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Commentaires et/ou Conseils d’achat de DVD – Peut dégénérer en étude de fond d’un auteur



dimanche 15 février 2009


Les Rois Maudits
posté par Professor Ludovico

Avec quarante ans de retard, j’ai attaqué cette série culte de la télé Française. Plus par curiosité historique (j’adore le Moyen Age), que par appétence télévisuelle.

Évidemment ça a pris un coup de vieux : décor seventies minimalistes (des murs peints), dialogues empesés, jeu théâtral, mise en scène inexistante, et filmage approximatif.

Une borne, en fait, pour mesurer combien la télé a changé aujourd’hui. Plus beau, plus rapide, plus « cinéma » : la télé a appris.

Mais bon, c’est vraiment intéressant. C’est pédagogique, on a envie d’en savoir plus, et c’est bien joué, on va donc regarder la suite.




dimanche 15 février 2009


Ce qui cloche avec les Tudors…
posté par Professor Ludovico

Série sympathique au demeurant, pédagogique, sexy, les Tudors avaient quand même un défaut, mais lequel ?

C’est en regardant simultanément l’épisode 13 de Sur Écoute saison 4 et l’épisode 2 des Tudors saison 2 que j’ai compris. Là où la série US est moderne, c’est dans le montage. Surchargée de personnages, The Wire passe de l’un à l’autre sans explication préalable : à vrai dire, nous ne connaissons même plus le nom des personnages. On prend les scènes en cours de route, et on les coupe avant la fin… Selon la loi non écrite qui veut qu’une scène change de polarité entre le début et la fin.*

Les Tudors sont, sur ce point, restés dans le canon de la tradition du film historique. Il y a beaucoup de personnages, mais chaque scène a un début et une fin classique : le domestique vient voir la reine : « Votre Altesse, Sire Thomas More désire vous voir !» « Qu’il entre ! » Il entre. « Bonjour Sir Thomas ! » « Bonjour Votre Altesse ! » La scène peut enfin commencer. Autre vieillerie : les personnages sont debouts, et échangent des informations oralement… dans la plus stricte tradition des Rois Maudits !

Les séries plus modernes ont assez confiance dans le cinéma pour faire passer des idées visuellement : dans Sur Écoute, un simple bruit de pas rappelle que l’équipe est cantonnée dans un local miteux, et que leur condition reste précaire… Dans Burn After Reading, la seule coupe de cheveux de Brad Pitt donne une idée de la superficialité du personnage, dans Alien, les conflits entre les mécanos et le poste de pilotage sont symbolisés par un jet de vapeur qui empêche toute conversation, et au mitan de Barry Lyndon, la fumée d’une pipe jetée au visage de Lady Lyndon inverse le sens du film. Nous étions pro-Barry, nous voici dans le camp des antis.

Des détails, mais qui font la différence entre une mise en scène lourdingue et une mise en scène subtile…

*Par exemple si un personnage entre heureux au début de la scène, il doit en sortir malheureux à la fin de celle-ci, sans quoi la scène n’aura pas fait avancer l’intrigue ni apporté d’information au spectateur…




dimanche 15 février 2009


La Folle Journée de Ferris Bueller
posté par Professor Ludovico

Étrange destin que celui de John Hugues, le Citizen Kane de la teen comedy. Et très hollywoodien, en même temps : ancien pubeux, rédacteur de blagues (c’est un métier, là-bas !), scénariste, John Hughes explosa vraiment dans les années 80 en créant un genre à lui tout seul (la teen comédie intelligente) et en révélant toute une génération d’acteurs, le brat pack (Emilio Estevez, Rob Lowe, Bill Paxton, Charlie Sheen, Kevin Bacon, Robert Downey jr).

Disons le : ces films, nous les avons adoré : Breakfast Club, Une Créature de Rêve, La Folle Journée de Ferris Bueller, She’s Having a Baby), John Hugues a accompagné notre adolescence, nos émois amoureux, nos premières responsabilités…

La Folle Journée de Ferris Bueller est le chef d’oeuvre, le climax de cette période : plus haut, plus loin, plus fort. Breakfast Club était la révélation intimiste, Une Créature de Rêve, le délire le plus parodique…. La Folle Journée de Ferris Bueller, c’est la synthèse : les autres seront biens, mais moins bons.

Le pitch, pour ceux qui ont plus de quarante ans ou moins de trente ? Ferris Bueller est le petit chouchou d’une famille bourgeoise de Chicago, et tout lui réussit : ses parents l’aiment, sa fiancée est magnifique et intelligente (Mia Sara), et il est l’idole du lycée. Aujourd’hui, il a décidé de prendre sa journée : il simule la fièvre, et évidemment, on le croit. Son odyssée dans Chicago va l’amener d’aventures en aventures, manquant à plusieurs reprises de se faire prendre par ses parents, le proviseur, ou sa sœur jalouse, mais passant à chaque fois, au culot. Ce ne serait qu’un film ado de plus, s’il n’y avait la Hughes’ touch. Plus on avance dans le film, et plus la comédie enfle, plus le propos devient paradoxalement sérieux : mariage, dépression, père abusif…. John Hughes a toujours eu le génie d’aborder des thèmes sérieux (la dépression des ados) au travers de films drôles, clairement marketés pour eux (il fut l’un des premiers à utiliser des groupes indépendants dans la BO de ses films).

Ainsi, voilà un cinéaste américain qui cite Molière (dans Breakfast Club) ou Seurat (dans La Folle Journée…) Des citations jamais gratuites : le gros plan sur la petite fille d’un tableau du maître pointilliste, utilisé en alternance avec le visage défait du copain dépressif de Ferris, reste le plus beau moment du film.

Après cette décennie prodigieuse, John Hughes réalisa des films de plus en plus mièvres, jusqu’à l’insupportable Curly Sue. Puis il sombre du côté obscur de la Force, en réalisant la trilogie Maman J’ai Raté de l’Avion, de sinistre mémoire… Depuis ces succès colossaux, qui aurait dû lui tailler une place de choix dans le panthéon hollywoodien. Au contraire, et inexplicablement, John Hughes préféra retourner à l’anonymat du métier de scénariste, sur des projets peu glorieux (la série des Beethoven). Il signe actuellement sous le pseudonyme d’Edmond Dantès. Tout un programme !




vendredi 6 février 2009


Topten 2008
posté par Professor Ludovico

C’est une tradition : mi-janvier, nous tirons les rois chez Philippe et nous élisons les 10 meilleurs films de l’année. Ce genre de classement n’a aucun sens, je l’ai déjà dit, dans le domaine artistique. Comment peut-on dire que 8 est supérieur cette année à y, le film juste après ?

Mais bon, les traditions « l’intelligence des imbéciles », selon Maurice Clavel, ça a parfois du bon. Ici, c’est le plaisir de se retrouver et de s’engueuler. Déception cette année : pas beaucoup d’engueulades, et beaucoup de consensus. J’avoue pour ma part avoir eu du mal à trouver le Bottom Five, les 5 pires films de l’année. Signe, à la fois, d’une année assez bonne, mais sans chef d’œuvre, et aussi de faible fréquentation des multiplexes par votre serviteur : 36 films seulement, et 21 de plus à la télé, soit 10 fois plus que ma moyenne habituelle.

A la demande générale, voici donc mon Topten 2008 :

Un Conte de Noël
Into The Wild
I Feel Good
Juno
Burn After Reading
Cloverfield
A Bord du Darjeeling Limited
Valse Avec Bachir
No Country For Old Men
There Will Be Blood

Et le Bottom Five :
Phénomènes
Indiana Jones et le Royaume des Crânes de Cristal
Voyage au Centre de la Terre
Bienvenue Chez les Ch’tis
Il y a longtemps que Je t’Aime




vendredi 6 février 2009


The Wire, saison 4
posté par Professor Ludovico

Si on ne m’entend peu sur la 4ème saison de la meilleure série du moment, c’est d’abord parce que je la regarde à haute dose (un épisode par soir*). Ensuite, parce que c’est un peu plus faible (surtout un peu plus gentil) que d’habitude. Thème de cette saison : l’éducation. On suit les enfants, à Ecole municipale, et à l’école du deal. « Qu’apprennent-ils à l’école ? Mais à mieux dealer ! » s’exclame Colvin, un des personnages apparus Saison 3.

Le génie de Sur Écoute, maintenant qu’on en est à 46 épisodes (plus que 14 en stock), c’est son coté roman russe. Foisonnement de personnages, tout aussi riches les uns que les autres : pas de profondeur de champ dans The Wire. Ainsi, McNulty, la « star » des deux premières saisons, s’est effacé au profit des autres, sans complètement disparaître. Mieux encore, sa mutation inespérée est rendue crédible par son éloignement de l’intrigue principale. Peu de séries (sauf Oz, peut-être) ont aussi bien joué cette notion de troupe, au service de l’histoire.

Seul personnage récurrent : Baltimore, de son City Hall aux terribles corners de Calhoun st. Comme le dit Omar : « Quitter Baltimore ? tu n’y penses pas ! When you got a home, you got a home »

*Honte à ceux qui regardent plusieurs épisode de série d’affilée ! Un épisode par semaine, comme c’est diffusé là-bas !




jeudi 15 janvier 2009


Blade Runner
posté par Professor Ludovico

I’ve seen things you people wouldn’t believe.
Attack ships on fire off the shoulder of Orion.
I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.

Ah, magie de Blade Runner ! Magie toujours à l’œuvre, malgré les ans, malgré les effets spéciaux numériques, malgré Matrix. Magie qui, d’ailleurs, masque une histoire assez faible (le chasseur tombe amoureux de la proie, le chasseur est une proie), bref, une histoire aussi vieille que le monde lui-même.

Non, ce qui reste de Blade Runner, ce sont les acteurs, et la déco. Blade Runner est un film de révélations : Harrison Ford dans un vrai personnage (c’était un scoop, à l’époque) ; il fera beaucoup mieux et beaucoup moins bien. Mais il y a aussi l’immense Rutger Hauer, qui ne fera malheureusement rien de mieux, il y a Daryl Hannah, et l’incroyable beauté de Sean Young. Génie de Ridley Scott, qui transformera une très mauvaise actrice (Hollywood le pensait avant, et le pensera après, quand elle harcelera sexuellement le gratin local pour dégoter le rôle de Catwoman) en icône sexuelle, beauté bondage forties dans le bureau de la Tyrell Corporation, ou Ophelia pre-raphaélite endormie dans le lit de Deckard.

C’est un chef d’œuvre typiquement scottien, que de replâtrer tout ça pour laisser une vision emblématique, avec 20 ans d’avance, de notre monde d’aujourd’hui. C’est l’apogée du système Scott (mettre tout l’argent et toute l’énergie dans la déco et d’innombrables prises). Après 3 films sublimes (Duellistes, Alien, Blade Runner), Scott passera à « autre chose » (Traquée, Black Rain…)

Mais là, tout est dans la déco, et c’est ce qui reste : une préfiguration géniale du futur : la génétique partout, la mondialisation, l’éclosion chinoise, la pollution, les grandes corporations, la surpopulation… Tout est dans Blade Runner, qui inspire aujourd’hui jusqu’aux urbanistes*. Tout ça est l’œuvre de Scott, ancien chef déco dans la pub, sous influence Métal Hurlant (Moebius, Bilal), que Scott a déjà amené sur Alien, et qu’il imposera à la prod’ de Blade Runner. C’est aussi l’œuvre de Syd Mead, dessinateur industriel, venu pour dessiner 4 voitures, et qui en dessinera 27, et toute la ville qui git derrière.

C’est enfin la volonté maniaque, kubrickienne, de surcharger l’image de détails, d’accessoires, de lumières, de figurants, qui permettra à Scott d’aboutir au chef d’œuvre. Il suffit de regarder chaque plan pour comprendre ce souci du détail : les tasses à café, le pistolet, les Kanji (idéogrammes japonais), l’appartement Frank Lloyd Wright de Deckard, la foule cosmopolite aux parapluies de néon, le Bradbury Hotel de JF Sebastian, les parcmètres électrifiés, le feu rouge qui parle (« Walk… Walk »)… idem pour l’image : reflets aquatiques chez Tyrell, spots aériens chez Sebastian, stores vénitiens partout, néons, neige, pluie, soleil. Et idem pour le son : crissements, chuintements, vibrations, bruits d’ascenseurs et d’hélicoptères, bips électroniques.

Tout cela ne serait rien s’il n’y avait une histoire solide (un polar un peu trop classique, mais solide), et surtout un fond philosophique. C’est ici que surgit Philip K. Dick, plus mauvais écrivain que la planète SF ait porté**, mais le plus profond aussi, le plus génial inventeur de concepts et d’interrogations métaphysiques. Blade Runner pose en fait l’éternelle question dickienne : sommes-nous sûrs d’être nous mêmes ?

Question qui hanta Dick, qui regretta toute sa vie de n’être pas mort à la place de sa sœur jumelle, décédée trois mois après leur naissance.

Qu’est ce qu’être humain ? Ne sommes nous pas des marionnettes manipulées par Deus supérieur ? Avons-nous vraiment vécu ces souvenirs qui nous hantent ? Transposé dans l’univers futuriste de Blade Runner, Dick fait poser sa question pascalienne par des androïdes : qu’est-ce qu’être un androïde, si ce n’est un plus qu’humain ou un moins qu’humain, un esclave ? Peut-on réduire à l’esclavage, à la prostitution, à la guerre, ces créatures ?

Fantaisistes il y a 30 ans, ces questions ne sont plus ridicules aujourd’hui, et se posent déjà, par exemple pour les embryons.

Ridley Scott réussit à adapter ces interrogations à un divertissement grand public, ce qui n’est pas une mince affaire. Rutger Hauer, son chantre sur ces thèmes, compose un personnage d’une ambiguïté incroyable et vole littéralement la vedette à Harrison Ford, dans un final Wagnérien, splendide évocation de la futilité de la vie, « comme des larmes dans la pluie ».

Reste la fin, ou plutôt les fins, car il existe deux Blade Runner : la version originale, qui comprenait une voix off, et un final bucolique (travelling avant speedé sur – enfin !- une prairie d’un vert immaculé. Le Blade Runner sauve la réplicante. Happy end écologique.

La dernière version en date a ôté la voix off et a ajouté un plan de licorne gambadant dans la forêt. Bien maigre Director’s cut en vérité, mais pourtant cliffhanger existentiel. Car cette licorne, elle existe sous la forme d’un origami déposée par l’autre Blade Runner, Gaff, dans l’appartement de Deckard. Deckard serait-il lui aussi un androïde ? Et toi spectateur ? Es-tu sûr d’être humain ?

*Mike Davis : Au-delà de Blade Runner, Los Angeles et l’imagination du désastre

**L’histoire gagesque de Blade Runner résume sa vie. Écrivain paumé, vivant au crochet de ses femmes successives, surveillé par le FBI pour communisme, drogué, chrétien… En 1980, Hampton Fancher achète pour 5000$ une option sur « Les Androïdes Rêvent-Ils de Moutons Électriques ? », loin d’être le meilleur livre du schizo californien. Réécrit en Blade Runner, le film devient petit à petit un projet plus important (Harrison Ford, Ridley Scott). Dick assiste à la projection, et …meurt ! Il ne connaîtra jamais le succès de Blade Runner, ni la vague d’adaptations dickiennes qui s’est abattue depuis (Minority Report, Next, Confession d’un Barjo, Totall Recall), et qui ont rendu ses ayants droits immensément riches.




mercredi 14 janvier 2009


Papy Fait de la Résistance
posté par Professor Ludovico

Excellent contrepoint à Verdun, dans le genre déboulonnage des mythes éternels de la France combattante, Papy Fait de la Résistance reste le chef d’œuvre comique cinématographique du Splendid, avec Le Père Noël est une Ordure. S’il a moins marqué l’inconscient collectif de ses phrases cultes (« C’est cela, oui ! »), Papy Fait de la Résistance fait un sort à tous les films de guerre des années 60-70, et règle ses comptes au mythe gaullien de la France « libérée par elle-même ».

Il nous offre aussi un casting à son top, qui malheureusement, ne fera jamais mieux. Clavier, immense comique s’il n’était tombé dans sa propre caricature, fait le portrait parfait du petit français sous Vichy (courageux mais pas téméraire), qui niquerait bien la petite Pauline Lafont, mais est obligé de se rabattre sur la sœur frigide (Lavanant à son top). On pourrait disserter ainsi à l’infini (Maillan et Galabru parfaits, Lhermitte excellent, Giraud-Villeret, rois de la Grosse Komedie).

A vérifier par vous-mêmes, mais 20 ans après, Papy Fait toujours de la Résistance !




mercredi 14 janvier 2009


Le Diable S’Habille en Prada
posté par Professor Ludovico

Incarnation des ambiguïtés américaines, Le Diable S’Habille en Prada nous endort, tout en proposant des interrogations intéressantes.

Paradoxe américain, qui vénère le fric mais hait l’idée même de classe sociale. Le patron et l’ouvrier mangent des burgers en matant Jim Carey à la Télé, confortables dans leur vieux T-shirt Gap.

A part Sex and the City, qui assume une fascination fashion, (mais bon, on est à New York), la mode reste une cible de choix du cinéma américain, comme dans Prêt à Porter de Robert Altman, ou Ugly Betty. Un personnage bien fringué, à la mode, c’est souvent le méchant de l’histoire. On se rappelle cet acteur préférant les rôles de bad guys, « mieux habillés » que les autres.

Le Diable S’Habille en Prada improvise donc sur cette même gamme, opposant Andy Sachs (Anne Hathaway), decent american girl, petite brunette mal habillée, à sa nouvelle patronne, la terrifiante virago de la mode Miranda Priestly (Meryl Streep). Andy veut devenir journaliste, et elle est entourée d’un parfait casting de copains (boyfriend au look arabisant (Adrian Grenier, héros de Entourage), et aussi d’un gros et d’une copine noire). Des copains qui n’hésiteront pas à remettre notre working girl dans le droit chemin, ce qui, vous l’avez deviné, finira par arriver.

L’histoire du Diable… serait donc parfaitement ennuyeuse, calqué sur le schéma biblique corruption/rédemption chère à nos amis américains, si un peu d’acide ne venait apporter un peu d’intérêt.

Car après 60 minutes de pilonnage serré sur la vanité et la supercialité (waouh ! la révélation !), surgit un plaidoyer aussi inattendu qu’un gag drôle au milieu de Bienvenue chez les Ch’tis. Un plaidoyer pédagogique, qui part du pull informe de Mlle Hathaway, un pull bleu « céruléen », selon Miranda… Et la Streep d’expliquer, cruellement, cliniquement, d’où vient ce bleu « céruléen ». Ce pull que notre héroïne croit avoir acheté, « par hasard, un jour de soldes dans le magasin du quartier pourri où vous habitez* », vient de bien plus loin. Qu’il y a un créateur qui a décidé ce bleu, que ce bleu est devenu tendance, puis s’est retrouvé dans le prêt-à-porter, etc. Et que nous sommes tous, un jour où l’autre, créatures de mode.

A partir de ce moment là, le film prend une autre tournure, rend le personnage de Miranda plus attachant, (et révèle concomitamment de sombres aspects de certains personnages apparemment sympathiques). Voilà Le Diable… brusquement plus intéressant. On n’échappera pas à la happy end de rigueur, mais avec une petite touche de nostalgie qui donne un joli bonus final au film.

« This… ‘stuff’? Oh… ok. I see, you think this has nothing to do with you. You go to your closet and you select out, oh I don’t know, that lumpy blue sweater, for instance, because you’re trying to tell the world that you take yourself too seriously to care about what you put on your back. But what you don’t know is that that sweater is not just blue, it’s not turquoise, it’s not lapis, it’s actually cerulean. You’re also blithely unaware of the fact that in 2002, Oscar De La Renta did a collection of cerulean gowns. And then I think it was Yves St Laurent, wasn’t it, who showed cerulean military jackets? I think we need a jacket here. And then cerulean quickly showed up in the collections of 8 different designers. Then it filtered down through the department stores and then trickled on down into some tragic casual corner where you, no doubt, fished it out of some clearance bin. However, that blue represents millions of dollars and countless jobs and so it’s sort of comical how you think that you’ve made a choice that exempts you from the fashion industry when, in fact, you’re wearing the sweater that was selected for you by the people in this room. From a pile of stuff. »




mercredi 7 janvier 2009


Breakfast at Tiffany’s
posté par Professor Ludovico

Dans l’industrie de prototypes qu’est le show business, Diamants sur Canapé, c’est plutôt le modèle de série, le moule originel de la comédie romantique, tendance acidulée : Pretty Woman et tous les autres.

Même si le ton de ce Breakfast a vieilli, même si le doublage en français nasillard est insupportable, le fond reste là, et le charme incroyable, insolent, ensoleillant, de Mademoiselle Hepburn nous éclaire pour toujours. Le starpower à l’état pur.

Ils sont très peu, sur l’Olympe hollywoodienne, à avoir un ainsi une influence si durable sur nos vies. Cinquante ans après, les jeunes bourgeoises veulent toujours, sans le savoir, capturer un peu de l’essence d’Audrey H.

Le cinéma a toujours eu cette vocation de modèle social, de guide fashion : dans l’exposition « Des Parisiens sous l’occupation », on faisait le parallèle entre un quidam à la Foire du Trône, clonant l’acteur à la mode du moment.

Aujourd’hui, pareil : toutes les filles veulent ressembler à Audrey Tautou, et tous les garçons à George Clooney.

Le cinéma, c’est notre miroir.




lundi 5 janvier 2009


Hollywoodland
posté par Professor Ludovico

Ça, c’est le menu-type du CineFaster : petit film US sans promo, bref, un bon truc à mâcher pour le snobinard que je suis.

A l’intérieur, deux cacahuètes « spécial Professore » : la première, c’est Adrien Brody, peut être le meilleur acteur de sa génération (La Ligne Rouge, Le Pianiste, Darjeeling Limited). Ici, il campe un privé à la Chandler, dans l’Hollywoodland corrompu des années 50. L’autre cacahuète, c’est ça, bien sûr, le sujet en or : Hollywood, grandeur et décadence de l’Usine à Rêves.

Based On A True Story, pourtant : celle de George Reeves (Ben Affleck, parfait), qui incarna Superman à la télé et finit par se tirer une balle dans la tête. Mais Allen Coulter (réalisateur TV dans le gratin des séries US) ne tombe pas dans le piège ; il ne raconte pas l’histoire de George Reeves, mais bien celle du privé, personnage auquel on peut s’identifier. Et il prend un malin plaisir à enchaîner les versions (suicide, accident ou complot ?), pour démontrer au final que cela a bien peu d’importance.

Si vous tombez dessus, vous savez ce qui vous reste à faire.




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