C’est l’histoire d’une guerre, souterraine, secrète, mais une guerre quand même. Cette guerre, c’est la guerre des boutons. Rappel des faits : en 1912, Louis Pergaud écrit La Guerre des Boutons, le livre, qui deviendra un film drolatique d’Yves Robert, en 1955. (Je peux écrire drolatique, parce que je ne l’ai pas vu, le film….)
Mais grâce à lui, les aventures de Petit Gibus deviennent cultes, comme les répliques « Si j’aurais su, j’aurais po v’nu ! »
Aujourd’hui, le livre est tombé dans le domaine public. Marc du Pontavice, ancien de la Gaumont et producteur de Gainsbourg, Vie Héroïque, flaire la bonne idée, pas chère (pas de droits à payer, malgré une notoriété inentamée : faisons un remake !). Un projet est lancé, sous la direction de Yann Samuell (Jeux d’Enfants) avec notamment Alain Chabat et Mathilde Seigner.
Mais Thomas Langmann (Astérix, Le Boulet) a eu la même idée. Il a monté lui aussi un projet, autour de Christophe Barratier (Les Choristes) et de Kad Merad et de Gérard Jugnot. Le conflit ne peut se régler devant les tribunaux, puisqu’il n’y a plus de droits cédés. Ca sera donc la guerre. On appelle comédiens, techniciens, décorateurs, et on menace « si tu fais La Guerre des Boutons avec Machin, tu ne travailleras plus jamais dans le cinéma français* », entre autres amabilités.
Moralité : deux films sortent, à une semaine d’intervalle (14 et 21 septembre), sans argumentaire marketing sérieux pour faire pencher la balance. D’un côté, l’humour Nuls, la sensibilité et l’esthétisme façon Yann Samuell, de l’autre le plus franchouillard, façon Choristes, Barratier-Merad-Jugnot. Il n’y aura à l’évidence aucun vainqueur, mais deux perdants. D’abord parce que personne de sensé n’ira voir les deux. Et que même si l’un l’emporte sur l’autre, il perdra quand même, mathématiquement, une bonne partie des entrées de son adversaire.
Petits dégâts collatéraux : comment sera géré la promo ? Invitera-t-on en même temps Kad Merad et Alain Chabat aux Enfants de la Télé ? Osera-t-on leur poser une question sur le ridicule de la situation ? Et si on ne le fait pas, c’est l’interviewer qui sera ridicule, d’enchaîner ainsi, sans rien dire, la promo du même film. Et cela promet aussi une belle foire d’empoigne lors des diffusions télé : « Si tu achètes la Guerre de Machin, n’espère pas avoir mon Astérix IV ! »
Rien de grave à tout cela, mais plutôt un sujet de rigolade, assez fréquent si on y regarde de plus près : il y a deux Borgia à la rentrée : celui que Canal+ a produit, écrit par Tom Fontana, et celui que Canal+ a acheté à Showtime, et qui est déjà diffusé partout dans le monde. Si Canal l’a acheté, c’est pour éviter de se faire griller deux fois. Une fois à l’international (c’est fait, personne n’achètera les Borgia façon Canal), et une fois en France (pas question que M6 ne diffuse un Borgia Showtime avant le mien)…
De même, 1998 vit l’affrontement titanesque de Deep Impact et d’Armageddon, sur le même sujet météoritique : Le Simpson-Bruckheimer l’emporta localement, laissant la victoire international au mélo de Mimi Ledder…
*Selon la formule célèbre de Julia Philips : « You’ll never eat lunch in this town again », titre de son livre de révélations sur Hollywood, et menace sous-tendue si elle publiait lesdites révélations. Quatre prostituées d’Hollywood reprirent l’idée dans leurs propres confessions « You’ll Never Make Love In This Town Again »
posté par Professor Ludovico
Comme le dit très justement la Professora (qui a adoré), La Conquête est un objet filmique qui n’existait pas jusqu’à aujourd’hui ; c’est à dire une re-création de la réalité par la fiction, un documentaire qui diffuserait des images qui n’ont pas été filmées, des conversations qui n’ont pas été enregistrées. La Conquête produit donc un fort effet nostalgique à la Perec (« Je me souviens de Nicolas Sarkozy embrassant Cécilia Place de la Concorde… »), mais pas une véritable émotion cinématographique. On peut également douter de la postérité (ou simplement de l’exportabilité) de La Conquête, entièrement basé sur les connaissances, encore toutes fraîches, du spectateur français en la matière. Deux raisons qui rejettent le film de Xavier Durringer hors du périmètre des œuvres d’art.
Pourquoi ça ne marche pas, alors ?
– la facilité : quand la réalité dépasse la fiction, pourquoi chercher à faire mieux ? Avec un dramaturge pareil (Nicolas Sarkozy), et les meilleurs dialoguistes de leur génération (Sarkozy, Villepin, Chirac), il suffit pour raconter cette histoire de mettre bout à bout, dans l’ordre, les « petites phrases ». Rien n’est moins vrai, pourtant… Car assembler des dialogues, ce n’est pas un histoire, encore moins un film. Ce qui rend le film extrêmement bavard, et même lassant de ce point de vue. Sans aucune respiration pour une quelconque pause dramatique ou une envolée lyrique.
– le respect du genre ; la forme artistique, c’est une des marottes du Professore, et La Conquête en est un excellent exemple. Durringer n’a pas choisi de forme, et ça se voit : La Conquête est elle une comédie satirique du pouvoir? Dans ce cas, elle n’est pas très drôle. Est-ce une tragédie, et la plus belle qui soit : l’histoire d’un homme qui obtient enfin tout ce qu’il veut mais qui perd sa femme dans le processus ? La Conquête n’est alors pas assez aux côtés de son personnage principal. Si Sarkozy est un personnage de tragédie, il ne fait pas le montrer seulement les dents longues, drôle et agressif, mais mettre clairement le spectateur de son côté. Il faudrait le rendre peut être pas sympathique, mais au moins empathique : pourquoi tant de haine ? Pourquoi séduire toutes les femmes et vouloir garder celle-là ? Qu’a-t-elle de plus ? Durringer et Rotman (son scénariste) n’ont probablement pas la réponse, mais la fiction, elle, l’a sûrement.
– la confiance dans le cinéma : rien, absolument rien de cinématographique dans La Conquête : plan fixes, champs contre champ, dialogues autour d’une table, personnages pérorant immobiles dans un décor et des accessoires inexistants. On est dans la pire dramatique télé façon ORTF.
Il n’en reste pas moins que La Conquête reste un OVNI passionnant pour notre génération, une sorte de best of de la droite des dix dernières années. Saluons également le courage de pionniers qui entoure cette entreprise, les producteurs étant les premiers à se jeter dans le bain du film politique, un genre cruellement absent en France, qui plus est sur un sujet aussi brûlant.
On se délectera aussi des performances hallucinantes de Bernard Le Coq en Chirac et Denis Podalydès en Nicolas Sarkozy. Rien qui pour ça, La Conquête vaut ses 10 euros.
vendredi 26 août 2011
Captain America First Avenger
posté par Professor Ludovico
Nous voilà partis, avec Mr Malakansar, pour voir Melancholia, le Deep Impact danois de Lars von Trier. Complet ! Vraiment pas de chance ! Nous voilà obligés d’aller voir Cowboys et Envahisseurs (my choice) ou Captain America First Avenger (his choice).
Le croirez-vous ? Pour une fois, j’ai abandonné tout dogmatisme (et cette loi interne qui m’interdit d’aller voir des mecs crypto-gays en collants bleu-blanc-rouge), pour suivre enfin la Voie de la Raison : aller voir un film réputé bon (selon les critères de Ludo Fulci) plutôt qu’un film descendu par la critique, mais qui me faisait envie. Et me voilà chaussant ma paire de lunettes 3D, qui pèsent une tonne sur mon nez pointu et qui gâche toute la chatoyante colorimétrie de Captain America First Avenger.
Eh bien, j’ai bien fait : Captain America est une excellente surprise, un très bon divertissement, drôle, subtil et amusant.
D’abord, parce que devant la ringardise de son héros (Captain America, c’est quand même très tarte), les scénaristes font preuve d’une exceptionnelle finesse. Exposition en détail du background (le gringalet héroïque qui veut faire la guerre comme tout le monde), et qui résonne étonnamment avec le fabuleux documentaire The War de Ken Burns : oui, beaucoup de jeunes américains la voulaient, cette guerre, ne serait-ce que pour échapper à l’ennui.
Deuxième finesse, quand l’action commence, on croit que c’est parti, et pourtant non. Voilà notre Captain America, tout en muscle, qui ne sert plus à rien. Sauf, peut-être, à vendre des Bons du Trésor. Joe Johnston nous entraîne alors dans dix minutes étonnantes (Chorus Girls, tournée pan américaine façon Mémoire de Nos Pères), ce qui permet au passage (ce deuxième effet Kis-Cool n’est pas innocent) de torpiller la gangue « héros de propagande » qui entoure ce pauvre Captain dans notre imaginaire Marvel.
Ensuite, évidemment (au bout d’une heure !), First Avenger devient un peu plus business as usual, et notre héros peut enfin kick some ass.
Mais là aussi, on est dans le tout bon : Nazis, Ordre de Thulé, Yggdrasill, Base Secrète, un folklore qui fleure bon le Weird War 2, et les Twisted Forties…
Et dès que le film risque de se prendre un peu au sérieux, un humour omniprésent vient décaper tout ça, grâce au génial Tommy Lee Jones…
A ne pas rater, même si on n’aime pas les mecs en collant…