Le style ne fait pas tout ; je viens de l’apprendre à mes dépens. Fan absolu de La Ligne Rouge, et même de Badlands, j’attendais comme le messie le nouveau Terence Malick. Pourtant, ce film prouve que le cinéma pas une science, ni un art, mais fait bien partie des pratiques magiques. Avec les mêmes ingrédients (narration déstructurée, montage « musical », film choral avec multitude de personnages, beauté de la musique et de l’image), on obtient des résultats absolument inverses.
Pourtant c’est le même homme aux commandes, la technologie n’a pas changé, les thématiques Malickiennes sont toujours là, mais Le Nouveau Monde est un échec pour les mêmes raisons qui font de La Ligne Rouge un chef d’œuvre.
L’histoire, donc. Le capitaine John Smith découvre l’Amérique et Pocahontas, elle le sauve et tombe amoureuse de lui. Il l’en dissuade. Elle rencontre un autre, qu’elle n’est pas sure d’aimer. Y’avait il matière à faire un film ? Sûrement, Disney l’a fait avec les dégâts que l’on sait* mais ici, Terrence Malick ne va quand même pas s’abaisser à raconter une histoire… Non, il a des thèmes à évoquer, le panthéisme, la place de l’homme dans la nature, tout ça. Donc on ne saura rien des motivations des personnages, des débats qui agitent les indiens qui seront survolés par de belles images planantes et une voix off pénible « où suis-je ? » « que penses tu mon amour ? », le tout en filmant des arbres vus d’en dessous, de l’eau sur les pierres, des poissons. Bien sûr les indiens sont beaux et gentils, et Pocahontas a dégoté une très joli minijupe qui lui va fort bien. Par contre, les anglais sont sales, cannibales, et leurs femmes sont moches. Heureusement ces clichés vont disparaître à la moitié du film, quand arrive Christian Bale, le nouveau M. Pocahontas. Là, le film reprend un peu corps, une tension dramatique s’installe. Pourquoi ne l’aime-t-elle pas ? Retrouvera-t-elle John Smith ? Il faudra patienter jusqu’à un final splendide qui, malheureusement, ne sauve pas nos deux heures d’ennui…
Le style, qui enluminait la structure classique du film de guerre (avant la bataille, la bataille, après la bataille) ici plombent le film, parce qu’il n’y a pas cette structure « classique » qui sous-tend tout le reste. Quelques exemples : les faux raccords sont ici insupportables, la musique mange toute l’image, et particulièrement l’utilisation du concerto n°23 de Mozart, complètement anachronique. Les acteurs sont absents, et le manque d’histoire est flagrant.
La Ligne Rouge , ou Badlands, proposait avec le même style les qualités inverses. Il y a avait la même thématique, certes, les mêmes effets, mais l’histoire était suffisamment forte pour porter ces thèmes, nous amener à y réfléchir. Chaque personnage avait son histoire à raconter, son drame personnel, et la bataille y était un aboutissement, tandis que la scène finale avec Clooney, montrait qu’il n’y avait pas de happy end final mais que la guerre ne serait qu’un incessant recommencement…
Cela fait de la peine à voir chez quelqu’un comme Malick, mais ici, nulle histoire, que du thème, que du style. Malheureusement, c’est loin de faire un film ; nous ne sommes pas à la Géode ; des belles images peuvent amener la rêverie, mais guère plus…
* une enfant interrogée sur Europe 1 à la sortie du film avait adoré Pocahontas, parce que (sic), il montrait que les indiens et les êtres humains pouvaient s’aimer
posté par Professor Ludovico
C’était tout d’abord le retour de deux anciens Don Coscarelli (Dar l’Invincible) et Bruce Campbell (L’armée des ténèbres.) Je sais, ça ne sonne pas comme le nouveau Terence Malick ou le retour de Greta Garbo, mais pour le cinefaster moyen, ça le fait…
L’histoire en deux mots : dans une maison de retraite texane, vit le vrai Elvis … car, le saviez vous, il a échangé sa vie dans les années 70 contre celle d’un de ses innombrables imitateurs qui sillonnent l’amérique. Et c’est cet imitateur qui bien sûr est mort à sa place. Il vit avec un vieux noir qui prétend être JFK… ces deux-là, presque impotents, vont devoir sauver leur collègues retraités d’une terrible menace, le retour de Ho-tep, une momie égyptienne qui aspire les âmes. Comme vous pouvez le voir, le pitch le fait grave !
Mais ça s’arrête là, car nous pouvions avoir- au choix – une joyeuse parodie, un film d’horreur nanar tout à fait acceptable à la Arac Attack, mais il n’en est rien : le film est poussif, pas drôle, et ne fait évidemment pas peur…
Au final, un échec…
A moins que… dans mon sommeil m’est venu une autre analyse, plus personnelle celle-là : je pense que ce film ne marche pas, ne nous distrait pas, car il est aussi horrible que la Vérité. Aussi horrible que le vie elle-même…
Ne sommes nous pas condamnés, en effet, comme Elvis et JFK, à finir dans de sordides maisons de retraites, à se faire astiquer le pénis par des infirmières acariâtres au ton condescendant, pour de malheureuses raisons médicales ? N’avons-nous pas raté nos vies artistiques, et laissé en chemin nos idéaux ? N’avons nous pas raté, comme ces deux là, nos vies familiales ? Avons-nous aimé assez nos femmes et nos enfants ? Leur avons-nous dit ?
Au-delà, aucune happy end n’est possible : on ne triomphe pas de la mort, on peut juste espérer sauver son âme …