[ Les films ]



samedi 9 janvier 2010


10 ans de TopTen
posté par Professor Ludovico

Je l’ai déjà dit, mon ami Philippe a eu un jour la bonne idée d’organiser le TopTen: le Dimanche des Rois, on bouffe des galettes et des mandarines, on s’écharpe sur la saison cinématographique, et on élit les dix meilleurs films de l’année en éliminant les cinq pires, le fameux BottomFive.

Vous n’aurez pas la primeur de mon Topten 2009 – la cérémonie a lieu dans une semaine – mais vous trouverez ci-dessous celui de la décennie, qui amène quelques réflexions…

Tout d’abord, ce bilan n’est pas honteux : je n’ai pas l’impression d’avoir descendu (ou encensé) un film qui ne le méritait pas… Sauf peut être Gladiator, ou Stalingrad, qui peuvent sûrement sortir des douves où je les ai trop rapidement mis…

Ensuite, beaucoup plus de films français que je ne l’imaginais… Ce qui prouve, que sil y a beaucoup trop de médiocrité dans le cinéma français, il y a quand même des cinéastes : Desplechin, Audiard, Cantet…

Autre sujet d’étonnement : Les trios de tête du Top sont rarement des grosses machines, mais plutôt des films moyen budget : des films avec un cerveau (Le Pianiste, Traffic) mais en même temps, pas de petits films. Ma principale fierté étant sûrement qu’ils aient résisté à l’épreuve du temps…

Les voici :

TOPTEN 2000
Le 6ème Sens
O’ Brother Where Are Thou?
Magnolia
Virgin Suicides
Erin Brockovitch
Galaxy Quest
Nurse Betty
Au Nom d’Anna
Ressources Humaines
Révélations
BOTTOM FIVE
Baise Moi
Kippour
Donjons & Dragons
Gladiator
Mon Voisin le Tueur

TOPTEN 2001
Traffic
Panic
Le Plus Beau des Combats
Mulholland Drive
Seul au Monde
No Man’s Land
Tailor of Panama
The Pledge
Sous le Sable
A.I.
BOTTOM FIVE
Comme Chiens et Chats
Stalingrad
Ring
Le sortiège du Scorpion de Jade
Moulin Rouge

TOPTEN 2002
Le Pianiste
Vanilla Sky
Parle avec Elle
Donnie Darko
Embrassez qui Vous Voudrez
Le Voyage de Chihiro
Panic Room
Possession
L’Auberge Espagnole
Lantana
BOTTOM FIVE
Avalon
Blanche
Amen
Men in Black II
Ali G

TOPTEN 2003
Les Invasions Barbares
The Hours
24 hour Party People
Pirates des Caraïbes
La 25ème Heure
Chicago
Nos Enfants Chéris
Le Château dans le Ciel
Confessions d’un Homme Dangereux
Elephant
BOTTOM FIVE
Fusion
Frida
Love Actually
Fanfan
Ghosts of the Abyss

TOPTEN 2004
21 Grammes
Collateral
Le Dernier Samouraï
Le Roi Arthur
Leo, en jouant dans la Compagnie des Hommes
Supersize Me
Alien vs Predator
BOTTOM FIVE
Un Long Dimanche de Fiançailles
Le Jour d’Après
Jersey Girl (Père et Fille)
La ferme se rebelle
Garfield

TOPTEN 2005
Closer
Rencontres à Elisabethtown
Million Dollar Baby
La Vie Aquatique
Tout Est Illuminé
La Guerre Des Mondes
Garden State
Les Poupées Russes
King Kong
Captain Sky et Le Monde De Demain
BOTTOM FIVE
Batalla en el Cielo
Star Wars : La Revanche des Sith
Chicken Little
Les Noces Funèbres
Kiss Kiss Bang Bang

TOPTEN 2006Syriana
Les Infiltrés
Munich
Ne Le Dis à Personne
OSS 117
Les Bergman se Séparent
CRAZY
Vol 93
Borat
The Queen
BOTTOM FIVEArthur et Les Minimoys (ex ae)
Le Dahlia Noir
Les Brigades du Tigre
Cars
Miami vice

TOPTEN 2007
Control
L’incroyable Destin d’Harold Crick
Mon Frère est Fils Unique
Kings of the World
Zodiac
Transformers
Half Nelson
300
Raisons d’Etat
Apocalypto
BOTTOM FIVE
Lady Chatterley
L’Age des Ténèbres
Next
L’Illusioniste
Les Promesses de l’Ombre

TOPTEN 2008
Un Conte de Noël
Into The Wild
I Feel Good
Juno
Burn After Reading
Cloverfield
A Bord du Darjeeling Limited
Valse Avec Bachir
No Country For Old Men
There Will Be Blood
BOTTOM FIVE
Phénomènes
Indiana Jones et le Royaume des Crânes de Cristal
Voyage au centre de la Terre
Bienvenue Chez les Ch’tis
Il y a longtemps que Je t’Aime




samedi 9 janvier 2010


La fin du DVD ?
posté par Professor Ludovico

Une information transmise par notre honorable correspondant à Rome, Ludo F. : Pour la première fois depuis 2002, les revenus des films en salles ont dépassé les ventes de DVD et de Blu-ray aux Etats-Unis.

C’est le genre d’info qui plaît au Professore ; les chiffres ça ment pas (et en même temps, on peut leur faire dire ce qu’on veut).

Mais bon, c’est un tournant. La VOD, qui existe sous différentes formes depuis 1990, prend vraiment son essor. Plus facile, plus simple, en partie gratuite (Arte+7, Canal+ A La Demande), elle touche un plus grand nombre. Et punit aussi l’incroyable complexité des DVD (messages de pub + avertissement anti-piratage + menus de navigation soi-disant créatifs)

Surtout, elle poursuit le rêve de tout producteur, au sens économique : s’affranchir d’un réseau de distribution qui lui pique entre 30 et 60% de ses sous.

C’est donc vers ce modèle que tend le cinéma, avec le rêve de salles entièrement numériques approvisionnées par câble : plus besoin de distributeurs (qui font les copies de bobines et en gèrent leur rotation). C’est aussi le rêve du jeu vidéo (plus de CD à fabriquer, plus de réseau à rémunérer, et surtout, plus de marché de l’occasion !) C’est aussi le marché de la télé, qui perd ses audiences et ne sait plus trop où elles vont… La VOD reste un moyen de les retrouver, et de les faire payer, directement ou indirectement.

Pour le CineFaster, pas sur que ça change grand’ chose… Les catalogues seront toujours indexé sur les grosses machines récemment sorties en salle, et l’espoir d’une chaîne VOD spécialisée dans les John Hughes ou les films Warner des années 30 a peu de chances de se concrétiser. Mais bon, on ne boudera pas son plaisir de choisir, du fond de son lit comme un empereur romain, entre Batman Begins, et le Pilote de Lost




samedi 2 janvier 2010


Paranormal Activity
posté par Professor Ludovico

C’est le syndrome Blair Witch : on prend une caméra vidéo, et on fait un film en expliquant pourquoi c’est tourné en vidéo. Ça ne marchait pas dans Blair Witch (trop long, peu crédible), c’était incroyablement inventif dans Cloverfield, et ça marche plutôt pas mal dans Paranormal Activity..

Le pitch : un gentil petit couple (encore !) est ennuyé par des bruits dans leur nouvelle maison. Le mari achète une camera vidéo pour filmer leur nuits, « comme ça, on sera sûrs ! » le film commence donc à ce moment là… comme dans tous les films d’horreur, les failles du couple apparaissent au fur et à mesure, le mec est un gentil macho, il va le payer, la fille est une hystérie, bon c’est pas une surprise…

Pourquoi c’est bien, alors Paranormal Activity ? Eh bien parce que tout ça est fait plutôt en finesse, avec un sens du contretemps qui ne déparerait pas chez le Ridley Scott d’Alien… Tout ça a le bon goût de ne pas durer trop longtemps, et de terminer comme il faut, ce qui est parfait.




samedi 2 janvier 2010


Bilan 2010
posté par Professor Ludovico

Ça y est, c’est l’heure du bilan, des tops et des flops… Mais surtout les bonnes résolutions, les attentes pour l’année…

Vous voulez la vérité ? Je n’attends RIEN de l’année 2010 au cinéma… Le frisson d’une sortie en salle de quelque chef d’œuvre, je n’ai plus ça… Dune en 1984 (je suis allé le voir 4 fois en une semaine), le dernier Kubrick, Titanic… Déjà pour le Seigneur des Anneaux, je n’en attendais pas grand’ chose, tant nous sommes habitués à être déçu par Hollywood.

On me reproche souvent un regard blasé, mais c’est la loi de la vie. Quarante ans de cinéphilie n’empêche pas d’aller au cinéma, mais oblige à apprécier les films avec plus de distance.

Regardons les choses en face : l’Usine à Rêves ne travaille plus pour nous, elle travaille pour nos enfants : Harry Potter, Twilight, Confessions d’une Accro du Shopping

Dune v2, version Berg, est dans les choux. Qui va le reprendre ? Probablement un tâcheron new hollywood, probable réalisateur d’un clip de Beyoncé. Avatar a montré en 2009 le cinéma que l’on pouvait faire aujourd’hui : Hollywood sera-t-il plus ambitieux pour autant ? Sûrement pas ! En profitera-t-il pour adapter les grands classiques, présumés trop chers à faire ? Chroniques Martiennes, Ubik, Conan, Le Cycle des Epées, L’Appel de Cthulhu, Le Grand Cirque, Le Grand Nulle Part, Candide, voilà ce que j’attends et qui ne sera pas adapté en 2010…

Ça n’empêche pas d’aller au cinéma, et j’irais encore – beaucoup – en 2010. Mais je regarderais plus sûrement la télé, où se trouvent désormais les projets excitants… Pacific (Spielberg/Hanks), le Prisonnier v2, la suite de Braquo et de Pigalle La Nuit, et bien sûr, la fin de Lost.

Bonne année à tous, et never surrender




jeudi 31 décembre 2009


Esther
posté par Professor Ludovico

Dépêchez-vous d’aller voir Esther, ne serait-ce que pour de sombres raisons comptables : y aller pour pouvoir mettre le petit monstre dans votre Topten 2010.

En effet, Esther, excellente série B thriller, mérite bien une place dans les dix meilleurs films de l’année, on verra ça dans quelques jours.

D’ici là, prenons comme tel, un juste successeur de ses glorieux aînés, Les Nuits avec Mon Ennemi, La Main sur le Berceau, ou Damien La Malédiction, et toutes autres tragédies familiales…

La recette est connue : un petit couple bien propret, madame a fait Yale, monsieur est architecte. Déjà deux enfants tout aussi mignons ; l’aîné pré-ado, et la petite dernière, sourde.

Mais il y a quand même eu un drame dans cette famille, la fausse couche qui a privé cette famille parfaite du 3ème enfant qui compléterait le tableau. Qu’à cela ne tienne, adoptons ! Et pourquoi pas Esther, cette petite fille russe que la vie n’a pas gâté.

C’est parti, quand on commence à aider les russes, les emmerdes commencent…

La charmante petite est étonnamment douée, mature, et bien élevée. Elle va vite révéler d’autres talents, de bricolage et de cuisine. Pas la peine de vous décrire la suite, la petite famille va être punie jusqu’au climax final : on est en terrain connu. Sauf que c’est très bien fait, en douceur, ménageant avec talent coup de frayeur et fausses alertes, tout en jouant habilement sur la situation : la jolie maison d’archi un peu à l’écart, la gamine sourde, les hésitations des parents.

C’est notamment sur ce point, pourtant classique, que c’est très bien joué : l’arrivée d’Esther révèle, par petites touches, les failles du gentil couple, les errements de madame, les fautes de monsieur, les dissensions intrafamiliales. Que du classique, mais fait avec subtilité, ce qui est rare, et progressivité, encore plus.

Avec en plus, cerise sur le cheesecake, un sens de l’humour un peu tordu, et une touche de politiquement incorrect : on reconnaît là la Warner, et Joel Silver (producteur des Die Hard, de Matrix).

On y découvre un réalisateur (Jaume Collet-Serra), des acteurs formidables (Vera Farmiga (déjà excellente dans Les Infiltrés), Peter Sarsgaard (d’habitude abonné aux rôles de méchants), Isabelle Fuhrman la révélation Esther, incroyable comédienne de douze ans !)

Donc, avant d’adopter, allez tous voir Esther !




mercredi 30 décembre 2009


Top Gun
posté par Professor Ludovico

Revoir Top Gun après toutes ces années, quelle idée !! Encore une stupide histoire de relation père-fils, de passage de témoin, d’inculcation d’un peu de culture aux chères têtes blondes, de mythologie US en passion aéronautique.

Au final, Top Gun était mauvais comme cochon en 1986, et il le reste vingt trois ans après. La fusée de lancement Simpson/Bruckheimer, le film qui les propulsa avec Tom Cruise au firmament Hollywoodien, est une catastrophe cinématographique, même à l’aune de la production de nos deux inventeurs du high concept movie.

On peut accepter l’histoire archi-rebattue (le jeune maverick* lutte contre les fantômes de son père, pilote comme lui, et mort en mission. Avec ses méthodes de casse-cou, il se met à dos une partie de sa hiérarchie.)

Que de l’archi-classique, mais pourquoi pas.

Mais, contrairement au reste de la production Simpson+ Bruckheimer+Tony Scott, c’est très mal fait. On ne comprend rien aux combats aériens, certes longs et spectaculaires**, mais imbitables. On ne comprend rien à l’intrigue amoureuse (Tom draguouille Kelly McGillis, mais quand il peut passer à l’attaque, il ne se passe rien ; quant à elle, elle ne semble intéressé que par ses connaissances du Mig-23 : plus sexe, tu meurs.

Bizarrement, il refuse de lui communiquer ces informations ; de là à se demander si Tom « Maverick » ne serait pas un) pedé et deux) traître, c’est un pas que nous ne franchirons pas… Car quelqu’un de plus talentueux l’a franchi pour nous, un certain Tarantino Quentin : pour lui, Top Gun est le plus grand film crypto-gay de l’histoire d’Hollywood… c’est hilarant, bien vu, et c’est ici.

Alors comment expliquer le succès incroyable de Top Gun ? C’est en fait la première marche du cinéma des années 80/90 : histoire simplette avec de l’action pour les garçons, romance pour les filles, musique du top 50 (on vendra des tonnes de BO Top Gun). Résultat : le film rapporta 150 M$ et resta un an à l’affiche…

Depuis, il est rarement diffusé à la télé, c’est un signe… Moins en tout cas que son hilarante parodie Hot Shots, qui devrait faire l’objet d’une prochaine chronique…

* Petite merveille rebelle en VO
** On lira à ce propos l’évocation étonnante qu’en fait Jean-Michel Valantin dans son livre« Hollywood, le Pentagone et Washington, Les trois acteurs d’une stratégie globale », narrant les péripéties de la Navy pour vendre « ses avions » contre ceux de l’air Force. Elle mit ses moyens considérables au service du film.




mercredi 30 décembre 2009


Tintin et le Lac aux Requins
posté par Professor Ludovico

Séquence nostalgie hier : voir enfin Tintin et le Lac aux Requins, trente ans après avoir lu la BD. Les puristes vous expliqueront que ce n’est pas un vrai Tintin, mais bien un simple projet, scénarisé par Greg, et validé par Hergé.

Mais autant la BD me terrifiait, autant le film est nul, mal dessiné, mal animé. Reste le plaisir de deviner, quelques secondes avant le Professorino, les rebondissements de l’intrigue. Lui a aimé, alors qu’il refuse de les lire, les Tintin ! Allez comprendre la jeunesse d’aujourd’hui !




lundi 28 décembre 2009


Avatar du jeu vidéo
posté par Professor Ludovico

Pour faire suite à l’excellente contre critique du Baba sur Avatar, je me permets d’ajouter cette modeste contribution aux relations cinéma et jeu vidéo : dans le métro ce matin, une pub pour un jeu vidéo pour téléphone, siglé Avatar. Au final, deux jeux de plateforme et un jeu de baston. Ce qu’on doit retenir du film, c’est donc ça ? Grimper aux lianes, et exploser des hélicos avec ton dragon de la mort ?

Rien de grave en vérité, mais une contradiction de plus de nos amis yankees : un message écolo et pacifiste à la noix, mais des jeux de baston au final…

Quand on voit ce qu’on peut faire aujourd’hui avec le jeu vidéo, tendance indépendant (Flower, par exemple), il y avait sûrement de quoi faire avec le « message » d’Avatar.




dimanche 20 décembre 2009


Avatar
posté par Professor Ludovico

Il vaut toujours mieux aller au cinéma avec un a priori négatif, on ne peut être qu’agréablement surpris. C’est le cas avec Avatar, bingo ! Le film le plus décoiffant de l’année. Pour une fois, la pub disait juste « On n’a jamais vu ça ! » On confirme.

Ce n’est pas tant la claque technique attendue – aujourd’hui, impossible de dire dans ce film ce qui est filmé ou dessiné -, mais c’est la fabuleuse direction artistique, féerique, parfaite, dans tous ses composantes : décors, accessoires, paysages, tout est splendide, et cohérent. Chaque bestiole de Pandora a son rôle, et n’est pas juste là pour faire beau dans le décor. Il en va de même dans le camp d’en face, où les hélicos, les transporteurs, les Mechas, les bulldozers sont conçus avec un sens aigu du détail. On retrouve là le Jim Cameron d’Aliens et d’Abyss, sa fascination pour les machines, les Spaces Marines, et les gentils extra-terrestres.

Ce qui pêche – mais on ne s’en rend compte qu’après coup, c’est tout le talent Mélièsque du film – c’est l’histoire, épaisse comme un papier à cigarette.

On en devine les ficelles des la scène un : les indiens sont bons, gentils, marchent tous nus dans l’Eden, quand soudain les méchants déforestateurs, pétroliers, mineurs, actionnaires, débarquent avec les space marines. Jake, le héros est l’un deux, et – devinez quoi ? -, il va découvrir ces indiens, les aimer, voire tomber amoureux de – devinez quoi ? – la fille du chef ! Incroyable non ? Après quelques épreuves initiatiques, grosse baston et puis générique de fin, après deux heures trente intenses de décors incroyables, de végétation luxuriante, et de dragons volants…

Une fois de plus, Avatar porte le fardeau de l’homme blanc : la culpabilité. Après avoir massacré les indiens, volé leurs terres, fait les malins au Viêt-Nam et en Irak (références évidentes du film), c’est à dire ni plus ni moins que les européens avaient fait avant eux, et d’autres encore avant (romains, égyptiens, mongols).

Mais les américains, eux, devraient consulter un psy, car ils ne semblent pas vivre cette culpabilité comme nous, convaincus qu’ils sont de leur « Destinée Manifeste » sur cette terre. Ce vison messianiste, biblique, au cœur de la psyché US, qui les dédouane de faire la guerre mais pas de l’assumer ensuite.

D’où cette overdose rousseauiste, ce bon sauvage ressorti à toutes les sauces. Concept fumeux, qui ne comprend pas qu’il est raciste par essence, et condescendant par nature. Cette vision du beau et bon sauvage ne tient pas la route dès qu’on s’intéresse un peu à l’ethnologie. Les peuples « barbares », « primitifs » ne sont pas moins civilisés, par plus innocents, pas moins violents, pas moins guerriers que nous. Mais l’illusion qu’il faudrait retourner à l’état de nature est très présent chez les américains, qui vivent finalement dans cet espace naturel immense (qu’ils ont « domestiqué », comme les marines d’Avatar). Cet état de nature, cet Eden Ancien Testament, trouve de plus des résonances avec les préoccupations environnementales d’aujourd’hui, et pour aller jusqu’au bout du spectre, avec les tentations néo-païennes « Mère Nature » « Gaia », etc. Illusions qui fournissent des échappées psychologiques confortables aux occidentaux (et aux américains en particulier) face aux dures réalités du quotidien : ma bagnole, mon iPhone, mon abonnement à Canal, peu compatibles avec la réduction inéluctable de nos trains de vie.

Cette thérapie nationale, les américains n’arrivent pas à la faire, alors Hollywood devient le psy de la nation.

Mais ici, ce Pocahontas meet Apocalyspe Now est tellement bien fait qu’il nous empêche de voir ses grosses lianes, qui, dans dix ans, n’en doutons pas, se verront comme le nez au milieu de la figure. En attendant, ne boudons pas notre plaisir : James Cameron révolutionne le cinéma (est-ce encore du cinéma ?) pour 10 euros seulement. Si vous avez mieux à proposer en ce moment, faites-moi signe !




samedi 19 décembre 2009


La Chute
posté par Professor Ludovico

C’est toujours bon de revoir les films, même pour de mauvaises raisons. J’avais envie de revoir La Chute pour la performance de Bruno Ganz, après l’avoir revu dans la délicieuse parodie de Brice Hortefeux à Seignosse, qui a fait le tour du web.

Je n’avais pas complètement aimé La Chute à la sortie. Le film succombait, en plusieurs occasions, à l’habituelle fascination pour le régime nazi. Et, comme l’avait brillamment de montré Wim Wenders à l’époque : Oliver Hirschbiegel filmait avec complaisance la mort des enfants Gœbbels, mais pas le suicide du Führer ; comme si c’était le tabou insurmontable, et il oubliait un peu vite que les « héros » de son histoire (le médecin SS, la secrétaire) ne pouvaient ignorer la nature antisémite du régime : le servir au moment de sa chute n’était pas innocent…

Mais à la revoyure, tous ces défauts semblent avoir disparu. Avons-nous accepté, entre temps, le côté révolutionnaire de La Chute ? Car pour la première fois, les allemands regardent leur passé sans culpabilité, sans honte, et sans révisionnisme non plus. Il fallait peut-être le temps d’admettre, aussi, que les jeunes allemands d’aujourd’hui ne paieraient pas éternellement les fautes de leurs parents et grands parents…

Mais surtout, La Chute se révèle un excellent film. D’abord, La Chute est un BOATS, qui évite les icebergs habituels du genre. Tirée d’une histoire vraie, adapté de l’excellent livre de Joachim Fest*, et des souvenirs de Traudl Junge, il contourne le problème en décentrant sa caméra, en ne racontant pas les derniers jours du dictateur, mais au travers d’un Point de Vue, c’est à dire un personnage avec lequel le public sympathise : Traudl, la jeune secrétaire d’Hitler… Jeune, jolie, un peu perdue dans cet univers décadent, Traudl est notre Alice chez les nazis…

L’autre coup de génie, c’est le casting. Que des comédiens excellents, bien sûr, mais un casting très tactique : la star, c’est Hitler, il faut donc une star pour le jouer, et c’est l’immense Bruno Ganz qui s’y colle. Le plus grand des acteurs allemands y livre une performance époustouflante, atteignant parfaitement l’objectif de Bernd Eichinger, producteur-scénariste. Tour à tour sympathique, hystérique, désabusé, visionnaire, Bruno Ganz fait du dragon, un homme. Un fou dangereux, mais un homme. Comme disait Hannah Arendt à propos d’Eichmann, tant qu’on n’acceptera pas la banalité du mal, on ne comprendra rien aux systèmes totalitaires.

En face, il met une bonne actrice, mais inconnue : Alexandra Maria Lara, ma chouchou de Control. En évitant la star – et donc le surjeu – Hirschbiegel facilite grandement l’identification du spectateur. Nous sommes avec elle, tremblante dans la Tanière du Loup lors de son entretien d’embauche, inquiète trois ans plus tard quand tombent les premiers obus russes sur Berlin, fidèle quand elle décide, un peu exaltée, de ne pas abandonner Hitler.

De mêmes, tous les comédiens sont de la même trempe, interprétant la racaille nazie dans cette ambiance fin de règne : incompétente, conspiratrice, traîtresse, fanatique jusqu’à la folie, fidèle jusqu’à la mort, qui sert de cour au monstre mégalomaniaque qui les a entraînés dans cette terrible aventure.
Il ajoute également une deuxième intrigue, complémentaire, celle d’une jeune garçon Hitlerjugend qui sert une batterie de DCA., Tiraillé entre la folie fanatique nazie et son père, ancien combattant qui essaie de ramener son fils à la réalité de la défaite, il incarne le projet d’Eichinger : montrer l’Allemagne dans sa globalité, endormie et fanatisée par les nazis puis martyrisés par eux. Propos difficile, car le cinéma nous a jusque là peu aidé dans ce travail historique : les gentils soldats US d’un côté, les barbares nazis de l’autre, sauf « le courageux Rommel », le « noble von Rundstedt » du Jour le plus Long.
Le tout est baigné dans une reconstitution aux petits oignons, mais sans les fioritures inutiles dont sont coutumiers les films de guerre. Pas de mouvements de foule, pas de jolis plans aériens avec Messerchmitts et Mustang P-51, pas de coûteuse reconstruction 3D de Berlin en ruine.

Tous ces dispositifs (scéniques, casting, scénaristiques) servent parfaitement le propos : Hitler était un homme comme les autres, les allemands ont souffert eux aussi de la guerre, et la jeunesse n’est pas une excuse. D’où cette fin splendide, sans lequel le propos du film piquerait un peu les yeux : après avoir sauvé l’héroïne, le jeune Hitlerjugend, sur un beau plan bucolique, s’en vont tous deux « àààà bicyclette » !

Mais on revient à la réalité. A savoir au premier plan du film, une séquence vidéo tournée avec la vraie Traudl, quelques années avant sa mort, en 2002. « Quand j’ai appris, par le procès de Nuremberg, que six millions de juifs avaient péri, j’ai été profondément choquée. Mais je n’avais pas fait la connexion avec mon passé… Je ne me sentais pas personnellement coupable, ne connaissant pas l’énormité des crimes commis. Mais un jour, je suis passée devant une plaque commémorative de Sophie Scholl, sur la Franz-Joseph-Strasse. J’ai vu quelle avait mon âge, et qu’elle avait été exécuté l’année où j’ai commencé à travailler pour Hitler. Et j’ai réalisé alors que la jeunesse n’était pas une excuse. Et qu’il avait été possible de savoir ces choses…»

*Les derniers jours d’Hitler
Joachim Fest
Editions Tempus




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