[ Les films ]



dimanche 15 mai 2016


La Montagne Sacrée
posté par Professor Ludovico

Depuis Jodorowsky’s Dune, nous voulons définitivement voir les films du mexicain fou. Midnight movies nous avait fait saliver avec El Topo, mais là, c’est décidé, on les veut, les Jodo. Grâce à de sombres négociations avec les plus hautes instances de Canal+ (le Service Client), nous avons pu obtenir quatre mois gratuits d’abonnement à OCS.

C’est l’occasion de fouiller dans le catalogue à la demande et bingo, il y a trois films de disponibles : El Topo, La Danse de la Réalité. Nous penchons pour le plus mythique, le plus barré, La Montagne Sacrée. Et nous ne sommes pas déçu du voyage, car s’il existe un film incroyable, c’est bien celui-là.

Où trouverez-vous une reconstitution de la Conquête du Mexique avec des crapauds déguisés (sic) en conquistadors et des caméléons dans le rôle des Aztèques ? Dans La Montagne Sacrée, bien sûr. Où trouverez-vous de la merde changée en or ? Jésus-Christ changeant de vie grâce au Tarot ? Et des policiers défilant avec des crucifix de poulets sanglants ? Des flics et des manifestants dansant un slow ? Dans La Montagne Sacrée, bien sûr.

Le scénario est foutraque, il n’y a pas d’histoire, mais du cul et du LSD à la place. Mais dans chaque image, il y a une idée. C’est pour ça qu’il faut escalader La Montagne Sacrée.




dimanche 8 mai 2016


Spotlight
posté par Professor Ludovico

Les bonnes intentions ne suffisent jamais à faire un film. On vient de voir Spotlight, avec un peu de retard, mais c’est une déception. Pourquoi ? Parce qu’on l’impression de voir un vieux film. Un film-procès avec Yves Montand, prêt pour Les Dossiers de l’Ecran. Et si l’on ne peut qu’adhérer au propos – la dénonciation des prêtres pédophiles de Boston – on ne va pas au cinéma pour voir un documentaire.

Ici avec beaucoup d’efforts, on essaie de fictionnaliser ce documentaire. Les acteurs s’échinent à faire passer les infos pédagogiques dans les dialogues : « Ça veut donc dire que… ? » « Ça prouve que le… ? » « Il est donc impossible que le cardinal ne le … ! »

Voilà la pauvreté cinématographique de Spotlight. Interminables enquêtes, journalistes au travail, pauvres lumpen-victimes. A Spotlight, on ne s’ennuie pas vraiment, mais ce n’est pas vraiment intéressant non plus.

Comme dit Hitchcock, on aurait aimé que rien ne soit dit, et que tout nous soit montré.




jeudi 5 mai 2016


Wings
posté par Professor Ludovico

La cinéphilie, c’est une maladie qui ne se soigne pas. On aime détester les Oscars, mais on a dans son bureau un joli poster avec les affiches de tous les films ayant remporté la statuette. Chacun commente : Celui-là je l’ai vu…celui-là je l’ai pas vu, c’est bien ? Évidemment, plus on remonte le temps, moins on a de chances d’avoir vu les premiers films de l’histoire du cinéma. Le premier, c’est justement Wings, Les Ailes, William Wellman, muet. Oscar 1929, premier du nom.

Le pitch : la vie acrobatique des as de la première guerre mondiale. Ou comment de jeunes américains ont fait deux folies à la fois : s’engager dans l’armée pour finir cette guerre atroce de l’autre côté de l’Atlantique. Et piloter des coucous en toile tendue, que personne n’ose plus piloter aujourd’hui.

Subitement, ça passe sur TCM, et il FAUT qu’on le voie, pour le seul de plaisir de cocher l’affiche sur le poster, dans le bureau « Je l’ai vu ». Ce sentiment de complétude, unique, qui fait la joie du collectionneur.

Cinéphilie, aviation, première guerre mondiale : on est en terrain connu, ça sent le théorème de Rabillon. Mais on découvre une quatrième raison : Wings, c’est un des premiers chefs-d’œuvre du cinéma.

L’intrigue amoureuse est évidemment très datée : deux amis aiment la même femme (Jules et Jim en SpadVII). On découvre au passage ce qu’était le cinéma avant le code Hays : de la nudité, des femmes et des hommes qui s’embrassent, et une début d’orgie.

Mais le principal intérêt de Wings, c’est une incroyable reconstitution des combats terrestres et aériens de la Guerre 14. Une œuvre à grand spectacle. 55 avions, 300 pilotes (pour la plupart d’anciens as), 3500 figurants réquisitionnés par le Kubrick du muet pour reconstituer des dogfights réalistes, et la bataille de Saint-Mihiel, pendant neuf mois de tournage.

Et cette bataille n’est pas seulement gigantesque, elle est aussi magnifiquement filmée. Par exemple, le décollage filmé bird’s eye, comme si Dieu regardaient Ses Creatures au-dessus des nuages, très poétique… mais aussi les combats où, pour une fois, on comprend ce qui se passe, qui tire sur qui, par exemple. Ce qui est loin le d’être le cas aujourd’hui, il suffit de regarder Baron Rouge ou d’autres films de guerre pour s’en convaincre.

Bref, voilà un Oscar pas immérité.




samedi 23 avril 2016


Prince
posté par Professor Ludovico

Nous n’avons vu aucun de ses films. Purple Rain, Under the Cherry Moon, Sign o’ the Times, Graffiti Bridge ne méritent probablement pas d’entrer dans une chronique CineFast. Nous n’avons écouté que cinq de ses cinquante albums (1999, Purple Rain, Around the World in a Day, Parade, Sign o’ the Times). Mais le Petit Prince de Minneapolis nous manque déjà.

Nous l’avons rencontré en même temps que la Duchesse de Suède. Elle était là, avec une amie, à danser en 1988 dans une boîte improbable de Montparnasse sur un autre chanteur mort : INXS. Très probablement Need you tonight. Elle accrocha l’œil expert d’A.G. Beresford, mais – pour son grand malheur – la Duchesse avait déjà un homme dans sa vie. Roger Nelson, de Minneapolis. Et nous, nous étions suffisamment sûrs de notre virilité pour ne pas nous intéresser à ce farfadet pourpre cryptogay ; nous aimions en effet les Rolling Stones, David Bowie, et le Rocky Horror Picture Show. Pas grave, nous dit-elle en substance : vous verrez la lumière, un jour.

Et Sa Parole s’accomplit.

Une compilation sur cassette (l’ancêtre du téléchargement illégal) en est encore le témoin : Raspberry Beret, Purple Rain, Around the World in a Day, Parade, Sign o’ the Times, Controversy, Girls & Boys, America, Little red corvette, Let’s go crazy, Anotherloverholenyohead, Sometimes It Snows In April …

Ce fut une révélation, en effet. Un chanteur noir qui avait réussi le crossover blanc, en intégrant à sa musique les canons du rock*, de la pop, ces musiques essentiellement blanches. Mais sans jamais oublier qu’il était noir : suivez mon regard. Là où Michael J. cherchait désespérément à se faire accepter par l’Amérique, puis par le monde entier, Prince ne se renierai jamais.

Nous avons donc choisi notre camp : le Prince contre l’Usurpateur, autoproclamé King of Pop***. La Rébellion, contre la Mièvrerie. Nous serions du côté de la musique, et du côté des textes (sulfureux). Nous serions dans le camp des minoritaires, car nous l’étions déjà. Nous serions du côté du diable, car nous l’étions déjà. Pendant que Jackson blanchirait sa peau pour ressembler un peu plus à un camionneur de l’Iowa, pendant qu’il sauverait l’Éthiopie et amènerait la paix dans le monde, Prince ferait de la musique. Rien que de la musique. Rien que sa musique. Prince ferait danser les garçons et les filles. Prince épuiserait son public sur scène jusqu’au bout de la nuit. Il parlerait de tout et de rien, de la masturbation et de Challenger, de l’inceste, du SIDA ou, ou la mort de son petit chien.

Et il écrirait la plus belle chanson de tous les temps, Sign o’ the Times***, pour dire tout cela. Et en tirerait un clip minimaliste, avec le seul texte, en Times New Roman, évidemment.

Puis le temps de son règne passa, après la B.O. du Batman de Tim Burton. Il se mit à faire d’autres musiques, toujours en avance, mais sans le succès. Nous nous détournâmes alors de lui. Il continua – contrairement à beaucoup d’autres – à faire la musique qu’il aimait, jazz, rap, funk, sans jamais produire rien de honteux. Là où d’autres auraient encaissé les bénéfices d’un nouveau Kiss, ad vitam aeternam, ou chanté Satisfaction sur une chaise roulante, Prince ne s’abaissa jamais. Et si, un peu comme Dylan, Prince pouvait enchaîner concert catastrophique et performance de génie**, c’est qu’il s’était juré – comme Dylan – de ne jamais jouer deux fois la même musique.

C’est pour ça, beaucoup plus que pour le reste, que la peine est immense.

* On oublie souvent de dire quel incroyable guitariste c’était, en plus d’être un multi-instrumentiste
** Nous l’avons vu dans ces deux cas de figure : un désastre d’une heure au Parc de Princes (si mal nommé) : Son Altesse quitta la scène furieuse. Puis un concert à Bercy, tout de jaune vêtu, et simplement extraordinaire…
*** Un documentaire passionnant raconte cette bataille homerique : Doctor Prince & Mister Jackson (il passe ce soir sur Arte ou est visible ici)
****In France, a skinny man died of a big disease with a little name
By chance his girlfriend came across a needle and soon she did the same
At home there are seventeen-year-old boys and their idea of fun
Is being in a gang called ‘The Disciples’
High on crack and totin’ a machine gun
Hurricane Annie ripped the ceiling of a church and killed everyone inside
You turn on the telly and every other story is tellin’ you somebody died
A sister killed her baby ’cause she couldn’t afford to feed it
And yet we’re sending people to the moon
In September, my cousin tried reefer for the very first time
Now he’s doing horse – it’s June, unh
It’s silly, no?
When a rocket ship explodes and everybody still wants to fly
But some say a man ain’t happy unless a man truly dies
Oh why?




mercredi 13 avril 2016


Lincoln, encore…
posté par Professor Ludovico

Tout le monde peut se tromper. Après avoir dit que Spielberg allait rater son film, après l’avoir trouvé très bon, le Professore souhaite aujourd’hui simplement revenir sur le sujet. Ludovico n’ose pas dire chef-d’œuvre, mais il le pense. Peut-être parce que l’Homme de Mantes-la-Ville le lui a interdit. En 2015, à l’occasion d’une promenade aoûtienne sur les champs de bataille de la Guerre de Sécession, on a eu une brusque envie de revoir Lincoln. Et grâce à iTruc, Internet, et machin truc, c’est possible, même au fond de la Virginie Occidentale.

Et dès les premières minutes, on se dit que Spielberg n’a rien dans les poches : un biopic, des textes de loi, et pas d’enjeu très lisible. Comment faire un film dans ces conditions ? C’est là que Spielberg est à son meilleur – comme dans Jurassic Park 2.

L’homme d’Amistad va donc dramatiser tout ce qui lui passe sous sa main : un fils rétif, une femme malade, et beaucoup d’amis politiques qui ne sont pas d’accord avec vous.

Deux exemples du talent spielbergien à l’œuvre :

La décision :
Lincoln a un choix terrifiant à faire : faire la paix tout de suite (et éviter des milliers de morts supplémentaires), ou temporiser, le temps de faire adopter (par les seuls états du Nord) l’amendement qui supprimera l’esclavage. Lincoln est obligé de travailler dans l’ombre, car la paix semble si proche, et elle empêcherait à coup sûr la promulgation de ce fameux Treizième Amendement.

Là où un tâcheron aurait expédié ce processus de décision, sur fond de discours grandiloquent et de drapeaux américains flottant au vent, Spielberg temporise. Lincoln descend au cœur de la nuit, dans le bureau des télégraphistes (donnant au passage un petit rôle à Adam Driver). Il est temps de mettre fin à la guerre, leur dit-il et il rédige un mot à transmettre au Général Grant : qu’il amène à Washington les négociateurs sudistes ! Puis il reste à papoter avec les télégraphistes, et raconte, comme à son habitude, une petite histoire absconse dont il a le secret (ici, « choisit-on de naître où l’on nait et quand l’on nait ? » suivi du premier axiome d’Euclide). Le plus souvent, cette petite histoire sert à tirer une morale à l’attention de son interlocuteur. Mais ici, la morale va s’adresser à Abraham Lincoln lui-même. En discutant avec les télégraphistes, le Président a posé ses propres réflexions ; il change d’avis et annule l’ordre de Grant, repoussant d’autant toute perspective de paix, et repartant au combat pour l’abolition.

L’engagement du fils :
Deux minutes plus tard, idem. Plutôt que de décourager (par des dialogues) l’engagement militaire du fils Lincoln, Spielberg préfère d’abord exposer les horreurs de la guerre. Il fait suivre – à la Hitchcock – le trajet d’une brouette qui ruisselle de sang. Celle-ci ne va pas loin mais la scène dure suffisamment longtemps pour accrocher le spectateur. Et l’on comprend ce que charrie cette macabre charrette ; des bras et des jambes amputées, que l’on jette en terre. Le fils Lincoln (Joseph Gordon-Levitt), qui rêvait juste avant de partir à la guerre, essaie maintenant fiévreusement de se rouler une cigarette, sans y parvenir. Comme Indiana Jones et sa pomme, comme le président Adams et sa fleur, Spielberg préfère toujours la métaphore à une ligne de dialogue.

Comme d’habitude, Spielberg choisit d’abord le cinéma…




jeudi 7 avril 2016


Les Délices de Tokyo
posté par Professor Ludovico

Chaudement recommandé par quelques amis, et déjà dans la nostalgie d’un voyage en 2015 au Pays du Soleil Levant, des Cerisiers en Fleur, et des Porte-Avions en Flammes, j’ai traversé tout Paris pour aller voir Les Délices de Tokyo au Studio Galande.

Le pitch était vendeur, en tout cas pour toute personne qui a vraiment mangé japonais, c’est à dire au Japon. En l’occurrence l’histoire d’un vendeur de dorayaki (imaginer deux pancakes collés ensemble par une pâte sucrée aux haricots rouges, miam !). Ce commerçant est taciturne. Et la présence de jeunes collégiennes ne suffit pas à le dérider. Mais voilà qu’arrive une vieille dame, qui cherche du travail. À tout prix.

Pourquoi veut-elle travailler à 300 yens de l’heure (3€) ? Pourquoi le vendeur est si taciturne ? Pourquoi une des collégiennes ne rit pas ? Ce sont les trois enjeux du film, étalés sur une petite année, des cerisiers en fleur aux cerisiers en fleur.

Mais Naomi Kawase, la réalisatrice, y apporte des réponses consternantes, dans le fond comme dans la forme. Non seulement on s’ennuie, mais le ton larmoyant est proche du ridicule. Les Délices de Tokyo est un des pires mélos depuis longtemps.

Dommage.




mardi 5 avril 2016


Midnight Special
posté par Professor Ludovico

Il y a un ange et un diable qui se battent en duel sur les épaules du Professore, comme dans Tintin. L’ange aime le film et le diable, un tout petit peu moins. L’un est le cœur du Professore, l’autre est son cerveau de cinéphile.

Il faut toujours déconnecter son cerveau pendant un film, pour laisser son cœur parler. Du moins, si on veut pouvoir rire, et si on veut pouvoir pleurer. Mais on n’arrive pas à déconnecter le cerveau du diable pendant Midnight Special. Il y a quelque chose qui manque ici, ou là…

Mais sur l’autre épaule, l’ange du cœur aime le film, et son cœur bat très fort. D’abord parce qu’il y a dans Midnight Special un enfant très émouvant, incroyablement interprété par Jaeden Lieberher, possiblement un futur grand acteur. Et puis il y a le cast habituel des films de Jeff Nichols, Michael Shannon qui joue son père, Sam Shepard qui joue un pasteur, et Joel Edgerton*, l’ami du père.

Mais surtout Midnight Special mixe incroyablement l’efficacité du blockbuster spielbergien et la subtilité du film indépendant. La patte, finalement, de tous les Jeff Nichols, Take Shelter ou Mud

Le problème de Midnight Special, c’est son pitch : on en parle et, justement, il ne faudrait pas en parler. Ce n’est pas tant que ce soit un film à surprise comme les Shyamalan, mais plutôt que c’est gâcher l’immense plaisir dégagé par les quelques surprises. Où sommes-nous ? Que font ses personnages ? Que fuient-ils ? Le mystère nait dès les premières minutes et ne demande qu’à être révélé.

Finalement, ce petit sentiment d’inachevé et ou d’incomplétude, c’est simplement que nous envions ceux qui vont découvrir Midnight Special pour la première fois, sans rien en savoir.

* Scénariste du bijou australien réalisé par son frère Nash, The Square




jeudi 31 mars 2016


Inherent Vice
posté par Professor Ludovico

Paul Thomas Anderson est un bien étrange garçon. Grand formaliste, plutôt à l’aise dans le drame, il s’est lancé deux fois dans la comédie, une fois avec Punch-Drunk Love (et c’était raté), et cette fois-ci avec Inherent Vice, adapté de Thomas Pynchon.

Le film est donc bizarre, basé sur un matériau de départ tout aussi bizarre. On sent que PTA veut rendre hommage à un auteur qui lui est cher. Mais cela donne un film à moitié entre Chinatown, les livres de Chandler, et les frères Coen. Un privé un peu crétin, le Doc (Joaquin Phoenix), abruti par les drogues (on est en 1970), mais qui va quand même survivre à toutes les aventures, parce que comme le Big Lebowski, il est plus fort, finalement, que les autres.

Doc est à la recherche d’un mystère invraisemblable, très Grand Sommeil ; la disparition du copain de son ex-petite amie (entre parenthèses, la magnifique et très sensuelle Shasta (Katherine Waterston*)), une secte étrange (The Golden Fang), un bateau, des bikers Aryens, la corruption immobilière, des dentistes. Et un flic facho hénaurme, Josh Brolin, d’abord persécuteur du Doc qui devient peu à peu son allié. Comme dans Chinatown, comme dans Le Grand Sommeil ou Le Faucon Maltais, on ne comprend rien. Ce n’est pas grave, car comme d’habitude chez Paul Thomas Anderson, la place est belle pour les performances d’acteur.

Et on rigole gentiment. Il y a de meilleures façons de passer deux heures dans un canapé, mais il y en a de bien pires.

*Mme Jobs dans Steve Jobs




lundi 28 mars 2016


Adaline
posté par Professor Ludovico

Dans les avions, on fait d’étranges rencontres. Par exemple, on peut rencontrer la magnifique Blake Lively. Au hasard d’un film en version française dont le pitch a l’air intéressant. L’histoire d’une femme qui a un accident de voiture dans les années 20 et qui, mystérieusement frappée par un éclair, ne vieillit plus.

Ce qui pourrait sembler une bénédiction, pour la plupart des femmes, est évidemment une malédiction. Ne pas vieillir, c’est voir ses amants mourir, et ses enfants devenir vieux. Horrible. Adeline a eu autre idée : tous les vingt ans, elle disparaît. S’installe ailleurs, dans une autre ville. Recommence sa vie. Et essaie de ne plus rencontrer personne. Jure de ne plus tomber amoureuse. Difficile quand on a le physique de Mrs Lively.

Jusqu’au moment où évidemment on rencontre un beau gosse, riche et gentil (Michiel Huisman, pas mal non plus**). Que faire ? On n’en dira pas plus, car l’histoire réserve quelques rebondissements très malins.

Même si Adaline reste un peu convenu, tournant autour des formes classiques du mélo et de la comédie romantico-dramatique, ça reste un film fin et extrêmement sympathique. Et ça permet surtout de découvrir une actrice émouvante, Blake Lively, que nous croyions cantonnée* aux rôles de blondes bitchy et sans saveur d’une Gossip Girl.

* Nous avions oublié – et surtout pas reconnu – son immense prestation de Kris dans The Town, en pilier de bar et ex de Ben Affleck
** Il fait craquer la Khaleesi du Trône de Fer




dimanche 20 mars 2016


Ave, César!
posté par Professor Ludovico

On reproche souvent au Professore Ludovico de vouloir absolument que les films disent quelque chose. Comme si « intellectualiser » était devenu le pire gros mot de la langue française.

Pourtant, il suffit d’aller voir le dernier film des frères Coen pour en faire la démonstration. Voilà deux cinéastes que l’on vénère, qui nous ont toujours fait rire, ou ému. De vrais cinéastes, qui produisent une œuvre, sur la base d’un cinéma total : belles images, bonne musique, bons scénarios, grands acteurs. On a vu tous leurs films (seul Ladykillers résiste encore) ; on ne va donc pas rater Ave César !, dont le pitch nous est clairement adressé, un film d’Hollywood sur Hollywood. Pas n’importe quel Hollywood, non, l’Usine à Rêves des années 50, Hitchcock et Louis B. Mayer, Howard Haws et Gene Tierney, L.A. Confidential et Hollywood Babylon.
Le pitch en question : un acteur de péplum pas très malin est enlevé par une étrange bande de gangsters. Le fixer du studio, le gars chargé de résoudre les problèmes, qui a pourtant d’autres choses à faire (transformer un cowboy en acteur et arrêter de fumer, entre autres), doit le retrouver.

Entre temps, on aura assisté à des performances d’acteurs protéiformes à qui auront eu toutes les possibilités d’exprimer leurs (multiples) talents ; un fixer catholique rongé par le devoir (Josh Brolin), un acteur de péplum idiot (George Clooney), une actrice sublime mais irascible à voix de crécelle (Scarlett Johansson), un cowboy plus doué pour le lasso que pour Douglas Sirk, deux jumelles foldingues de la presse hollywoodienne (Tilda Swinton et Tilda Swinton), un géant blond au charme trouble qui danse comme un dieu (Channing Tatum), un réalisateur suédois qui ne veut pas se marier à la crécelle, même pour arranger les patrons du studio (Christophe Lambert !), sans oublier une bande de scénaristes cryptocommunistes, un pasteur, un prêtre, et un rabbin*.

Tout cela fait rire pendant le film, mais tout cela ne suffit pas, car on ne voit pas où les frangins veulent en venir. En fait, nulle part, juste se marrer à enchaîner ces scènes incroyables, pastiches des plus grands films de l’époque (Ben Hur, La Première Sirène, Un Jour à New York), et ça devrait suffire aux tenants du fameux cinéma-distraction évoqués au début de cette chronique.

Mais, non, ça ne suffit pas de nous amuser ; il manque un petit quelque chose d’indéfinissable, un fil conducteur. Une bonne histoire, des performances d’acteurs, ça ne suffit pas. Il y a un creux, là, dans le ventre.

Il manque pour tout dire un cœur à cette histoire. Le désespoir tranquille de Llewyn Davis, un chanteur qui n’aura jamais de succès, les désarrois 70’s de Larry Gopnik, père de famille « serious man », le racisme du Sud (O’Brother), ou la stupidité des services secrets post-11 Septembre (Burn After Reading).

La nuance est subtile, mais c’est ce qu’il fait le tri entre un bon film des frères Coen est un chef-d’œuvre des frères Coen. Et, à vrai dire, c’est ce qui fait le tri entre un bon film et un mauvais film. Quoi qu’on en dise, on ne veut pas juste se distraire. On veut un sujet à tout cela ; quelque chose qui touche un peu plus profondément. Et plus ça me touche profondément, plus on rira, ou plus on pleurera. C’est la raison d’être du spectacle depuis toujours.

Et pour toujours.

* Plus un gars de Girls, une fille de Newsroom, le Sergent Zim, un postier de Seinfeld et Dolph Lundgren…




août 2026
L M M J V S D
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31