[ Les films ]



vendredi 16 avril 2010


No Direction Home (première partie)
posté par Professor Ludovico

Allez, un peu de rock… Je suis né à la musique du diable par Pink Floyd (The Wall, il y a pire, croyez moi !), puis Bowie, puis les Stones, les Pistols, les Clash, etc.

Mais depuis vingt ans, il n’y a qu’un artiste que j’écoute tous les jours, c’est Dylan…

Au delà du cliché de folkeux à guitare (qu’il fut le premier à rejeter), cliché qui empêche généralement le béotien d’« accéder » à son univers, il faut bien comprendre que Dylan est le plus grand poète américain du XXème siècle.

No Direction Home, c’est le documentaire réalisé sur Dylan par Scorcese, grand amateur de rock s’il en est. Ne vous attendez pas néanmoins à un deuxième The Last Waltz, ou un deuxième Shine a Light, c’est-à-dire une captation d’un quelconque concert du Bob à Bali ou à Berlin (Dylan est en tournée depuis des années, le Neverending Tour). Cette proposition est en effet hautement improbable : un concert de Dylan, c’est comme la roulette russe : une fois sur six, c’est pas mal…

Non, No Direction Home est un vrai documentaire, chronologique, sur le Shakespeare de Hibbing, Minnesota. Donc, en gros, une interview du Poète (filmée de façon inexplicablement floue ???), des interview des comparses (Joan Baez, Pete Seeger…), des femmes (Joan Baez, Suzanne Rotolo…), quelques photos noir et blanc, et des images de concert à profusion.

Fil conducteur de la première partie : le concert de Newcastle, 1966, où Dylan affronte, comme il va le faire tous les jours pendant un an, une foule hostile, mais chaque fois plus nombreuse. Objet de cette ire ? Dylan – sacrilège ! – est passé à la guitare électrique.

Scorcese utilise ce concert comme un os, et ajoute de la chair dessus : explications des débuts par des témoins, interview du Maître, contexte historico-sociologique, etc.

Mais il ajoute aussi au concert quasi-punk de Newcastle des témoignages de fans transis, qui doivent donner un peu d’humilité, d’ailleurs, à l’amateur de rock, de techno, de rap, ou tout simplement, au CineFaster !

Les Dylaniens de 1966 y brûlent ce qu’ils avaient adoré en 65 : « Traître ! Judas ! Prostitué !» Ces fans, pourtant jeunes, visiblement cultivés, sont incapables de voir que Dylan est entrain de faire, c’est-à-dire transformer cette musique de fond en comble, de la pervertir pour en faire une machine de guerre à textes. Après Dylan – comme on le voit dans l’excellent documentaire de DA Pennebaker réalisé à la même époque, Don’t Look Back – les Beatles ne pourront plus jamais écrire de chansons gnangnans.

Donc, cher CineFaster, attention : nos excommunications d’aujourd’hui sont peut-être nos grossières erreurs de demain…

La deuxième partie après les vacances : une semaine sans films, sans télé, sans série, mais peut-être avec un peu de foot. Mort au Bayern !




mardi 13 avril 2010


Tonnerre sous les Tropiques
posté par Professor Ludovico

Une parodie d’Apocalypse Now. Une parodie de Platoon. Une critique du système des Oscars. Une critique des agents. Et des cinéastes européens qui se la pètent… Et de acteurs américains Actors’ Studio qui se la pètent…

Il y a forcément un truc pour vous dans Tonnerre sous les Tropiques, la comédie fourre-tout de Ben Stiller. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas The Fatties, la comédie pétomane…

On le voit, on n’est pas vraiment chez les Monty Python, mais plutôt chez Zoolander, où Stiller taillait déjà un costard au monde de la mode.

Bien sûr, Tonnerre sous les Tropiques n’est pas un chef d’œuvre ; il lui manque – sur le thème de la satire Hollywoodienne – la finesse de Tournage dans un Jardin Anglais (avec déjà Steve Coogan) ou l’émouvante humanité de Galaxy Quest (Never give up! Never surrender!)

Ben Stiller n’est pas un grand cinéaste ; il ne sait pas trier le gag fin du gag lourd, et en plus il a beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent (95M$) : il aligne donc les plans, et ne sait pas s’arrêter sur un bon gag. Il surexploite l’incroyable Robert Downey jr, dans peut-être son meilleur rôle de poupée russe (jouer Al Pacino qui joue un noir qui joue dans un film sur le Vietnam)…

Il sous-exploite en revanche le meilleur acteur de sa génération, méconnaissable dans le rôle du producteur fou, qui laisse au moins une séquence finale de rap mémorable…

Mais bon, ce ne sont là que péchés véniels, eu égard à la force de la satire hollywoodienne, et à l’excellence des dialogues…

Il lui sera donc beaucoup pardonné…




lundi 12 avril 2010


The Ghostwriter
posté par Professor Ludovico

Peu importe la résolution finale de l’intrigue – assez minuscule, et que nous ne révélerons pas ici -, ce qui compte dans The Ghostwriter, c’est le chemin qui y mène. Un chemin de douanier, à vrai dire, tortueux et dangereux au bord de la falaise, comme Polanski les aime.

Un nègre littéraire sans nom « The Ghost » (Ewan McGregor, qui aligne les bons films en ce moment) est recruté par l’entourage d’Adam Lang, (Pierce Brosnan, qui prouve encore une fois qu’il aurait pu faire mieux que James Bond). Mr Lang est un ancien premier ministre Labour dans lequel tout le monde aura reconnu Tony Blair. Mission : réécrire en un temps record l’autobiographie du monsieur, le ghostwriter précédent venant de décéder… Ambiance.

Dans le Parcours du Héros – méthode d’analyse de toutes les histoires depuis Homère -, le héros doit quitter ses attaches familiales pour pouvoir partir à l’aventure. Ici, ça commence bien : le héros n’en a pas. Et comme on lui offre beaucoup d’argent, il accepte.

Le conte fantastique peut commencer. Une île dans les brumes, un ferry qui ouvre grand sa gueule de dragon pour dévorer les voitures, une grande maison au bord de la mer, où chaque tableau semble éclaboussé de sang. Un livre magique, enfermé dans un coffre… Un village mystérieux et fantomatique (on ne verra qu’une serveuse, inexplicablement habillée comme au XVIIIème siècle).

Notre Héros va non seulement explorer ces contrées mystérieuses, passer de la sorcière blonde à la sorcière brune, mais il va finalement tomber dans le marais le plus dangereux qui soit : la politique. Car au moment même où il accepte le job, Adam Lang se voit convoquer par le tribunal international de La Haye, pour crimes de guerre…

L’intérêt du film – et cela vaut la peine d’être noté – ne tient pas à l’histoire, finalement anecdotique, mais à l’ambiance générée… Les personnages, le décor, l’excellente musique d’Alexandre Desplat, nous mettent littéralement dans la peau de McGregor… Que faire à sa place ? Ecrire le livre ? Mener l’enquête sur la mort de son prédécesseur ? Aider à la com’ de Lang pour le défendre ou trouver des preuves pour l’incriminer ? Ou seulement baiser les sorcières !? Dans ce Club des Cinq pour adultes, The Ghost n’est-il pas comme le Bill Hartford d’Eyes Wide Shut, le dindon de la farce ?

Réponse dans votre cinéma favori…




dimanche 11 avril 2010


The Square
posté par Professor Ludovico

La magie du cinéma, c’est ça : il ma suffit de zapper dix minutes sur The Square pour avoir envie de voir le film (ce que je n’ai pas encore fait.)

Dix minutes magiques, quasi silencieuses, mais tellement bien filmées qu’on comprend tout : deux couples, un adultère, quelque chose de terrible entrain de se préparer… Un remords soudain, on veut tout annuler, mais c’est trop tard : le drame est en place…

Le tout impeccablement filmé, tout en retenue, en suspense, avec quelques regards échangés… Nash Edgerton a confiance dans le cinéma.

J’ai enregistré son film. Et je vais le regarder…




dimanche 11 avril 2010


La Dernière Escroquerie du Rock’n’Roll
posté par Professor Ludovico

Malcolm McLaren is dead. On pourrait en faire un T-Shirt, comme Sid Vicious: Dead. Si McLaren a sa place dans CineFast, ce n’est pas en tant que Manager des Sex Pistols, mais bien en tant que producteur de cinéma, de l’OVNI filmique La Grande Escroquerie du Rock’n’Roll, le vrai-faux biopic des Pistols…

Vrai, car avec de vrais morceaux de Pistols dedans : le God Save the Queen sur la Tamise, les derniers concerts calamiteux au Texas, l’émission de Bill Grundy… Et le faux aussi, où le Malcolm, en bon situationniste, esbaudit la Société du Spectacle en réécrivant son histoire des Sex Pistols : j’ai tout fait, j’ai tout inventé, tout était prévu depuis le début…

Comme chacun sait, c’est « un petit peu plus compliqué que ça... », mais quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs…

Bref, le film est rigolo, varié, sûrement très bizarre à regarder aujourd’hui, submergés que nous sommes par les clips, et blasés par toute forme de provocation…

Si le grand mérite du Punk, c’est d’avoir dit : « Toi aussi, tu peux le faire : tu peux être chanteur, graphiste, écrivain. Prends ton stylo et fais-le… », son deuxième – et pas le moindre – c’est d’avoir démonté les rouages du rock’n’roll circus : après les Pistols, toute provocation a désormais un petit parfum marketing…

Malcolm McLaren était un grand déconstructeur, et même s’il n’était pas le seul, il a changé nos vies…




jeudi 8 avril 2010


Alatriste
posté par Professor Ludovico

Bonne idée que d’adapter le D’Artagnan modernisé d’Arturo Perez Riverte, Capitaine Alatriste. Bonne idée, aussi, que ce soit des espagnols qui s’en occupent (on sait de quels massacres sont capables les américains quand ils adaptent l’histoire européenne). Ici, belle déco réaliste, belles lumières…

Bonne idée, enfin, de confier le rôle du spadassin désespéré à Viggo Mortensen, qui, cereza sur los gatos, parle très bien l’espagnol.

Mais bon, ça s’arrête là. Car le reste est très décevant. Alatriste, le film, se veut désespéré, à l’image des romans ; il ne fait pas bon vivre pauvre et honorable à l’époque de Philippe II. Okay, on a compris… mais le film aligne les scènes de désespoir : la guerre, la maladie, les galères, tout va mal.

Le spectateur veut bien ressentir cette ambiance désabusée, mais il faudrait, par exemple, que l’on passe de l’espoir au désespoir, comme l’impossible amour d’Archer et de la Comtesse Orlewska dans Le Temps de l’Innocence.
Dans Alatriste, tout va mal, et de mal en pis, du début à la fin. C’est le décor, la toile de fond d’Alatriste. On s’y fait et on attend la prochaine scène en reprenant un tapas.

Autre problème : les scénaristes ont cru bon prendre les trois bouquins* et n’en faire qu’un seul (C’est dire s’ils croyaient au potentiel économique de leur sujet !) Si les bouquins de Perez Riverte ne sont pas des chefs d’œuvre de littérature, ils sont bien écrits et dramaturgiquement bien conçus. Chaque livre (Capitaine Alatriste, Les Bûchers de Bocanegra, Le Soleil de Breda) ont une intrigue, un début, et une fin.) On y comprend pourquoi Alatriste est si … triste, pourquoi son ami pamphlétaire risque gros, pourquoi le jeune Inigo ne devrait pas tourner autour de la belle mais dangereuse Donna Angélica.

Ici, on aligne dix ans d’intrigue en 2h20 interminables. Belles, mais interminables…




jeudi 8 avril 2010


Les Chèvres du Pentagone
posté par Professor Ludovico

Fausse bonne idée, Les Chèvres du Pentagone tente le BOATS comique. C’est même pas drôle.

Point de départ de la bande à Clooney (les nouveaux cinéastes américains engagés) : un livre sur les expériences paranormales du pentagone (télékinésie, meurtre à distance, « visite » mentale de site top secret, etc.) Bon, nous, fidèles des X-Files, on sait tout ça depuis des lustres, mais qui nous croyait à l’époque, hein ?

Les Chèvres du Pentagone nous refait le coup des BOATS, version comique. Riez, les gars, puisqu’on vous dit que ça a vraiment existé ! Ben oui, mais le rire, c’est comme les pleurs, ça se commande pas. Il ne suffit pas de coller une pseudo-intrigue : Ewan McGregor qui tombe par hasard sur George Clooney, ex-agent « très spécial », et ces deux-là tombent par hasard sur Kevin Spacey, l’ancien méchant, et par hasard sur l’ancien gourou, Jeff Bridges, bouclant ainsi la boucle.

Bref, c’est pas drôle, et tous les gag sont dans la bande annonce, comme d’hab’ avec ce genre de comédie ratée…




mardi 6 avril 2010


Le Choc des Titans
posté par Professor Ludovico

Le désir, c’est mystérieux… J’avais très envie de voir Le Choc des Titans avec mes potes, en sortie groupée (ce que je ne fais jamais, vu la difficulté à réunir trois quadras, même des semaines à l’avance…) Mais là, pour d’obscures raisons tenant à un jeu de société qui nous occupe actuellement (Cyclades, pour ne pas le nommer (même les jeux ont des bandes annonces, maintenant), je décidé de tenter le coup avec quelques spartes coupeurs de tête, un athénien adepte des satyres, et un éphésien philosophe.

A ma grande surprise : succès ! Tout le monde est partant… mais là, patatras, j’avais une semaine d’avance sur le chef d’œuvre (prévisionnel) de Monsieur Leterrier… qui a profité de ladite semaine pour casser la baraque aux Etats-Unis (63M$)

C’est donc partie remise pour les maudits des dieux…




mardi 23 mars 2010


Pat Garrett & Billy The Kid
posté par Professor Ludovico

En 1970 pour son film More, Barbet Schroeder confie la musique à un petit groupe qui monte : Pink Floyd.

Quand on s’étonna, à la sortie du film, de la quasi absence de la musique au montage final, Schroeder rétorqua : « Ce qu’ils ont fait était trop bon. Leur musique bouffait mon film… »

Peckinpah, lui, est de la génération précédente. Il ne sait pas encore, comme Coppola trois ans plus tard, mixer The End et Apocalypse Now. Non, Peckinpah ne connaît pas grand’ chose au rock quand il confie en 1973 à Bob Dylan non seulement la musique, mais un rôle, dans Pat Garrett & Billy The Kid. Grave erreur. La musique de Dylan bouffe le film, et contrairement à Schroeder, Peckinpah ne sait pas où la mettre, quand la mettre, à quel volume la mettre.

Par tout vous dire, Peckinpah n’a jamais été pour moi un grand cinéaste, juste une sorte de pré-Tarantino qui aime le sang et la violence : Osterman Week End, Les Chiens de Paille, Croix de Fer, la Horde Sauvage, tout ça ne me fait ni chaud ni froid.

On serait tenté de dire que Pat Garrett & Billy The Kid c’est pareil : mal joué, mal filmé, monté à l’arrache, Il ne reste que la superbe photo de John Coquillon, le chef op’ attitré de Peckinpah.

Mais Pat Garrett, c’est plus que ça : une ode à la liberté, une réflexion sur la l’âge de la maturité, et une page d’histoire américaine.

Pat Garrett et Billy The Kid sont deux anciens hors-la-loi, et deux amis. Mais Pat Garrett, le plus vieux, (James Coburn) est devenu Shérif, et a reçu l’ordre des gros propriétaires terriens d’arrêter Billy (Kris Kristofferson). Il le fait à contrecoeur, mais Billy s’évade. Tant pis, il le poursuivra jusqu’au Mexique s’il le faut. Entre les deux, l’énigmatique Alias (Bob D.), fera le choeur grec.

Mais l’intelligence du film, c’est que si Pat Garrett représente la loi, c’est de manière bien lâche, et si Billy, représente la révolte, alors celle-ci est bien faible.

Car nous sommes dans une période clef de l’histoire de l’Amérique : 1880. La Conquête de l’Ouest se termine, et les États tout franchement réunis après une guerre de Sécession dévastatrice, cherchent à devenir un état normal. C’est donc ce moment crucial que filme Peckinpah, quand l’espace, la liberté, qui n’avaient pas de limite, incarnaient les valeurs fondamentales de la frontier : America, land of opportunity.

Mais la liberté totale, même au Paradis terrestre, c’est le chaos. « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable », comme disait Staline. Billy prend ce qu’il veut, pensant exercer une sorte de liberté inaliénable.

Garrett, lui a compris (comme Dylan !) que les temps changent. « Peut-être, mais pas moi ! Maintenant, tu es sheriff, et avant, moi je travaillais pour Chisum. La loi, c’est un drôle de truc » rétorque le Kid. Garrett est passé du côté du manche, même si ça le dégoûte, de travailler pour les gros propriétaires terriens qui posent des barbelés dans la prairie. C’est triste, mais c’est aussi le début des lois, de la justice. Quelqu’un doit faire le job. Garrett sera là pour le faire*.

Peckinpah, semble, comme Alias, regarder cette Amérique mourir (dans de splendides soleils couchants), tandis qu’une autre va naître, à la fin du film, dans un petit matin ensoleillé.

*Suprême ironie, présenté dans l’intro de PG&BTK : Garrett périt vingt ans plus tard, de la même épée : il conteste le coût des baux de location, et on l’abat à l’ancienne dans une embuscade…




lundi 15 mars 2010


Brothers
posté par Professor Ludovico

Et voilà, le boulot s’accumule et on oublie de parler de Brothers, sûrement le film le plus intéressant du trimestre, hormis l’ébouriffant Shutter Island, plus rigolo mais sûrement moins profond.

Brothers, c’est un garage à Ferrari : les meilleurs acteurs de la génération trentenaires, plus Sam Shepard en beauf vétéran du Vietnam. Aux commandes, Jim Sheridan, monsieur Au Nom du Père. Et en plus un sujet qui décoiffe.

De quoi s’agit-il ? De la parabole du Bon et du Mauvais Fils, tout simplement. Sam, le bon fils (Tobey Maguire) est parfait : capitaine respecté des Marines, marié à Grâce, la plus belle fille de la ville (Natalie Portman), et père de deux mignonnes petites filles. En face, son noir opposé Tommy, le frérot qui a mal tourné (Jake Gyllenhaal) : alcool, drogue, braquage et taule. On pense évidemment à l’Indian Runner de Sean Penn, et à la chanson de Springsteen,Highway Patrolman*

Quand le film débute, le gentil frère va chercher le mouton noir à sa sortie de prison. S’ensuit un dîner familial à couper au couteau, où le père démontre un parti-pris terrifiant pour Sam.

Là-dessus, notre bon soldat part en Afghanistan… Et meurt. S’ensuit probablement la meilleure part de Brothers : l’impossible deuil de Grace*, le remord insurmontable de Tommy, qui donnerait volontiers sa vie ratée pour celle de son frère, et du père qui – aveu terrible – serait prêt à l’accepter. Mais voilà, la vie reprend ses droits, il faut élever les enfants et réapprendre à vivre, et à aimer. Ce qui doit arriver arrive : un peu éméchés, Grace et Sam se rapprochent.

C’est le moment où réapparaît Sam, pas mort, mais prisonnier échappé des talibans, et chargé d’un lourd secret.

C’est la que le film commence, car le bon fils est revenu transformé en monstre, un monstre comme seule la guerre peut en produire.

On ne racontera pas la suite, mais c’est ce propos-là qui rend Brothers passionnant : nous ne sommes pas, en effet, le produit de la génétique (et d’un quelconque gène criminel), ni des traumatismes parentaux… Au contraire, selon les circonstances, (et sous l’influence de notre passé, certes), mais surtout selon nos actes, chacun peut devenir un monstre, ou s’amender.

Une fois qu’il a trouvé un rôle possible, Tommy peut faire le bien, car il le souhaite. Et son frère Sam, le militaire (trop) parfait, peut suivre, de manière incompréhensible un code de l’honneur que l’Armée elle-même ne lui a pas demandé, ce qui l’amènera à la folie…

Le talent de Jim Sheridan, c’est de poser ses gros clichés, puis de nous prendre systématiquement à contre pied, et justement de nous amener à réfléchir sur nos propres préjuges…

On oubliera seulement la dernière minute de Brothers, qui ne gâche pas le film, mais le conclut par trop brutalement, en oubliant de résoudre quelques éléments au passage. Les 103 premières minutes les compensent aisément…

*Brothers est en fait le remake de Brodre, un film danois de Susanne Bier




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