Si vous cherchez un mode d’emploi pour saboter un sujet en or, vous pouvez aller voir 30 Jours de Nuit, qui fait fort dans le salopage à gros budget. Le pitch, sur une idée toute bête, fait pourtant saliver : quel meilleur endroit pour des vampires que… la nuit éternelle ? Pas de petit matin qui déchante, pas besoin de se ruer à la pharmacie pour se dégotter de la crème anti-UV protection 60… Mais où trouver ça ? Tout simplement à Barrow, Alaska, qui offre chaque année 30 jours de nuit sans fin.
Ca commence donc très fort, par petites touches subtiles : des portables volés qu’on retrouve brûlés, des chiens égorgés, un générateur qui tombe en panne… Tout ça sent le nouveau The Thing… Mais c’est le moment où brusquement (un peu trop brusquement) on passe en mode slasher. Je n’ai rien contre, mais ca mériterait un peu de lien pour passer du thriller au découpage systématique de gorges et d’avant-bras…
De là, on déchante rapidement, il n’y a plus de pilote dans l’avion. David Slade, le réalisateur, enchaîne les scènes de genre : le-type-qui-veut-sortir-sauver-son-père-alors-que-c’est-sans-espoir, le-copain-qui-est-contaminé, le-brave-type-qui-se-sacrifie. Encore une fois, je n’ai rien contre, mais il faut que ce soit amené avec talent, ou avec humour… Ni l’un ni l’autre dans 30 Jours de Nuit, les dialogues consternants sont chargés de faire passer la sauce…Il ne manque pourtant qu’un petit fil rouge, qui pourrait mettre un peu plus la pression que le compte à rebours (« encore 10 jours, encore 3 jours… »)
Pour couronner le tout, les vampires sont traités de manière ridicule, baragouinant une sorte de slovaque incompréhensible, et perpétuellement couvert de sang autour de la bouche, alors que leurs costards restent nickels par -30. On augurait de mieux puisqu’au début apparaît un cargo noir et sinistre (on suppose que les vampires viennent de là, mais on n’en saura jamais plus*).
Bref une sensation de gâchis, parce que les comédiens ne sont pas mauvais, le réalisateur a une vraie patte, et les décors sont très réussis… mais il manque un petit supplément d’âme.
* alors que la BD, de mémoire, apportait une explication plus détaillée.
posté par Professor Ludovico
Voilà un film ambitieux, qui ne vise pas moins que de nous amener à réfléchir sur notre condition, sur notre tentation du confort et du conformisme, mais aussi à notre irrépressible besoin de liberté…
C’est aussi, pour le Professore Ludovico, un film qui part a priori avec un très gros handicap : le trip écolo, Allons vivre dans la nature, quittons la ville, fuyons familles, amis, et civilisation… tout ça est en général très suspect à mes yeux ! Il fallait donc le talent d’un Sean Penn pour ne serait-ce que m’inciter à aller voir ce film. Le talent est là, doté d’un scénario habile et d’un jeune comédien hors pair.
Tout d’abord, Sean Penn évite l’écueil numéro un : le manichéisme. S’il filme la beauté de la nature, la pureté des intentions de Christopher McCandless, la désagrégation de la famille McCandless, il n’hésite pas à placer une contre-argumentation : la voix off de la sœur (porte parole de Christopher), les « parents » qui parlent au travers de Catherine Keener ou d’Hal Holbrook. En bref, le film ne plaide pas qu’à charge. Ensuite, en alternant flash-backs et séquences en Alaska, il donne un vrai rythme au film, créant un suspense, là où il n’y en a pas vraiment, autour de l’enjeu : Christopher survivra-t-il à cette aventure extrême ? Il évite aussi le trip écolo, parce que si le film enlumine la nature, Sean Penn ne sombre pas dans l’angélisme : il faut tuer pour survivre, et se nourrir seulement de baies peut s’avérer dangereux…
Quant au comédien, Emile Hirsch est tout simplement fabuleux, alternant justement plusieurs registres, entre sa vie d’avant et celle d’aujourd’hui. Il engendre une véritable sympathie, qui transformerait, sinon, le film en pensum.
On pardonnera donc à Sean Penn de loucher un peu trop du côté d’Easy Rider, et les quelques (légères) longueurs du film, et on se ruera à Into The Wild avec plaisir, ne serait-ce que pour réfléchir un peu…
dimanche 20 janvier 2008
Gone Baby Gone, part one (Teasing)
posté par Professor Ludovico
Me voilà plongé devant un étrange cas de figure : comment vous convaincre d’aller voir le chef d’œuvre de ce début d’année qu’est Gone Baby Gone sans en révéler la substantifique moelle, c’est-à-dire l’intrigue du film ?
En effet, le film de Ben Affleck, – qui a bien fait de passer à la réalisation, tant son talent de comédien devenait de moins en moins visible, alors que ses capacités de réalisateur s’affirment dès aujourd’hui – vaut par son intrigue dans son ensemble, et n’en révéler ne serait-ce qu’un bout dénaturerait complètement votre rapport au film.
Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il s’agit d’une histoire d’enlèvement d’enfant, et d’un couple de détective que l’on recrute pour participer à l’enquête aux côtés de la police, avec les rapports tendus que l’on imagine. A mi-chemin entre le polar et le drame social, le film dévide sa bobine par petites touches subtiles. Très bien filmé, avec des acteurs confirmés (dont les toujours immenses Ed Harris et Morgan Freeman), le film ne manque pas de défauts. Nous en reparlerons.
Car ma proposition* est la suivante : vous avez 3 semaines pour aller voir ce film ! Le 10 février 2008 (le film ne sera plus en salles, j’imagine), je vous dirais TOUT !
* sur une suggestion de James Malakansar, que je remercie au passage…
mardi 15 janvier 2008
Topten 2007
posté par Professor Ludovico
Chaque année, un ami à moi, Philippe, réunit quelques camarades pour le Topten. Le sujet est simple : élire, comme à Télérama ou à Studio, les 10 meilleurs films de l’année (le Topten) et les 5 pires (le Bottomfive). On mange de la galette (j’aime pas ça) et on s’engueule sur le cinéma (j’adore ça). Ils vont beaucoup au cinéma (record 2007 : 109 films), travaillent pour certains dans le milieu, et défendent plus facilement le cinéma français que moi. Pour ma part, j’aime suffisamment la provocation pour leur suggérer que Transformers est, aussi, un grand film de l’année.
Mais cette année, c’était plutôt mou : nous étions peu nombreux, et nous nous sommes accordés à dire (c’est extrêmement rare) que c’était une année sans.
Voici donc leur Topten :
La Vie Des Autres
Ratatouille
Bobby
Half Nelson
Once
Par Effraction
Roman de Gare
Caramel
La Môme
Goodbye Bafana
…et leur Bottom Three :
99F
L’homme sans Age
Le Prix à Payer
Mon Topten :
Control
L’incroyable Destin d’Harold Crick
Mon Frère Est Fils Unique
Kings Of The World
Zodiac
Transformers
Half Nelson
300
Raisons D’état
Apocalypto
et mon Bottomfive :
L’âge Des Ténèbres
Next
L’illusionniste
Les Promesses De L’ombre
Paranoid Park