Il fallait bien que ça arrive ; les géants finissent bien par trébucher. Voilà, Millenium est raté, c’est le premier film inintéressant du Cinéaste Chrétien cher à CineFast.
Des ratages comme ça, on en voudrait beaucoup. Excellemment joué par Daniel Craig, Stellan Skarsgård et surtout l’incroyable Rooney Mara, déjà prodigieuse dans ses deux petites scènes de The Social Network. Filmé avec maestria, mais c’est le moins que l’on attend de David Fincher. Musique splendide (encore signée Trent Reznor et Atticus Ross, Fincher a peut-être trouvé ses Danny Elfman/Angelo Badalamenti à lui). Et un générique d’anthologie, l’Immigrant Song de Led Zeppelin transmué en pétrole visqueux par les boucles de fil barbelé de Reznor.
Mais pour le reste, Millenium le film ne fait que révéler – encore plus que sa version européenne* – la vacuité de Millenium le livre. Délire masochiste d’un écrivain maudit (le livre de Larsson, comme chacun sait, ne sera publié qu’à sa mort), obsession sexuelles et culpabilité masculine, le tout finement caché sous une pseudo dénonciation de la Suède-qui-a-collaboré-avec-les-nazis, Larsson avait tous les atouts pour séduire un lectorat bien-pensant. Le genre de public, à droite comme à gauche, qui trouve qu’Armageddon est un film facho, mais se régale de la Loi du Talion version suédoise. On aura donc droit dans le Millenium façon Fincher aux mêmes scènes ignobles de vengeances Lisbethiennes, qui ne déparerait pas dans le final de L’Arme Fatale 2. Il manque clairement à cette version le message moral, et l’ambigüité des autres films de Fincher. Quant au conte de fée final (Lisbeth la Gothique se métamorphose en It Girl pour vider des comptes bancaires), on se croirait dans Mission : Impossible (perruque Barbara Bain en sus).
A vrai dire, tout cela n’est que l’écume des choses, car le vrai problème de Millenium, c’est évidemment la Loi d’Olivier, qui dit qu’un cinéaste ne peut pas être le seul maître à bord de son film. Or, pendant que l’on suit l’enquête Blomkvist/Salander, aucune piste ne nous est offerte. Ce qui peut marcher dans un livre, a fortiori un pavé comme Millenium, ne fonctionne pas dans un film. On vit, on réfléchit pendant des semaines dans un livre, on ne rêve que quelques heures dans un film.
La révélation finale, dès lors, tourne fatalement aux Mystères de l’Ouest : James West/Mikael Blomkvist enfin attaché très inventivement à la Machine Infernale, le Professeur Lovelace peut enfin révéler son enfance malheureuse et donc son ambition, assez peu originale, de devenir Maître du Monde. Ou ici, plus modestement, de tuer des jeunes femmes…
Mais Les Mystères de l’Ouest, au moins c’était rigolo.
* selon le quatrième évangile de Cinefast, disponible ici.
** Le film suédois de Niels Arden Oplev sonne plus juste : pas de faux accents suédois surjoué par les acteurs américains, et surtout un casting plus réaliste : contrairement au sex appeal jamesbondien de Daniel Craig, Michael Nyqvist est un Blomkvist gras du bide. Sa relation avec Lisbeth Salander est d’autant plus improbable, et donc d’autant plus érotique.
posté par Professor Ludovico
Le titre est mensonger : The People vs George Lucas laisse entendre une gentille parodie de ces Class Actions qui ont fait les grandes heures du cinéma américain des années 80-90, Erin Brockovich, par exemple. Bref, en loi américaine, unir ses forces pour s’attaquer à une grosse multinationale.
C’est le cas ici : le Peuple Star Wars, avec leurs yeux de 7 ans (en 1977) attaque la Mega Corporation George Lucas Inc.
Les chefs d’accusation, vous les connaissez :
– Haute Trahison (modification des films initiaux en 2004 sous prétexte de les lifter graphiquement)
– Trafic de Drogue en Bande Organisée (pléthore de licences Star Wars, de la figurines en epoxy au slip D2R2 en coton, amenant les Fanboys à une dépendance heroïnomaniaque )
– Escroquerie Caractérisée (La Menace Fantôme, L’attaque des Clones, La Revanche des Sith)
– Atteinte à la Sûreté de l’Etat (Jar-Jar Binks)
Malheureusement, si The People vs George Lucas reste distrayant, il est aussi assez brouillon, monté façon Menace Fantôme (un plan par seconde), et ressemble à une seule et longue liste de récriminations. C’est dommage, car The People… aurait pu appliquer plus méthodiquement la méthode préconisée par son titre : le procès de George Lucas, avec un procureur, un avocat, des arguments à charge et à décharge.
Ce que le film fait, finalement, dans le désordre. De plus, il y a quelques bonnes idées, qui peinent à être développées : l’extraordinaire impact de la culture Star Wars sur les créateurs du monde entier (ciné, graphisme, musique…), et cette autre idée, défendue par son ex-ami Francis Ford Coppola : l’œuvre détruisant, à la manière de Frankestein, son Créateur*.
Moi, qui me tamponne de Star Wars comme de l’album Bretonne de Nolwenn Leroy, j’avoue avoir été ému à ce moment-là.
*Une thèse défendue par George Lucas lui même dans Time Magazine : « J’ai toujours eu un problème avec l’idée d’être George « Star Wars » Lucas. Je ne me suis jamais reconnu dans cette définition. Mais après toutes ces années, j’ai fini par m’y habituer : ce n’est pas si douloureux, finalement.»
lundi 13 février 2012
Les Nouveaux Chiens de Garde
posté par Professor Ludovico
Tiré de l’excellent petit livre de Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de Garde est l’adaptation cinématographique – en moins réussi – de cette charge anti médiatique.
Même sil rate ses passages humoristiques (faussement premier degré, façon Canard Enchaîné), la charge reste intacte : monde media-politique en vase clos, formation identique (HEC-Sciences Po), manque de barrières déontologiques.
L’ensemble est passionnant, la critique sociologique est intéressante (élites droite et gauche unies pour « éduquer le peuple »), l’avertissement est clair (remember 1933) mais le tout mériterait d’être développé.
A voir donc et au cinéma, car il y a peu de chances que cela passe un jour à la télé.
dimanche 12 février 2012
Affiche standard
posté par Professor Ludovico
C’est la Professorinette qui me l’a signalé : quelqu’un s’est amusé à regrouper des affiches de cinéma par « cliché ». Par exemple toutes les affiches avec des Grosses Têtes et un Petit Personnage qui Court en Contre Jour sur la Plage.
C’est drôle et vous trouverez plus loin d’autres exemples, comme par exemple, « Dos à Dos », « Au Lit », ou « Entre les jambes »
Qu’est-ce à dire ? Que nous sommes conditionnés, prêts à réagir à n’importe quel stimulus marketing ? Sûrement. Affiche rouge = film de filles ; affiche bleue avec typographie « à empattement »* = film animalier ou écologique ; affiche bleue avec typographie « sans serif »** = film d’action un peu inquiétant, film avec des jambes dessus = sexy + rigolo…
Témoignage, aussi, de la faiblesse créative, ou simplement d’un certain sens de l’affiche qui marche.
Signe surtout, que l’œuvre d’art appartient depuis toujours à un genre, une donnée immuable depuis le théâtre antique : comédie ou tragédie. L’affiche ne fait que transmettre ce message : « Venez donc voir la nouvelle tragédie de …, la nouvelle comédie de… »
Et ça c’est plutôt rassurant…
* à empattement : une typographie classique, avec des petits patins terminant chaque lettre, comme dans la police Times
** sans serif : une typographie sans empattement, comme la typo de ce site
samedi 11 février 2012
A propos d’Elly à la télé
posté par Professor Ludovico
A ne pas rater sur Arte mercredi, à 20h35, le premier chef d’œuvre de Asghar Farhadi, A propos d’Elly.
Une bande de copains monte une cabane à un copain célibataire, et comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, les petits mensonges tournent au drame, comme dans Une Séparation.
Aucune excuse ne sera acceptée.
jeudi 9 février 2012
Take Shelter
posté par Professor Ludovico
Take Shelter, c’est un film sur la dépression. La grande dépression économique américaine, l’histoire d’une hyperpuissance qui doute d’elle même. Crise du crédit, crise économique, crise du couple, la crise tout court.
La tornade qui menace l’Ohio ne zèbre pas seulement le Grand Ciel Bleu Américain d’éclairs, mais aussi les synapses de Curtis. Curtis, qui a « une bonne vie » comme le complimente son meilleur ami, une jolie femme et une gentille petite fille, mais qui voit des éclairs, et suspecte (ou espère) qu’une immense tornade va tout emporter … pour cela, il va se construire un abri et risquer de tout perdre…
Impeccablement photographié (chaque plan semble avoir un sens caché (« exit », « sparkle », panneaux d’autoroute…), excellemment joué, Take Shelter prend son temps pour naviguer entre deux eaux : fantastique ou réalité. Curtis est-il fou, a-t-il des visions, la tornade est-elle réelle ? peu importe : c’est un monde qui s’écroule devant nos yeux, lentement, mais sûrement…
lundi 6 février 2012
J. Edgar
posté par Professor Ludovico
Mauvaise nouvelle. Notre Agent au Kremlin a été retournée. Notre meilleur fournisseur d’info ultra-confidentielles (Dans Ses Yeux, Une Séparation) a été identifiée, et retournée par les communistes, les anarchistes et le KGB (Katastrofik Grose Bouze) qui veulent tous détruire le Pays de la Liberté et de l’Opportunité. Ses informations sont désormais à traiter avec la plus grande circonspection.
Certes, J. Edgar n’est pas une KGB, c’est même un film extrêmement bien fait (époques entrelacées, performance Di Capriesque hallucinante, habile plaidoyer à charge et à décharge), mais ce n’est PAS un film : pas de début, pas de fin, pas d’histoire, mais seulement l’Histoire, avec un grand H. Mais dans ces cas-là, on préfère un bon documentaire sur Arte.
Car avec J. Edgar, on est devant une sorte d’ovni, qui fournirait à Clint Eastwood beurre et argent du beurre. Si on lui demande si la secrétaire a vraiment détruit les Archives Hoover, comme le laisse entendre le film, il sort le beurre : son Joker « fiction ». Si l’on trouve, au contraire, que la relation homosexuelle n’est pas vraiment traitée, il sort l’argent du beurre : la sacro-sainte « Réalité » : en vérité, on ne sait pas si Tolson et Hoover ont eu des relations.
Mais justement, un conteur, c’est un type qui décide, qui raconte une histoire, vraie ou fausse. Pas un gars qui se cache derrière une prétendue « réalité ».
En jouant à cache-cache avec les deux, Clint nous ennuie (depuis un certain temps déjà…)
jeudi 26 janvier 2012
Topten 2011
posté par Professor Ludovico
Il est parfois des Topten consensuels, et l’édition 2011 est de ceux-là : il suffit de comparer le classement du Professore :
1 Une Séparation
2 Drive
3 L’exercice De L’état
4 Melancholia
5 Shame
6 Sucker Punch
7 Source Code
8 Scream 4
9 Morning Glory
10 Faites Le Mur
Bottom Five
1 Les Tuche
2 Battle For L.A.
3 Le Gamin Au Vélo
4 A Dangerous Method
5 Les Adoptés
Versus celui de mes petits camarades :
1 Une Séparation
2 Drive
3 La Piel Que Habito
4 Le Discours D’un Roi
5 Polisse
6 The Artist
7 Et Maintenant On Va Où ?
8 Incendies
9 Melancholia
10 Le Cochon De Gaza
Bottom Five
1 Mon Père Est Femme De Ménage
2 Ex-Ae : Tree Of Life
3 Ex-Ae : Black Swan
4 Ex-Ae : Tous Les Soleils
5 L’exercice De L’état
3 films en commun, c’est déjà pas mal.
Point d’étonnement : L’Exercice de l’Etat, qui a déclenché des torrents de critiques pour le moins inattendus chez des pro-cinéma français.
Pour le reste, on est plutôt d’accord : l’affaiblissement formulaïque du cinéma yankee, la consternante constance du cinéma français, et les séries, les séries, toujours les séries : Game of Thrones, Mad Men, Les Tudors…
Mais ça ne nous empêchera pas d’aller voir quelques films en 2012…