[ Les films ]



jeudi 9 juillet 2009


Good Morning England
posté par Professor Ludovico

La photocopieuse à scénario a encore frappé ! Working Title, qui mérite de plus en plus son nom, récidive dans la feelgood comedy la plus crasse qui soit. Retour sur une escroquerie.

Au départ, il y a l’excellent 4 Mariages et un Enterrement : comédie fine, gags drôles, fin feelgood mais pas trop, parce que la vie, c’est plus compliqué que ca…

Surfant sur le carton, les angliches remettent le couvert, et là ça dégénère, enchaînant le pire au pire : Coup de Foudre à Notting Hill, Love Actually, Bridget Jones, comédies de plus en plus sucrées, de moins en moins acérées. Et voilà aujourd’hui, Good Morning England.

Sur la base de l’histoire vraie de Radio Caroline, une radio pirate qui forma les goûts rock de millions d’anglais, Français, Belges, Allemands, Good Morning England brode une histoire qui ne tient pas debout : le « héros », jeune adulte, est envoyé sur le bateau pour faire son éducation. Il y rencontre une galerie de disc-jockeys improbables : pourquoi pas. Il y apprend un Terrible Secret Familial qu’il n’est pas difficile de deviner, il y perd un élément très important de l’adolescence (je vous laisse imaginer). Ensemble ils affrontent d’horribles censeurs britanniques (bêtes, laids, méchants, coincés)… Seul justement Kenneth Branagh, dans une performance hallucinante de ministre fasciste, arrive à nous sortir d’un irrémédiable ennui…

Bon, c’est caricatural, ce qui, vous me direz, est logique dans comédie. Mais le pire n’est pas là. Ce qui manque à Good Morning England, c’est une (ne serait-ce qu’une seule !) once d’originalité. A chaque scène, vous devinez la fin. A chaque tirade d’un personnage, vous devinerez la réplique.

Quand le héros sort de la chambre où il vient de perdre son pucelage (ah zut je l’ai dit !), et ferme doucement la porte : surprise ! Tout le monde est là ! Etonnant, non ? Quand les deux DJs ennemis se lancent un défi : oh, ils montent au mât du bateau ! Toujours plus fort, le premier se jette à l’eau, eh bien, l’autre, il fait pareil ! A aucun moment, la moindre surprise ne vient rompre le monotone tic-tac du scénario, d’autant plus pénible qu’il est englué dans les bons sentiments, la gentillesse dégoulinante, les réparties toujours aussi brillantes, glacées, et sophistiquées de la fameuse « comédie britannique » dont on nous rebat les oreilles…

Ce n’était pourtant pas le cas de 4 Mariages, où le mauvais esprit venait en permanence titiller cette belle mécanique.

Mais dans la salle, tout le monde riait : quel affreux sentiment, d’être le vilain petit canard, de ne pouvoir participer à cette messe chronométrée…




lundi 6 juillet 2009


Very Bad Trip
posté par Professor Ludovico

Ah, Vegas ! Poubelle de l’Amérique, égout de ses turpitudes refoulées (sexe, drogues, mafia) ! Source d’inspiration pour Hollywood, mais pas tant que ça : Showgirls, Leaving Las Vegas, Very Bad Things, et maintenant, Very Bad Trip, en plus clair The Hangover (la gueule de bois)*.

Avoir piqué le titre du déjà excellent (mais noir) Very Bad Things, n’est pas forcement une bonne idée, car contrairement à son aîné, c’est une excellente comédie dont il s’agit ici.

Le pitch, sans trop en dévoiler** : trois copains vont enterrer la vie de garçon d’un quatrième, jeune bourgeois friqué, qui se marie le lendemain à une toute aussi bourgeoise héritière. Les copains ? Un beau gosse, prof à la ramasse, qui n’aime pas trop ses élèves, un dentiste en couple avec une virago castratrice (ce qui l’oblige à camoufler sa virée vegassienne en stage œnologique dans la Napa Valley !), et le troisième, frère de la marié, limite idiot du village. Le cocktail promet, et ça va se confirmer !

Car au petit matin, douloureux réveil : la chambre est ravagée façon Led Zeppelin : de la lingerie féminine traîne de ci de là, des fauteuils brûlent encore, le dentiste a perdu une dent et… bien sûr, le fiancé a disparu !

Nos compères ont donc 24 heures pour retrouver, dans leurs souvenirs très embrumés, ce qui s’est passé pendant la nuit, et, partant, la trace du marié…

Si ce pitch ne tient pas forcément la distance, et devient un peu mécanique vers la fin, le film tient par l’excellence des comédiens, la finesse des personnages, et l’inventivité du scénario…

A tel point qu’Hangover 2 est déjà dans les tuyaux !

Si vous alliez déjà voir le premier ?

* L’immense défouloir que représente Vegas, ou la tradition du Spring Break sur la Côte Est, reste un grand sujet d’interrogation pour les latins en général, et les français en particulier.

** La bande annonce dit tout, malheureusement…




lundi 22 juin 2009


Des raisons d’aller voir Woody Allen
posté par Professor Ludovico

Des raisons d’aller voir Woody Allen, il n’y en a, en vérité, que deux : la mauvaise, et les bonnes. La mauvaise – la plus fréquente, avouons-le -, c’est le sempiternel : « Tu l’as vu, le dernier Woody Allen ? » ; mais mon pôôôvre, si c’était le dernier, ça se saurait !!!

Les bonnes raisons sont beaucoup plus rares, et ne sont jamais assorti d’une garantie de résultat. Ainsi, aller voir Hannah et Ses Sœurs parce qu’il y a Carrie « Princess Leia » Fischer : mauvaise pioche ! Voir Match Point pour Scarlett Johansson, bonne pioche…

Cette fois-ci, ma raison sera Larry David.

Larry qui ?

Mais faut sortir les gars ! Larry David, le co-createur de Seinfeld, le créateur-auteur-interprète de Curb Your Enthousiasm, la vraie-fausse téléréallité avec des vrais gens d’Hollywood dedans !!!

Parfait alter ego de Mr Allen, on devrait s’en donner à cœur joie dans Whatever Works, le modèle 2009 de la WoodyAllen co….

Ou pas.




samedi 13 juin 2009


Dramaturgie du sport
posté par Professor Ludovico

Vous l’aurez compris, à CineFast – et contrairement au cinéphile moyen -, on n’a rien contre le sport, et même les sports de masse, comme le football, si souvent boudés de nos amis intermittents du spectacle*.

Ceci n’est pas un blog sur le sport, mais rien n’empêche d’en parler, la saison étant propice. Après un article sur rugby, il est intéressant de s’interroger sur leur cinématographie (voulue), et leur dramaturgie (non voulue, certes, mais quelque peu dictée par les règles). Le plus étonnant, en ce moment c’est sûrement le tennis, et Roland Garros en particulier. Pourquoi ?

On s’y attache rarement, parce qu’il fait partie de la culture française, mais le tennis est un sport très bizarre. Système de score alambiqué (15, 30, 40 au lieu de 1-2-3), limites de terrain ésotériques (on utilise les marques du Double alors que l’épreuve n’est pas retransmise), et organisation pléthorique : 9 arbitres, 6 ramasseurs de balles pour 2 pauvres joueurs.

Et surtout, un des rares sport où l’on ne connaît pas la durée de jeu : 40 minutes ou 5 heures ? Pourquoi ? Parce qu’au tennis, il faut blesser au moins deux fois l’adversaire de suite pour gagner. Blesser, plutôt que marquer, car le tennis s’apparente en fait à une joute (on dit d’ailleurs tournoi). Nous voilà revenu, pour ce sport aristocratique, au moyen âge !

Un sport tout à fait élitiste où il faut se taire comme à l’opéra, ou l’on tend la serviette au joueur, qui ne se baisse jamais pour ramasser une balle, et au fair play absolu (on attend l’adversaire avant de servir) ; toute cette considération pour le sport le plus cruel qui soit, qui ressemble souvent plus à une mise à mort qu’à autre chose.

Les larmes de Federer, dimanche dernier à Roland Garros, participent de cette dramaturgie. Le noble chevalier Roger, portant haut les couleurs de sa gente dame, a corrigé le soudard Söderling, et, triomphant enfin dans la lice du Roi de France, pouvait enfin verser de nobles larmes.

*anecdote personnelle : lors d’un week-end à la campagne avec des copains travaillant dans l’Usine à Rêves, et voulant organiser un match de foot, je fus obligé de racler les fonds de tiroir pour organiser un semblant d’équipe. Il fallut les tirer un par un de leurs transats. L’un d’entre eux se fit énormément prier « Je ne sais pas jouer / J’aime pas le foot ». Après un « T’as pas le choix » énergique, et une heure de jeu, le gus en question se révèle Zidane de la journée. Au retour, je complimente l’épouse de Zizou sur les talents de son mari. Réaction mi-étonnée, mi-effarée : « TOI, TU JOUES AU FOOT ??? » Quelle déception, après tant d’années de mariage !




samedi 13 juin 2009


Le Seigneur des Anneaux, un bilan
posté par Professor Ludovico

Quid de la trilogie, huit ans après ? Après une relecture familiale des trois opus, Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Le Retour du Roi, il reste à faire un bilan global du nazgul jacksonien. Que restera-t-il de ces films dans dix ans, dans vingt ans ? Nul ne le sait en vérité. La postérité est une sorcière malicieuse, qui laisse peu d’indices aux vivants sur la trace qu’ils laisseront. « Make it count », pourrait-on simplement paraphraser le Jack de Titanic.

Pour ma part, la trilogie me fait penser à Ben Hur. Le Seigneur des Anneaux, la SF au cinéma en général (en tout cas la version survitaminée que se contente de nous proposer Hollywood depuis toujours)*, c’est le péplum de notre génération. Des films à grand spectacle, mais horriblement dépassés aujourd’hui. (A l’opposé, les western tiennent mieux la rampe).

Ben Hur, là-dedans, c’est le haut du panier. Ridicule, mais avec de la gueule. Une scène de chars irremplaçable, un beau scenario, et un peu de ridicule à droite et à gauche. Mais pas honteux, non plus.

Le Seigneur des Anneaux, c’est pareil. On moquera les préciosités elfiques, les combats confus, la musique ringarde, et certains acteurs cantonnés à des taches subalternes, comme on dit dans Drôles de Dames.

Mais on n’oubliera pas la performance de Frodon, de Sam, de Gollum et d’Aragorn, les belles scènes (la Moria, le Gouffre de Helm, l’Eriador, la Bataille de Minas Tirith. Et évidemment, la fin.

Selon la belle formule de l’ami Fulci, Le Seigneur des Anneaux est-il le Star Wars des années 2000 ? Sûrement.

Les chroniques :

Le Seigneur des Anneaux
Les Deux Tours
Le Retour du Roi


* évitant d’adapter correctement les œuvres plus intimistes (voir le traitement réservé à Dick, à Herbert, et à tous les grands auteurs de SF qui attendent d’être adaptés.




mercredi 10 juin 2009


Le Retour du Roi
posté par Professor Ludovico

Le Retour du Roi mérite bien son nom; après deux opus lourdingues, le nazgul de l’infâme Jackson décolle enfin.

Il décolle, en fait, dans une dernière heure d’exception. Avant, on aura dû supporter de ridicules pirates (Peter Jackson lui-même, le chef op’, et quelques autres, costumés, juste pour la fendouille, dixit le making of), des morts vivants aux effets spéciaux vraiment pas terribles, et Denethor qui (sur)joue le désespoir.

On échangea tout cela volontiers contre le siège de Minas Tirith, et le combat avec Sheelob, magnifiques, ou tiout simplement, cette dernière heure du Retour du Roi.

Car, cette heure, mazette ! Elle commence par l’une des plus belles répliques du film, une des plus belles exhortations cinématographiques au courage et au sacrifice : Aragorn, désespéré, lance ses troupes devant la Porte Noire, pour faire diversion et sauver Frodon : « Je vois dans vos yeux la même peur qui s’empare de mon cœur. Un jour viendra peut-être, où le courage des hommes faillira, où nous oublierons nos amis et les liens qui tissent cette communauté. Mais ce jour n’est pas venu. Aujourd’hui, nous combattons, pour Frodon !* »

Pour la première fois depuis neuf heures de pyrotechnie jacksonienne, un frisson me parcourt enfin l’échine. Il ne va plus me quitter jusqu’à la fin. Car en face, on enchaîne avec le martyr hobbit, impeccablement joué par Elijah Wood (Frodon). Et, surprise, comme dans le livre, le vrai héros du Seigneur des Anneaux se révèle enfin : Sam le valet, Sam le lourdaud, Sam le brave type (Sean Astin). On avait déjà compris, dans cette histoire extraordinaire d’anneaux magiques, d’épées brisées, de magiciens wagnériens et de Götterdämmerung, que les vrais héros étaient les hobbits, ces common people, ces paysans aux pieds poilus échappé d’une quelconque campagne anglaise. Des héros petits, faibles, sans armes, et sans magie : c’est eux qui allaient écrire cette histoire**

Mieux, ce n’est pas Frodon, Saint Sébastien percé de milles flèches, qui va détruire l’Anneau comme prévu. Sans Sam, qu’il a congédié sous l’influence de Gollum, Frodon, ne peut plus rien, accablé du poids de l’Anneau. Mais l’amitié, la fidélité indéfectible du « cœur simple » flaubertien de Sam, revient le sauver, selon le fameux adage « Je ne peux pas le porter lui, mais je peux vous porter, vous… » Frodon faillit pourtant, car, par un superbe retournement de situation, il finit, corrompu, par s’emparer de l’Anneau. C’est là qu’intervient la plus belle réussite de Peter Jackson : Gollum.

Car depuis le début, le personnage le plus étonnant, le plus émouvant, c’est un personnage simplement issu du processeur d’un ordinateur (et de la performance en motion capture d’Andy Serkis, qui « joue » non seulement Gollum et King Kong***, mais aussi un marin dans ce dernier film). Gollum est non seulement un personnage splendide, l’archétype de la corruption, du mal, de la trahison, mais aussi un personnage incroyablement riche, et c’est donc une gageure de l’interpréter : à la fois schizophrène, effrayant, amusant, apeuré, comploteur… la 3D, plutôt que d’aplatir le personnage, lui donne une dimension inégalée…

Jackson ne commettra qu’une faute de goût, très hollywoodienne. Dans le film, c’est Frodon qui – en héros – précipite l’Anneau vers sa destruction. Dans le livre, c’est… le hasard ! Gollum recule, et, sans le savoir tombe dans le vide, l’Anneau à la main. Il réalise ainsi la prophétie de Gandalf, qui a permis d’épargner la vie de Gollum à de nombreuses reprise : « Même les gens les plus minuscules ont un rôle à jouer »****.

Il restait à conclure, et c’était l’angoisse majeure des Tolkienniens, l’adaptation de ces cent dernières pages extraordinaires qui font du Seigneur des Anneaux un chef d’œuvre, et pas un livre de fantasy de plus. Dans ces pages, antithèse hollywoodienne, il ne se passe rien. Nos amis sont remerciés, retournent à la Comté, où l’on oublie vite leurs hauts faits. Un simple échange de regards entre Sam et Frodon suffit dans le film à le faire comprendre (le cinéma, c’est simple parfois, hein, Monsieur Jackson !) Puis on raccompagne Bilbon, maintenant très âgé, jusqu’aux Havres Gris.

S’il y avait un gage à donner aux fans, c’est bien cette scène-là : tout le Seigneur des Anneaux est dans ces dernières minutes. Jackson réussit un sans-faute, sans dialogues, sans flonflons, l’émotion pure. Et termine en beauté, avec le retour de Sam,
« à la maison ».

Le Retour du vrai Roi.

* C’est encore plus beau en anglais : I see in your eyes the same fear that will take the heart of me. A day may come when the courage of men fails, when we forsake our friends and break all bonds of fellowship, but it is not this day.
This day we fight.
For Frodo!

** C’est le cas d’ailleurs, littéralement : à la fin, Frodon a complété le Livre Rouge de Bilbo : le récit des souvenirs de son oncle, les siens, il reste à Sam de le compléter.

*** Il est notable de constater que, libéré de toutes contraintes (pas de fils Tolkien sur le dos, pas 30 millions de fans hardcore des Terres du Milieu pour lui faire des leçons de grammaire elfique), le Peter Jackson de King Kong vole en apesanteur, opposé à ses lourdes bottes de plomb orques du Seigneur des Anneaux.

**** L’influence marquante de Tolkien, c’est son expérience des tranchées. Il y connut, comme tant d’autres, les affres de la guerre, mais aussi la naissance d’amitiés indéfectibles. Et aussi l’idée que parfois ce sont des petits « soldats » insignifiants qui peuvent faire de grandes choses.

les chroniques des deux opus précédents :
Le Seigneur des Anneaux
Les Deux Tours




lundi 1 juin 2009


Anges et Démons
posté par Professor Ludovico

Sacré Dan Brown ! C’est reparti pour deux heures de catholic bashing, à tel point qu’on cherche en vain dans le générique la mention « Aucun catho n’a été blessé pendant le tournage ».

Car résumons : non contents de nous avoir caché qu’Audrey Tautou est l’arrière-petite fille de Jésus, les cathos sont aussi : des carriéristes (« je veux être pape à la place du pape »), incompétents (« les carabinieri osent réfléchir à deux fois avant de désobéir à leur commandant pour obéir pourtant à Tom Hanks !! un CITOYEN AMERICAIN, for god’s sake ! »), ignorants (« Ne connaissez vous donc pas votre propre histoire ? » »), contre le progrès (la foule place St Pierre contre les expériences sur embryon humains), fanatiques (le cardinal refuse d’évacuer la place Saint Pierre, pourtant sous la menace d’une terrible bombe), pas reconnaissants pour deux sous, etc., etc. De même, les italiens sont pas très fut-fut’, les suisses sont fanatiques, les allemands tyranniques, les portugais sont gais, et les espagnols sont gnols. Les gars sympas sont noirs (un cardinal sympa), ou irlandais (le camerlingue, fort bien joué par Ewan McGregor).

Et puis évidemment, il y a les américains, représentés à lui tout seul par Robert Langdon, Tom Hanks en personne. Le decent american guy parfait : intelligent, cultivé, pragmatique, courageux, et… toujours aussi pédé : après Audrey Tautou à qui il ne faisait pas grand mal, le grand duduche passe la journée avec une italienne sculpturale et ne lui parle que de physique quantique…

Mais encore une fois, le paradoxe brownien marche à plein : après deux heures de pilonnage anticatho, le film fait un demi-tour inexplicable, inversant tous les repères du spectateur, et terminant sur l’équilibre nécessaire entre foi et science, et qu’il faut bien pardonner à l’église catholique, car (sic) « Personne n’est parfait ».

Les livres de Dan Brown calent très bien une armoire normande, le film de Ron Howard calera très bien un dimanche soir sur TF1.




lundi 25 mai 2009


Millenium
posté par Professor Ludovico

Intéressant de voir l’adaptation d’un livre culte que l’on n’a pas lu. On sent le bouquin derrière, les gages concédés aux fans hardcore, mais dans Millenium, ça n’affecte pas la compréhension de l’œuvre… contrairement, par exemple, au Seigneur des Anneaux.

Avec Män Som Hatar Kvinnor*, on passe un bon moment. Enfin, façon de parler : meurtres enlèvements, nazis, immolations, tout y est. Non, ce qui est bien rendu, c’est cette ambiance glauque des pays scandinaves, déjà très bien rendu dans L’Hôpital et ses Fantômes, ou Les Idiots de Lars von Trier. Ou plutôt, Festen, dont l’ambiance se rapproche le plus. Mais ici, pas de Dogma, on est dans le polar le plus classique.
En 1966, Harriet, héritière de la famille Vanger, a disparu. Depuis, tous les ans, son assassin envoie une fleur sous cadre à son grand père, Henrik, qui décide de missionner le journaliste Mikael Blomkvist pour enquêter. En parallèle, une mystérieuse hackeuse gothique, Lisbeth, se fait persécuter par son tuteur.

L’ambiance est là, certes, mais le suspense, non. Quand la vérité est révélée, difficile d’applaudir à deux mains, car rien, dans les deux heures précédentes, ne nous permettait de trouver la solution de l’énigme. Hors, selon la Loi d’Olivier (il faudra un jour que je publie les grandes lois CineFastiques, largement inspiré de mes petit(e)s camarades cinéphiles), si le metteur en scène a toutes les cartes en main (et le spectateur aucune), alors il joue à Dieu, et alors, c’est pas juste ! Et il a raison Olivier ! A la fin de Millenium, ça pourrait aussi bien être le père, le frère, le cousin ou la belle sœur, on n’en serait pas plus étonné. Pire, on s’en fout.

Sans rien dévoiler, disons juste que la confession finale sort un peu de l’ordinaire, et qu’elle apporte un peu de fraîcheur à dans ce genre de scène assez convenues.

Ce qui amène, en passant, à constater les différences entre roman et cinéma. Si cette révélation finale a passionné les lecteurs de Millenium, c’est que pendant les heures passées à dévorer le livre, ils ont eu le temps de s’intéresser à cette enquête, à apprendre à aimer (ou à détester) les personnages, à s’associer (ou non) à leur destin, en bref, à vivre avec eux pendant plusieurs semaines. Le cinéma, c’est différent : on a deux heures à passer ensemble (comme un livre de Marc Levy), donc on ne peut pas faire dans la fioriture. Il faut poser l’enjeu des le début : Mikael dévoilera-t-il l’assassin de Harriet Vanger ? Et surtout, jalonner le film d’indices. Le spectateur doit être avec lui, il ne peut pas être lui.

Autre sujet de méditation, très Framekeeperienne, cette fois-ci : Millenium est-il un film chrétien ? Sûrement, mais chrétien fondamentaliste, et donc, un film américain.

Le héros est très à gauche, et son géniteur, Stieg Larsson, l’était aussi. Mais le film montre, avec une complaisance très américaine (L’Arme Fatale, 24…) des scènes de torture. Soit. Mais aussi une scène de vengeance que je n’ose appeler mimétique (y’a-t-il des girardiens dans la salle ?)

Sans rien en dire, résumons simplement le propos : tu m’as fait ça, je te fais exactement la même chose ; on m’a fait ça quand j’étais enfant : je me vengerai de la même façon. Ces scènes sont filmés dans la longueur, avec une certaine délectation, qui tranche avec le propos « démocratique » du livre/film : Mikael Blomkvist se bat pour ses idées, et pour que la justice, et la vérité triomphe.

Mais non, ici, c’est œil pour œil. Dent pour dent. La loi du talion, si chère aux fils d’Abraham, à l’ancien testament, donc au cinéma US**, et si absente de notre cinéma européen (sauf le cinéma d’action, directement sous influence américaine). Dans un film français, on va chercher (même dans la douleur) l’application de la justice, ou du pardon. Ici, aucun pardon n’est possible.

Parce que la Suède est protestante ? Ou parce que le film (le livre) est sous une inconsciente influence US ? Ou parce que la gauche n’est pas à une contradiction près sur le christianisme ? On ne saurait le dire…

* Cherchez Millenium sur IMdB, vous n’êtes pas près de trouver !
** FrameKeeper, nous attendons votre thèse de troisième cycle sur le sujet !




lundi 25 mai 2009


Belzec
posté par Professor Ludovico

Un documentaire, sur le camp d’extermination, l’autre soir sur France 2 ; intéressant mais sans plus : on n’apprend rien de plus sur Belzec, alors que l’introduction laissait entrevoir un angle inédit et intéressant : le camp devant être réhabilité, comment gérer les fouilles archéologiques sur un lieu si atroce ? Malheureusement, on n’en su guère plus. Venait s’ajouter une ambivalente impression de déjà vu : si l’on oubliait le fond (là n’est pas mon propos, évidemment), on s’apercevait que la mise en scène était copiée, plan pour plan, sur celle de Shoah. Même voix off posant les questions en français, même traduction en polonais, mêmes panoramiques lents sur la campagne polonaise, mêmes plans de coupe sur les bois, les trains, les voies de chemin de fer…

L’idée de marcher dans les pas de LA référence sur l’holocauste n’est pas mauvaise en soi, encore faut-il apporter un contenu…

Mais fallait-il en singer le style ?




samedi 23 mai 2009


Termarketingor 4 : Renaissance
posté par Professor Ludovico

Dans le métro, l’œil du CineFaster est soudain attiré par l’affiche de Terminator 4: Renaissance. Erreur, ce n’est pas du film dont il s’agit, ou plus exactement, le film n’est qu’un des sujets de l’affiche. Si la date de sortie est bien indiquée (3 juin 2009), il s’agit plutôt du jeu Terminator: Renaissance Le Jeu Mobile, assorti d’un concours pour gagner une Jeep Wrangler (mon pauvre Schwarzy, où est passé ton Hummer ?). Ou encore, des jeux vidéos, qui sortent eux sur Xbox, PS3, PC, le 28 mai, c’est à dire avant le film.

Même si, avec un peu de sagesse, on peut regarder cela avec un certain détachement, il y a quelque chose de troublant là-dedans. Accepter que les jeux vidéo aient dépassé le cinéma ? On le savait depuis longtemps (en 2001, leur chiffre d’affaires représentait déjà 21 milliards de dollars, contre 15 seulement pour le cinéma).

Mais finalement, que le film ne soit qu’un morceau du mix produit, c’est ça qui est triste. Qu’Hollywood sorte le jeu avant est aussi un signe ; un manque de confiance autant dans le film que dans le jeu. Si jamais le buzz était mauvais à la sortie de salle, cela affecterait les ventes dudit jeu.

Le film, là-dedans, n’est plus qu’un titre, un setting, un décor de quelque chose de plus vaste qui n’a pas encore de nom.




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