[ Les films ]



jeudi 2 juillet 2015


Quand Les Aigles Attaquent
posté par Professor Ludovico

Aussi improbable que cela puisse paraître, le Professore n’a jamais vu Quand Les Aigles Attaquent ! Lui qui connait par cœur Les Canons de Navarone mais aussi L’Ouragan Vient de Navarone (avec Harrison Ford, s’il vous plait !), Un Pont Trop Loin, Les Rats du Désert, La Bataille de l’Eau Lourde et Opération Tirpitz, n’a jamais vu que des bouts du duo Eastwood/Burton sur D8, et le fameux duel sur le téléphérique. Mais là, il prend les devants et l’emprunte à Mr Fulci, et on regarde.

Et bien c’est pas mal du tout, Quand Les Aigles Attaquent. Une vraie GCA dans tous les sens du terme. Ça serait produit par Jerry Bruckheimer que ça n’étonnerait personne. Tout le monde tire dans tous les sens, il y a un hélico (sic) et deux blondes à gros seins (assez moches, pour autant), Burton est alcoolo et Eastwood est énigmatique. Et puis il y a un gros twist annoncé dès le début qui indique qu’il va y avoir du grabuge, mais pas celui qu’on croit.

Le tout filmé la plupart du temps dans un silence génial, qui démontre une fois de plus que le cinéma non seulement peut, mais aussi doit se passer de mots.




mardi 30 juin 2015


The Duke of Burgundy
posté par Professor Ludovico

Tu es en retard.

C’est par ces mots que commencent The Duke of Burgundy, le film le plus étrange de l’année. Une femme dans la forêt, contemple un ruisseau, et rejoint son emploi de bonne à tout faire dans une maison où sa patronne autoritaire l’attend : You are late. Tout cela se passe dans un pays indéterminé, et une époque tout aussi indéterminée, peut-être le début des années 80, peut-être la Hongrie. Cette étrangeté est évidemment voulue, planifiée, entretenue par le réalisateur (Peter Strickland insérant à plusieurs reprises des « anomalies » qui déstabilisent volontairement le spectateur). Elle est fondamentale, en ce qu’elle force le spectateur à décrocher de toute velléité rationnalisante.

You are late. Ce mantra, répété à plusieurs reprises, annonce en fait le rituel sadomasochiste qui lie ces deux femmes, celle du ruisseau et sa patronne, lépidoptériste spécialiste des papillons Duc de Bourgogne. Une relation tendue, entre dominant et dominé.

Ce qui pourrait un mauvais film érotique sur M6 est en fait totalement sublimé par la mise en scène et la déco, les costumes (et la lingerie !) vintage. Ses deux actrices sont volontairement un peu âgées, d’un physique très commun, et évidemment cela renforce le réalisme et la tension sexuelle du film, qui n’a finalement pas grand’chose d’érotique*.

Car le propos de Peter Strickland n’est pas là. Il pose au contraire un regard d’entomologiste sur ces deux femmes, coincé comme deux papillons dans un rite sexuel étrange. Deux insectes qui cherchent à se reproduire et ne se trouvent pas… Avec ce Duke of Burgundy, on flirte entre David Lynch et le cinéma psychédéliques des années 70, le More de Barbet Schroeder ou les interrogations métaphysiques d’un Antonioni, période Zabriskie Point ou Profession Reporter.

Du grand cinéma, donc.

* Alors que la bande annonce, si. Elle est là pour faire « désirer » le film….




lundi 22 juin 2015


CineFast, on s’était dit rendez-vous dans 10 ans
posté par Professor Ludovico

CineFast est né le 22 juin 2005, avec une critique séminale du Snake sur L’Antidote, sobrement baptisé « Pourquoi ?« , en tentant de lancer une mode qui n’allait jamais prendre dans l’univers janséniste de CineFast : la « Chronique avec Photo »… il faut comprendre qu’il s’agissait avant tout d’une démo de la Direction Informatique de CineFast, un proof of concept qui permettait de valider l’EB formulée par le métier. Toutes les fonctionnalités de CineFast étaient pourtant déjà là : titre de la chronique, article, fonction gras et italique, et classement par rubrique. La charte graphique, d’une grande sobriété, allait faire date : beige dégradé, texte noir en Arial Black.

Depuis, pourtant, que de chemin parcouru ! Depuis cette nuit sans lune à Colombes, consacrée à David Fincher et qui devait donner naissance aux prémisses théoriques du Cinéma Chrétien, et au concept de GCA, encore à naître.

Pour une commémoration, il est d’usage d’aligner des statistiques, mais le Professore peut juste vous dire qu’il y a 1218 critiques dans la base et quelques milliers de lecteurs partout dans le monde. Il est plus intéressant de se pencher sur le fond, c’est à dire Topten de ces dix dernières années ; le meilleur – et le pire – du cinéma selon le Professore Ludovico depuis 2005. Ça donne ça :

Meilleurs films de la décennie :
2005 – Closer
2006 – Syriana
2007 – Control
2008 – Un Conte de Noël
2009 – Un prophète
2010 – The social network
2011 – Une Séparation
2012 – Les Enfants de Belle Ville
2013 – Ma meilleure amie, sa sœur et moi
2014 – Mommy

Pires films des dix dernières années :
2005 – Bataille dans le ciel
2006 – ex aequo : Arthur et Les Minimoys et Le Dahlia Noir
2007 – Lady Chatterley
2008 – Phénomènes
2009 – Good Morning England
2010 – Skyline
2011 – Les Tuche
2012 – Prometheus
2013 – Man of Steel
2014 – Le Hobbit – La Bataille des 5 Armées

Qu’en conclure ? La disparition progressive – et programmée – du cinéma qui faisait CineFast : la mort de Don Simpson, Jerry Bruckheimer chez Disney, mais surtout le 11 septembre 2001 ont précipité l’effondrement de la GCA, du TopTen vers le BottomFive : Skyline ou Phénomènes, Man of Steel ou Le Hobbit. La constante détestation de Ridley Scott (ou l’amour contrarié, selon la façon dont on voit les choses), s’est poursuivi année après année, du premier article au désastre Prometheus. Réciproquement, la présence de plus en plus évidente d’un cinéma d’auteur : cinéma indépendant US (Closer, Ma meilleure amie, sa sœur et moi) mais aussi cinéma « français » (Le conte de Noël, Un Prophète, Mommy) et horreur, malheur, de deux films iraniens : les Etats-Unis d’Amérique ont tout simplement perdu la guerre.

Ou plutôt, ils ont gagné l’autre guerre, celle de la télévision. Je vous laisse, True Detective m’attend.

En attendant :

On s’était dit rendez-vous dans 10 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 30 ans
Sur les marches de la place des grands hommes




jeudi 18 juin 2015


Jurassic World
posté par Professor Ludovico

Tout le monde n’est pas Steven Spielberg, voilà ce que dit Jurassic World. Tout le monde n’est pas capable de faire un film à partir d’une seule idée. Ou comme disait Kubrick : d’incarner une idée. Ici une seule idée : le parc est devenu un parc d’attraction géant ; un parc qui, enfin a réussi. Se moquer de l’obsession américaine – et désormais mondiale – pour les theme parks, voilà qui suffirait à Steven Spielberg quand il faisait encore des films fun, dont Jurassic Park – Le Monde Perdu fut la dernière incarnation, et peut-être le chef d’œuvre.

Mais bon, cette idée de parc à thèmes, c’était déjà peu ou prou* l’idée de Jurassic Park ; la photocopie de photocopie de photocopie est forcément bien pâle. Ça n’avait pas empêché Spielberg de faite quelque chose du Monde Perdu. Mais ce n’est pas l’illustre inconnu Colin Trevorrow, et son maigre sous-texte « Guerre en Irak » qui y arrivera.

Trevorrow essaie laborieusement d’extraire l’ADN de cette idée jurassique pour en faire un film, comme le savant fou essaie de créer de nouveaux dinos à partir d’une goutte de sang prise dans un moustique lui-même fossilisé dans une goutte d’ambre.

Mais c’est là qu’il faut du talent. A ce moment précis, où on frôle le nanar : une idée débile peut faire un film génial, quand on s’appelle Spielberg ou Hitchcock. Mais ici, une seule blague au milieu des dialogues consternants** (rappelons-nous des saillies géniales de Jeff Goldblum***), des acteurs moches, à commencer par l’héroïne, et un scénario qui se contente de recycler plan par plan les idées du grand Steven.

Comme disait un proverbe arabo-tchequo-chinois, « Celui qui marche dans les traces de l’autre ne laisse pas de traces. »

* sauf si l’on considère – théorie intéressante – que Jurassic World est une métaphore du cinéma US au bord de l’implosion ; le vieux Jurassic Park (cf. la fin) triomphant du nouveau Jurassic World génétiquement modifié ; le premier sequel affirmant haut et fort qu’il ne vaudra jamais l’original.

** comme ça, vous n’avez pas de mal à l’identifier…

*** Dr. Ian Malcolm: God creates dinosaurs. God destroys dinosaurs. God creates man. Man destroys God. Man creates dinosaurs.
Dr. Ellie Sattler: Dinosaurs eat man. Woman inherits the earth.




lundi 15 juin 2015


Loin de la Foule Déchaînée
posté par Professor Ludovico

De beaux décors (le Dorset), avec plein de petits moutons. Les jolies couleurs de l’automne pour filmer ce paysage bucolique de l’Angleterre des années 1870. Un beau mélo signé Thomas Hardy. Et bien, de tout cela, Thomas Vinterberg, Monsieur La Chasse, Monsieur Festen, ne sait que faire.

On s’ennuie fort loin de cette foule déchaînée, on rigole de temps en temps, et puis voilà c’est fini. Vinterberg, malgré ses acteurs extraordinaires : Carey Mulligan (Drive, Gatsby le Magnifique, Brothers), Matthias Schoenaerts (De Rouille et d’Os, Bullhead) et Michael Sheen (Masters of Sex, The Queen, Frost/Nixon), ne sait pas les filmer, ne sait pas couper un plan, ne sait pas cadrer, ne sait pas donner de rythme…

Heureusement, le spectacle est dans la salle. Une jeune femme à lunettes fifties, rouge à lèvres agressif, vit l’action. Elle serre les poings. Elle ouvre la bouche. Elle encourage Bathsheba Everdene à avouer enfin son amour à Mr Oak. Et voilà le baiser libérateur qui la laisse enfin repue, sur le fauteuil rouge du MK2 Bibliothèque.

On devrait séparer les salles de cinéma en deux demi-scènes qui se feraient face-à-face, avec l’écran au milieu, translucide. On pourrait regarder en voyeur non pas le film, mais les réactions des spectateurs. Ça, ce serait vraiment la magie du cinéma.




jeudi 11 juin 2015


Trois Souvenirs de Ma Jeunesse
posté par Professor Ludovico

Desplechin, c’est notre petit frère. Le petit frère qu’on aime même quand il fait des conneries, même quand il est un peu moins bon que d’habitude. On pourrait croire que c’est le cas aujourd’hui avec Trois Souvenirs de Ma Jeunesse, la troisième partie de la chronique autobiographique foutraque (et non planifiée) qui comprend également Le Conte de Noël et Comment Je Me Suis Disputé… (Ma Vie Sexuelle), le tout dans le plus parfait désordre chronologique.

Si c’est un peu moins bien que Le Conte de Noël, c’est peut-être que celui-ci était parfait. Mais nous nous replongeons avec plaisir dans le Roubaix natal du réalisateur et acceptons volontiers d’entrer à nouveau dans son jeu qui consiste – comme dans nos Pif gadget d’antan – à relier les points entre eux, pour découvrir le dessin final, le portrait de Pif ou d’Hercule, ou une soucoupe volante.

Ici, les points sont des personnages, et on se met à reconstituer des chronologies, des analogies : l’Esther de Comment Je Me Suis Disputé… (Ma Vie Sexuelle), jouée par Emmanuelle Devos, ça serait la même Esther que celle interprétée par Lou Roy-Lecollinet dans Trois Souvenirs ? Tout en sachant que Desplechin a aussi fait un film en costumes, Esther Kahn ? Et Henry Vuillard du Conte de Noël, c’est Paul Dedalus, en fait ? C’est pour ça qu’il est cinglé ?

Mais le plus malin, dans tout ça, c’est que Desplechin s’en contrefout totalement ; il avait un vieux puzzle, et il a jeté les pièces sur le tapis persan du salon roubaisien. A vous de faire le tri dans cette fratrie suicidaire, ces parents dysfonctionnels, les amis qui restent à Roubaix et le héros qui monte à Paris et qui deviendra quelqu’un d’autre. Ce quelqu’un d’autre, c’est évidemment Paul Dédalus, l’alter ego joycien de Desplechin, Mathieu Amalric lui-même. Mais aussi maintenant Quentin Dolmaire, acteur débutant, extraordinaire dans une imitation à crouler de rire de son illustre prédécesseur… Dès lors, rassembler les pièces de puzzle n’a aucun sens, sauf pour rigoler. Et on se jette avec délectation dans cet exercice…

Dans Trois Souvenirs, Desplechin se joue à la perfection des styles et des genres (dans le double sens de les éviter et de les interpréter). Capable d’enchaîner dans le même film un mini-roman d’espionnage façon John le Carré (avec un excellent André Dussollier) puis de passer au mélo tragique en revenant par le Truffaut d’Antoine Doisnel avec sa reconstitution millimétrée de nos eighties (Ford Taurus, mobylette, clopes et filles en pantalons corsaire…)

Cela posé, comme pour les frères Coen, un Desplechin raté est encore bien meilleur que la plupart du cinéma français. Et à vrai dire, l’on se prête à rêver d’une série en douze épisodes sur la famille Desplechin…




jeudi 4 juin 2015


Girls Only
posté par Professor Ludovico

Quelle mouche a piquée Lynn Shelton ? La talentueuse réalisatrice et scénariste de Ma Meilleure Amie, Sa Sœur et Moi est tombée d’un coup d’un seul dans la Comédie Clicheton façon Working Title. On voit bien le projet ; on en conteste juste La réalisation.

Le projet, c’est la sempiternelle histoire des thirtysomething ; le passage à l’âge adulte, l’engagement-avec-le-type-qu’on-aime-mais-dont-on-réalise-que-ce-n’est-pas-encore-l’homme-de-sa-vie-qu’on-découvrira-à-la-fin. Avec Keira Knightley dans le rôle de Julia Roberts.

Knightley, c’est le seul rayon de soleil de Girls Only. Une fois de plus, elle est plus que crédible. Quand reconnaitra-t-on enfin la valeur de cette actrice qui, à trente ans, est déjà passée de Cronenberg à Pirates de Caraïbes, de Jane Austen (Orgueil et Préjugés) à Tony Scott (Domino), en passant par la case anglaise de Love Actually ou Joue-Là comme Beckham ?

Quant à Lynn Shelton, on comprend qu’elle tente la comédie mainstream pour enfin jouer dans la cour des grands à Hollywood.

Mais pas comme ça…




jeudi 21 mai 2015


Cinquième Colonne
posté par Professor Ludovico

Un mauvais Hitchcock, ça existe. Ce n’est pas le Professore qui le dit, c’est Hitch lui-même. Il l’explique très bien à François Truffaut en 1962 : « Chaque fois que j’ai tourné un film de ce genre, et que le héros n’était pas une vedette, le résultat en a été affecté, pour la simple raison que le public attache moins d’importance aux ennuis et aux problèmes d’un personnage interprété par un acteur qui ne lui est pas familier. Robert Cummings appartient à la catégorie des acteurs légers : quand il est dans une mauvaise situation, on ne peut pas le lire sur sa figure… »

Et comme Hitchcock est prêté par Selznick à Universal, il n’a pas les choix de son actrice principale non plus. Dommage, Priscilla Lane plaisait bien au Professore Ludovico, assez sexy et chaudasse à son goût. Trop, sûrement, aux yeux de l’auteur de Sueurs Froides. Et pas assez mystérieuse non plus.

Mais il n’y a pas que ça. Cinquième Colonne part dans tous les sens, comme si Hitch faisait le brouillon de ses grands films à venir, La Mort aux Trousses en tête. Barry Kane est accusé à tort de l’incendie de son usine d’aviation alors qu’à l’évidence le saboteur (titre original du film) est un de ses collègues, Fry. Comme dans tout bon Hitchcock, Kane enquête lui-même plutôt que de parler à la police.

Va commencer alors une traversée des États-Unis en d’ouest en est, de la Californie jusqu’à New York en passant par le barrage de Hoover jusqu’au chantier naval de Brooklyn. Il va rencontrer un aveugle sympa, un cirque sympa, et des flics idiots. Mais le génie du thriller s’emmêle un peu les pinceaux avec les multiples complots (détruire le barrage, sauver Fry, faire sauter un bateau, organiser un diner de charité pour récolter des fonds)… Avec même des petites erreurs de montage : le bateau qui devait être saboté est sauvé à temps, mais quelques minutes plus tard, Fry passe devant une épave dans le port de New York et sourit (en fait il s’agit du Normandie, le bateau français qui a vraiment coulé à New York), et Hitch voulait laisser entendre qu’il avait été saboté par les mêmes. Pas clair.

Le reste se laisse voir, car on y décèle les germes de la GCA : le méchant retors, brillant et élégant, qui explique son plan au héros avant de le tuer. La course poursuite finale, le cliffhanger.

Le cliffhanger, c’est tout ce qui reste de Cinquième Colonne : Fry, coincé par la police sur la Statue de la Liberté. C’est là qu’Hitchcock fait une erreur qu’il reconnait lui-même ; on ne suspend pas le méchant au flambeau de la Statue de la Liberté, même pour la métaphore ! C’est évidemment l’inverse qu’il faut faire. Laisser pendre le gentil – le fameux cliffhanger – et le faire sauver par la blonde.

Hitchcock ne fera plus la même erreur.




lundi 18 mai 2015


Mad Max Fury Road
posté par Professor Ludovico

Mal joué. Pas de scénario. Très mal post-synchronisé (une gageure, à ce niveau de production). Une fois qu’on a dit ça, on a tout dit de Mad Max quatrième du nom, Fury Road pour les intimes. Même le Professore vous épargnera le sous-texte (la guerre de l’eau, la femme est l’avenir de l’homme, la rédemption par le sacrifice, etc.) Ça existe peut-être, mais nous, on ne l’a pas vu. Et on ne l’a pas vu parce qu’on s’est bien marré, point barre.

On s’est bien marré parce que George Miller sait filmer les courses-poursuites comme personne. Et les bagarres sur un truck lancé à 100km/h comme pas grand monde. Qu’il sait tirer faire des décors qui font mouche, et en tirer parti à chaque seconde… Et surtout, faire peur et de faire rire en même temps, ce n’est pas donné à tout le monde. Miller a gardé son humour punk et ses gags rabelaisiens, malgré Happy Feet et Babe, Le Cochon Devenu Berger.

Ça restera le grand mystère des eighties : comment un homme qui a bâti cette grande mythologie No Future a pu s’abîmer en mer avec la production de deux franchises pour enfants (pas honteuses, mais tout de même !?)

Peut-être parce que Mad Max, c’est tout ce que George Miller sait faire. Et ça se sent. Mad Max 4, c’est juste Mad Max 2 au carré : comme en 1981, les mêmes plans légèrement accélérés pour donner l’impression de vitesse, le même montage, et les mêmes gags.

Mais pour 10 €, on reviendra pour Mad Max 5. En 2045.




vendredi 15 mai 2015


La Passion du Christ
posté par Professor Ludovico

La passion filmique – cette obsession de la collection – vous amène souvent faire des bêtises : ce film, vous devez l’avoir dans ce musée virtuel qu’est votre caboche de cinéphile. Deuxième motivation, moins avouable : le film à scandale. Vérifier ce qu’il en est. Parce qu’on n’aime pas les boucs émissaires, chez CineFast. Et si le film était bon ? Et si la polémique était vaine ? Et si son antisémitisme n’était pas avéré, mais encore un complot Hollywoodien contre notre héros madmaxien ?

Mais au bout de dix minutes, La Passion du Christ est carrément insupportable : pas pour les raisons que l’on imagine, mais parce que le film est incroyablement mauvais. D’un mauvais goût i-ni-ma-gi-na-ble. Mal fait, horriblement joué, cette Passion n’est pas seulement raciste.

Mais surtout, et c’est ce qui ne cesse d’interroger, c’est cette passion américaine, et tout particulièrement celle de Mel Gibson, pour la torture et le sacrifice en martyre. Car dans tous les films Mel Gibson s’est fait crucifier (en Mad Max, en Martin Riggs, en William Wallace). Dans ses films de réalisateur, il filme avec talent parfois, une violence sans retenue Braveheart, Apocalypto.

Ici, c’est tout le film, à un point à peine croyable. Au bout de cinq minutes, Jésus se fait fracasser le crâne quand il se fait arrêter. Puis il se fait torturer par les juifs, puis les romains, puis les juifs. Puis c’est le chemin de croix (également pour le spectateur) et se fait à nouveau fouetter pendant tout le trajet, interminable. Voici venu enfin la crucifixion : le premier clou dans la main droite (aïe !) et le deuxième clou dans la main gauche (ouille !) et le troisième clou dans les pieds (aïe ! ouille !) : 127 minutes où Gibson et son chef op’ doloriste essaiera de nous montrer toutes les couleurs possibles du sang, rouge, rose, pourpre, bordeaux. Et rien, évidemment sur le message philosophique du christianisme.

Cette obsession de la violence pour la violence, cette téléréalité sordide qui compte les coups, entièrement tournée vers la souffrance et pas vers la morale, signe à l’évidence rien de moins que le déclin de notre civilisation, ce que pérore – plus grand paradoxe qui soit – Mel Gibson et la droite dure américaine qui a plébiscité son film.

Bien sûr, entre les scènes de torture, Gibson insère les scènes classiques d’un Jésus cool et sympa qui nous ordonne de nous aimer les uns les autres. Mais le réalisateur et ses acteurs sont horriblement mal à l’aise dans ces scènes kitchissimes (pas aidés par des dialogues en latin et en araméen)…

Il y avait pourtant deux bonnes idées à portée de main : la femme de Pilate qui ne veut pas, bizarrement, que ce nazaréen au message si étrange soit exécuté. Et la figure de Satan qui rode, autre bonne idée inexploitée du film.

A éviter totalement : le Professore Ludovico ne l’a regardé que par petits bouts, cinq minutes par ci, par là.

Pardonnez-lui Seigneur, car il sait ce qu’il fait.




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