vous n’auriez pas tout assimilé, Carraway (Tobey Maguire) vous explique en voix off ce qu’il y a à comprendre : « Là, Gatsby est triste, et là, ma cousine est triste aussi. » Mais comme chacun sait, Baz est un athée du cinéma ; il ne croit pas que le cinéma ou les comédiens peuvent dire des choses en silence dans un plan fixe de plusieurs secondes, et il cache donc son manque de foi derrière un montage saccadé estampillé djeune.

Certes, Luhrman s’est assagi par rapport au roller coaster Moulin Rouge, et il faut avouer que cette énergie convient ici parfaitement au propos swing du film et à ses héros surexcités de ces roaring twenties. Sex, whisky and jazz. Car c’est bien de cela dont parle Fitzgerald, cette jet set qui se défoule d’une Première Guerre Mondiale à laquelle – dans sa grande majorité – elle n’a pas participé. Sauf Gatsby, justement.

Luhrman aime filmer des fêtes orgiaques, et ça, il sait faire (Moulin Rouge). Il sait aussi coller de la musique actuelle (rap, funk, techno) sur ces fêtes jazz, et ça ne passe pas mal du tout.

Le design est parfait – comme d’habitude – mais oblige Luhrman à filmer chaque cafetière en gros plan, ce qui lui fait évidemment qu’il y a des personnages derrière ces tasses de café. Comme chez Ridley Scott deuxième période, ou chez Jean-Pierre Jeunet, autre accessoiriste maniaque, on est dans du cinéma de décorateur.

Que reprocher alors ? Le simple sentiment que le film ne m’est pas adressé. Une sorte de film pédagogique pour ado, Gatsby le Magnifique expliqué aux teenagers. Un film pour les écoles.




jeudi 31 octobre 2013


Gravity
posté par Professor Ludovico

C’est la critique casse-gueule pour le Professore : tout le monde est à genoux devant le nouveau film de Alfonso Cuarón, Libé fait trois pages dessus, Mr Fulci dit que c’est le meilleur film de l’année, et les autres d’enchaîner « Alors ? T’as vu Gravity ? » ; bref, la pression est immense. Dans ces cas-là, Ludovico botte en touche, méprise le bas peuple qui va pointer au chef d’œuvre, et déniche la petite perle du cinéma indépendant américain que personne n’a vue, et qui vaut bien la surbouse que nous vend Le Grand Journal.

Pas cette fois-ci, mes amis.

Cette fois-ci, it’s a hell of a ride, comme le dit le grand George. Une putain de ballade en orbite géostationnaire dans les mains de Monsieur Alfonso « le roi du plan séquence » Cuarón.

Certes, on pinaillera sur l’épaisseur du scénario (3 pages et demi, soit 3% de Space Cowboys), sur la subtile musique de Steven Price, qui sert plutôt à tester les woofers de l’UGC Ciné Cité Les Halles, sur les motivations psychologiques des personnages, qui feraient passer Boris Cyrulnik pour Sigmund Freud, car on peut toujours pinailler.

Mais cette fois ci, ça marche. Le film fait une heure trente, et s’arrête quand ça pourrait devenir lassant-répétitif-ridicule, cocher les mentions inutiles.

Alfonso, après ses grotesquesLes Fils de l’Homme a entendu la leçon; cette fois-ci il a un scénario, certes petit, mais crédible. Une idée, à laquelle il s’accroche, comme Sandra Bullock à sa space suit. Et dont il tire tout ce qu’il faut, une aventure épique qui correspond parfaitement à son cinéma d’esbroufe, là où Les Fils de l’Homme, film mytho, se cassait les dents.

Car un film comme Gravity, il n’y en a pas un par an, même pas un tous les trois ans, dans votre salle favorite : Avatar. Titanic. Watchmen. 300. King Kong. Jurassic Park… pas forcément des chef d’œuvres, mais des films qui renouent avec les origines du cinéma, le nickelodeon, le théâtre à 5 cts des fêtes foraines. Du grand spectacle. Du cirque. De la magie. Et nous, de nous extasier, comme des enfants devant le prestidigitateur…

A hell of a ride…




septembre 2026
L M M J V S D
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930